‹ L'Amérique du Nord pittoresque [microforme]Chapitre 155 sur 211 · SAINT-PAUL · texte numérisé non relu

SAINT-PAUL

L'AMERIQUE DU NORD PITTORESQUE, se trouve en plein désert, mais ce désert a été nouvellement défriché par les nombreux pionniers qui, depuis trente ans, se sont dirigés vers les terres incultes mais très cultivables de l'Amérique du Nord. Cet État de Minnesota couvre un territoire mesuré à 91 millions d'acres, c'est-à-dire le triple de ce qui forme l'Iowa.

Les premiers aventuriers de race blanche qui pénétrèrent dans le Minnesota furent deux chasseurs de fourrures qui, en 1654, se perdirent sur ces terrains indiens et y firent ample provision de pelleteries de toutes sortes d'animaux, A leur retour à Montréal, après une absence qui dura deux années, ces hardis trappeurs se hâtèrent de parler de leur voyage à qui voulut les écouter. La description qu'ils firent du Minnesota engagea bientôt d'autres chasseurs, et, avec eux, des gens qui voulurent coloniser, à s'en aller dans le pays nouvellement visité. Des jésuites missionnaires les accompagnèrent et ce sont eux qui publièrent, quelques années plus tard, les premiers rapports de leur voyage au Minnesota. À dater de cette époque, le territoire dont il s'agit fit partie de la Nouvelle- France, — c'est-à-dire de la Louisiane, -- qui fut, en 1803, achetée au gouvernement français, en même temps que le Minnesota et le reste des possessions françaises,

Ceux qui connaissent l'histoire de l'Amérique savent qu'à la paix, signée en 1763, les parties du territoire américain situées à l'ouest avaient été abandonnées à la Grande- Bretagne. Or, quand, après la guerre du général Washington et de ses frères d'armes, l'Angleterre fut forcée de se retirer du sol conquis par ces champions de la liberté, le territoire de Far-West fut également remis aux heureux vainqueurs.

Sous la direction présidentielle de Jefferson, en 1805, une expédition commandée par un général, nommé Pike, traversa le pays d'un bout à l'autre, et la première fortification qui s'éleva sur le sol de Minnesota, fut bâtie à Snelling, où, depuis 1819, une troupe de soldats tient garnison. Le gouvernement américain ignorait à cette époque que l'Angleterre avait conservé un port militaire sur le territoire concédé, à Pembina. On n'y fit pas d'abord grande attention, mais cependant, lorsque les émigrants s'avancèrent dans le pays, on somma l'Angleterre d'avoir à retirer ses soldats; ce qui fut fait sans conteste en 1845 et, quatre ans plus tard, le Minnesota était organisé comme un territoire qui fit partie successivement du Missouri, du Nord-Ouest, du Wisconsin et de l'Iowa.

Le sol du Minnesota est très fertile : la profondeur de la terre végétale est de deux à trois pieds et les colons la cultivent sans avoir besoin de fumier, quoiqu'ils emploient les détritus de leur ferme dans leurs jardins et leurs vergers. Le climat est tout à fait salubre. Il nous souvient avoir passé deux mois d'été dans les parties sauvages de cet État, — alors un simple territoire, — et, malgré la chaleur des mois d'août et de septembre, nous respirions à l'aise, Les émanations de la brise du soir caressant les prairies du Far-West nous paraissaient plus suaves que les parfums concentrés de l'opoponax et du New» moon Hay.

Les géographes, qui appellent le Minnesota : le Shedland, — pays couvert, — du continent américain, affirment que ce point du territoire est le plus élevé de tous, entre la baie d'Hudson et le golfe du Mexique. C'est indubitablement à cette position topographique qu'il faut attribuer le déversement des eaux, accumulées dans ces montagnes, vers les pays d'en bas. Les calculs hydrométriques établis à ce propos doivent être exacts, car dans plusieurs parties des prairies on montre aux touristes des trous profonds dont l'étendue est souvent de plusieurs + “es, dans lesquels l'eau s'engoutire, quand les orages font

couler les torrents à pleins bords et où elle disparaît sous terre, comme par enchantement, Dans l'été les orages à électricité sont nombreux dans le Minnesota, et l'on sait que le tonnerre et les éclairs sont très favorables à la végétation et à la purification atmosphérique, Dans la partie ouest du Minnessota, sur une étendue de 3 à 400 milles, partout où l'œil peut voir, on rencontre des cabanes, des fermes, des agglomérations de population, Les émigrants vont toujours en avant, et l'on entend souvent les échos des rochers du Minnesota répéter ce chant dû à la plume de quelque trappeur inspiré :

Nous avançons sur la vaste prairie, Comme autrefois Les pèlerins de Ja mère patrie, Fils de la croix, S'aventuraient, au milieu des tempêtes, Tout en priant.

Et le Seigneur, qui protégeait leurs têtes, Leur souriant, Fit aborder sur la Terre promise L'esquif banni.

Que vers des bords nouveaux Dieu nous conduise! Qu'il soit béni!

La plus grande partie des colons qui ont peuplé le Minnesota sont venus des contrées de l'Ouest et du Centre : il y a aussi des Allemands, des Norvégiens, des Hollandais et des Écossuis. Tous ces pionniers passent, avec juste raison, pour de bonnes gens, pleins de zèle et de courage et d'excellents citoyens. On évalue leur nombre à 250,000 âmes. L'éducation n'est point négligée parmi ces « sauvages civilisés », et il faut rendre justice au Yankee, qui, dès qu'il a élevé la maison qui doit l'abriter, se hâte de songer à bâtir une école pour ses enfants, À peine une douzaine de familles se sont-elles groupes dans le voisinage l'une de l'autre, que ces braves cœurs se cotisent pour payer les honoraires d'un professeur, Lorsque cet homme est trouvé et qu'il a ouvert sa classe, on peut l'entendre, vers neuf heures, chaque matin, sonner de la trompette et sommer ainsi ses élèves d'accourir chez lui, afin d'y recevoir l'instruction civile et religieuse.

Quelques années plus tard, à mesure que la colonie prospère et s'agrandit, on bâtit un collège, une imprimeri: s'organise qui publie un journal, les chemins de fer apportent de tous les pays les nouvelles, les productions littéraires les plus importantes : la civilisation s'accroît ainsi dans des proportions immenses.

Dans ce vaste territoire du haut Mississipi, les villages et les petites villes poussent comme des champignons. Il y a trente ans, le bourg de Vinova était tout simplement un campement de Peaux-Rouges, et en 1879 l'on y compte 6,000 habitants.

Wabashau, Red Wing, dans le voisinage d'Hastings, dont nous avons parlé plus haut, ont vu leur population augmenter dans les mêmes proportions : il en est de mème de Faribaut, de Belle-Plaine, de Traverse des Sioux et de Mankato.

Dans trente ans d'ici, si rien n'est venu interrompre la marche des événements, tout cet État de Minnesota sera peuplé comme les autres de l'Union américaine, La fertilité du sol, la pureté de l'atmosphère, la douceur relative de la température dans les vallées et les cañons du pays, tout contribuera à attirer les colons accourus de

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