LES FAUBOURGS DE BOSTON
square, résidence de nombreuses familles respectables qui dédaignent le luxe inutile de Back Bay.
Tout à coup, en quittant ce quartier tranquille et en descendant sur la déclivité ouest de la montagne on tombe en plein dans le mouvement de la population bostonienne, c'està-dire dans Tremont Hall, une des rues les plus commercantes de la ville, comme l'est celle de Washington, que l'on nommait autrefois Newbury.
Le touriste circule au milieu du vieux Boston, où se sont déroulés les faits Les plus mémorables de l'histoire de cette cité. On trouve dans ces parages le City Hall, précédée d'une esplanade au centre de laquelle S'élève la statue de bronze de Franklin. Voici plus loin la King's Chapelle, dont la tour élancée Couvre de son ombre les tombes d'un ancien cimetière. De l'autre côté, à l'extrémité de la rue, voici la Old South Church, dont Burgoyne métamorphosa l'intérieur en école d'équitation pour les troupes anglaises, où prèchèrent Westfield et Franklin, et qui, après le grand incendie de 1872, servit à l'administration des postes, Non loin de là, à l'angle de OI South, on montre la simple habitation où est né Franklin.
On ne peut pas passer devant l'ancienne maison de ville — Old State House — sans s'étonner de voir ce bàtiment informe et peu ressemblant à ce que l'on est convenu de nos jours d'appeler un monument, C'est là pourtant que les aïeux des Bostoniens décidaient les plus importantes questions, Autre temps, autres mœurs. La vieille masure n'en est pas moins restée debout, comme un souvenir des âges passés : elle domine de toute sa hauteur le quartier des spéculateurs et des marchands,
En suivant une rue étroite, à quelques pas de là, le visiteur se trouve en face du plus célèbre édifice public de Boston : Faneuil Hall, construit il y a cent trente ans et offert à la ville par un négociant nommé Peter Fançuil pour être la « maison de ville » et la « Halle aux transactions » — la Bourse, — La destination de ce bâtimeat n'a point changé. Qu'on se figure une bâtisse carrée — comme qui dirait une salle de théâtre de province — à trois étages percés de croisées arrondies par le haut et surmontée par un clocher de style rococo ct trop petit pour le bâtiment au dehors duquel il a été placé. La Bourse est ouverte au rez-de-chaussée : le premier, destiné aux assemblées publiques, est agrémenté de tribunes tout autour de la grande salle et d'une plate-forme au fond, Un grand tableau de Healy représente le Sénat en session pendant que Daniel Webster prononce un discours, Tout le long des murailles sont appendus les portraits des hommes célèbres qui ont marqué dans les annales de l'histoire du Massachussets : Faneuil, les trois Adams, Hancock, Gore, Sumner, Lincoln cet Andrew. Dans cette salle se tiennent toutes les réunions politiques, voire même littéraires. C'est à Faneuil Hall que fut organisée, au siècle passé, la résistance contre l'armée anglaise et qu'on prit mainte autre résolution importante pour l'avenir de la nouvelle république fondée par Washington.
Le Masonic Temple, que l'on peut visiter, dans le quartier de Tremont Street, sur un des côtés du Common, est une construction bizarre d'un faux style gothique, derrière laquelle a été bâtie la bibliothèque publique. C'est là que commence le nouveau Boston, — le South End, comme on l'appelle, — couvert de maisons aux murailles de marbre et de porphyre, embelli de superbes églises, — entre autres la cathédrale catholique — et de magasins qui rivalisent avec les plus renommés du vieux continent,
Visitons maintenant les faubourgs de Boston qui passent, à tuste droit, pour très
remarquables. Celui de Brookline, particulièrement est surnommé le Montreuil parisien. Là, comme sur les bords de la Marne française, les rues descendent abruptement, et les environs sont couverts d'une végétation luxuriante. De cet endroit on aperçoit le panorama de la ville surmontée par le dôme du State House, et les monts Warren, Hope, Dearborn et Bowdoin au sud de Roxbury. Les villas de ces parages sont très élégantes et parfaitement adaptées à la magniticence du paysage.
Presque tous les faubourgs de Boston sont ensevelis dans des berceaux de verdure, dont quelques-uns datent du temps où la forêt couvrait les montagnes, et d'autres qui ont été plantés par les propriétaires actuels. Boston est un des coins de l'Amérique du Nord où l'art de La Quintinie a été et est encore le plus et le mieux compris. L'architecture des édifices nouveaux est d'un goût irréprochable et les jardins qui les entourent sont merveilleusement entretenus. On peut dire, sans crainte d'être démenti, que tel due ou pair du vieux continent anglais ne répudierait point la demeure que l'on a bâtie sur l'emplacement dont son aïeul était le maitre, avant la révolution de 1777.
Les chemins de fer, les tramways sillonnent les routes de tous les côtés, pour rendre les communications faciles. Une demi-heure suflit pour franchir la plus longue distance : aussi à notre époque, les familles riches habitent-elles toutes hors de Boston.
Derrière les collines de Roxburv on trouve les plaines unies de Jamaïca, entourées de bois, de fermes et de propriétés entretenues et cultivées avec un soin tout particulier, C'est là que se retirent les amis du calme et de la solitude; ceux qui veulent vivre loin des bruits du monde et s'occuper de lectures et de littérature. Le village de Jamaïca est une véritable colonie de gens de talent dans tous les genres, C'est en cet endroit que brille! les eaux limpides d'un lac sur lequel sont organisées les régates pendant la belle saison et où, quand hiver à glacé la surface de la pièce d'eau, viennent patiner les oisifs de la grande ville.
A une portée de fusil de Jamaïca, voici Brookline, résidence des familles célèbres des Bostoniens, tels que les Winthrop, les Las ence et les Sargeant, qui datent de trois siècles, De larges avenues plantées d'ormeaux, d'érables et de noyers aboutissent à des carrefours plantés en quinconces, C'est une de ces promenades qu'il faut avoir visité pour en garder un profond souvenir, L'on montre à Brookline la maison des Aspinwalls qui date de deux siècles : elle s'élève au centre d'un espace ouvert presque au milieu du village.
C'est à Brookline que l'on voit, chaque après-midi, la file des équipages les plus luxueux de Boston. Cette foule de promeneurs va faire le tour des réservoirs — connus sous le nom de « Chesnut Hill », — situés au nord-ouest de la ville.
Citons en passant le Town Hall et le Public Librarv de Brookline, dont l'architecture élégante a été dessinée par un Français. Le chemin de fer qui touche non loin de là conduit en un quart d'heure les voyageurs à Boston.
La rivière Charles, qui coule de l'autre côté de Brookline, à travers une plaine marécageuse à l'ouest de Black Bay, passe entre les collines de Walthan et Auburnsdale : c'est au nord de l'une de ses rives qu'est situé le collège de Cambridge.
Bätie au milieu d'une vaste plaine, cette université célèbre occupe un emplacement qui s'étend de Sommerville à la rivière Saint-Charles. On remarque en cet endroit, comme dans les faubourgs de Boston, un grand nombre de villas ombragées par des arbres séculaires, et au centre de ce village s'élève l'université de Harvard, dont les constructions
diverses sont groupées dans un pare qui est à lui seul une petite forét. Là sont bâtis des dortoirs vastes et aérés qui datent de près d'un siècle, et ceux plus récents dont l'architecture est moins sévère : voici plus loin une bibliothèque de style gothique Tudor: Gore Hall aux pignons, gargouilles et fenêtres sculptés; la chapelle Appleton; le Dane Hall, splendide monument, où l'on fait des cours de jurisprudence, Viennent ensuite la salle de récitation, aux pilastres de marbre; le musée anatomique construit en granit et autres édifices divers destinés aux usages de FUniversité. La beauté du paysage, le calme de ce site ravissant consacre à l'étude, la haute stature des arbres, la bizarrerie de Farechitecture, les richesses littéraires des bibliothèques , tout concourt à rendre interessante une ou deux journées passées à Harvard College.
Derrière cet établissement scolaire, on arrive au cimetière de Mount Auburn.
C'est le long de ce chemin que l'on montre au touriste la demeure du poète Longfellow, laquelle servit, du temps de Washington, de quartier général au célèbre héros, lorsqu'il assiégeait Boston, Tout à côté voici la ferme du poète Lowell, — héritage de ses aïeux, — conservée avec le plus grand soin par l'entant chéri des Muses.
Au tournant de Brattle Strect, on voit le Fresh Pond, splendide réservoir qui rappelle celui de Jamaica. A deux pas est situce l'entrée de la ville des morts : lé mont Auburn. Ce cimetière, remarquable par sa situation exceptionnelle, ses jardins et ses ombrages, est coupé, dans plusieurs endroits, par des lacs et des rivières, orné de tombes monumentales, de grottes et de herceaux de feuillage, de sentiers fleuris qui aboutissent, sur le sommet de la montagne principale, à une tour de pierre grise abritée par des arbres et du sommet de laquelle on aperçoit Boston d'une façon merveilleuse.
De l'autre côte de Cambridge, voici Sommerville et plus loin arlestown, mais de quelque côté que lon se retourne, on aperçoit toujours Fobélisque de Bunker Hill qui domine les hautes cheminées des fourneaux industriels des manufactures innombrable: du chef-lieu de l'Etat.
Si l'on ajoute Chelsea — un dernier faubourg de Boston —- à cette description, on a le tableau complet de cette grande ville. Le touriste se dit, avec juste raison, que les pèlerins, à leur arrivée sur le sol américain, avaient eu bien raison en choisissant un endroit aussi bien situé pour en faire leur résidence. De nos jours les Bostoniens se targuent d'être des gens lettrés et ils ont accepté pour leur ville la qualification de Nouvelle Athènes d'outre-mer.
Un détail assez bizarre — bon à noter pour renseigner le vovageur et le lecteur, — c'est qu'il est détendu de... fumer dans les rues de Boston. La pipe, le cigare mème sont considérés comme une nuisance, et le promencur qu'un policeman rencontrerait avec une cigarette aux lèvres encourrait une amende de cing dollars, — Cela gène les dames, répond-on aux observations de ecux qui protéstent comre cet attentat à la liberté publique.
Le plus hardi fumeur ne peut que se rendre à un pareil argument,
nd étions dit
NE des plus agréables excursions que puisse entreprendre un voyageur de passage à () Boston est celle qui le conduira aux White Mountains, les plus hauts pies de la Nouvelle-Angleterre, à l'exception pourtant des Monts-Noit Black Mountains suite de cette chaine, qui se trouvent dans la Caroline du Nord
Ces sommets alticrs s'élèvent du milieu d'un plateau occupant un espace de juarante-cinq milles de long sur trente de large, et se trouvent à seize mille pieds
au-dessus du niveau de la mer. On compte une vingtaine d'aiguilles de hauteurs diverses et entre lesquelles sont creusé:s des vallées étroites et très profondes. Ces pics sont divisés en deux catégories : Les Whit: Mountains à l'est, et le Franconia groupé à l'ouest, Une plaine, dont la largeur varie de dix à vingt milles, les sépare les uns des autres.
Voici quelles sont les désignations de ces montagnes diverses : Washington, Adums, Jefferson, Madison, Munroë, Webster, Clinton, Pleasant, Franklin et Clay. Le mont Washington mesure 6,283 pieds au-dessus du niveau de la mer, et les autres varient en diminuant jusqu'a 4.712 pieds. Dans le groupe de Franconia on cite le mont Lafavette (3,500 pieds), Liberty, Cherry et Mooschillock (4,636, Près Au plateau sud, on peut voir Whiteface et Chocurua (dont l'élévation est de 3,358 pieds), Red Hill et Ossipee, et enfin au sud-ouest, Mount Keersage, qui s'élève à 2,461 pieds.
Une quantité sans pareille de ruisseaux, provenant des sources de-ces montagnes, alimente les rivières qui descendent à travers les quatre grandes vallées de cette chaine de rochers . l'Androscoggin, — le Pasco, — Pemmizewassel — et Ie Connecticui.
En suivant le cours de ces rivières qui forment des cascades nombreuses et coulent au milieu des bois, sur des lits de mousse et de cailloux, on peut arriver à des endroits fort pittoresques.
Prenons, à tout hasard, l'admirable vallée du Pasco, et nous parviendrons sur les bords, du côté nord, du läc Winnipiscogec, encastré entre les montagnes Sandwich et Ossipee et les pies Whiteface et Chocurua. La diligence qui vous porte, en s'éloignani de Centre Harbor, -— station d'eté fort célèbre dans la Nouvelle-Analeterre, — se dirige sur Conway, à travers des paysages d'un aspect ravissant : elle gravit des montées bordées d'arbres et de précipices et arrive enfin à Chocurua, d'où l'on peut jouir de l'aspeet imposant de toute la chaine de montagnes, La lumière qui se joue à travers ces cônes de pierre et les bois qui les couvrent, offre à la vue des changements multiples qui ébiouissent et font rèver. L'azur sombre encadre les roches élevées que le soleil dore, et, à mesure que le jour décroit, les teintes varient, le paysage se perd dans l'ombre, jusqu'au moment où l'astre brillant, disparaissant à l'horizon, jette des éclairs sur toute cette naturc grandiose,
Ajoutez à ces plaisirs de la vue ceux de lodorat, car les émanations résineuses des bois sont aussi aromatiques que bienfaisantes. Et la course continue, le Stage Coach avance toujours, guidé par la lueur des étoiles, sans songer aux périls invisibles des obscurités du bois, de la roche où du torrent écumant entre ses rives de pierre. Le Cocher n'a qu'à regarder devant lui, il apercevra la silhouette du Chocurua pointu qui se décorpe sur le ciel comme la tour d'un donjon ou la flèche d'une cathédrale.
On parvient enfin à Conway, dans la vallée de Saco. Fibre est le touriste de reprendre, le matin suivant, une autre diligence qui se rend au North Conwaw.
Il longera la base de Mote Mountain et du Rattlesnake-Rouge, en laissant les collines Ossipee du côté de l'horizon qui borne le sud. Neuf heures du matin sonnent quand le véhicule amène les voyageurs sur le plateau borné par le Saco et la base des monts Bartlett, Le village de North Conway est bâti dans la plaine qui se trouve au pied des monts Rattlesnake et Kecrsage.
Quelle vue sans pareille! Une pelouse de verdure, cachée partiellement par un nuage de brume, couvre la vallée sise au pied de la montagne ombragée par dis ormeaux élancés
Le Saco se jette à travers les érables au feuillage sombre, et les yeux se portent involontairement sur les cimes dorées du Mote Mountain, dont les pentes se précipitent vers Conway d'un côté et de l'autre, dans la vallée de Saco. En cet endroit, la hauteur de la montagne est de près de huit cents pieds.
Vers l'extrémité nord de la vallée, le Mote Mountain élève sa cime vers le ciel: c'est à sa base que l'on montre le « Fauteuil du Diable», Devils Arm chair». On passe devant les collines de Bartlett, entre lesquelles se dirige la route qui aboutit au mont Washington et aux autres sommités qui forment le groupe granitique des White Mountains. C'est de l'autre côté de ces hauteurs que s'ouvre la plaine de Saco. Généralement le visiteur, qui connait le moment opportun où une promenade doit être faite, s'arrange de manière à passer à travers ces gorges boisées soit le matin, soit le soir, de façon à ce qu'il puisse jouir des eflets de soleil qui illuminent le paysage.
Chaque passage des White Mountains à son cachet particulier plus où moins abrupt du côté du nord, mais toujours d'un aspect imposant, Dans le voisinage de Conway, l'enchantement que lon éprouve est indicible. Les collines montent graduellement de la vallée la plus profonde aux hauteurs les plus élevées. Le village lui-m&ne ajoute à la beauté de la vue, si bien que jamais le poëte n'a été mieux inspiré que quand il a appelé cet endroit « FArcadie des Montagnes-Blanches », En etlet, il n'y a plus à Conway cet aspect sévère des gorges du voisinage, La place est entourée de superbes forêts bordées elles-mêmes d'un gazon vert-émeraude.
Le mont Keersarge, du côté nord de la chaine du Rattlesnake, est le pic le plus élevé; il apparait comme une sorte de pain de sucre au-dessus de la base qui lui sert de point d'appui, Cette montagne est si près du village que la couleur sombre des arbres verts dont elle est couverte se projette sur les habitations, Les vrais touristes ne manquent jamais de gravir les senticrs qui aboutissent au sommet; il en est même de très bien inspirés qui, lorsque la lune éclaire le paysage, se donnent le plaisir de partir au milieu de la nuit, afin de voir lever l'aurore du haut du Kearsarge; ils retournent ensuite au village à Fheure du déjeuner,
Un séjour de vingt-quatre heures sur le territoire ie Conway est réellement très agréable, On visite les précipices qui se trouvent dans les environs, IP y a entre autres un rocher perpendiculaire brisé ei hache sur ses flancs, qui a six cents pieds d'élévation cet dont les couleurs verte, rouge et grise sont très remarquées
Derrière les rochers du Mote Mountain, on se trouve face à face avec la chute d'eau de Thompson, qui brise la roche sur laquelle elle tombe; un peu plus loin, les pentes de la montagne sur les bords du Saco sont de neuf cents pieds de hauteur. A un demi-mille plus loin, après avoir passé à travers des prairies parsemées de rocs, lon arrive à une petite grotte dont l'entrée est cachée par des buissons verts. Cet endroit mystérieux attire les amateurs de pique-nique, qui l'ont surnommée la « Cathédrale », et qui partagent leur prédilection pour ce lieu de plaisir avec le « Bain-de-Diane », situé un peu plus haut dans le milieu de la vallée, Cette petite chute d'eau est formée par diflérentes cascatelles qui, par la iorce du temps, ont foré des puits dans la paroi du rocher, Le plus grand de ces récipients mesure dix pieds de large sur autant de profondeur, On aperçoit au fond des cailloux ronds qui, roulés par l'eau, ont servi à creuser la roche friable et à former un bassin naturel,
rû L'AMÉRIQUE DU NORD PITTORESQUE,
L'on conduit généralement les voyageurs dans un endroit appelé «Echo Lake», où se trouve un vaste bassin répercutant les sons de la voix humaine: ce Lac des Echos est caché sous un nid de verdure.
De l'autre côté de la rivière, sur la pente du Rattlesnake. on parvient un site ravissant : € Artists Fallr, — /a Cascade des artistes, — d'où la vue Setend jusque vers le Chicorua Mote Mountain. Cet endroit est une roche tapissée de mousse et de plantes grimpantes, et surmontée et ombragée par des arbres elances, à travers laquelle coule une eau murmurante, La vue que l'on a, en regardant autour de soi à cette place, est réellement sans crale.
Si on quitte un matin North Conwav et que lon prenne le chemin de la montagne, on parvient à un passage ctroit qui surplombe la vallée, Ca et la des ruisseaux coupent en deux la route qui se dirige le long des flancs du mont Bartlett. On parvient ainsi à Jackson Fall et à Goodrich Fall: c'est non loin de ces chutes d'eau que la rivière ES se jette dans celle de Saco, Le touriste arrive ainsi en pleine montagne et se voit au milieu d'une gorge en zigzags dont la double paroï est formée par des rochers taillés à pie.
.. Nous supposons que le voyageur à pris pour moven de locomotion Fomnibusdiligence qui dessert ces parages. I parvient ainsi, dans après-midi, vers les pentes boisées du mont Crawtord. et arrive entin à la petite maison bâtie à la base de Willey, quand le soleil décline à l'horizon. I v a en cet endroit un écho curieux qui fait tressaillir l'auditeur au.moment où le conducteur de la voiture publique embouche sa trompette, afin de montrer à ses clients ctonnes les etlets de cette répercussion naturelle, On dirait un orchestre de geants répondant à un appel dé nains.
A dater de la maison de Willev jusqu'à la porte Notch, la passe devient de plus en plus étroite, sans être pour ceii dangereuse, comme certaines personnes se plaisent à l'affirmer. Le précipice qui s'ouvre sur un des côtes de la route est de deux mille pieds de hauteur, taillé à pie et se prolongeant ainsi jusqu'au delà de la porte de Notch. Quelle que soit Fapprehension du vovageur, kr splendeur du paysage l'emporte sur les sentiments de crainte, Rien nest plus beau que Paspect de ces ruisseaux écumants, habités par des truites exquises, ÎS coupent à chaque instant lé passage et torcent le cocher à passer à gué où sur des ponts d'une hardicsse.…. americaine, Enfin Fon est parvenu à Notch, et l'on peut découvrir de cet endroit un paysage charmant, borne par une chute d'eau d'un effet merveilleux qui se précipite du haut de la montagne Webster et rejaillit, de rocher en rocher, jusqu'au fond de la vallee.
A une petite distance, après avoir traversé un plateau d'environ trois cents acres de wrre, entouré de montagnes sur les deux côtes, on S'arrète devant le Notch House. C'est li meilleure route que puisse suivre le touriste qui se rend au mont Washington: car, loin d'étre monotone, elle offre à chaque instant un nouveat panorama qui recrée les veux.
Parvenu au Crawford Notch, le vovageur qui a Fintention de gravir le plus haut pic des White Mountains doit se précautionner d'un vêtement approprié à la température dans laquelle il va se trouver : veston de velours de laine à côtes, Chapeau de feutre retenu autour du menton par un caoutchouc, des gants épais descendant sur le poignet, pantalon de laine très épais. Ce costume est, du reste, celui de tous ses compagnons excursionnistes, Les dämes ont, de leur côté, adopté un accoutrement commode et peu génant pour la
marche. L'essentiel pour entreprendre cette montée, Cest d'être assuré d'an beau temps,
afin de ne pas se perdre au milieu des nuoges. De nombreux accidents sont survenus à ceux qui ont voulu braver les intempéries et ne pas se fier surtout, pour l'ascension et la descente, à la sagacité des chevaux qui les portaient. Une douzaine de ces quadrupèdes et quatre guides sont à la disposition du public, Lorsque tout lé monde est prêt, la cavalcade se met en marche à travers les arbres qui couvrent le mont Clinton, depuis la base jusqu'au sommet. La gaieté règne dans tous les rangs et illumine les visages : lon va ainsi sans s'arrêter, jusqu'au moment où la monture qui vous porte manifeste l'intention de se désaltérer dans le ruisseau qu'elle va traverser.
A mesure que lon gravit les pentes de la montagne, l'aspect de la nature change graduellucnt, Les bouleaux jaunis, les hètres au tronc moussu et les érables à sucre couvrent le soi de la vallée et se mélent aux peupliers élancés, aux frènes, aux pins et aux épicéas, La mousse verte, aux tons veloutés, tapisse la terre végétale; mais quand on est parvenu sur les hauteurs, on est entoure d'une forêt de sapins touflus à travers lesquels le passage est souvent très diflicile. Toute cette végétation est encerclée de fougères, de lianes inextricables, Près de la cime du mont Clinton les arbres sont morts et leurs troncs, blanchis comme autant de squelettes dénudés, sembient défendre le passage.
On est enfin parvenu à la base de la montagne complétement pelée. La route contourne la partie nord du roc pointu de Kearsarge et passe près de quelques lacs minuscules qui perdent l'excédent de leurs eaux dans des abimes sans fond. On aperçoit derrière le mont Willard et le groupe de rochers qui entourent le Notch, souvent invisible cu égard aux nuages qui le cachent à la vue. En descendant, à droite, vers un certain endroit de la route, les touristes peuvent admirer la vallée ouverte à deux mille pieds au-dessous d'eux, à travers laquelle serpente la rivière Washington, qui longe une forét très étendue. Sur la gauche, à une égale profondeur, voici le cours de FAmmonoosae. Là commencent les difficultés du voyage, et l'on regrette bien souvent la folie que l'on a eue de consentir à faire une pareille excursion, quand on voit les chevaux hésiter à avancer, ne sachant point où poser leurs pieds. Un faux pas, et bête et cavalier seraient précipités dans un gouffre où ils seraient brisés comme verre, On a devant soi le Bates Gulfqui, très heureusement, est caché par des nuages et laisse ignorer le danger,
On aperçoit le mont Washingion de Monroë, et ce vaste cône se dresse au milieu d'une plaine dénudée, entrecoupée de tous les côtés par des crevasses volcaniques. Ce point des White Mountains est à plus de cent pieds au-dessus du niveau de la mer, Gà et là des plantes graminées et des fleurs sauvages poussent dans les interstices du roc; on trouve éparses sur la route des flaques d'eau alimentées par des sources où par les dernières pluies, très fréquentes dans ces parages. Dans ce nombre est le « Lac des Nuages », où l'Ammonoosa: prend sa source. À quelque distance du chemin on peut visiter le ravin de Tuckerman. Mais, à partir de cet endroit, on est forcé de gravir à pied la montagne dont la pierre friable se brise sous vos pas, €e qui pourrait occasionner la chute des chevaux. Certains rochers sont glissants comme du verre : c'est une nature sauvage où nul ètre vivant ne respire, où l'on aperçoit à peine dans les fentes du sol quelques fleurs päles et délicates.
Une fois parvenu au sommet, il est indispensable de se coucher à l'abri des roches pour ne pas être emporté par la violence du vent impétueux qui souffle presque toujours sur ces hauteurs abandonnées mènie par les aigles.
Si la montée a été pénible, on est réellement bien dédommagé par la jouissance qu'on éprouve à examiner à son aise un panorama exceptionnel. Les montagnes qui vous entourent ressemblent à une mer agitée dont les flots surgissent de tous les côtés. Les cimes sont couvertes d'arbres au feuillage vert sombre et pourpré; de toutes parts l'œil clignote devant le miroitage'des lacs multiples qui sont dispersés sur ect immense paysage.
Cette cime du mont Washington, à partir du plateau de Notch House, s'élève à cinq mille pieds, et sa base se trouve à quatorze cents pieds environ au-dessus du niveau de la mer. Si les voyageurs ont été favorisés par un beau temps, ils seront enthousiasmés; mais qui peut être certain de jouir d'une durée de dix ou douze heures au plus de calme sur la cime du mont Washington?
Le ravin de Tuckerman, dont il a déjà été question, est tellement exposé aux variations de la température, qu'on n'y trouve pour toute végétation que quelques plantes dont la graine à été entrainée par le vent dans ces lieux sinistres. Au milieu des nombreuses gorges creusées par les caux des sources, on fait remarquer aux touristes celle que l'on à nommée «The Snow Arch », parce que la neige, tombée en avalanche du haut des pics, s'amasse dans cet endroit et n'y fond même pas entièrement quand l'été est venu.
Les excursionnistes au mont Washington peuvent, si bon leur semble, redescendre à Conway par là route carrossable jusqu'au Pinkham Notch, séparé du Willey Notch, nord et sud, par des précipices au fond desquels bruissent des torrents. Tout autour de cette partie des White Mountains, on aperçoit les monts Crawford, Carter et Moriah,
La diligence suit le cours du torrent Ellis jusqu'à l'endroit où il se jette dans le Saco. A cet endroit on peut admirer à son aise tout l'ensemble des White Mountains, que rien ne cache à la vue, C'est un spectacle sans pareil.
Non Join de là, tout près du chemin, on va visiter la cascade de Cristal, ainsi nommée pour la pureté de ses eaux. C'est un endroit mystérieux où la nature a réuni le grandiose et le terrible pour étonner et territier le visiteur, C'est le même sentiment qu'éprouve celui-ci lorsqu'il s'arrête plus bas devant le Étang d'Émeraude », dont la brise nose pas rider la surface,
En Séloignant de Gorham et en suivant la voie carrossable, on arrive sur la pente d'une colline derrière laquelle se trouve la vallée d'Androscoggin, A un mille plus loin, au détour du chemin, on peut admirer la montagne Madison, dont la base est arrosée par le Moose River, aux eaux limpides coulant sur un lit de cailloux. À mesure que l'on avance sur cette route pittoresque, la vue est charmée par diflérents aspects de cette nature sauvage, et l'on contemple enfin à loisir le mont Adams, pareil au Madison,
Voici ensuite le mont Jefferson et plusieurs autres pics qui éblouissent le touriste par la forme qu'ils revétent et la verdure qui les couvre, De ce côté de la route qui descend de Gorham, les déclivités sont plus raides et la forme des roches plus excentrique.
Le voyageur qui avance sur cette voie tracée par la main des hommes suit les bords du Moose River, traverse les Cherry Mountains, et passe devant la maison des White Mountains; puis, tournant le dos au Jefferson et suivant le cours du ruisseau Israel, aboutissant à la vallée du Connecticut et à Lancastre, il se trouve à sept milles de distance seulement dé Willey Notch, dans la direction de Franconia,
En quittant Crawford House, la route s'est frayé un passage à travers des forêts
denses, À l'issue de ces bois, au fond d'une petite vallée, on trouve la source de F'Ammo-
So L'AMERIQUE DU NORD PIFTORESQUI
noosac, à la base du mont Munroë, Le murmure de ce ruisseau, qui coule sur un lit de mousse et de cailloux, flatte l'ouie du voyageur, fatigué par Îles trémoussements de la diligence
dont les ressorts ne sont pas des
mieux trempes, Cette charmante
plus jolies du New Hampshire, car à chacun de ses détours on se trouve face à face avec une petite cascatelle plus où moins importante
Le premier village que l'on traverse en S'éloisnant de Jackson se nomme Bethlehem; il est dominé par le Franconia et le Lafayette, et enfin par les montagnes du Vermont
Lorsqu'on avance encore, on parvient à une descente qui aboutit à la vallee de FAmmonoosac, le long de laquelle le chemin décrit malle circuits, jusqu'au moment où commence la montée du Franconia Notch
Ce pavsagc d \ontagnes
Blanches du New Hampshire
est réellement très remarquable
On passe devant Profile House » et le « Lac des Echos dominé par le mont Laltavette,
et l'on tait halte en cet endroit
Le lendemain on entreprend
| quelques rsions dans les en viron la pt TX | ir Il lu erl | il de bois toufl La pureté cristal-
RS ni Lit d nement pou tous IX qui il lans ces pa rages. C'est à peine si le bateau qui transporte les visiteurs d'un bord à autre laisse un
profond sillage derrière lui : les rames tombent en cadence et leur bruit seul produit un murmure qui, répété par les échos multiples, ressemble à celui d'une harpe éolienne.
Sur l'autre rive du lac, le long du sentier qui aboutit au Rocher Profil, on passe devant la muraille élevée nommée le « Rocher-des-Aigles », parce que ces oiseaux font leur nid dans quelques cavités du rocher.
Les habitants du pays racontent que ces monstres ailes ont, à diflérentes époques, ravi des enfants pour les dévorer et en partager les membres à leurs nourrissons. Vraie ou fausse, l'histoire est de tradition dans la bouche du guide
Vis-à-vis ce rocher, aux souvenirs funèbres, se dresse Le Rocher-Profil, ainsi nommé parce qu'à sa cime on peut voir, découpée dans la pierre, «la vicille figure de granit » qui rappelle les traits du visage de Virgile. Nathanicl Hawthorne a décrit en vers gracieux la nature sauvage de ce site pittoresque : le lac du «OI man wash basin
la cuvette à laver du vieillard. — On a déjà montré aux voyageurs, dans cette excursion à travers les Montagnes - Blanches, des « fauteuils », des « tombeaux » et des « chaises » de pierre; mais aucun de ces monuments de la nature n'est plus curieux que celui de la Montagne-Protil.
C'est dans le « Old man wash basin» que la rivière Pemige Wassel prend sa source. On peut la suivre dans ses méandres jusqu'au Flume House (la maison du canal d'écluse), non loin de laquelle s'ouvre une sorte de tunnel, ou
plutôt de fissure entre deux énormes
roches de cinquante à soixante picds d'élévation, L'eau coule dans ce pas- i NNEL À CIFI
sage sombre, ct, le long des parois des
pierres, des plantes grimpantes, des mousses ont appendu leurs guirlandes. Levez les yeux, çt vous verrez un énorme bloc de granit tombé comme par miracle, venant on ne sait d'où, qui a été retenu entre les deux roches perpendiculaires, étant trop gros pour choir jusqu'au fond. Rien n'est plus curieux que ce phénomène de
la nature,
Les pentes abruptes que l'on parcourt le long du fleuve de Dismal Pool, au-dessus de Crawford House et de Willey Notch, sont également très pittoresques.
Quelque exacte que soit la description du voyage dans les Montagnes-Blanches que nous venons de faire dans ce chapitre, elle n'est pas complète, car, de nos jours même, l'exploration de ce coin du New Hampshire n'a pas été faite en entier Chaque année, un voyageur plus audacieux que ses devanciers découvre un nouveau passage, une nouvelle cascade, une vallée inconnue, un site enchanteur que le pied de l'homme n'avait pas encore foulé, On cite parmi ces découvertes le Dixville Notch, au nord des White Mountains.
I y a deux ans, un chasseur de New-York, — qui publie le Sporting Magazine et dont la renommée cynégétique est justement célèbre de autre côté de l'Océan, — s'était rendu avec deux de ses amis et confrères dans l'art de la vénerie au milieu des montagnes du New Hampshire pour y passer une saison de chasse et de pêche. Les trois camarades avaient emmené, en qualité de guide et de domestique, cuisinier et valet de chambre, — vrai maitre Jacques, — un certain Hatkins, très connu dans le canton et souvent employé par les touristes nombreux qui visitent les gorges du New Hampshire, Ces quatre personnes avaient établi leur campement sur les rives du Dismal Pool et rayonnaient de là sur tout le territoire, se livrant à leurs exercices favoris. Hatkins portait également un fusil, en cas de nécessité de chasse ou de défense, Un jour, un ours se montra sur un des coteaux voisins du « séjour passager » des chasseurs, ét ceux-ci se lancèrent à sa poursuite. Après avoir gravi la montagne et suivi un sentier sur lequel les traces de maitre Bruin se voyaient à chaque pas, deux d'entre les chasseurs se trouvèrent égarés, ct, après s'être consultés, appelèrent leur compagnon, et surtout Hatkins, qui connaissait le pays dans tous ses coins et recoins et pouvait les tirer d'embarras, L'écho seul répondit à leurs voix.
Que faire en pareille occurrence? Revenir sur ses pas était le plus sûr moyen de retrouver une indication pour rejoindre le camp de Dismal Pool. D'un autre côté, abandonner la piste de l'animal poursuivi, C'était subir volontairement une mortification pénible pour tout chasseur consciencieux. Les deux amis se consultérent et résolurent d'aller de l'avant, coûte que coûte. D'ailleurs, il n'y avait plus à hésiter : ils venaient d'entrevoir l'ours par le corps.
A force de chercher un passage, les amis découvrirent une sorte de corniche, le long de laquelle ils se coulèrent, en prenant toutes les précautions imaginables. Parvenus dans le lit du torrent qui coulait au fond du ravin, ils sautèérent de l'autre côté et purent se hisser sur la déclivité aboutissant à l'endroit où Fours avait paru à leurs yeux. Is arrivèrent effectivement à la place reconnue, mais la bête ne les avait pas attendus.
Tour en marchant, montant et descendant, ils parvinrent vers une sorte de cul-desac où les conduisaient les traces de la bête sauvage. Au détour d'une coulée à travers bois, ils aperçurent en eflet l'ours convoité, disposé à s'élancer sur eux.
Deux coups de carabine, prestement et habilement lancés, abattirent Fanimal, qu'il fallut achever à coups de bourie knife. Cette double détonation avait été répercutée par les échos du cañon des montagnes, et les camarades espérèrent que ce bruit, semblable à une décharge d'artillerie, aurait éveillé l'attention de leur ami et du guide Hatkins.
I n'en fut rien. Le soir était venu, il fallut songer à camper sur place, En cherchant un site convenable, l'un des deux chasseurs arriva devant une sorte de renfoncement
dans la roche qui lui sembla propice pour allumer le feu et préparer le souper. L'ours allait fournir de superbes grillades; l'eau du ruisseau remplacerait le vin de Bordeaux ou le pale ale.
Tandis que les deux amis ramassaient du bois mort dans les environs, celui qui avait decouvert la grotte contourna le rocher et se trouva subitement en face d'un magnifique spectacle, JE voyait devant lui une caverne profonde au plafond de laquelle des stalactites appendues allaient rejoindre des stalagmites surgissant du sol, Le soleil ravissant qui dorait l'horizon dardait ses rayons sur les micas dont la grotte était constellée. On eût dit un palais de fées, un rêve de poëte, un conte de Perrault réalisé et palpable. Aux cris du « découvreur », Fami arriva qui tomba lui-même en admiration devant ce spectacle merveilleux.
C'est là que bientôt l'ours fut trainé et le feu préparé. Le souper fut très gai, la nuit se passa sans accident, et quand l'aube parut, les deux amis, ayant dépouillé leur gibier, dont ils voulurent conserver la peau, se mirent en route pour retrouver leur camarade et lui annoncer l'heureuse découverte qu'ils avaient faite.
Is crrérent longtemps dans les vallons et sur les montagnes du Walley Notch, appelant Hatkins, tirant des coups de feu, sans recevoir de réponse. Enfin, vers Ie milieu de laprèsmidi, il leur sembla entendre une détonation au fond d'un vallon qu'ils venaient de contempler du haut d'une cime sur laquelle ils s'étaient hissés. Bientôt un être vivant parut au bord d'un petit ruisseau, dans un espace vide : c'était Hatkins. Leur camarade le suivait. Ils étaient enfin réunis.
Le guide à qui les chasseurs racontèrent leur découverte se refusait à croire ce qu'on Jui aflirmait : il prétendait si bien connaitre le territoire, que la grotte de l'ours — Bear's home — ui semblait un joli « humbug » inventé par les deux New-Yorkais, à son intention.
Le lendemain les trois amis se mirent en route, les «tueurs » de l'ours servant de guides à leur tour; mais ts eurent les plus grandes difficultés à parvenir jusqu'au lieu où ils avaient passé la nuit. HS 1e retrouvérent pourtant, Hatkins fut obligé de se rendre à l'évidence, Une nouvelle découverte était faite et consacrée.
Depuis cette époque, la grotte de l'Ours est une des curiosités les plus connues de tous les visiteurs du White Mountains.
Le chemin de fer qui suit la route du Grand-Frunk, le long de l'Androscoggin, aboutit dans la vallée du Connecticut, à North Stratford. À cet endroit on monte dans une diligence dont le but est Colebrook, florissant village du New Hampshire, d'où lon parvient sans peine à Dixville : les montagnes touchent presque aux habitations.
Ces rochers hérissés au-dessus d's forêts sont d'une coupe bizarre, accidentée au possible, C'est la désolation de la nature que l'on contemple en cet endroit. La pierre s'est écroulée de toutes parts, les arbres sont morts faute de terre pour leur donner la vie; la route que l'on suit est terrifiante jusqu'au moment où elle débouche sur les prairies de Clear Spring — Claire-Fontaine, — tout autour desquelles les arbres verts ont formé une épaisse tapisserie, C'est au milieu de cette passe que l'on se trouve en présence d'un rocher de forme excentrique qui est appelé la Colonne.
Un avis aux touristes avant de finir ce chapitre : l'époque la plus opportune pour s'aventurer à travers les gorges du New Hampshire est celle qui s'écoule entre juin et la
fin de juill«* Le ciel est alors pur, les herbages sont couverts de verdure et les journées sont plus iongues, ce qui n'empêche pas le plus grand nombre des excursionnistes de se risquer pendant le moisd'août— la saison des orages — et en septembre, où les vents sont déchaïnés et les brouillards fréquents. Quoi qu'il en soit, il faut visiter les White Mountains quand on en a le temps.