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LES CANONS DU COLORADO

es gorges de la contrée du Colo- Co rado sont pleines d'horreurs sublimes. Jamais Dante, dans sa poésie infernale, n'a rêvé un chaos plus terri= fiant que celui-là,

Nous dirons d'abord que les rives du Colorado contiénnent un fleuve qui est, — eu égard à son importance et à l'espace qu'il traverse, — le troisième des grands courants d'eau des États- Unis. Une des particularités du système de drainage de cette contrée, c'est que

tous les ruisseaux qui vont se jeter dans

le grand Colorado prennent leur source dans des ravins profonds, deux murailles que l'on

: dirait fendues d'un coup de hache. C'est à peine si, L'ILOT DE ROUSTA, par intervalles, ces petits torrents débordent sur une

portion de terre propre à la culture. La plupart de ces cañons du Colorado ont à peine une centaine de pieds d'élévation; certains cependant se hissent jusqu'à 1,000 à 1,200 pieds. Celui que le major Powell appelle le plus grand de tous les gouffres du monde mesure 4,000 pieds de profondeur sur une étendue de 200 milles.

La rivière Verte, — Green River, — connue de tous ceux qui ont voyagé sur l'Unioi Pacific Railroad, est la plus importante branche du Colorado. Elle fut explorée d'un bout à l'autre, en 1869, par le major Powell, qui, monté sur des bateaux construits à Chicago et apportés jusque-là par le chemin de fer, mit à parcourir 11,000 milles, trois mois dont un fut entièrement employé à visiter le Grand Cañon.

Avant lui, un missionnaire jésuite, le Père Escalante, avait, en 1776, parcouru ce territoire, et on a conservé la carte qu'il en avait tracée, sur laquelle est indiqué le point où il passa. Le colonel Frémont et Whipple avaient vu le cañon, et Ives, dans son expédition, faite en 1857 et 1858, parcourut les bords du Kanab, une autre vaste fissure du Colorado, qu'il prit pour le Grand Cañon lui-même. Il n'en est pas moins vrai qu'avant l'excursion du major Powell, le cours du fleuve était aussi inconnu que celui du Nil.

C'est dans le territoire de l'Utah, vers l'est, que la réunion des rivières Grand et Green forme le Colorado, et la distance de la station du Green River jusqu'à la jonction des deux affluents est évaluée à 458 milles.

Dès que l'on a quitté la voie ferrée, on peut visiter les cañons dans l'ordre suivant : la gorge de Fleming, le Kingfisher, le Red Cañon, celui de Lodore, le Wirlpool, le Yampa, le cañ on de la Désolation, le Gray, le Labyrinthe, le Stillwater, la Cataracte, le Narrow,

zaû L'AMÉRIQUE DU NORD PITTORESQUE,

le Glen et le Marble Cañon. Les qualifications données à ces vallées sont généralement applicables à l'aspect de ces déserts,

Le Labyrinthe est le cañon le plus bas de tous ceux que l'on peut visiter dans le territoire : ce qui en fait la bizarrerie, ce sont les murs contournés et perpendiculaires. A un certain endroit de ce cañon, le fleuve décrit une courbe à l'extrémité de laquelle il entoure une petite Île où s'élève une butte ronde comme un O, dont la forme est celle d'une fortification mastodonte, Il n'y manque que des créneaux et des caronades, C'est ce que l'on appelle « l'Hot-forteresse de Rousta», Tout autour, les eaux du Colorado sont peu profondes.

A la jonction des deux rivières, le Grand et le Green, les eaux se précipitent en avant avec la force d'impulsion des Rapides du Niagara, à travers une gorge qui a 2,000 pieds de profondeur. C'est à cet endroit que commence la série des cañons du Colorado,

Le premier est celui de la Cataracte, dont la longueur est.de 50 milles, La force d'impulsion de l'eau à travers cette fissure est immense : on la compare à celle d'un chemin de fer lancé à toute vapeur,

C'est ainsi que le fleuve traverse le Narrow, — l'Étroit, — puis, à 150 milles plus loin, il entre dans le Gleen Cañon, à la place où le Paria fait sa jonction avec le grand absorbant, Il y a là des chemins et des gués par lesquels on peut descendre au bas de la montagne et traverser le courant dans des bateaux, Les Indiens, eux, se jettent à la nage, en se servant de troncs d'arbres pour se soutenir, A un mille au-dessus du Paria, on montre l'endroit où le Père Escalante et cent prêtres qui l'accompagnaient se risquèrent sur les eaux du Colorado, La roche de ce précipice est de couleur rougeâtre, et, ce qui est très curieux à observer, c'est qu'elle n'offre pas la moindre fente sur sa surface lisse,

Vient ensuite, au nombre des plus curieux passages, le Marble Cañon, dont les rochers sont aussi polis qu'une table de Paros : on les prendrait pour des restes d'une architecture ancienne, Ce membre ou plutôt cette brèche qui forme les parois de la crevasse, prend des couleurs diverses : elle est rose, brune, grise, ardoisée ou vermillonnée, La peinture seule peut rendre ‘éclat de ces teintes éclatantes

L'issue de cette val!'ïe de marbre se trouve à l'endroit où le Chiquito vient s'unir au Colorado. On parvient à l'entrée du Grand Cañon dans la partie nord-ouest de l'Arizona, et on en suit les méandres dans la direction du sud sur une étendue de 270 milles, Dans ce cañon les rochers taillés à pic n'ont pas plus de 3,000 pieds de hauteur.

Le gouffre, en certains endroits, est taillé dans du granit jusqu'à une profondeur de 2,800 pieds; mais ces fissures, très allongées, sont également fort étroites; les murs offrent des rugosités extraordinaires, et le parcours de la rivière présente des difficultés que le plus habile nautonier n'oserait affronter. L'eau court avec une rapidité vertigineuse, se heurtant aux roches, aux pierres brisées qui encombrent les rives et obstruent le lit du fleuve, si bien que ceux qui passent hardiment, ou plutôt follement, par là, doivent s'estimer très favorisés par la Providence s'ils ne sont pas noyés. L'écume des ondes jaillissantes se projette à 50 pieds au-dessus des rochers contre lesquels elle se forme : la gorge retentit du bruit incessant de ce bouillonnement, qui ressemble aux éclats du tonnerre et que l'on entend à plusieurs milles dans les environs.

Nous ajouterons cependant que l'on peut, à l'heure actuelle, se rendre au Grand Cañon aussi bien qu'aux autres sans avoir d'autres appréhensions que celles d'une courbature occasionnée par la fatigue, Pour cela, il faut monter dans un chariot du pays ou

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