‹ L'Amérique du Nord pittoresque [microforme]Chapitre 4 sur 211 · LES · texte numérisé non relu

LES

ravi le voyageur au moment où il va débarquer sur la terre du nouveau monde,

Voilà le navire à vapeur en pleine baie : en face du mât d'artimon se dresse sur ses quais géants la ville immense, à peine marquée sur la carte du monde il y a moins d'un siècle et demi, et qui aujourd'hui contient un million d'âmes, deux millions avec les villes voisines de Brooklyn, Jersey City et autres agglomérations de maisons qui font les faubourgs de New-York. Dans une vingtaine d'années, si rien n'arrête l'envahissement et lémigration, il y aura quatre millions d'habitants sur ce point du globe. Londres a déjà dépassé Pékin; New-York dépassera Londres par la richesse et le nombre de ses citoyens.

Notre navire avance toujours dans la baie: il laisse à droite l'ile du Gouverneur et Brooklyn, et pénètre dans la rivière du nord, l'Hudson, pour entrer à son arf, vers le point du quai qui lui est assigné.

Ce qui frappe surtout d'étonnement le voyageur européen, c'est de voir tournoyer devant ses veux un kaléidoscope composé de vaisseaux de tout tonnage, de toutes formes, se Croisant sans cesse et allant d'un point à un autre.

Les communications entre New-York et Brooklyn s'opèrent à l'aide de ferry boats, bacs à vapeur qui vont avec une rapidité et une continuité semblables à celle de nos tramways.

Le touriste comprend bien vite que la plage sur laquelle il débarque appartient à une nation qui, sous le rapport du mouvement et de l'activité commerciale, n'a rien à envier au vieux monde.

En approchant de la Ville Empire, on aperçoit à la pointe sud une vaste construction en forme de bastion, recouverte d'une toiture vitrée, Ce vieux fort est placé en avant d'une promenade plantée d'arbres tordus et centenaires, et se nomme Castle Garden : la promenade est la Battery, enserrée et protégée par de vastes murailles et des blocs de rochers auxquels on a mélé du béton, de telle façon que la ville basse est ainsi préservée contre l'envahissement des flots lors des grandes marées.

C'est dans cet endroit de la ville que débarquent les émigrants; c'est là qu'ils sont passés en revue et qu'on les embrigade pour les transporter dans l'intérieur des terres, suivant leur désir, ou d'après les conventions faites avec eux en Europe.

Castle Garden fut, en premier lieu, un fort; il devint plus tard un jardin, puis une salle de théâtre et de Concerts, tandis que la Battery était le seul but de promenade des beaux messieurs et des belles dames du temps de Knickerbockers, les possesseurs bataves qui précédèrent les Anglais sur le sol de Manhattan; mais de nos jours ces lieux aimés par les ancétres des New-Yorkais ne sont plus réputés « à la mode », quels qu'aient été les embellissements opérés depuis quarante ans dans ce quartier de New-York, En etlet, ces vieux arbres, inclinés par la force du vent de la mer, ne peuvent supporter la comparaison avec les nouvelles plantations des pares qui ornent la grande cité américaine.

Avant de s'aventurer dans les rues de New-York, nos lecteurs voudront bien examiner les quais qui avoisinent la partie basse de l'Hudson et de l'East River, Ce sont les mêmes qu'il y a cent ans, sauf les réparations voulues. C'est là que les navires du vieux continent viennent débarquer leurs marchandises destinées au commerce américain, À droite et à gauche de ces lieux de débarquement s'ouvrent des ruelles, des passages sombres où les Yankees continuent les négociations de leurs aïeux, ayant pour comptoirs des bureaux enfumés, nauséabonds, sans se soucier des améliorations de la marine moderne; c'est dans

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