‹ L'Amérique du Nord pittoresque [microforme]Chapitre 18 sur 211 · RIVAGES DE L'EST AMÉRICAIN · texte numérisé non relu

RIVAGES DE L'EST AMÉRICAIN

LA E de Mount Desert, sur la côte du Maine, est un des points les plus curieux de cet Etat. Entourée de toutes parts par une mer aux flots mugissants, elle se voit de loin eu égard à ses cimes clevées qui la font ressembler au pic de Ténériffe, Tout autour des

récifs menaçants, des rochers où la vague vient se briser et se réduire en poudre : ces

points de vue repoussants — dont l'horreur est cependant une beauté — sont remplacés de distance en distance, tantôt par une baie qui s'ouvre pour servir d’abri au marin, havre charmant, gracieux, abrité par des arbres verts, enchanteur à la vue, fascinateur et attrayant pour le voyageur. A droite et à gauche de cette anse — ou plutôt de ces petits ports qui sont nombreux — des roches de formes étranges, entassées les unes sur les autres, semblent menacer l'audacieux qui osera se risquer dans ces parages. Et pourtant on n'hésite pas à franchir ce ressac et à s'aventurer jusque vers la plage.

On trouve dans ce petit coin du globe une fortification naturelle étonnante, des arbres verts et des lacs mystérieux. Tout autour, des roches perpendiculaires, contre lesquelles les vagues viennent se briser, pror.vent aux visiteurs que la lime des ans s’est émoussée contre ces obstacles de granit. C'est le seul endroit des Etats Unis — à l'exception des Palissades de l'Hudson — où des falaises soient ainsi debout le long de l'Atlantique, prêtes à supporter les chocs des tempêtes. Et si l'on pénètre dans l'intérieur de l'ile, on est étonné de se trouver tout à coup au milieu d'une oasis verdoyante, où la fôret croît près d'une bordure de gazon semée de fleurs, qui descend par pentes graduées jusqu'au sable. IT y a là une anse propice aux baigneurs, qui pourraient se croire dans un des îlots des mers du Pacifique. ‘

Nous voudrions citer — si cette énumération n'était point fastidieuse — un grand nombre de grottes profondes, où les Néréides auraient eu plaisir à chercher un refuge, des rochers aux formes cyclopéennes qui font rêver à des temps mythologiques, — Ossa sur Pélion. — La réunion de toutes ces curiosités pittoresques fait de Mount Desert un séjour mystérieux qui attire celui qui ne la jamais visité, Située au centre de la baie des Français, à cent dix milles de Portland, cette île est d'une étendue de vingt milles carrés sur lesquels sont bâtis trois villages : Mount Desert, Tremont et Eden. On vante également la sûreté de trois havres nommés Southwest, Northeast et Bar Harbor. Ce dernier est placé en face des iles Porcupine (du Porc-Épic). En levant les yeux le visiteur peut compter treize pics séparés les uns des autres, dont le plus haut est la Montagne-Verie et celui qui vien: après — pour la hauteur — Newport. Dans l'intérieur de l'ile, plusieurs lacs sont alimentés par les eaux pluviales et les sources.

Deux steamers conduisent deux fois par semaine les voyageurs de Portland ou de Bangor à Mount Desert; ils atterrissent à Bar Harbor. Au moment où l'un de ces navires à vapeur arrive près de la côte, — vers quatre heures de l'après-midi, quand le soleil descend vers l'horizon, l'aspect de l'ile est indescriptible, surtout lorsque aucun nuage ne ternit l'azur du ciel et que la mer tranquille s'ouvre sans résistance &evant les vaisseaux à hélice.

C'est une chance que celle qu'a un touriste lorsqu'il arrive dans ces conditions. Il peut contempler à son aise ces montagnes, qui se découpent dans + ciel comme autant d'ombres chinoises sur le voile blanc, où elles se reflètent : on dire: qu'elles dansent si ie navire est tant soit peu soulevé par les vagues. C'est ainsi que |. 1 «perçoit d'abord les Green Mountains dans tout le développement de leur majesté, puis Newport hissé au-dessus d'un roc qui a plus de mille pieds de haut; et tandis qu'il examine ce spectacle étrange, le touriste voit la terre se rapprocher : le steamer se creuse un passage entre les îlots verdoyants qui entourent le Mount Desert, avant d'entrer au port.

On aperçoit alors, se détachant sur un ciel sans nuages, une cime altière qui, grâce au mouvement de tangage du vapeur, semble danser au dehors des flots. Tantôt s'offrent

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