‹ L'Amérique du Nord pittoresque [microforme]Chapitre 40 sur 211 · LES CASCADES DU TRENTON · texte numérisé non relu

LES CASCADES DU TRENTON

Le plus grand nombre de visiteurs des chutes du Niagara se gardent bien de négliger une excursion aux cascades de Trenton, qui sont situées près d'Utica, C'est par un entiment de Comparaison que les touristes Ss'acheminent vers ce point de l'Etat de New- York, La plupart de ceux qui sont allés pour la première fois visiter le Niagara éprouvent une certaine déception, car ils s'attendaient à un spectacle cent fois plus grandiose que celui auquel ils ont assisté, Lorsqu'ils se rendent aux cascades de Trenton, l'effet contraire se produit : ils trouvent devant eux une vue admirable, enchanteresse, dort rien

nc leur faisait pressentir la jouissance,

Nous ajouterons à ce plaisir celui de ne plus être exposé aux extorsions sans nom des hôteliers du Niagara. A Trenton, les prix sont convenables, sans la moindre cxagération; aussi rien ne trouble le plaisir que l'on éprouve dans ce site enchanteur.

IL est à remarquer que le bien-être d’un logis hospitalier influe sur le plaisir qu'éprouve le voyageur dans les excursions qu'il a entreprises.

Le chemin qui conduit à Trenton est un des plus beaux de tous ceux de l'Union américaine; il traverse des plaines couvertes de moissons dont les ondulations rappellent celles des vagues de la mer. Çà et là des ruisseaux murmurent sur des lits de cailloux, à l'ombre de bosquets magiques.

Les cascades de Trenton sont situées dans le voisinage de l'hôtel des voyageurs. Dès que l'on est sorti des limites d'un jardin admirablement planté et couvert de fleurs odorantes, on suit sous bois une immense allée formée par des chênes et des cèdres dont le feuillage intercepte la lumière du soleil Sous ces dômes de cathédrale, verdoyants et fréquentés par des grives et des merles, croit en abondance une flore sauvage des plus variées, parmi laquelle cependant la campanule domine. Le chemin monte et l'on aperçoit au loin des montagnes élevées vers lesquelles il semble se diriger, lorsque tout à coup la route est coupée par un torrent qui va tomber dans un énorme et profond précipice,

Le touriste ne s'attend pas à se trouver ainsi instantanément en présence d'une cascade monumentale dont la vue lui a été jusqu'alors dérobée par la densité de la forêt. De l'autre côté de l'abime s'élève une roche de pierre calcaire, presque perpendiculaire et qui mesure de 250 à 300 pieds. Cette roche noire est couronnée par des bouquets de merisiers et de bouleaux dont quelques-uns ont les racines à découvert sur les bords du précipice, et sont prêts à choir au moindre caprice de la tempête.

En regardant au fond de l'abime, on voit couler les eaux de la rivière Kanata, qui bouillonnent sur un lit de rocher et s'enfuient en n.urmurant, On peut descendre au fond à l'aide de plusieurs échelles, disposées d'espace en espace. On se trouve enfin en présence d'un pont naturel formé de pierres plates, disposées avec une régularité telle qu'on pourrait croire qu'un maçon a préparé ce lit à la rivière écumante, En levant les yeux, on distingue, à travers un rideau de cèdres, un ciel bleu et sans nuages, Si l'on examine avec attention toute cette masse d'eau qui tombe en cascades, on compte jusqu'à six chutes dont l'une est appelée Shermann, du nom de John Shermann, petit-fils du célèbre héros de la révolution américaine, par qui les cascades de Trenton furent découvertes en 1806.

Derrière cette première chute d'eau, le tourbillon du torrent a creusé le roc en forme de chaudron où l'onde bouillonne, sombre et argentée, comme dans un vaste coquemar. Il'arrive souvent qu'un arc-en-ciel égaye, l'après-midi, ce point de vue lugubre, qui est soutefois d'un grandiose sans pareil.

A une vingtaine de pieds de ce chaudron naturel, le touriste peut s'avancer sur une roche formant baicon au-dessus du trou profond , et il peut contempler la rapidité de la course du Kanata qui fait en décrivant des rapides miroitant aux rayons du soleil, De là il peut gravir des rochers qui aboutissent à un dôme surnommé le pinacle, vaste plateau qui peut contenir à l'aise une quarantaine de visiteurs.

Un peu plus loin le Kanata décrit une courbe et produit une seconde cascade d'une élégance réellement charmante : on dirait les eaux de Saint-Cloud tombant à la fois sans descendre les escaliers.

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