LE LAC ERIE LA D} L EMBOUCHURI DI ROCKY RIVER
vèrent en cet endroit, et quiconque s'y trouvait devait se croire en parfaite sécurité, Les missionnaires du siècle passé ont constaté ce fait, qui est du reste relaté dans divers mémoires. Pauvres Indiens, tellement calomniés! Il est certain que ces gens-là ne sont devenus méchants que parce qu'ils défendaient le territoire de leurs aïeux.
L'origine de la fondation de Sandusky remonte à 1817. Pendant la guerre de sécession, les prisonniers du parti sudiste étaient internés dans l'ile de Johnston, placée vis-à-vis de la ville.
Le steamer qui promène les touristes sur les eaux du lac se trouve souvent au milieu d'une flottille de bateaux chargés de bois provenant du lac Huron, et d'embarcations de pêche; il salue les phares qui éclairent la côte et contourne l'ile de Kelley, la plus grande de tout le groupe : elle a la contenance de 2,800 acres.
Les premiers pionniers qui étaient venus se réfugier dans ces contrées, alors occupées par des tribus indiennes, avaient préféré s'établir sur le continent. Hs trouvaient, avec juste raison, que leurs occupations étaient suffisantes, et qu'il n'y avait aucune nécessité à courir les dangers où tout au moins les inconvénients d'une inondation sur une ile du lac. D'autre part, ces ilots étaient mal ‘famés; on les disait hantés par ceux qui n'envisagent jamais avec joie les progrès de la civilisation, des boucaniers, des pirates dont les actes répréhensibles eussent, en maintes circonstances, appelé une prompte répression; d'aucuns, parmi eux, avaient souvent contribué à des naufrages et les épaves des malheureux navires recueillis par eux laissaient deviner que ces sinistres n'étaient pas arrivés sans qu'on y aidât.
Peu à peu, cependant, la surveillance des représentants des lois se fit connaître sur les rives de l'Érié, comme elle le faisait ailleurs déjà ; les émigrants achetaient des terres et y élevaient des fermes; les pêcheurs, attirés en cet endroit par l'abondance du poisson, se groupaient ensemble sur les rives les plus propices à leur travail. Les boucaniers et les naufrageurs s'éloignèrent et disparurent dans le « lointain Ouest » ; les îles devinrent libres et tout danger de s’y aventurer cessa désormais.
L'ile de Kelley, déja nommée, contient une curiosité qui a son intérêt, On y montre, sur un rocher, une inscription indienne admirablement conservée, mais on ignore le sens de ce document, resté inexpliqué par les plus savants ethnographes.
Ce que l'on peut dire, relativement à ce document gravé sur la pierre, c'est que les Ériés avaient élevé en cet endroit une sorte de fortification dont on a retrouvé les ruines. Il se pourrait donc que l'inscription dont il s'agit eût rapport à eux et à leur destruction par leurs ennemis les Iroquois.
Put in Bay est le nom donné à un havre où le commodore Perry se réfugia pendant la guerre de 1812, afin de se préparer au combat contre la flotte anglaise se tenant à l'ancre sur le rivage canadien et protégée par les canons du fort Malden. Après avoir surveillé les ennemis de l'indépendance américaine, Perry se décida enfin à livrer bataille au lever du soleil, le ro septembre, et, à la suite de nombreuses bordées, les deux flottes en vinrent aux prises. Perry, à bord du navire Lawrence, avait arboré son drapeau sur lequel étaient peints en lettres rouges et noires ces mots célèbres du célèbre capitaine Lawrence au moment de sa mort : Ne rendez pas le navire! Un hurreh unanime avait salué ce serment sérieux — quoiqu'il flottât en l'air — et le silence s'était fait aussitôt.
Les Anglais avaient ouvert les hostilités en mettant le feu à leurs canons dans la direc-
tion du drapeau du commodore Perry. Le navire monté par ce héros se trouvait en avant des autres, tant les marins yankees avaient le désir d'arriver les premiers au combat. Ils firent feu à leur tour, mais leurs pièces n'avaient pas assez de portée et n'atteignaient point le but. Le pont de leur vaisseau se couvrait de morts, les boulets ennemis balayaient tout sur leur passage. Celui qui tombait se voyait immédiatement remplacé par un autre, si bien que le commodore Perry et ses officiers furent enfin forcés de servir eux-mêmes leurs caronades. Au moment où le Lawrence allait être pris, la brise se leva et le Niagara put venir à son secours. Perry résolut de se transporter aussitôt sur ce navire, qui n'avait point été atteint; il se jeta dans une embarcation, sans oublier le drapeau sur lequel se trouvait l'inscription de la résistance, Dès qu'il eut gravi l'échelle du Niagara, il arbora de nouveau l'étendard, ordonna à sa flotte de se ranger près de lui et le feu recommencça. La bataille fut longue; elle dura trois heures, et la victoire resta aux Américains.
Le commodore Barclay, qui avait perdu un bras à Trafalgar, fut dangereusement blessé, On montre encore, sur la rive ouest de l'île, un monticule que l'on dit être le lieu de sépulture de tous ceux qui périrent dans la bataille. Un saule pleureur orne ce mausolée agreste, souvenir du combat naval de l'Érié, Dans la ville qui porte ce nom, on montre le drapeau du Lawrence, à bord duquel combattait le commodore Perry, à qui l'on a élevé une statue sur la place principale de Cleveland.
Put in Bay est un site ravissant : à la pointe de l'un des caps de ce havre minuscule se trouve un fortin appelé le « petit Gibraltar ». On a élevé dans ces parages deux hôtels à voyageurs entourés de vignes vierges et de buissons de roses et parfaitement entretenus pour le plus grand plaisir de leurs visiteurs.
Quelques-unes des îles sont encore inhabitées et à l'état sauvage, tandis que d'autres n'ont pour tous hôtes qu'une seule famille. On trouve dans certaines des grottes qui portent le nom de Perry. Le « petit Gibraltar » est surmonté par les murailles crénelées d'une charmante villa; on y visite également la tête de Sphinx, au-dessous de laquelle coule une source abondante. L'ile des « Serpents à sonnettes » a été ainsi appelée à cause de l'abondance des ophidiens de cette horrible espèce, qui se vengeaient de tous ceux qui troublaient la tranquillité de leur repaire en leur donnant la mort.
Le long de la péninsule de Sanduskv et sur les terres des îlots de l'Érié, la culture des vignes est très répandue. A l'époque des vendanges, la récolte étant abondante, on se rend dans ces parages pour assister à la cueillette du raisin, à la fabrication du vin et aux réjouissances qui ont lieu à cette occasion.
A l'ouest des îles de Feu, l'on parvient sur le territoire appelé Black Swamp, — « le marais noir », — qui avait déjà sa réputation à l'époque des premiers défrichements Son étendue est de 120 milles de long et de 40 milles de large. Là, à cette époque primitive, vivaient et multipliaient en paix de nombreux carnassiers, la terreur du bétail des colons américains. L'épaisseur de la forèt, la quantité de fruits et de baies sauvages qui mûrissaient sur les arbres et les buissons retenaient là ces animaux, qui ne furent détruits qu'au fur et à mesure de la colonisation du pays. Dans ces temps éloignés, la terreur s'emparait de ceux qui se voyaient obligés de s'aventurer sous les arceaux de ces forêts où la lumière était interceptée, et, quand ils avaient accompli ce miraculeux voyage, ils racontaient leurs aventures avec emphase. Quoi qu'ils dissent, ce pays était une splendide portion du territoire : les ciseaux y chantaient, les fleurs s'y ouvraient fraîches et
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parfumées, et pourtant ces pionniers appelaient ce pays la terre de l'ombre de la mort. Le sol de Black Swamp est extrèmement fertile; à peine le drainage est-il opéré, qu'on
n'a plus qu'à semer pe r qu'un splendide jardin pousse dans cet endroit où s'épanouissent
les fleurs et où mürissent les fruits, les moissons et les légumes. La plus grande partie de ce pays est admirablement cultivée. Des villes se sont élevées sir les frontières cet les chemins de fer sillonnent les plaines et traversent les montagnes.
Les bords du lac sont divisés en districts qui, sans être marqués sur la car e, n'en sont
LES RIVES SUD DE L'ERIE. 165 pas moins très connus. Dans la partie connue sous le nom de Hollande se trouve Buffalo; dans celle du triangle, Érié; sur la réserve de l'Ouest, on rencontre Cleveland; sur les Fire Lands, Sandusky, et enfin, sur les Black Swamp, Toledo.
Cette ville au nom espagnol est bâtie sur les bords du Maumee, qui portait jadis le nom indien de Miami, « la Cité des Lacs ». Mais, comme il y avait déjà deux Miamis dans l'Ohio, on changea ce nom en celui de Toledo. La cité est bâtie à une lieue au-dessus de l'embouchure de la rivière et à 10 milles du lac.
Dans la vallée, coupée en deux par une rivière, de ce pays de Toledo, les batailles se renouvelèrent souvent à l'époque qui suivit celle de la déclaration de l'indépendance. Tous les combats qui devaient fatalement avoir lieu entre les parties belligérantes se livraient lans ce malheureux pays de Maumee, Les cartes du temps, que l'on conserve encore, sont
couvertes de forts, et si l'on ouvre quelque livre relatarit
l'histoire du siècle passé, on n'y trouve que des récits d'es-
} carmouches. Quoique la paix eût été signée entre la Grande- ; k À $ Bretogne et les Etats-Unis, les habitants des frontières n'évi- 4e haN à taient aucune occasion de se ruer les uns sur les autres.
à! ? S Avant et après 1812, il y eut des
combats multiples, des traités
de paix, des massacres horribles des attaques sans nom, des marches et des contre-marches, La grande figure historique d'alors était un homme nommé le fou Anthony Wayne, que les Indiens avaient surnommé « le Vent, »
parce qu'il avait la réputation de
«tout emporter sur SON passage».