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LE LAC CHAMPLAIN, DE PLATITSBURG A SAINT-ALDANS

1. Saint-Alban 2. L'ile Ball, L'ilot Hen (la Poule), — 4 « L'Are et la Flèche », Long Point $. Platisburg, vu de la plage de Cumberland

6. Les Montagnes vertes, vues de Platisburg. — 7. La baie de Cumberland., — 8, Le cap Cumberland.

cachée par les grbres qui en couvrent les bords : chênes, sapins, ormeaux, tulipiers, s'élèvent de l'autre côté de la haie d'épicéas et de sapinettes, ceignant, comme le fait une haie, ce coin de terre ignoré, désormais complètement réservé aux écoliers du camp meeting d'automne.

Prés du rivage est placée la tente aux provisions et la cuisine dont les fourneaux sont enclavés dans un banc de gazon et abrités en cas de pluie par un vaste « parasol » servant à ces deux fins : se préserver de l'eau et des rayons de Phébus, Le cuisinier du Camp Manhattan se pique d'être un habile « cook » : non seulement il est expert pour « l'ordinaire », mais encore très ingénieux pour les « extra ». On vante ses gâteaux feuilletés et ses glaces moelleuses et veloutées.

*énétrant dans l'ile, de l'autre côté d'un pré verdoyant, le visiteur se trouve devant la tente qui sert de salle à manger. Tout autour de ce salon à deux usages, — car c'est là que se réunissent les amis, — sont dressées les tentes-abris, demeures des écoliers.

Les différentes occupations de ces amateurs de liberté se bornent à la pèche et à la promenade en bateau. Quelques-uns écrivent à leurs parents et amis, d'autres lisent des livres intéressants ou s'abandonnent à la réverie. Si le temps est mauvais, si la pluie tombe et s'oppose à la promenade projetée, tous ces jeunes gens organisent un concert; cela dure ce que cela peut durer; mais enfin, le temps passe : d'aucuns font des armes; ceux-là se livrent au « plaisir » de la boxe avec des gants rembourrés.

Quelques-uns, — ce sont les plus dégourdis, — ne négligent pas une partie de chasse dans les montagnes. Les colins, — quails, — sont en famille dans les petits bois qui bordent le lac : un peu plus haut sur les déclivités des montagnes, l'on rencontre des gélinottes, — pheasants, — de la taille d'une grosse tourterelle, dont la chair exquise est très appréciée quand elle paraît cuite à point, sur la table du « mess » de MM. les écoliers de New- York.

Certains intrépides, — nous pourrions les nommer, car ce sont les fils d'excellents amis que nous avons laissés aux Etats-Unis, — ont « hissé » leur ambition jusqu'à se donner la joie d'une chasse aux cerfs, N'allez pas croire que c'est à l'aide d'une meute, en lassant l'animal à force de courir après lui, au moyen de bons chevaux pur sang, que ce sfag hunt a lieu, Non! la façon de mettre bas un de ces beaux cerfs des forêts américaines est bien plus prosaïque. Nous l'appellerions en France un meurtre, un guet-apens, indigne d'un vrai chasseur; mais, de l'autre côté de l'Atlantique, cet aflüt a passé dans les mœurs, On va tuer un cerf à l'embuscade, de même qu'en Europe on se poste pour assassiner un lapin devant son terrier.

Rien n'est plus simple que cette chasse à la grosse bête. On attend le cerf à l'angle d'un sentier fréquenté, ou bien dans un buisson de verdure artificielle, devant lequel on a allumé un feu de pommes de pins qui brüle dans une poêle à cuire des marrons. Le pauvre habitant des bois est, malheureusement pour lui, très curieux : dès qu'il aperçoit la flamme, il s'avance au lieu de fuir et se dirige lentement, cauteleusement dans la direction de cette lumière qui l'intrigue. Il marche, marche jusqu'à ce qu'il soit à quinze pas de ce phare fatal près duquel le drame va s'accomplir. Caché dans l'ombre, le chasseur peut viser en pleine poitrine la bète ignorante du danger : il presse la détente; le coup part et le cerf tombe foudroyé.

Il y aura de la venaison pour quelques jours au Camp Manhattan,

C'est ainsi de plaisir en plaisir que s'écoulent les vacances des bons écoliers.

Puis, un jour, ces jeunes gens se décident à donner une petite fête dans leur île de Robinson : ils adressent des invitations à toutes les dames mariées où « misses » de Fort William Hotel, de Trout Pavillon et de Catskills Hotel, Pour cette occasion, les collégiens en vacances mettent les petits plats dans les grands. Rien ne manquera à l'alimentation des convives : pâtisseries, crèmes glacées, fruits, champagne et bordeaux. La fête doit être complète, elle le sera. Une bande de musiciens gagistes a été mandée, qui, de midi à minuit, fera entendre les airs les plus variés, américains ou européens. La musique d'Oflenbach, de Lecocq et de maint autre compositeur français forcera bien les dames ct leurs Cavaliers à se trémousser sur le gazon; les pères et les mères, s'il y en a dans le nombre des visiteurs, passeront leur temps à déguster le punch et à manger des sandwichs.

Avec quelle impatience est attendue par toutes ces têtes folles l'heure de l'arrivée des convives! La première miss qui foule de sun pied mignon le sol de la petite Ile Verte est salue par des cheers, qui sont répercutés par tous les échos des rivages voisins : c'est à elle que s'adressent les premiers hommages; c'est elle qui sera la reine du bal, à qui l'on offrira le plus beau bouquet et qui conduira le cotillon.

Ilest inutile d'ajouter que, parmi toutes les invitées, c'est à qui s'ingénicra pour être le plus près de la barrière qui doit s'ouvrir sur le pont du steamboat pour faire passage à l'échelle donnant accès à la rive, On a vu de jeunes folles‘ risquer de se jeter à l'eau pour être plus vite parvenues à terre.

Enfin, tout le monde est débarqué, et la fête commence, Cette après-midi passe av isi rapide qu'une heure : on s'est promené, on a lunché, on à pris le thé, et tout à coup les lanternes de couleur sont éclairées; le bal commence. Cette sauterie, il faut l'avoir vue, y avoir pris part pour se la rappeler et pour la décrire. Certes, le gazon n'est pas aussi glissant que le parquet d'une salle de bal; mais qu'importe! la jeunesse lève facilement les jambes. La légèreté des muscles remplace la régularité des mouvements, On rit quand celui-ci ou celle-là fait un faux pas, voire même une culbute, et l'on s'amuse comme on ne se divertit qu'à vingt ans, sans songer aux soucis de la veille, sans éprouver d'appréhension pour le lendemain.

La soirée se passe aussi vite que la journée, Minuit sonne. La cloche du steamboat appelle les passagers : il faut se quitter; c'est à peine si l'on a obtenu un quart d'heure de grâce du capitaine, Adieu! au revoir!

Les écoliers poussent des hurrahs en l'honneur de leurs hôtes partis, et, le temps de fumer un cigare écoulé, ils vont se reposer et rêver, On rève toujours à pareil âge.

Quelques jours après cette réception, tout le monde au Camp Manhattan songe à regret au départ.

C'est alors que l'on procède à la cérémonie de « l'enterrement de la bouteille ». Ce récipient de verre contiendra la nomenclature complète de tous les noms, prénoms et surnoms des membres de l'Association et le récit de quelques incidents remarquables du stationnement à la petite Ile Verte, Dès que ce document a &té tnhumé dans la bouteille, les écoliers forment une procession éclairée par des torches, car c'est la nuit que l'on doit accomplir cet enfouissement. Les deux premiers portent des pelles, les autres, — qui ne portent rien, comme dans la Chanson de Marlborough, -- précèdent le camarade à qui est

incombé le droit de porter le « souvenir des jours heureux », et tous chantent en chœur

les paroles suivantes :

Adieu ! nous te quittons demain, Hot, notre domaine:

Nous reprenons notre chemin Dans la vie incertaine; Mais nous retournerons ici L'an prochain, à l'automne Pays aimé, c'est un souci

Lorsque l'on t'abandor

Et cette bouteille, qui contient les bons souvenirs de braves cœurs destinés à ne plus se revoir peut-être, reste là cachée sous la terre comme un témoignage dés heures Joyeuses.

Le lendemain, le chemin de fer et le steamboat emportent tous ces aimables écoliers

vers la cité empire. IS rentrent au collège, et les études recommencent comme si elles

n'avaient pas été interrompues.

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