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y a à voir au Niagara que l'on arrive à se faire une idée de cette merveille naturelle.
L'acte le plus audacieux du touriste est de descendre sous le Rocher de la Table, par les escaliers de Barnett et de s'aventurer sous le « fer à cheval » aussi loin qu'il est convenu de se rendre. Pour accomplir cette promenade, on loue aux voyageurs des vêtements en caoutchouc ou des habits de toile huilée; on joint à cela des espèces de patins ferrés de façon à ne pas glisser sur les roches ou sur la glace, et l'on peut alors, en compagnie dès guides, se risquer” sous la chute, A peine est-on descendu que l'eau ruisselle de toutes parts; on se sent enveloppé d'une douche humide : c’est comme si l'on n'était pas revêtu de ces costumes soi-disant imperméables. Ajoutez à cette impression de froid qu'une sorte de brume mystérieuse vous entoure, et que les oreilles sont assourdies par le bruit étourdissant de la cataracte.
A mesure que l'on s'avance sous les arceaux de pierre calcaire au-dessus desquels se précipitent les eaux du Niagara, on comprend la sublimité de ce spectacle. Mais bientôt il faut s'arrêter, — à mi-chemin environ; — la force du vent est telle que l'on serait infailliblement entraîné : on dirait bien souvent que l'on vient de recevoir un coup de poing qui vous a complètement ébranlé. Ce qui n'empêche pas que l'on avance toujours, car la gloriole se mêle à tout, en toute espèce de chose, et c'est à qui aura couru le plus de risques, afin de pouvoir plus tard raconter « ses aventures ».
Lorsqu'on revient sur ses pas, sous le fer à cheval, on peut examiner la nature du rocher, qui est un composé de soufre blanc mêlé à de la pierre calcaire et à du grès. On trouve également, au milieu de cette fonte chaotique , des masses de quartz blanc, pareil à du sucre, de la sélénite, autrement dit du plâtre cristallisé ressemblant fort à de l'amiante, mais beaucoup plus gris. Certaines fougères poussent entre les fissures des roches ; on cueille çà et là quelques brins de cresson, mais il faudrait plusieurs mois pour en trouver une quantité suffisante pour faire une salade.
Par exemple, la mousse couvre toutes les parois du rocher : elle est si fine, si délicate, que les dames s'extasient longtemps devant ce velours de la nature.
A peine est-on sorti de l'abime où l'on s'est ainsi risqué, dès qu'on a remonté les escaliers et qu'on se voit sain et sauf, on hésite entre un temps d'arrêt pour regarder encore cette cataracte émouvante, ou la nécessité de changer le plus tôt possible de vètements. Généralement la crainte d’un horrible catarrhe l'emporte sur la curiosité.
En sortant de la cabane où s'est opérée la métamorphose des dames et des messieurs, on est entouré de nombreux marchands de curiosités indiennes qui cherchent à vendre leurs hideuses collections de mocassins, sacs à ouvrage, etc., etc., ornés de perles vitrifiées; mais pour la plupart du temps on s'arrête peu à ces babioles, qui n'ont pas même le prétexte d'avoir été fabriquées par les vrais Peaux-Rouges : la curiosité l'emporte sur « le bibelot »; on traverse un pont jeté sur un petit ruisseau, venant on ne sait d'où, — un roitelet à côté d'un éléphant — et l'on gravit les escaliers de la tour du Prince-de-Galles, construction toute récente qui fut inaugurée par le futur héritier de la couronne d'Angleterre, en l'honneur de qui elle a été élevée. Lorsqu'on est parvenu au sommet de cette hardie cabane de planches, on comprend quelle a été l'idée du gentleman américain qui a dédié sa spéculation à S. A. R. le prince de Galles. En effet, la vue dont on jouit de cet endroit est unique, étourdissante, sans le moindre jeu de mots. En bas, coule la rivière du Niagara, qui ressemble à une mer en démence; à gauche, s'élèvent l'ile de la Chèvre et les Trois-Sœurs;
au milieu, un peu plus loin, on voit les rives verdoyantes des îles du Gazon, — Grass Island; — à l'horizon des monticules boisés du Navy Island. Les rapides s'étendent audessus des cataractes à une demi-lieue en amont, et leur courant est si impétueux, si moutonneux que l'on croirait voir un troupeau de saumons prenant leurs ébats et se colletant dans ce vaste courant. Les eaux brillent comme des éclats métalliques et retombent en mille étincelles. De temps en temps, on voit, emportés par la force des flots, des arbres entiers déracinés, arrachés au sol qui les avait vus pousser et grandir; ils ressemblent à des géants abattus se démenant contre les étreintes de la mort, ou bien à des serpents dont les replis sinueux ne peuvent vaincre la force du torrent qui les entraîne. Plus ces arbres approchent de la cataracte, plus leur course est vertigineuse : enfin, le tronc a dépassé le dernier soubresaut des rapides, il est emporté par la chute irrésistible, il se mêle à cette masse gigantesque et disparaît dans le tourbillon pour ne plus reparaître à la surface brisé en atomes, ou retenu dans le gouffre par la pression des eaux.
Une expérience bien curieuse fut faite, il y a une trentaine d'années, sur les rapides du Niagara. On ameaa là la vieille carcasse d'un navire hors de service, à bord duquel on avait placé deux vaches atteintes de la morve, un cheval étique et une vingtaine de canards domestiques. Il s'agissait de savoir si l'abîime rendrait à la lumière quelques épaves du naufrage que l'on allait opérer. Dès que l'on eut coupé les amarres qui retenaient le navire condamné, on le vit, cahoté par les vagues des rapides, se laisser emporter à droite, à gauche, s'arrêter et continuer sa route. Bref, il arriva au niveau de la cataracte, tomba entrainé par les eaux et disparut en un clin d'œil. Tous ceux qui avaient suivi cette bataille des éléments contre la proie qui leur était offerte cherchaient des yeux, par delà le remous de la chute, les planches du navire, ou les êtres vivants qui avaient été emba:qués à son bord. Rien ne se montra : tout avait disparu dans cet entonnoir insondable.
Les journaux des États-Unis s'occupèrent longtemps de ce fait, qui avait eu plus de cinq mille témoins accourus de tous les coins du pays.
On quitte généralement la tour du Prince-de-Galles en emportant comme échantillons de cette exhibition des ornements de sélénite et des morceaux d'écorce recouverts de mousse ou d'herbes parasites et l'on se rend sur la rive américaine en passant sur le pont hardi qui la traverse et au-dessous duquel les rapides sont bien plus remarquables que sur la côte du Canada, Le Wirhl-pool — tourbillon — et les rapides qui s'étendent à la suite sont réellement terrifiants.
On traverse de nouveau le Suspension Bridge — pont suspendu — pour revenir par le second pont placé au-dessous, lequel passe, avec juste raison, pour la merveille de construction de ce genre. Élevé en 1855, ce passage aérien combine à la fois la forme tubulaire et l'équilibre le plus complet, La partie sur laquelle roulent les voitures est placée à deux mètres en dehors des rapides, et la voie du chemin de fer se trouve sur l'étage supérieur. Ce travail est d’une hardiesse incompréhensible : les deux câbles qui supportent tout ce travail sont composés d'un nombre de fils de fer évalués à cinq mille chacun. Vingt-cinq de ces fils ont été cuits dans de l'huile de lin pendant trois heures, de façon à être complètement recouverts de cet enduit graisseux.
Nous n'entrerons pas ici dans le détail du moyen ingénieux qui a été employé pour fixer et enrouler ensemble ces fils que l’on avait tendus séparément d'un côté à l’autre de la cataracte; qu'il suffise de savoir que le constructeur de ce pont en a réduit le plus qu'il
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