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LE SHASTA DE LA SIERRA NEVADA

d'arbres et aussi plates que le sont celles de l'Illinois. La monotonie de ce territoire n'est rompue qu'à Marysville Buttes, montagnes d'origine volcanique qui se

dressent tout à coup devant le touriste.

La ville, qui porte le même nom que celui de ces rochers, est bâtie à peu de distance de là, sur les bords d'un ruisseau tributaire du Sacramento que l’on appelle Feather River, — la Rivière de la Plume. On aperçoit les montagnes de la rive est du Sacramento, dont les rivages sont bordés d'aulnes et de cotonniers. Ces derniers spécimens de la végétation californienne sont très touflus et produisent beaucoup d'ombrage, mais ils ne sont pas très élevés. La teinte sombre de leurs feuilles tranche sur la couleur rougeûtre des rochers volcaniques des Buttes. Çà et là des vignes sauvages attachent leurs vrilles aux arbres, formant ainsi des rideaux de verdure propres à abriter les habitants des ranchos voisins; mais ces colons, assez rustiques et peu amateurs du pittoresque, préfèrent voir leur champ dénudé afin d'y récolter du blé. La rivière coule à la base des Buttes, portant les blanches voiles des embarcations qui remontent le courant, poussées par la marée montante. Plusieurs petits lacs, dispersés dans la plaine, servent de miroir aux nuages qui passent.

Sur les déclivités de la montagne, les colons ont adossé leurs vignobles à leurs vergers, et les troupeaux vont paitre l'herbe épaisse qui pousse dans tous les coins. Sur les cimes, par exemple, la roche est pelée et les présents de Pomone et de Cérès ne peuvent pas croître entre les fissures de la pierre, où la terre végétale fait défaut. C'est là que le chasseur va poursuivre les lièvres de la Californie, gibier fort peu estimé, car il se nourrit absolument de sauge sauvage, et sa chair a conséquemment un goût détestable.

Du haut de ces collines, la vue s'étend sur des plaines immenses entièrement cultivées, couvertes de vignobles, de vergers, d'arbres fruitiers et de moissons. A différents endroits on voit, abritées par des chênes, les demeures des pionniers de ce vaste pays. Enfin, vers l'horizon lointain, les cimes de la Sierra Nevada dressent leurs pics majestueux sur la gauche de la route qui remonte vers le nord.

C'est à Lassen's Buttes que le voyageur parvient à la base de ces montagnes dont les pics sont couverts d'une neige qui ne fond jamais. La rivière baigne la base de ces glaciers géants et l’on commence à comprendre la différence de température au déboisement qui se produit et devient complet sur les hauteurs. Seulement les rives du courant d'eau sont bordées de bosquets superbes : les arbres qui les composent atteignent des proportions grandioses et du milieu, ou plutôt de derrière ces forêts, les cimes neigeuses produisent un effet qui impressionne le touriste.

Tout porte à croire que ces arbres sont très vieux : leur ramure immense et [a quantité de gui qui couvre leurs troncs prouvent assez cette assertion. Lorsque les brouillards du matin enveloppent ces rois des forêts, on se croirait au milieu d’un pays féerique. Les nuages dorés par le soleil levant semblent autant de « willis » reprenant le chemin de leur demeure éthérée, après avoir dansé toute la nuit sur le gazon.

Peu à peu les vapeurs se dissipent et le paysage se montre dans toute sa splendeur, éclairé par les rayons d'un soleil dont rien ne ternit l'éclat. Partout où la culture n'a pas été introduite dans l'endroit où le touriste voyage, il trouve devant lui un sol couvert d'une végétation drue, particulièrement composée de sauge amère. On suit la route tracée par les roues des wagons qui ont transporté les mineurs aux eldcrados découverts dans la Sierra Nevada, ou particulièrement aux mines d'argent qui sont très nombreuses. Au milieu de la route se trouve un rancho qui sert d’escale aux gambusinos allant aux mines ou en revenant. L'étoile polaire qui les guide vers le pays des richesses et ce rocher géant forment le frontispice de ce chapitre.

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