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LA RUE DE WESTMINSTER, — LES ALENTOURS DR L'HOPITAL A PROVIDENCE

ayant inventé des machines à coudre, des joailliers en fin et en faux. — C'est là que l'on façonne des chaines d'or par un procédé mécanique qui permet de fournir plus de mille pieds de ce produit par jour. On fond également à Providence des plats d'argent et des vases du même métal. Notons également des raffineries d'huile de coton et d'arachnide, — que l'on vend comme de l'huile d'olive pour la table, — d'huile de coco, de médicaments dont l'eflicacité est prônée par les affiches et les réclames, et enfin des fabriques d'écrans qui n'ont pas de rivales sur toute l'étendue du territoire américain.

Le commerce étranger n'a pas grande importance dans cette ville industrieuse; ce qui. n'empêche pas que le port ne soit encombre de navires; que l'on ne trouve de tous les côtes des amas de bois de construction, des dépôts de charbon de terre, et que lon n'ait organisé une ligne de bateaux à vapeur destinés à des voyages transocéaniques, lesquels ont placé Providence en communication directe avec les ports les plus importants de l'Atlantique et du monde entier.

L'aspect de la ville, vu à vol d'oiseau, est réellement fort curieux, On dirait, de loin, que certaines maisons sont collées contre la paroi du rocher; bon nombre de rues sont assez escarpées pour que l'on ait cru devoir placer des rampes de façon à faciliter Fascension ou la descente de ces déclivités. Ilest, de nos jours, question de percer des tunnels sous les parties les plus élevées de la ville, afin de passer d'un point à l'autre sans être obligé de s'essoufler et de perdre son temps à faire des détours.

La qualification de « Providence » donnée à la cité de Rhode Island indique parfaitement quelle était l'intention des fondateurs. On est censé pratiquer là toutes les vertus; aussi les places, les rues, les ruelles de la cité commerçante et religieuse pertent-elles des noms prédestinés : place de la Bienfaisance, du Pienfait, de la Foi, du Bonheur, de la Joie, de l'Espérance, etc., etc.; j'en passe et des meilleurs. Cela rappelle Amsterdam, et encore, dans cette bonne ville des Pays-Bas, le nombre des rues ainsi qualifiées est1l bien loin d'égaler celui des voies de communication de la cité américaine.

Le genre de construction qui domine à Providence est celui des chalets bruts, sans ornements. On marche souvent pendant une heure sans trouver une maison bâtie en pierres, ce qui n'empêche pas qu'il n'y ait des monuments publics très remarquables et certaines habitations appartenant à la classe riche très belles, très confortables, entourées de parcs ombreux ou tout au moins de jardins couverts de fleurs, Il y a peu d'années encore, les maisons avaient toutes le mème aspect : celui d'une ferme ou d'une grange; mais le goût est venu, ct, quoiqu'il ne soit pas très épuré, quoique l'on puisse blämer un mélange de styles grec, gothique, byzantin et renaissance assez disparate, on songe à micux faire : c'est déjà suflisant.

Comme spécimen des vieilles habitations du pays, on montre Abbott House, dans laquelle Roger William rassemblait ses amis pour faire la prière en commun, Cette maison fut bâtie par un nommé Samuel Whipple, un des premiers pionniers fondateurs de Providence, qui, le premier aussi, fut enterré dans le champ de repos de la ville naissante,

La rue de Westminster, fort étendue, renferme les boutiques les mieux achalandées de la cité : on y montre avec un certain orgueil une habitation princière construite par M. Alexander Duncan, connue sous l'appellation de Butler Exchange. A part cela, les monuments publics, voire même le Old State House, siège de la municipalité, sont d'une

simplicité sans égale, Le City Hall était un ancien marché d'où l'on a retiré les étaux pour y organiser une salle destinée au conseil municipal.

L'architecture religieuse de Providence n'est pas plus élégante que celle des bâtiments civils. La plus ancienne église, le OI Landmark, date de 1774 ou de 1775; elle est assez remarquable et son clocher s'élève à 96 pieds: c'est dans ce temple que les baptistes prèchent leur religion. Bâtie sur les plans de la vieille église de Londres que l'on désigne sous le nom de sir Christopher Wren, la régularité qui la caractérise n'ôte rien au pittoresque de Sa construction. Elle est placée au milieu d'un vaste carré entouré d'arbres, et située sur le penchant d'une montagne.

Le premier pasteur qui oflicia dans ce monument, sir Roger Williams, demeura quatre ans à la tète de ectte première église de la secte des baptistes en Amérique. Ce qu'il va de curieux dans la vie de ce ministre protestant, c'est qu'en quittant ses ouailles, il leur déclara qu'à son avis, « nul homme sur la terre ne pouvait assurer qu'il ÿ avait « une Église constituée et que personne n'était autorisé à diriger cette Eglise et ne devait «se charger d'ames avant que de nouveaux apôtres, dont il attendrait l'arrivée, eussent «été envoyés par la tête de l'Eglise ».

A dater de ce moment-là, les assemblées religieuses furent tenues sous l'ombrage de quelques arbres pendant la belle saison, et quand il faisait mauvais temps, les fidèles se réfugiaient dans une maison particulière pour y prier en Commun, La première salle destinée à ces meelings fut bâtie en 1700 aux frais d'un pasteur nommé Pardon Tillinghast, qui légua par testament cette Construction aux ouailles de sa paroisse.

Vingt-six ans plus tard, une salle de réunion plus vaste que la première réunit les fidèles de la religion baptiste. Un grand diner de corps fut organisé à cette occasion et le menu de ce repas mérite de trouver place ici, ne fût-ce que comme point de comparaison avec les dépenses fastueuses de notre époque. On servit un mouton rôti, une livre de beurre, deux grandes miches de pain et un boisseau de pois : la carte à payer de cette agape fraternelle S'éleva à 27 shillings seulement.

La première cloche que lon plaça Gans la tour de cette église fut remplacée, au bout de quatre ans, par une autre dont le son irritai, les oreilles des fidèles, Il fut décidé qu'on la changerait et on voulut la briser pour la faire refondre. Un fait curieux à signaler, c'est que le premier coup de marteau porté à la cloche en ayant brisé un morceau, à dater de ce moment le son devint juste, On la laissa donc en place et elle S'Y trouve encore de nos jours, sonnant à toute volée chaque fois qu'il s'agit de sommier les paroissiens de se rendre au prèche.

Une autre église, Grace Church, construite en pierre couleur chocolat, date de 1845. Nous la citons pour la forme, Mais un monument digne d'être mentionné, c'est le State Hospital, bâti sur une éminence, à soixante pieds au-dessus du niveau de l'Océan, Du haut de cet asile, destiné aux gens qui souffrent, on jouit d'une vue admirable, Les frais de cet etablissement ont été fournis par des souscriptions publiques. L'architecture du monument est de style gothique, semblable à celui des églises et des palais du nord de Paie, tels qu'on les voit à Milan, à Vérone, à Mantoue, Avant d'entreprendre les plans de cet hôpital, l'architecte avait étudié avec le plus grand soin les édilices du même genre que l'on rencontre sur le vieux continent. La façade de l'Hôpital de l'État mesure quatre mille pieds de longueur. Cette maison hospitalière aux malheureux a été inaugurée au

mois d'octobre 1868, et depuis lors elle a toujours été remplie de souffreteux, soignés de la façon la plus exemplaire.

On voit également à Providence le monument élevé,en 1871, à la mémoire des soldats et des matelots par un vote du gouvernement, et qui à coûté soixante mille dollars. Le statuaire, M. Randolph Rogers, l'a dessiné à Rome et a fait fondre les bronzes et les ornements à Munich. Le piédestal supérieur est surmonté par une statue représentant l'Amérique, portant une épée d'une main et tenant de l'autre une couronne d'immortelles. Des guirlandes de chêne et de laurier, auxquelles sont appendues des étoiles, se trouvent au-dessous de la figure gracieuse personnitiant le pays hibre,-et plus bas on aperçoit les armes parlantes des Etats-Unis et de Rhode Island. Aux quatre angles d'un quadruple piédestal se tiennent debout des statues représentant lartillerie, la cavalerie, la marine et l'infanterie américaines. Sur quatre bas-reliefs appliqués au-dessus du soubassement l'artiste a représenté la Guerre, la Victoire, l'Émancipation et la Paix. On ne saurait trop louer l'aspect monumental de cette œuvre d'art.

Si nous sortons maintenant des murs de Providence, nous irons vers le nord visiter un vieux pont à deux arches, d'où l'on a une vue admirable sur un paysage très romantique. Les horizons ne sont pas élevés: mais les arbres sont alticrs et verts comme au printemps, les ruisseaux coulent limpides et frémissants sur des lits de cailloux, les truites frétillent sous chaque pierre, et la brise ride à peine la surface de l'eau.

Toutefois, à part les paysages qui avoisinent la baie de Naragansett et les rivages de l'Océan, le touriste n'a pas d'autres excursions intéressantes à faire dans les environs de Providence que celles qui aboutissent à des manufactures et fabriques de tout genre, mises en mouvement par des chutes d'eau. La promenade quotidienne des heureux du jour les conduit sur les bordures des baies où s'élèvent ces constructions industrielles: et quand vient la saison chaude, ils se dirigent vers leurs maisons de plaisance, bâties sur les bords de l'Ocean.

L'embarcadère du bateau à vapeur, appelé Mark Rock, est cité comme un endroit très pittoresque. Tout le long de la côte, des maisons de campagne embellissent le paysage, tandis que, de l'autre côte de x baie, on remarque Pawtuxet, East Greenwich, Warwick, Wickfort, Kingston, Navatt, Barrington, Warren, Bristol, Portsmouth, Middlctown et enfin ie célèbre port de mer Xewport.

Rocky Point, sur la plage appelée Warwick Neck, sis à douze milles au sud de Providence, est un lieu de rendez-vous du monde élégant qui passe Fété en villégiature dans Rhode Island. Chaque jour, dans la belle saison, on voit arriver Cinq, six, sept mille personnes venant chercher à diner dans les hôtels qui s'élèvent à mi-côte. I y a dans l'un de ces caravansérails une salle à manger qui couvre dix-huit mille pieds carrés, et dans laquelle quinze cents personnes peuvent s'asseoir autour de tables somptucusement servies, faisant place à la fin de leur repas à autant de convives, jusqu'à ce que les provisions soient épuisces et que les derniers arrivés n'aient que les os à ‘onger, ce qui a lieu quelquefois pendant les mois d'été, Ce qu'il y a de plus curieux dans ces grands diners américains des tables d'hôte, est le service opéré par des nègres qui sont stylés, — il faut l'avouer, —comme ne le seront jamais nos garçons d'hôtel et de café. Tout est fait, dans ces vastes maisons publiques des Etats-Unis, avec la raideur d'un régiment à l'exercice, Chaque convive ayant pris place autour de vastes tables garnies de Corbeilles de fleurs et

ELACKSTONE.

de verrerie multiple, un sraiter nègre se place derrière les chaises de deux convives, et C'est lui qui les servira tout le temps du repas. Lorsque le potage a été dégusté, tout le bataillon de serviteurs, qui a disparu un moment, revient processionnellement portant les plats nouveaux à la main. Il se tient debout derrière les gens assis et attend le signal d'un maitre d'hôtel, placé à un bout de la table, pour déposer à la fois, méthodiquement, ses mets à la place convenue à l'avance. La contemplation de ces plats erant rapidement faite, les garçons les reprennent et les font passer aux dineurs. Ces « temps » et ces « mouvements » sont répétés trente où quarante fois pendant cette fête gastronomique. Dans les tables d'hôte les mieux tenues, on sert quelquefois quatre-vingts plats et plus sur la carte du menu, depuis le mock turtle-soup où Fox tail, en passant par la série des poissons, des entrées, des rôtis, des relevés et des légumes, jusqu'aux glaces et aux melons d'eau, qui sont considérés comme plats de dessert. Tout convive est libre de goûter à tous ces plats, si bon lui semble; il empilera sa part sur une vaste assiétteé, par petits tas, passant d'un mets à un autre, sans songer à demander qu'on renouvelle Ie changement de cette assiette plus de quatre fois pendant le cours du diner. Un détail encore : les hôteliers améri ains ne placent ni vin ni bière sur la table, Vous avez devant vous sept où huit verres blancs, verts et roses; ils sont là comme une invite à la Consommation, on peut Soflrir du claret, du champagne ou toute autre boisson, mais comme extra, et ces inutilités se payent à des prix exorbitants, Généralement l'Américain ne boit que de l'eau glacée, été comme hiver. I y méle souvent du brandy, ce qui veut dire de l'eau-de-vie.

Dans certaines occasions, quand le gentleman dineur à convié des dames ou des amis à diner, il se fait apporter du champagne où du bordeaux, du xérès où du porto pour mieux fêter ses hôtes. Dans ce cas, si le prodigue à quelque connaissance de la veille ou du lendemain assise à la méme table que la sienne, il donne des ordres au waster, qui porte la bouteille à la personne et lui verse rasade, de la part de l'amphitryon. Dès que le tour est fait celui-ci se lève, porte son verre à la hauteur de l'ail, — tandis que la connaissance en fait autant de son côté, — et tous deux S'inclinent d'asord et boivert ensuite, toujours debout. Cela s'appelle porter un toast,

Le maitre de l'hôtel — celui qu'on appelle le /and lord — se permet aussi quelquetois d'adresser à l'un des gentlemen qui habitent sous son toit une bouteille de bon vin, dont il lui fait hommage, — quitte à se rattraper sur le total de l'addition du board.

Refuser une pareille politesse serait une insulte : on accepte donc, et la même cérémonie de politesse se pratique d'un bout de la table à l'autre, Pour un Européen, cette manifestation de bons rapports semble extraordinaire; mais on S'y fait à la longue.

Quel est donc, demandera-t-on, l'attrait de ces rives du Rhode Island? Tous ceux qui aiment les vallées ombreuses, les grottes profondes, les ruisseaux peuplés de poissons, la plage sablonneuse d'une mer tranquille, l'air pur et réconfortant, trouvent en cet endroit béni du ciel les moyens de vivre un jour dans le calme le plus partait, avec toutes les additions d'une nourriture substantielle; il s'agit, bien entendu, de ceux qui n'arrivent pas trop ta À pour prendre leur tour à ces noces de Gamache,

Les embellissements artificiels ont ajouté aux charmes de la nature, et les hôtels à la mode sont entourés de jardins odorants, rafraichis par des jets d'eau multiples. Liberté complète est donnée aux visiteurs de s'égarer sur des gazons d'un vert d'émeraude, de

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visiter les bassins peuplés de phoques et d'aller émietter du pain aux cerfs renfermés dans des parcs, derrière les constructions.

La grande attraction des hôtels de Rocky Point, c'est la « soupe aux clovisses », — la «bouillabaisse » américaine, —que les Américains appellent le clam bake. La cuisson de ce mets national n'est vraiment pas diflicile à opérer. Entre trois énormes pierres on allume un grand feu: on place sur ce foyer de vastes marmites remplies de ces coquillages succulents, saupoudrés de poivre noir et de Cayenne. Tout cela cuit comme des moules à la marinière, avec des oignons, du thym, du laurier et du beurre : la soupe est trempée sur des crakers émicttés, et lon dévore ce mets, qui ne manque pas d'un certain charme, dans des écuelles de terre de pipe plus ou moins ébréchées, D'autres jettent tout simplement les coquillages sur les charbons ardents, et, quand ils sont ouverts ct cuits, retirent le contenu avec précaution et le mangent brûlant, en l'arrosant avec un jus de citron, où bien en l'humectant de beurre fin, C'est un festin de sauvage; mais il n'en est pas moins tres appétissant.

Ce qu'il y a de plus agréable dans ces parties de campagne, c'est la promenade à deux ou en compagnie le long de ces plages ravissantes; on S'égaye sous les bois, on se donne le plaisir du bain ou bien on péche dans les ruisseaux, à la ligne et aux filets. I arrive quelquefois que, dans l'après-midi, un violon ou deux, joués par des artistes nègres, font entendre leurs joyeux accords; et l'on voit bientôt des couples s'élancer sur le gazon et se livrer aux ébats d'une contredanse où d'une . se. Nous avons souvent assisté à ces fêtes improvisées, qui ont d'autant plus de charme qu'elles sont sans apprèts.

On consomme chaque jour à Rocky Point des milliers de boïsseaux de clams, et ces coquillages arrivent par cargaisons de bateaux, car depuis longtemps on n'en trouve plus sur les côtes du Rhode Island.

Plus loin, à l'ouest, voici le débarcadère de Naraganseti, où la main des hommes a élevé une digue formée de rochers brisés et de blocs de béton reliés par des morceaux de fer, On aurait pu croire que cette masse imposante de granit naturel et factice aurait défié la rage des flots; mais, à l'heure actuelle, ce havre n'est plus qu'une ruine abandonnée.

Toutefois, en été, les baigneurs visitent en grand nombre cette plage, qui offre à leurs plaisirs une mer peu profonde, une vague rafraichissante et des vues enchanteresses partout où se tournent leurs regards, On a vu peu à peu sélever à cet endroit des hôtels et des pensions bourgeoises, tous plus grands les uns que les autres, luxueusement meublés et admirablement dirigés, On en compte dix-neuf à « Fenfilade », côte à côte, séparés seulement par des jardins plantés de beaux arbres et agrémentés de fleurs et de pelouses verdoyantes. Les touristes et les amateurs de bains de mer affluent à Rocky Point dès que la chaleur ou l'oisiveté les chasse des villes des États environnants. I faut dire, pour expliquer cet engouement, que ces gens qui ont quitté leur ome très confortable pour venir s'entasser dans un hôtel où ils sont relativement mal, car ils n'y trouvent point les aises dont ils jouiraient Chez eux, ont pour excuse le besoin qu'ils éprouvent de respirer plus à l'aise et de se donner quelque récréation qui leur fasse oublier les travaux commerciaux de toute sorte auxquels ils se livrent pendant dix ou onze mois de l'année, Une fois à Rocky Point où ailleurs, ils peuvent se laisser aller à la contemplation de la nature et rêver... à d'autres spéculations. La femme, les enfants, se trouvent on ne peut mieux de ce déplacement aux bords de la mer, C'est là l'essentiel : le chef de la maison peut retourner à New-York,

64 L'AMERIQUE DU NORD PITTORESOUI à Boston ou ailleurs, si bon lui semble: la famille attendra jusqu'à la fin de septembre pour le rejoindre dans ses pénates, Rocky Point est si attrayant!

Les artistes sont d'avis que nulle part, excepté dans la Floride, les rochers ne revêtent des teintes plus belles; il en est que l'on dirait sanguinolents, et la légende raconte que cette couleur est celle du sang de quelques malheureux Indiens massacrés en cet endroit en défendant le sol de leur pays natal.

Un tableau peint par un artiste américain, nommé Hazelline, représente cet épisode émouvant qui sest passé à « Indian Rock », un des points les plus pittoresques de la côte

du Rhode Island.

A capitale de FEtat du Mas ls sachussets, — la plus grande ville de la Nouvelle - Angleterre, — est admirablement situce dans une petite péninsule montucuse, sur la baie de Boston, avec un port commode et sûr, suflisamment pro fond pour admettre les plus grands vaisseaux ct assez vaste pour en contenir CIN Cents à la fois

A l'époque où les puritains vinrent colo

niser ce point du continent américain, l'un

d'eux écrivait en Angleterre que ses frères et lui s'étaient établis

privé de fleurs, méme au printemps, quand la nature se réveillait; dans un pays sauvag

sur un promontoire nu et

où l'on était en dispute continuelle avec des Indiens méeréants, où l'on ne pouvait songer à faire le moindre essai de culture et où le peuple devait vivre et mourir misérable.

Ce promontoire se nommait alors « ‘Fri Mountain » et les Peaux-Rouges le désignaient sous l'appellation de Schawmul, autrement dit les « Eaux-Douces ». Plus tard, les pêlerins nouvellement débarqués de l'Angleterre et dont le sol natal était Boston, dans le Lincolnshire, donnèrent à ‘Tri Mountain, — Trémont plus tard — le nom de leur ville. Le territoire de Tri Mountain avait été acheté par les fidèles de la colonie de Charlestown, à un nommé Blackstone, pour la somme infime de trente livres.

Lorsqu'on arrive actuellement à Boston, il est réellement difficile de s'apercevoir que la ville est bâtie sur trois collines. On croirait plutôt que l'on a devant soi un amas de maisons et de monuments qui, du bord de la mer, montent graduellement et uniformément sur une surface plane au sommet de laquelle se trouve le Hall House.

Loin de ressembler aux autres villes de Union, celle-ci n'a rien d'uniforme, de parallèle. Ces rues tortucuses, ces squares aux angles inégaux, ces maisons qui ne se trot.vent pas toujours alignées, tout étonne le voyageur, qui ne s'attend pas à trouver un pareil désordre dans une grande métropole, le chef-lieu d'un Etat.

Vue du côte de la mer, Boston éblouit par son ensemble, De toutes parts on aperçoit des ilots rocailleux et nus, des anses où la mer va se ruer en déferlant, des plants de gazon qui descendent jusqu'au rivage, du haut d'un promontoire élevé où d'une vallée profonde. De loin en loin, sur la côte, quelques villages émergent à l'horizon et sont reliés par quelques maisons, quelques fermes aux faubourgs de la ville.

Sur deux ou trois iles on a élevé des phares, des hôpitaux et des maisons de refuge.

Les forts Warren et Independance, aux murailles épaisses et crénelées, offrent un coup d'œil assez imposant, et l'on voit à l'horizon lhospice de Perkins pour les aveugles, si bien décrit par Dickens, à son retour d'un voyage aux États-Unis. En regardant à droite du Hall House, voici le Bunker Hill, monument de granit élevé en commémoration de la bataille de ce nom. Le port de Boston est d'une animation perpétuelle, et des manufactures de toutes sortes sont réunies sur l'étendue des quais, à portée des lieux d'embarquement.

Si l'on gravit le beffroi de l'église d'Arlington, les veux sont ravis par un coup d'œil merveilleux. Devant soi l'on a le Public Garden, qui a été planté sur un terrain conquis sur la mer, car autrefois les flots venaient se briser à la naissance de la rue Charles, qui sépare le Public Garden du Common, autre plantation qui sert de promenade aux Bostoniens. Ce jardin publie est fort bien planté d'arbres de diverses essences, les platesbäades sont garnies de fleurs artistement disposées et, tout au milieu, on on a creusé un canal, — la Serpentine, — traversé dans plusieurs endroits par des ponts de pierre et sur les eaux duquel s'ébattent des canards rares et des cygnes, eflarouchés de temps à autre par des embarcations livrées au public payant, Une vaste serre chaude renferme des prantes exotiques très rares, Tout autour de ce jardin, des habitants qui comptent parmi les plus fortunés de Boston se sont fait bâtir des villas ou plutôt des palais somptueux, ce qui embellit d'autant la promenade publique.

Au sommet de la colline du Common, voici le Hall House et plus loin la rue Trimont ou Tremont, le Old South, tour élevée qui à échappé à l'incendie, le clocher de l'église de Park Street, le temple maçonnique, consacré de nos jours à rendre la justice, et enfin le

nouveau temple maçonnique, dont l'architecture gothique est réellement fort élégante. Sur la gauche, voici la rue très fréquentée de Beacon, où demeurent les heureux de la ville qui avaient de la fortune où qui en ont acquis. Ceux qui ont visité Edimbourg en Écosse prétendent que la vue est à peu près identique dans les deux villes; le dôme de Hall House de Boston remplaçant le Château crénelé que tout lé monde connait, ne füt-ce que pai les gravures qui ont été publiées.

Le Common, où paissaient les vaches, appartenait aux femmes des puritains menacés

. de la punition de la lettre rouge; c'est là que furent livrés les combats contre les Indiens

rebelles; on y a brûlé en cfligie les habits écarlates, et les cavaliers galants des temps passés S'y promenaient avec leurs #1armales madames jusqu'à neuf heures du soir, c'est-

à-dire jusqu'au moment où sonnait le couvre-feu. Le Common, autrefois très vaste, est de

nos jours plus resserré; il m'occupe cependant pas moins de trente acres de terrain, et tout autour de ce parc se sont groupées les rues les mieux habitées, bordées de maisons princières bâties avec de la pierre couleur chocolat. Nous avons déjà parlé de Beacon Strect; voici maintenant Bolyrton, au sud, qui est aussi remarquable que sa rivale.

Ce que l'on admire le plis dans le Common, ce sont les arbres, dont la hauteur est immense, Certaines allées cachent si bien en été la lumière du jour, que les visiteurs y jouissent d'une fraicheur sans pareille. Grace à l'arrosage, les gazons sont d'une verdure qui rappelle et égale celle des pelouses des pares de Londres.

Dans ce vaste terrain, lon aperçoit quelques tombes aux marbres frustes, dont l'inscription à été effacée par les intempéries de la nature; plus loin, un emplacement entouré de grilles de fer où paissent des daims devenus très familiers, et enfin le bassin aux grenouilles, — Frogs Pond, — rendez-vous favori des enfants qui viennent préluder à leur profession future d'armateurs en lançant sur l'onde paisible des navires ct des steamers lilliputiens.

A quelques pas de cette mare encastrée dans des bordurés de pierre, on ,se découvre devant le Great Elm, cet 6rmeau géant qui est une des merveilles de la nature; aussi les ostoniens, qui ne se lassent pas d'admirer ce spécimen sans pareil de l'espèce, ont-ils fait entourer le tronc de l'arbre par un treillage de fer, Quoique certaines branches soient mortes, que d'autres soient brisées, lormeau gigantesque a résisté à l'orage et défié la foudre, Il mesure vingt-deux pieds de circonférence; sa hauteur est de soixante-quinze pieds et son ombrage s'étend à quatre-vingts pieds, du milieu aux branches les plus éloignées.

Non loin de là, à Park Street Mall, on voit devant soi la fontaine offerte à la ville par M. Brewer et fondue à Paris, sous la vasque de laquelle se cachent Neptune, Amphitrite, Acis et Galatée, quatre statues d'un délicieux modelé et coulées en bronze.

Le champ de manœuvres est également situé à l'ouest du Common, et c'est là que les amateurs du jeu de boules se livrent à leurs placides ébats,

Si nous pénétrons dans Beacon Street, centre de la vie élégante, nous oublierons bientôt le souvenir du vieux Boston. On est là en plein Back Bay, qui se divise en plusieurs artères bordées de maisons vastes et sérieuses, dont les rangées parviennent jusqu'à l'endroit qu'on appelait autrefois Roxbury.

Si, de ce quartier luxueux, on descend dans Charles Street aux ombrages élégants et pleins de fraicheur, on trouve à la suite Mount Vernon et Chesnut Street et le Louibourg

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