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LA RIVIÈRE DE MILWAUKEE

abruptement jusque sur le sable de la plage, et couverte vers sa cime d'une forêt verdoyante,

A mesure que l'on s'avance, on aperçoit de nombreux villages et quelques hameaux échelonnés le long de la route. Ce sont, pour la plupart, des centres d'habitations où résident des pêcheurs; aussi, au lieu de maisons, aperçoit-on des cabanes informes placées sur les rives du Michigan dont les eaux balancent les embarcations des disciples de saint Pierre.

Les plus importants de ces villages se nomment Kenosha et Racine.

Kenosha se trouve à 50 milles nord de Chicago. Il est bâti sur un monticule assez élevé; le havre où l'on aborde est bien disposé et de splendides pâturages l'entourent de toutes parts.

Racine, placé à 7 milles plus au nord, est considéré, eu égard à son importance, comme la seconde ville de l'État du Wisconsin, non seulement eu égard au nombre de ses habitants, mais encore par son commerce, Le petit port autour duquel les maisons sont groupées passe pour excellent. Cette petite ville, construite vers les bords de Rock River, sur une colline dont l'élévation est de 40 pieds au-dessus du niveau du lac, est d’un aspect assez gracieux, Les rues sont très bien alignées, et les maisons ont un aspect cossu,

Les quais assez vastes qui s'avancent sur les eaux ont une forme particulière,

Le collège de Racine est renommé dans cette partie des États-Unis,

Passons maintenant à Milwaukee, situé à 90 milles au nord de Chicago, On s'y rend à la fois par bateau à vapeur et par chemin de fer. Le voyage sur l'eau est très agréable, et on peut le faire en quelques heures,

Milwaukee, à l'exemple de Chicago, est une ville très commerçante; c'est, du reste, la principale pour le négoce de tout l'État du Wisconsin, et sa population est évaluée à 80,000 âmes.

Comme Chicago, la cité est divisée en trois districts : celui de l'est, celui de l'ouest, et enfin le quartier sud, obtenu par le terrain qui s'étend entre l'embouchure de la rivière Menomonee et celle de Milwauke:. L'espace de terrain entre ces deux courants d'eau est de 17,000 carrés, sur lesquels sont divisées 160 rues et 14,000 maisons disposées en neuf quartiers.

La rivière a été endiguée et l'on a établi, tout le long de son cours, des industries importantes. Le territoire des environs est plus montueux qu'à Chicago, et, sans être partial, on peut déclarer que Milwaukee est plus agréable à habiter que Chicago.

La plus grande partie des habitants a pour origine l'Allemagne. On s'aperçoit de leur nationalité par l'aspect des maisons et les arrangements de leur commerce.

Les Américains prétendent que ces gens-là ont toujours conservé les mœurs de leur village; ils ajoutent qu'ilsge connaissent tous par leur nom, comme dans un petit endroit, et que leurs affaires personnelles ne sont un secret pour personne.

Quoique le voyageur ait à chaque instant sous les yeux des enseignes allemandes et que ses oreilles soient frappées du langage des sujets en fuite du roi Guillaume de Prusse, il peut se convaincre que les gens de Milwaukee, loin d'avoir l'esprit lent, ont acquis, d'une façon ou d’une autre, la vigueur et la bonne humeur des hommes du Nord-Ouest.

Un fait assez curieux à mentionner, c’est que les émigrés, au fur et à mesure qu'ils se trouvent noyés dans le courant américain, éprouvent le besoin de se réformer complète-

ment, Autant ils sont lents et lourds dans leur pays natal, autant six mois, un an après, ils ont acquis, sans savoir comment, l'activité yankee et la ruse qui fait partie de cette... qualité, Si le Français garde toujours sa nationalité et reste toujours Français, l'Allemand, lui, a le talent de se fusionner avec ceux chez qui il est venu habiter, D'autre part, il aime la vie intérieure, le gros manger, le confortable sans luxe, Avec du travail, — pas plus qu'il n'est nécessaire pourtant, — il arrive à se donner tous ses aises et il comprend qu'après tout, les mœurs yankees ont du bon, C'est pour cette raison que le nombre des Allemands a quadruplé depuis une trentaine d'années sur le sol américain.

D'autre part, la guerre de 1870-1871 a appris à cette nation de gens calmes que leur gouvernement était ruineux pour leur santé, pour leur sûreté et pour leur industrie, quelle qu'elle fût; les agents d'émigration sont ensuite venus qui ont affirmé aux habitants que le vrai bonheur, c'est-à-dire la tranquillité et le bien-être, ne se trouvaient qu'en Amérique et l'exode a commencé, Depuis dix ans, la fuite a pris des proportions qui ont souvent donné de mauvais rêves à M. de Bismarck. Quelque nombreuse que soit la nation allemande, on est porté à croire qu'au cas échéant, les cadres de l'armée du kayser Guillaume ne seraient point aussi remplis qu'à l'époque de la dernière guerre, si on était forcé d'appeler tous les gens valides sous les drapeaux, dans un moment donné : l'effectif serait en déficit, et il manquerait bien des milliers d'hommes à l'appel,

Les tours, les clochers, les coupoles, les clochetons, les balcons sont en si grand nombre que l'on pourrait se crôire dans un port de la Méditerranée, avec quelque différence cependant, |

L'architecture des habitations et des monuments n'a rien d'uniforme : on trouve réunis tous les différents styles, mais l'ornementation est générale; on peut admirer à loisir et tour à tour des statues de plâtre, des bronzes fondus, des torsades enroulées, des filigranes, etc., etc., sur tous les monuments de la ville,

On appelle vulgairement Milwaukee « la Cité crème des Lacs », ron seulement par rapport à la teinte crémeuse des eaux, mais encore par la multiplicité des briques de cette couleur beurrée avec lesquelles on construit des maisons. Ces matériaux divers produisent des effets imprévus, et on les emploie de préférence à tous autres.

Les habitations particulières qni s'élèvent dans les rues excentriques de la ville sont toutes abritées par des arbres et des buissons; la plupart de ces résidences sont ornées sur le devant et sur le derrière de jardins admirablement entretenus. Des portiques entourent les constructions.

Dans ces parcs floraux, tracés par un la Quintinie américain, on a pratiqué des grottes,

.des pavillons dont la peinture éclatante égale la forme bizarre.

Les navires d’eau douce, — de la plus grande taille, — peuvent s'aventurer, sans danger, dans le lit de la rivière, au-dessus de laquelle les ponts couverts sont nombreux.

Les quais, solidement bâtis en bois et en pierre, sont bordés @e constructions remarquables, bien supérieures à celles du même genre que l'on trouve à Chicago et à New-York.

Devant presque chaque magasin sont amarrés des remorqueurs à vapeur jaugeant 1,000 tonnes, et qui sont placés dans le voisinage des marchés les p'us achalandés.

La rivière, par e!le-même, est un endroit très attrayant à parcourir : rien n'est plus fréquent que de voir des embarcations, dirigées par quatre rameurs, faire une course entre elles à travers les steamboats et les autres bâtiments à voiles qui sillonnent le courant,

Les brasseries de Milwaukee manufacturent plus de 3 millions de gallons de bière ordinaire par an; aussi les jardins et les salons où les buveurs se rassemblent sont-ils nombreux.

Mais tous ces séides de Gambrinus sont gens de dévotion, et ils fréquentent aussi une soixantaine d'églises de différents cultes, Ajoutons encore qu'il y a des institutions littéraires et des écoles de valeur à Milwaukee.

Nous avons déjà parlé des élévateurs dont la capacité d'entonnoir est évaluée à 5 millions de boisseaux de grains. Un seul parmi eux en contient environ 500,000 boisscaux.

Il y a également une minoterie dans laquelle on fabrique, chaque jour, 1,000 barils de farine.

Sans énumérer davantage les curiosités commerciales de Milwaukee, nous dirons que cette cité de l'Ouest est une des plus curieuses des États-Unis. Sa situation exceptionnelle n'a d'égale que sa prospérité et son activité.

Ce nom de Milwaukee, donné à cette cité, est évideinment d'origine indienne. On appelait ainsi autrefois un petit village de Peaux-Rouges qui s'élevait non loin de l'endroit où l'on a bâti ce petit port de lac, et ce mot signifiait « la riche, la belle terre ».

Comme la plupart des villes de l'Ouest, que l'on qualifie de nouvelles et de jeunes, Milwaukee a sa légende qui remonte à une époque où l’on n'écrivait pas encore l'histoire d'Amérique. On montre dans le pays des demeures très anciennes où les Indiens s'étaient établis, et dans certains mounds, — ce qui veut dire monticules, tombes, — on a trouvé, en les creusant, des preuves irrécusables de la résidence d'une race dont le craditions ne soni pas parvenues jusqu'à nous.

L'histoire authentique de l'emplacement de cette ville peut être racontée en peu de mots.

Comme nous l'avons déjà dit, le premier visiteur de ces rivages du lac Michigan fut le père Marquette, qui descendit dans ces parages en 1674.

Après lui, quelques missionnaires, certains aventuriers chasseurs de fourrures, vinrent atterrir sur ces plages inconnues avant les premières années du siècle présent.

En 1818, un commerçant français, nommé Salomon Juneau, se fixa dans le village indien de Milwaukee : sa famille et lui furent les seuls blancs que l’on vit dans cet endroit, jusqu'en 1835.

Lorsque la guerre dirigée par « Black Hawk », — le Faucon noir, — fut terminée et que les Peaux-Rouges eurent été repoussés vers les prairies du Far-West, certains autres pionniers vinrent se réunir à Salomon Juneau.

On attribue à ce dernier, ainsi qu'à Georges Walker et à Biron Kilbourn, l'honneur de la fondation de la ville de Milwaukee. Il n'y a rien d'étonnant que ce peut village soit devenu une cité. Aux États-Unis, ces miracles se rencontrent à chaque instani,

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