‹ L'Amérique du Nord pittoresque [microforme]Chapitre 162 sur 211 · VUE PRISE SUR LE LAC · texte numérisé non relu

VUE PRISE SUR LE LAC

à l'éducation, à la littérature et aux institutions artistiques organisées dans le même genre que celles des villes les plus policées des premiers États de l'Union.

Nous n'apprendrons rien à nos lecteurs en leur disant une fois de plus à quel point les Américains sont industrieux, Or, les citoyens de Chicago, voulant se rendre indépendants de l'industrie des États de l'Est, ont mis en pratique la liberté du commerce. Ils débutèrent d'abord par fabriquer des outils indispensebles à l'agriculture, et il y a vingt-neuf ans qu? l'on établit une fabrique, — très prospère de nos jours, — où l'on confectionne un excellent tombereau de ferme en 7 minutes, Viennent ensuite les instruments de toute sorte employés sur les chemins de fer, dans les métairies et les entreprises de construction.

On cite encore, parmi les industries de Chicago, celle de la cordonnerie, qui occupe 4,000 ouvriers clouant des bottes et des souliers. On y tisse également le coton et la laine, on y fabrique de l'horlogerie à bon marché dont l'invention est due à M. Chamoy (Jérôme). On évalue à 100,000 pendules par an le chiffre de ce commerce, et le prix de ces horloges est inférieur à celui des mêmes ouvrages du Connecticut. Les montres de Chicago ont une renommée aux États-Unis et leurs fabricants accaparent une grande partie des 55 millions de francs dépensés annuellement en Amérique pour l'achat de montres neuves.

Les pianos ont aussi des fabriques importantes dans la grande cité de l'Ouest, et les célèbres éditeurs Root et Cady font graver des monceaux de musique dans leurs ateliers.

Chicago s’est occupé depuis cinq ans de quatre choses importantes : l'établissement de manufactures, l'amélioration de: la ville, l'achèvement des chemins de fer vers le Pacifique et la construction des canaux maritimes du Mississipi à l'Atlantique. Tous ceux qui ont pu apporter à ces diverses entreprises leur intelligence et leurs capitaux ont été les bienvenus.

En somme, Chicago est « redevenu » une très belle ville : les rues sont remplies de voitures et de piétons comme à New-York ou à Philadelphie et dans tous les étalages des boutiques de la cité réédifiée se retrouvent les marchandises que l'on pourrait voir dans les deux métropoles que nous venons de nommer. Le touriste est forcé de reconnaître qu'il se trouve dans une véritable capitale, De belles maisons, de superbes restaurants, des magasins de bijoux remplis de chefs-d'œuvre en or et en argent, sertis des pierres précieuses, des magasins de librairie d'une beauté imposante, des manufactures d'orgues, de pianos, de musique; des brasseries dont les produits sont déjà renommés à l'égal de ceux de la Bavière et de l'Angleterre, tout est grand, tout impose l'admiration au visiteur,

Un fait assez curieux à signaler, c'est que les maisons en location sont rares à Chicago. Les ouvriers économes sont propriétaires et les autres louent toute une maison pour l'habiter. Les sept dixièmes de la ville se composent de petits cottages de bois, bordés de trottoirs également en bois.

Si nous entrons à la Bourse de Chicago, nous y trouverons réunis, vers l'heure de midi, les hommes dont l'énergie jointe au plus grand patriotisme ont relevé la ville de ses ruines désastreuses. Dans une salle spacieuse, décorée à fresco par des peintres d'Italie, on rencontre chaque jour de 15 à 1,800 négociants entre les mains desquels s'échangent ces monceaux de grains, de bois de charpente et autres produits dont nous avans déjà touché quelques mots. Là sont les vendeurs et les acheteurs, plus loin les assureurs, les expéditeurs et le bruit qui se fait dans ce palais de Plutus et de Mercure dépusse celui de notre Halle aux valeurs de Paris, édifiée sur la place de la Bourse. Tout ce trafic immense

s'opère avec une rapidité vertigineuse et quand les trois coups sonnent à l'horloge du Board of Trade, le secrétaire monte à une tribune, d'où il lit les télégrammes arrivés de New-York, de Londres et de Paris, Cela fait, les conversations recommencent et se prolongent ad libitum.

Vers une des extrémités de la salle, devant les pupitres en bois d'acajou, les reporters de journaux ont fait et font, jusqu'à la dernière heure, leur correspondance commerciale, et, quand tout le monde s'est retiré, on voit arriver le concierge du bâtiment qui, muni d'un balai, rassemble tous les grains de blé tombés sur le sol, avec lesquels il peut nourrir une grande quantité de poules... qui lui servent à augmenter ses appointements.

Le climat de Chicago est excellent et très sain, et les hivers courts et rudes ne durent pas plus de quatre mois. Pendant la saison torride, les bouffées de chaleur sont mitigées par les brises du lac Michigan, et cependant nous devons avouer qu'il y a quelquefois des journées accablantes à supporter,

Les vivres, très abondants à Chicago, sont de nature diverse; mais l'art culinaire n'a pas encore conquis le rang qu'il devrait occuper, Fans les plus grands hôtels de la ville, la préparation et la cuisson sont élémentaires. Le fait contraire est une exception.

L'instruction est, par contre, — cette autre nourriture de l'âme, — poussée à l'extrême, mais l'instruction publique, dont les tendances convergent toutes du côté du commerce et de l'industrie, dans la principale institution de Chicago, — High School, — établissement qui ferait honneur à n'importe quel pays : on y voit, méiés les uns avec les autres, les enfants de race blanche à ceux de couleur, Il en est de même dans les écoles de jeunes filles.

Il y a trois collèges de médecine à Chicago, ainsi que deux séminaires religieux, une université et une académie des sciences, sans oublier un observatoire d'astronomie. On y établit en ce moment un muséum qui sera bâti et rempli d'objets précieux d'histoire naturelle, à l’aide de souscriptions nationales.

Si nous quittons Chicago vers le commencement de la soirée, nous jouirons de la vue d'un coucher de soleil qui n’a rien d'égal sur la terre, car l'astre brillant semble se fondre dans une mer de lave fondue, éclairant de ses rayons miroitants les nuages qui l'entourent, Le site qui borde le lac Michigan ajoute encore à l’'émerveillement de ce spectacle.

Lorsqu'on remonte le rivage dans la direction du nord, on remarque les formes bizarres des roches qui bordent la plage. C'est particulièrement à la distance de 28 milles, dans un bourg tout petit, appelé Lake Forest, — la Forêt du Lac, — que ces excentricités de la nature sont extraordinaires. La roche crayeuse et tendre a été taillée par l'action des eaux et offre à la vue des formes de colonnes, de vagues pétrifiées, de pyrainides accrochées l'une à l’autre: c'est un chaos très curieux à étudier. Et chaque année ces bizarreries assument un aspect diflérent: on raconte même, qu'après une violente tempête, — quand les vagues ont battu les côtes, — le rivage du lac Michigan n'est plus reconnaissable,

On dirait une chaîne de pics nains, un diminutif des Alpes ou des Pyrénées, Tantôt, sur ce rivage désolé, le touriste rencontre un tronc d'arbre déraciné et violemment couc! ” sur le sable; plus loin, c'est une carcasse de bateau ou quelque tonneau défoncé. L'aspect est triste, navrant, ce qui n'empêche pas que bon nombre de citoyens de Chicago se sont fait bâtir des villas dans ces parages.

Dans certains endroits cependant on voit se dresser une vaste falaise descendant

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