L'HOTEL DE FORT WILLIAM HENRY, SUR LKS WORDS DU LAC GEORGE
N fait digne d'être signalé dans la topographie des Etats-Unis, c'est que la partie du QI Nord est mouchetée de lacs d'une étendue plus ou moins grande, qui, tous, sont entourés de paysages admirables, — tels que le Maine, le New Hampshire et le Vermont, — tandis que dans les pays du Midi, ces grandes masses d'eau sont très rares.
L'Etat de New York compte parmi les plus favorisés; on pourrait mème l'appeler : la contrée des lacs. En effet, il y en a de toutes les grandeurs, de toutes les formes, longs, ovales, ronds, dentelés; Citons entre autres ceux de Cayuga, Seneca, Canandaïgua, Otzego, Onéida, qui sont des mers en miniature, dont les rivages enchanteurs émerveillent les touristes.
En dessous de New York, les lacs n'existent plus qu'à l'état de mares plus ou moins vastes et profondes, Dans la Pensylvanie, on signale une absence complète de ces bassins d'eau douce, aussi bien que dans la Virginie, l'Est Tennessee et la Caroline du Nord, quoique les hautes montagnes de cette portion du territoire eussent pu se prêter à la formation de lacs considérables.
De tous les amas d'eau de l'État de New York, les plus curieux à visiter sont, sans contredit, le lac Champlain et le lac George, divisés l'un de l'autre par un canal assez étroit par lequel le trop plein du premier s'écoule dans le second.
Les Indiens appelaient le Champlain : « Horicon», ce qui veut dire l'x Eau d'argent » — où bien encore l'« Andiartarocte », dont la signification est: «la Queue du lac».
Les Français, qui, les premiers, découvrient les lacs Champlain et George, n'acceptèrent point les dénominations données par les Peaux-Rouges à ces bassins immenses : la limpidité des eaux leur suggéra l'idée de les appeler « les lacs du Saint-Sacrement ». Certains d'entre eux crurent même opportun d'emporter des provisions de cette eau au Canada pour servir aux baptèmes des églises.
Le lac George est situé dans le comté de Warren, État de New York, en ligne directe nord d'Albany. Sa longueur est de 34 milles d'étendue, tandis que sa largueur en a tout au plus 4. En certains endroits, la profondeur du lac est évaluée à 400 pieds. Sa forme oblongue et étroite lui donne l'apparence d'une rivière, plutôt que celle d'un lac: du reste, cette conformation est identique avec celle de ses voisins le Cayuga et le Seneca.
Les eaux du lac George s'écoulent dans le Champlain par le canal dont nous avons déjà parlé, lequel a tout au plus une longueur de 4 milles. Des iles d'une étendue plus ou moins grande sont parsemées sur les eaux de ce bassin; leur nombre est évalué à celui des jours de l'année, et les rivages du lac sont de hautes montagnes qui se dressent vers la nue, couvertes d'une élégante verdure et se reflètent dans ce vaste miroir de la nature, dont la brise ride à peine la surface brillante.
Le touriste, en se rendant au lac George, a pris, à Albany, le chemin de fer de Saratoga, qui s'arrête à Glen Falls. En cet endroit, des chars à bancs couverts ou découverts, suivant la température, attendent les voyageurs et les amènent en peu de temps à Caldwell, que nous comparerons à Côme, vers la pointe du lac de ce nom en Italie. Là est ouvert le vaste et confortable caravansérail de Fort William Henry, placé sur le sol même où s'élevait autrefois la forteresse de ce nom, vis-à-vis la culée du lac. Au moment où le véhicule tourne sur la route sablée qui passe devant la porte de l'hôtel, le touriste jouit d'un spectacle incomparable, D'un côté, il peut contempler la nature agreste qui attire ses yeux vers le nord et, de l'autre, se croire transporté dans une ville peuplée par tout ce que la fashion a de plus élégant.
Ce spectacle est du nombre de ceux que la plume doit renoncer à décrire : c'est une féerie qui n’a rien de pareil au monde.
On peut s'arrêter plusieurs semaines à Caldwell et trouver tous les jours un nouveau point de vue qui vous laissera dans une admiration muette et contemplative. Le plus curieux, sans contredit, est celui que l'on a du haut de la montagne du « Prospect », sise sur la rive sud du lac, au sommet d’un observatoire qui a été construit sur la cime du rocher, où, grâce à des éclaircies opérées dans la forêt, on se trouve en présence d'un panorama immense dont les horizons se perdent vers le Canada.
L'ile la plus rapprochée de Caldwell est « Tea Island »; c'est là qu'il y a vingt ans allaient se rafraichir les promeneurs qui trouvaient, dans un café confortable, du thé, de la bière, des gâteaux et une cordiale réception. A cette heure, il n'y a plus que des ruines. La maison a disparu : les murs seuls sont restés, abrités par des arbres de la plus belle venue. Les rochers qui bordent le rivage passent avec raison pour être très pittoresques. C'est le rendez-vous des amateurs de parties de pique-nique, des amoureux charmés de pouvoir s'égarer sous les ombrages ou de venir s'asseoir sur le bord de l'eau transparente,
au fond de laquelle ils suivent les évolutions des gros poissons, « Tea Island » est certainement la plus belle île du lac George.
Du reste, on peu les visiter l'une après l'autre, en prenant passage sur un steamboat, qui, chaque jour, dans la belle saison, part de Caldwell pour se rendre jusqu'à l'extrémité du lac à Baldwin; d'autres préfèrent à ce genre de locomotion la location d'un bateau de plaisance à voiles où à rames, qui leur permettra de s'arrêter où bon leur semblera. A droite et à gauche, sur chaque rive, se trouvent des public houses, où l'on peut trouver à diner et où il est possible de coucher au besoin.
Mais les bateaux à voiles sont dangereux, car les vents changent avec une rapidité vertigineuse sur le lac George et la manœuvre de la « toile » devient alors un art dont il faut connaitre à fond toutes les ressources. N'importe, vive la navigation à l'aventure sur le lac de Côme américain! On part en emportant des vivres : on peut coucher à la belle étoile, si bon vous semble, et ce genre de plaisir est un de ceux qu'apprécient le plus les visiteurs qui, chaque été, viennent se récréer sur ces rivages enchanteurs, Il n'est pas rare de voir, quand la nuit est faite, un grand nombre d'îles éclairées par des lanternes aux verres de couleurs : là se sont arrêtés des pionniers de la civilisation élégante, partis à la découverte de ce monde... qui leur est inconnu.
Laissons à ceux qui ont des loisirs les excursions en parties fines sur le lac George ct prenons place à bou du steamboat Minnehaha, qui part de l'hôtel Fort William Henry. Après avoir dépassé le «Tea Island », on longe le « Diamant », qui doit son nom à la quantité de cristaux de quartz que l'on trouve sur cet ilot. Au delà, voici les « Trois Sœurs », puis « la Longue Ile », qui semble ne point être séparée du rivage, tant le canal qui l'isole est étroit et caché.
A 10 milles de Caldwell, on salue « Bolton », les « Trois Frères », l'ile boisée qu'on appelle «le Dôme », sise à la base de la montagne « Tongue » (la Langue), à l'est de la baie du Nord. Plus haut, le steamboat frôle «l'Hermitage », ou l'ile du « Reclus », ainsi qualifiée parce qu'un gentleman de New York y avait fait construire une villa cachée au milieu des bois ; un pont de fer jeté sur une autre ile voisine doublait la propriété de cet ami de la solitude; c'était un séjour enchanteur.
La légende de ce misanthrope, qui avait fui la société pour jouer «au Robinson » dans une île du lac George, mérite de trouver sa place dans ce livre.
Des raisons de convenance nous empêchent de donner le nom de ce « sauvage sans le savoir »; nous le nommerons M. F...
Négociant dans la grande ville métropole des États-Unis, il avait en dix ans, — à l'époque de la découverte de la Californie, — acquis une fort une de plusieurs millions; ce fut alors qu'il songea à s'allier avec une jeune Française pauvre, mais très honnête, qui donnait des leçons de langue dans la pension de M" Canda et Chegaray, dans le haut de la ville. M. F... ne s'était jamais déclaré : il se contentait d'aimer sans savoir si la réciprocité lui était acquise, quoiqu'il ne manquât aucune occasion de se trouver soit sur le passage de la jeune fille pour la saluer, soit dans les salons où il savait la rencontrer, car celle qu'il aimait si tendrement passait avec juste raison pour une chanteuse émérite, et pour cette raison se voyait invitée par la haute aristocratie de New York.
Un jour, cependant, sa fortune faite, M. F. . alla faire visite à la jeune personne, qui habitait dans Murray Street avec une tante fort âgée; il lui offrit sa main, son cœur et ses
dollars, 1 lui fut répondu qu'il arrivait trop tard, que MX... allait épouser un de ses compatriotes qu'elle aimait, et que, tout en étant très reconnaissante de l'offre qui lui était faite, elle ne pouvait rompre un engagement qui répondait aux vœux les plus chers de son cœur,
Cette déclaration imprévue frappa M, PF... au cœur, Iessaya de convaincre la fiancée : tous ses efforts restérent sans résultat, Désolé, la tête perdue, n'ayant plus de but dans la vie, le malheureux prit la société en haine, il liquida sa position et résolut de 5e retirer dans un coin de la terre, pour y vivre loin de cette société où il n'avait pas les moyens de paraitre avec les éléments nécessaires au bonheur: une femme et des enfants,
I avait un jour visité l'ile du lac George dont il vient d'être question : ce buen retiro lui avait plu, il en fit l'acquisition; un architecte construisit là un ermitage, où M, F.. se retira lorsque tout fut prêt pour ly recevoir, lui et deux domestiques sur la fidélité desquels il pouvait compter, Une fois établi sur son double ilot, M, F... fit placer des poteaux sur les différentes berges en évidence et on y lut comme on peut y lire encore ces mots : No adimittance here, ce qui correspond à cette traduction française : On entre pas ici, où bien : 1/y a des pièges à loups.
M. F., ne sortait que la nuit, afin de ne pas voir passer les heureux de la société qui voyagent si souvent sur les ondes du lac. Telle est encore, croyons-nous, la situation à l'heure où ce livre s'imprime.
Non loin de là, on salue l'ile du « Sloop», dont la forme ressemble à celle d'un petit navire : ses arbres forment les mâts, voire même celui d'artimon, qui a poussé horizontalement au-dessus de l'eau.
On parvient enfin près des « narrows », au « Fourteen Mile Island », langue de terre qui couvre 13 milles d'étendue et sur laquelle on a élevé un hôtel admirablement tenu.
Ces « narrows » sont des passes étroites d'autañt plus difficiles à franchir que l'eau est couverte par des ilots à travers les méandres desquels il faut être très habile pour circuler,
Sur le côté droit, — à l'est du rivage, — on aperçoit la « Montagne Noire », la plus haute cime du lac George. Boisée à sa base, cette roche basaltique est complètement nue vers lé sommet : on évalue son élévation à 2,800 pieds. Le panorama qui se déroule du haut de ce pic est incomparable, et l'on ne regrette pas la fatigue de l'ascension, on peut de là se rendre à « Shelving Rock », où l'on montre aux touristes une cascade qui coule de chute en chute jusque dans la baie qui portée son nom.
Voici plus loin la montagne du « Pain de Sucre», « Bosom Bay » et le petit village « Dresde ». « Buck Mountain » est situé à gauche : le nom qu'elle porte lui vient de la chute d'un cerf (buchk), qui, poursuivi par une meute acharnée, sauta dans le vide et alla s'enfourcher sur la pointe d'un arbre dénudé par la foudre.
L'endroit que longe le steamboat dans sa course rapide, après avoir quitté le « Buck Shore »,se nomme « Sabath Day Point», sans qu'il soit possible de connaître l'étymologie de cette dénomination de « Dimanche » donnée à ce « point » du lac. Le rocher est taillé à pic au-dessus de l'eau, comme l'est celui de la rive opposée, Cet endroit se nomme « le Trou de Davis »; vu par un beau coucher de soleil, ce voyage est réellement splendide,
De la « Pointe du Dimanche » la vue en amont du lac est également digne d'être contemplée; la « Montagne Noire » domine l'horizon. On avance encore et l'on arrive à cette partie du domaine liquide d'où l'on est libre d'admirer le grand « Anthony's Nose »;
DIFFÉRENTES VUERS DU LAC GEORGI
1, La montagne du Dôme 2. Le cap du Dimanche 1, L'ilot « As you are » 4. Un campement d'excursionnistes,
5 La montagne Fitch, 6. La pinaza de l'hôtel de Fort William Henry
214 L'AMÉRIQUE DU NORD PITTORESQUE, mais ce reg de rocher a usurpé son nom; il n'y a de vrai neç de pierre que celui que l'on montre sur les rives de l'Hudson, dont nous parlerons plus tard en son lieu et place.
Remontons encore à 2 milles plus haut : nous passerons devant « Roger's Slide », une autre montagne perpendiculaire et très élevée dont le bateau à vapeur frôle la muraille de granit, car à cet endroit le lac n'est plus qu'un boyau. Au sujet de ce site du lac George, on raconte la légende que voici, En 1758, un aventurier nommé Rogers, qui s'était fait connaître pendant la guerre entre les Français et les Indiens, fut surpris un jour d'hiver par quelques Peaux-Rouges et forcé de prendre la fuite, I chaussa ses souliers de neige, afin de pouvoir courir plus vite et parvint ainsi jusqu'au bord du précipice. I ne pouvait aller plus loin; mais tel n'était pas son projet, Il se contenta de jeter son havresac, sur la glace au bas de la montagne et se hâta de placer à l'envers ses souliers de neige, de façon que les Indiens fussent convaincus qu'au lieu de s'éloigner, les traces aboutissaient toutes au rocher et à l'abime dans lequel leur ennemi était censé avoir péri. Rogers s'en alla alors au-dessus de la croûte de neige et parvint à un endroit du lac qu'il traversa sur la glace pour se réfugier au Fort-George, où il arriva sain et sauf, Pendant ce temps-là, les Indiens qui suivaient la piste jusqu'au sommet du « Slide » restaient convaincus que deux de leurs ennemis avaient préféré se jeter dans le lac plutôt que de tomber en leurs mains. Leur illusion ne dura pas longtemps, car ils aperçurent Rogers qui fuyait sur la rive opposée, Ce qu'ils ne devinèrent pas, ce fut le stratagème employé par l'aventurier, Is restèrent persuadés que, protégé par le Grand Esprit, le « visage pâle » était tombé dans le vide sans se faire de mal : aussi abandonnèrent-ils la chasse qu'ils avaient entreprise contre lui,
Au delà de « Roger's Slide », les rives du lac George sont tellement rapprochées, le paysage est si plat et si monotone que l'on n'a presque plus rien à voir. C'est ainsi que les touristes arrivent à « Concord », station du bateau à vapeur, où ils montent dans les diligences qui les transportent à Ticonderaga. Le chemin longe le canal étroit et sinueux dans lequel coulent les eaux du lac George qui se déversent dans le Champlain par une chute très pittoresque au milieu de laquelle on a pratiqué un conduit de bois par lequel passe l'eau employée à faire tourner les roues d'un moulin. Les Américains sont des gens pratiques, s’il en fut jamais au monde.
Le lac George est certainement le site le plus curieux dans ce genre, que l'on trouve dans toute l'étendue du sol américain, non seulement à cause de la beauté du paysage, mais encore par le nombre infini de souvenirs historiques qui se rattachent à ce territoire.
Si Walter Scott a illustré « son » Écosse et ses highlands, le célèbre Américain Fenimore Cooper a créé des types ineffaçables dans le roman où il a raconté les incidents des guerres indiennes et françaises sur ce point territorial des États-Unis. Tous nos lecteurs se représentent sans doute « Cora » et « Alice » errant sur les bords du lac George, sans oublier « Œil-de-Faucon », le dernier des Mohicans, et « Uncas », le plus grand guerrier de sa tribu. Ces ombres hantent encore les bois qui bordent les eaux ‘du Lac : les touristes les cherchent à travers la forêt; d'aucuns affirment les avoir aperçues. Ce que c'est que l'imagination !
Les premiers visiteurs connus du lac George furent, — en 1646, — des Français guidés par le P. Jacques, qui se rendait du Canada dans le Mohawk pour y <'gner un
s'élève Concord, et comme il arrivait la veille de la Fète-Dieu, il donna à la vaste nappe d'eau le nom de « Saint Sacrement »,
En 1609, Champlain avait bien entendu parler de ce lac par les Indiens qui frayaient avec lui; il se disposait même à aller le reconnaitre, quand une bataille livrée à « Crown Point » par les Algonquins l'empêcha de mettre son projet à exécution,
On assure que le lag George servait déjà de communication entre les éclaireurs du
Canada et les tribus abonigènes établies sur les rives sud de la nappe d'eau, Quoi qu'il en ait été, le lac ne devint célèbre qu'en 1745, à l'époque de la guerre française; il fut, — dater de ce moment, — la route la plus fréquentée pour les communications entre le Nord et les villes du Sud. Les armées étaient transportées sur ses ondes argentées, mais tou
traité de paix avec les D arr Ce missionnaire se trouvait dans un endroit où
jours sans coup férir, sans ennemi à combattre, Ce fut seulement en 1755, que le général William Johnson, envoyé contre les Français à Crown Point, rencontra le corps d'armée du général Dieskau, lequel se composait principalement de Peaux Rouges. Le colonel William fut envoyé pour l'attaquer à la tête de douze cents hommes, et la bataille eut leu près d'un ruisseau qui coule à 4 milles est du lac. Le chef des Anglais fut tué dès les premiers coups de feu et remplacé dans son commandement par le colonel Whiting, qui organisa la retraite, Poursuivi par le général Dieskau jusque vers une redoute qui s'élevait sur l'emplacement où sont de nos jours les ruines du lac George, le colonel anglais combattit encore et, après une lutte de cinq heures, força l'armée française à se retirer. C'est après cette rencontre que l'on construisit une fortification sérieuse à l'endroit même, à laquelle on donna le nom du duc de Cumberland, William Henry, frère du roi. C'est sur cet emplacement qu'est maintenant élevé le grand hôtel qui porte ce nom.
Cet événement fut suivi d'autres petites escarmouches sur les eaux et sur les rives du lac : les Anglais et les Français se disputaient la possession du territoire, ce qui les mettait souvent en présence.
Parmi ces belligérants acharnés, on cite un homme, nommé Israël Putnam, dont les faits et gestes sont très célèbres dans cette histoire de la guerre de l'Indépendance amérivaine, En 1767, le duc de Loudon, qui se trouvait à la tête de l'armée anglaise, projetait une attaque contre le Canada. Le colonel Munro était renfermé dans la forteresse de William Henry,et les Français avaient fait des efforts inutiles pour l'en chasser, Le général Montcalm, commandant en chef les troupes françaises, prit la résolution de s'emparer de ce fort coûte que coûte; il quitta done Montréal à la tête de dix mille hommes français et indiens, On mit six jours pour se rendre à Ticonderaga, et là toute cette troupe s'embarqua sur des bateaux, afin de remonter le lac.
De leur côté, les soldats anglais du fort William Henry se préparèrent à la défense. Les récits d'autrefois racontent que cette place forte était tout simplement un carré formé par des troncs d'arbres recouverts de sable, et flanqué aux quatre angles par des bastions, armés de dix-neuf canons et de cinq ou six mortiers. La garnison ne comptait que cinq cents hommes, mais sur l'emplacement des ruines du fort George on avait mis dix-sept cents soldats en embuscade. Le siège dura six jours; mais, quel que fût leur courage, les Anglais ne purent résister plus longtemps. Il fallut se rendre, mais cette reddition ne fut faite qu'à la condition qu'on sortirait du fort avec armes et bagages. Par malheur, les Indiens, que les Français ne purent retenir, se ruèrent sur les vaincus et les massacrèrent.
at L'AMERIOUE Dl NORD PITTORESOUI
En 1758, le général Abercrombie réunit seize mille hommes, montés sur mille embarcations, et remonta le lac dans l'intention de s'emparer de Ticonderaga, I fut repoussé, et la gloire de la capture de cette position échut au général Amherst, qui, l'année suivante, réussit au dela de ses espérances, En s'emparant des forts du lac Champlain, cet officier força l'ennemi à signer la paix, Toutefois, lorsque la révolution américaine éclata, le lac Champlain redevint encore le tre des opérations militaires, lorsque Burgoyne y arriva avec ses troupes,
Le fort Ticonderaga offre encore aux tourictes qui le visitent l'aspe’t d'une ruine fort pittoresque, Bâtie en 1755 par les Français qui déjà avaient élevé une défense formidable pour l'époque à Crown Point, cette forteresse se nommait alors « Carillon », eu égard au bruit incessont produit par la chute d'eau qui tombait à peu de distance, Abandonnée par les troupes du général Montcalm, qui ne pouvaient pas le défendre, la place fut démantelée, ainsi que les travaux de défense de rown Point; mais les Anglais exhaussèrent les murailles et les fortifièrent plus qu'elles ne l'étaient auparavant, Cela leur coûta dix millions de dollars, somme énorme pour ce temps-là.
Après la cession du Canada à l'Angleterre, c'est-à-dire en 1763, la forteresse fut abandonnée jusqu'à l'époque où les Américains se révoltérent contre la mère patrie. Le colonel
Ethan Allen s'empara de la position et fut obligé de l'évacuer en 1776. L'année suivante,