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LES CHUTES

montagnes, et le touriste arrive à un point élevé d'où il aperçoit les cimes du Shasta, qui sont très curieuses à observer. La station du voyageur est placée à Sissous, petite localité composée de ranchos de différentes grandeurs autour desquels sont plantés des vignobles et des vergers d'arbres à fruits, Partout où la culture n'est pas organisée, l'herbe pousse, au milieu de laquelle on voit des toufles de sauge amère. Tout autour de ce pic sont échafaudées des collines dont la formation est due à de la lave, de la boue, et des scories lancées, dans les temps préhistoriques, par le volcan éteint du Shasta, C'est de l'autre côté de ces boursouflures naturelles que l'on parvient à la base du grand cône mesurant 14,440 pieds et projetant ses « éperons » dans toutes les directions. Ce pic couvert de neige impressionne vivement celui qui le contemple, car les teintes rosées de la roche formée par le cañon ne sont pas ordinaires. Ajoutons à cela la couleur bleuâtre des glaciers qui ajoute son charme à l'attraction générale, Cet ensemble transporte d'admiration celui qui le contemple, vers le coucher du soleil, lorsque les rayons de l'astre brillant dorent l'horizon avant de disparaitre,

Vers le milieu de la journée, on dirait, à voir une sorte de buée qui s'échappe de la cime du Shasta, que le volcan fume encore et qu'il va montrer de nouveau, ce qu'il peut faire quand il entre en colère, On s'attend à voir un spectacle pareil à celui du Vésuve et l'on cherche déjà un point d'appui en cas de commotion volcanique.

Le Shasta est le pendant, à peu de chose près, du Mont Blanc des Alpes, à cette différence près que la montagne californienne n'est pas scindée en plusieurs mamelons. Aussi peut-on la voir et l'examiner de Sissous, sans être obligé d'en gravir les pentes abruptes et impraticables, De quelque côté que l'on se place, on aperçoit ce cône géant dominant toute la nature environnante.

Pour se rendre à Strawberry Valley, — le Val des Fraises, — un charmant séjour où habite un fermier dont la récolte de pêches et de raisins est célèbre, — il est indispensable de passer par la roùte du Shasta, Près de la demeure du propriétaire, on est obligé d'acquitter un droit de péage à cet original qui, ayant fait lui-même le chemin, prétend rentrer dans ses frais.

Cette route coupe en deux le Val des Fraises, dont le sol est uniquement composé de pierre ponce.

Du côté gauche de ce chemin on longe le Black Butte, — la Montagne Noire, — autre volcan éteint d'une taille monumentale, dont on aperçoit la cime se perdant dans la nue. Au-delà du lac de Lower Klamuth, on parvient au Pilot Knob, la plus haute cime des monts Siskiyou, route ordinaire des gens qui se rendent dans l'Orégon. Cette chaine de monts escarpés mesure 2,500 pieds et la pointe, — le Knob, — est hissée à 1,800 pieds en l'air, au-dessus de la montagne proprement dite.

L'aspect de la passe à travers les rochers n'est pas précisément très gai. Cette tristesse est d'ailleurs inhérente à tout pays volcanique. Les pointes de rocher sont si nombreuses que l'homme ne peut trouver aucun endroit pour se cramponner à la pierre. Çà et là quelques lambeaux de gazon apparaissent dans la pente de la montagne, mais ordinairement le granit est complètement dénudé. Toutefois les arbres qui ont poussé à la base sont d'une belle venue. Du reste, plus l'on avance dans la direction de l'Orsgon, plus la forêt est remarquable et plus les chènes, les pins, les mélèzes et les bouleaux atteignent des tailles géantes.

LA CALIFORNIE DU NOkK® 791

Les chariots et les chevaux des voyageurs s'avancent à l'abri des intempéries de l'atmosphère, sous des berceaux de verdure que l'on prendrait pour les avenues d'un parc. Les chênes surtout, dans ces régions du Nord, ont poussé par groupes serrés, de façon que chaque tronc ait suffisamment d'espace malgré ce rapprochement si pittoresque, Il est un fait acquis, c'est que tout « metteur en scène » de jardins devrait avoir visité la Californie du Nord pour compléter son éducation de dessinateur émérite d'un pare ou d'un jardin public, Les guis se sont accrochés à tous les arbres et ceux-ci, bien souvent, périssent étouflés par les étreintes de ces parasites, Il est Cepeadant certains de ces énormes chênes qui, tonit en ayant leur base ornée de guis, n'en sont pas moins robustes et se maintiennent en bon état de verdure au-dessus du tronc.

Après avoir dépassé le Pilot Knob, la route force le voyageur à sauter par-dessus la rivière Rogue, joli courant d'eau, peuplé de nombreux saumons, mais dont les bords sont malheureusement habités par des Indiens querelleurs et toujours disposés à attaquer les pionniers et les voyageurs.

L'une des branches de cet affluent du Sacramento se nomme le ruisseau Grave, — autrement dit des Tombeaux, — en souvenir des nombreux meurtres perpétrés en cet endroit par les maudits Peaux-Rouges, qui ont enterré les cadavres de leurs victimes sur les bords du courant d'eau.

De l’autre côté du Grave, la route s'insinue au milieu des montagnes Umpqua, où se trouve un cañon d'un aspect sinistre de 11 milles d'étendue, dont les roches perpendiculaires ont 2,500 pieds de hauteur. Si bien que celui qui est en bas peut très difficilement apercevoir l'azur du ciel en haut. L'homme se sent réellement petit quand il se voit au milieu de cette nature grandiose. La route est mauvaise, elle est pratiquée pour ainsi dire dans le lit du torrent de Umpqua, où l'eau ne coule que pendant l'hiver, et au printemps, quand les neiges se fondent et qu'alors le courant s'emporte et entraine tout ce qu'il trouve sur son passage. On raconte mème que bon nombre d'émigrants ont été noyés dans ce cañon, après avoir été surpris par une crue à laquelle ils ne pouvaient s'attendre, Un orage imprévu avait suffi pour obstruer le passage où l’eau coulait à pleins bords. Et la pauvre caravane, emportée, ne laissait que des cadavres d'hommes et d'animaux, et des débris informes de sa petite fortune.

Si nous ajoutons à ces malheurs imprévus ies embuscades des Peaux-Rouges qui surprenaient par devant et par derrière les émigrants ayant pénétré dans le cañon, tuant tout ce monde et abandonnant leurs cadavres aux aigles et aux urubus voraces, nous aurons raconté les dangers d’une traversée dans ces pays déserts,

Enfin nous voilà hors du cañon. Nous sommes arrivés à Roseburg, un site ravissant qui forme un heureux contraste avec les horreurs de la passe de Umpqua. Désormais plus de danger à courir : on peut s'abandonner au charme d'admirer un paysage gracieux. Le voyageur est parvenu en plein cœur de l'Orégon, au milieu de la vallée située entre la chaine qui borde la côte vers l’ouest et la chaine de la Cascade vers l'est, On aperçoit les cimes des Trois Sœurs, pics couverts de neige, au bas desquels est bâti Eugène City. Ces roches s'élèvent du centre d'une chaîne de pierres volcaniques d'une hauteur immense, dont les cônes sont ensevelis dans une couche de neige. Vues du chemin, ces roches blanchies paraissent être d'une taille uniforme. La rivière Mackensie coule dans la vallée, et sur la rive de l’est on montre des colonnes basaltiques qui s'élèvent à une

752 L'AMERIQUE DU NORD PITTORESQUE, très grande hauteur, On les prendrait pour des travaux cyclopéens dont la couleur est à Ja fois brune et rougcûtre,

La plaine est couverte d'herbages très aimés par les ponies des Indiens que l'on trouve réunis en troupes dans ces parages, Les tentes de ces aborigènes sont placées çà et là dans le paysage, le long de la lisière de la forêt qui croît jusqu'à la hauteur de 6,000 pieds, sur les flancs de la roche escarpée,

Les pics des Trois Sœurs sont moins aigus que ceux d'autres montagnes du même genre; mais ce qu'il est très curieux d'observer, ce sont les blanches couches de neige au-dessus desquelles planent les nuages et un brouillard qui se résout souvent en pluie.

Les Peaux-Rouges s'imaginent que ces trois pics étaient des géants femelles, ayant été les femmes du grand Manitou et qui furent changées en pierre pour s'être révoltées contre lui, Il y a d'énormes quantités d'érables à sucre dans le pays et les sapins sont couverts de pignons verdoyants, Le gazon est composé de plantes rudes au toucher, disséminées sur un sol sablonneux. Et pourtant l'homme qui apporte son industrie dans ces parages retire bientôt le fruit de ses labeurs. Les pommes de terre poussent avec rapidité dans ces terrains et le blé produit les plus riches moissons, On construit à travers ce pays une voie ferrée sur laquelle les machines à vapeur siffleront bientôt et jetteront leurs nuages de fumée prêts à se fondre dans l'espace.

Non loin de là, dans la méme chaîne de montagnes, voici la rivière Willamette, près de laquelle est bâtie Portland, ville capitale de l'État. Ce courant d'eau, large d'un mille enviros, redevient très étroit dans les parages de la cité d'Orégon. Les rochers sur lesquels sautillent les ondes de la Willamette sont d'un granit noir comme l'Érèbe; ils ont été creusés en forme de fer à cheval, de telle façon que la chute est fort pittoresque. On peut, — tant l'espace est resserré, — atteindre la rive opposée à l'aide d’une pierre. La hauteur de cette cascade est de 70 pieds et la vapeur d'eau qui s'élève au-dessus du torrent produit un effet sublime. On jurerait voir devant soi un énorme chaudron plein d’eau bouillante. Mais il serait à désirer que l'aspect de cette cascade fût plus monumental et la chute d'eau plus abondante. Le voyageur qui, du haut du balcon de l'hôtel, contemple cette curiosité aquatique, ne peut s'empêcher de dire que les Orégoniens, très admirateurs de leur cascade, prennent leurs « oies » pour des « cygnes. » Pour bien jouir de l'aspect de cette rivière sautillante, il faut descendre vers la partie basse, La vue de ces rochers volcaniques, surmontés de pierres basaltiques, l'eau qui jaillit, tout inspire et pousse à l'admiration. Une fois tombée dans le gouffre qu'elle creuse tous les jours davantage, la rivière Willamette se hâte de fuir, en écumant et en se heurtant à tous les coins de son lit. La poussière aquatique n'est pas aussi abondanie dans cet endroit que sur les autres cascades du même genre, et cela tient à ce que l'onde se précipite à travers des roches tombées dans le lit qu'elle occupe, grâce aux cflorts incessants d'un choc destructeur et continuel. Un poète pourrait retrouver, dans son imagination exaltée, les naïades et les nymphes des bois et des eaux; mais les Orégoniens sont plus prosaïques : ils se contentent de maugréer contre les besoins indispensables d'un portage, c'est-à-dire d'un transbordement qui les conduit en bateau à vapeur à Portland, situé à 12 milles depuis la jonction de cette rivière jusqu'au cours du Grand Columbia.

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