LE &OLD BRIDGE», SUR LA RIVIÈRE DLACKBERRY, PRÈS DE CANAAN
pont est jeté au-dessus du courant qui s'élance et retombe en poussière au fond d'un gouffre placé à 55 pieds en dessous. Les pêcheurs de truites connaissent tous ce bassin, où l'on prend, disent-ils, des poissons d'une taille exceptionnelle.
La montée est rude quand on veut parvenir aux Twin Falls, — les « Chutes Jumelles »; on doit même prendre garde à ne point glisser sur les mousses et les débris gluants d'arbres
morts, et, pour cela, il faut s’aider des mains et des pieds. Mais il n ya pas de plaisir sans
peine et la fatigue est oublice
lorsqu'on atteint le haut des cascades: on a devant sot un spectacle sublime et inc flaçuble on POUF S arreter une semaine à Salisbury pour faire chaque jour une promenade in téressante, et d abord on se rendrait au village de Chapinville, connu par ses fonderies de fer, près duquel sont pla- [NS les deux lacs jumeaux Washinw et Waschincin, dont
les eaux reflètent les monts ‘Faconic, Non loin delà on conduit le voyageur à l'entrée d'une grotte de pierre calcaire, dans les profondeurs de laquelle les stalactites et les stalagmites offrent un charme imprévu.
C'est la « Caverne de Salisbury », Canaan, près de l'endroit où Île Housatonic-débouche dans le Connecticut, est un charmant village, station du chemin de fer « Housatonic et Connecticut Western», et bordé LA CASCADE D'ARGENT (SILVER GASGANE) par la jolie rivière de Blackberry. En quittant ce lieu paisible et fortuné, l'on traverse la frontière du comté de Berkshire, qui couvre un territoire de
5o milles de long sur 20 milles de large et dont les beautés champêtres offrent des
plaisirs sans cesse renouvelés, Mais, pour contempler la richesse du paysage, il est impor: tant de voyager à pied et d'abandonner la voie ferrée et les moyens de locomotion, C'est en marchant à l'aventure, en se dirigeant tantôt à droite, tantôt à gauche, sur les indications des habitants, que l'on parvient dans certains sites dont le charme est saisissant et plein d'intérèt,
Shetlield est un village assez gracieusement construit dans un site agreste : c'est de là que l'on part pour ravir le mont Washington, — un des géants granitiques de la chaîne des Taconics, — du haut duquel on domine toute la contrée d'alentour,
Le touriste que rien ne presse dans sa promenade à travers la vallée du Housatonic fera bien de s'arrêter quelques jours à Mount Everett House, dans l'Egremont sud situé à quelques milles de la voie ferrée. De cette maison hospitalière il pourra gravir les pentes cultivées qui l'améneront à une élévation de 2,000 pieds au-dessus du niveau de la mer. Ce qui étonne le plus, quand on parvient sur cette cime, c'est d'y trouver un village composé de quinze à vingt feux et dont les habitants sont tous des chasseurs et des montagnards déterminés.
Quelle admirable vue que celle dont on a les prémices du haut du Mont Everett! Ce pays fertile, ces bois touffus et ombreux, ces champs cultivés au milieu desquels, çà et là, sont bâtis des villages ayant chacun leur église au clocher pointu, ces manufactures en pleine activité dont les cheminées renvoient la fumée qui se perd dans l'espace, tout contribue à rendre le spectacle des plus intéressants. La vue s'étend à l'est et à l'ouest sur les États de Connecticut et de New-York, et le fleuve Hudson, comme un ruban d'argent, semble descendre en ligne parallèle avec celle des eaux de l'Housatonic,
Ceux qui n'ont pas assez de force ou de volonté pour gravir à pied le pie du Mont Everett peuvent se donner le luxe d'un véhicule qui les aidera à faire la route, Ils apercevront, en passant, les carrières de marbre blanc dans lesquelles ont été taillées les colonnes et les plaques qui ont servi à l'édification du « College Girard » à Philadelphie, et d'où l'on tire encore des blocs d'une grande valeur. k
Le site désigné sous la qualification de Great Barrington est un des plus pittoresques de la vallée, et si la rivière n'est pas aussi large en cet endroit qu'ailleurs, du moins ses bords offrent-ils des coudes et des sinuosités qui attirent les amateurs du paysage agreste, Le village lui-même est remarquable par la beauté des ormeaux qui abritent ses maisons très coquettes et entourées de jardins fort bien cultivés.
Un détour sur la route ordinaire conduit le touriste à l'endroit appelé les : Deux Égremonts, — celui du nord et celui du sud, — où il contemplera à son aise un point de vue ravissant et bien souvent dessiné et photographié, Il y a là un pont jeté sur la Rivière Verte, au-dessous duquel coulent les eaux babillardes, lequel est d'un pittoresque indéniable,
Celui qui se rend de Barrington à Stockbridge dans le comté de Berkshire, en employant le chemin de fer pour moyen de locomotion, commet une grande erreur; mieux vaut cent fois suivre à pied où parcourir en voiture & chemin qui est abrité des deux côtés et le long duquel les horizons sont réellement dignes d'être admirés.
A mi-chemin, le voyageur s'arrêtera avec un plaisir inexprimable devant les « Montagnes-Monument » que les Indiens appelaient : « Maus-was-see-ki », ce qui veut dire « le Nid des Pécheurs ». On raconte qu'une jeune Indienne, dont le cœur était brisé par un amour déçu, se jeta du haut de cette roche et se brisa la tête sur le sol.
LA VALLEE DU HOUSATONIC, ar
Une demi-heure de course suffit pour se rendre en voiture de la Montagne-Monument au village de Stockbridge, Ce village, qui était le principal du pays au temps jadis, est d'une grande beauté romantique, Les maisons, les églises, les écoles, les fontaines ont été placées avec goût sous l'ombrage des arbres séculaires qui sont devenus plus haut que les construetions de l'homme, Peu de centres de population peuvent rivaliser avec Stockbridge. De quelque côté que l'on se tourne, en dehors de l'enceinte habitée, on aperçoit des vues splendides, Au nord, voici le lac Mahkeenac, surnommé la « Grande tasse de Stockbridge » : c'est-lù que Hawthorne, le célèbre romancier américain, a longtemps vécu, À un mille au delà du village, on vous montre cette merveille de la nature : le « Désert de glace », situé au cœur méme de la « Montagne de l'Ours », sous les voûtes basaltiques de laquelle on trouve des blocs d'eau congelée au milieu même de l'été, I est indispensable pour visiter ces grottes de se munir de torches pour reconnaitre son chemin,
Tout autour du village, sur les hauteurs et dans les vallons couverts de verdure, s'élèvent des villas dont les heureux propriétaires peuvent jouir de la vue de la vallée de l'Housatonic et du Konkapot.
Un historien américain très connu, Jonathan Edwards, a longtemps vécu à Stockbridge ets y fit aimer par tous ceux qui l'entouraient, C'est là que cet auteur composa son livre renommé, intitulé : La liberté du vouloir, — Freedom of the will, — son chef-d'œuvre, Un monument de granit a été élevé sur l'une des places du village pour honorer le souvenir de ce digne missionnaire,
En quittant Stockbridge, le touriste est tellement blasé sur les beautés du paysage de « la Nouvelle-Palestine », — tel est le surnom donné au territoire, — qu'il ne doit pas s'attendre à éprouver de nouvelles émotions, Et cependant quand il a devant lui les collines d'Hoosac situées à l'est, qui rivalisent pour leur charme avec celles du Taconic à l'ouest; lorsqu'il aperçoit, vers le point nord du pays, le pic aigu de Graylock qui domine tous les autres, il ne peut s'empêcher de tressaillir à chacun de ces spectacles inattendus,
Les villages de Lee et de Lenox sont situés entre Stockbridge et Pittsfield-Lenox, qui, déjà très considérable, deviendra bientôt une ville; c'est déjà le chef-lieu du comté de Berkshire.
A Lee, où s'arrètent en passant les wagons du railway, on mène les visiteurs dans les fabriques de papier qui font la richesse du pays. Une autre industrie de ce coin du Housatonic, c'est la taille du marbre qui a servi à embellir les murailles du Capitole de Washington. A un demi-mille de Lee, on se trouve sur les bords d'un joli lac, d'où l'on poursuit sa route jusqu'au vieux Monterey et à Tyringham, situés à l'est,
Lenox est séparé par 2 milles de la station du chemin de fer, qui est bâtié à l'endroit appelé Lenox-Furnace. C'est un site charmant où la rivière est calme comme un miroir, où un pont élégant donne accès d’une rive à l'autre, et où les arbres verdoient le long d'un chemin conduisant à la montagne. Les manufactures de verre et les fonderies de fer font de Lenox-Furnace un séjour très prospère, Quant à Lenox, on cite ce village pour la pureté de l'air qu'on y respire; aussi les gens du pays l'ont-ils nommé « la perle des montagnes ». Il n'y a donc rien d'étonnant que de nombreuses villas aient été bâties dans ces lieux bénis du ciel. Des pensions bourgeoises donnent asile à tous ceux qui n'ont pas assez de fortune pour avoir une demeure à eux appartenant, Ce que l'on remarque à Lenox, c'est la supériorité intellectuelle et sociale de ceux qui l'ont choisie pour résidence, Frederica Bremer a demeuré
dans ce village. Fanny Kemble, l'actrice renommée, y resta longtemps et manifesta en ces termes Île désir qu'elle éprouvait d'y être enterrée : « Je n'im- « portunerai plus personne
si l'on me permet de dor-
mir ici, Tout ce que je
demande, c'est de pou-
voir de temps à autre relever la tête, afin d'a- «percevoir encore le pay- « sage enchanteur qui envi- « ronnera mon tombeau ».
On sait que l'origine de Lenox vient du titre du duc de Richmond, qui le portait à l'époque où les An-
glais dominaient dans le pays yankee, c'est-à-dire il v a plus d'un siècle.
De ce village, révé par les poètes, qui l'ont chanté maintes fois, on peut distinguer le « Pie de Perry », cette cime isolée, qui se dresse à l'ouest et que l'on atteint en une heure à l'aide d'un véhicule, Ce mamelon est placé comme une sentinelle avancée de la frontière de
Ura l'Etat de New-York C'est au pic de Perry que l'on a retrouvé des pierres
dressées tout debout en lignes parallèles qui ont intrigué les savants et lassé
leurs investigations. En ce mème endroit, en 1860, fut célébré l'anniversaire du centenaire
de Humboldt pendant lequel on inaugura sa photographie en pied et on lut des volumes de poésies tracées en souvenir du grand homme.
Du haut du pic de Perry on perçoit très distinctement les villages Shakers de New Lebanon dans l'Etat de New-York et de Hancock dans le Massachussetts. Le chemin de fer borde ce dernier établissement de la secte des « Trembleurs », dont les environs sont vraiment dignes d'être visités : ils le sont en eflet par de nombreux curieux qui viennent assister aux cérémonies bizarres de ces croyants, pendant lesquelles on voit les hommes d'un côté de l'église, les femmes de l'autre, danser en psalmodiant des prières et en se livrant à des contorsions ctranges
À Pittsield s'arrête le chemin de fer du Housatonic, qui a parcouru 110 milles à dater de Bridgeport. C'est égaiement sur ce point du territoire que le Housatonic se sépare en deux courants, dont l'un se dirige du lac Pontosuc jusqu'au nord, et l’autre vers le nordouest, dans la partie bordée par les collines du Berkshire,
Pittslida doit l'origine de son nom au célèbre politicien anglais Pitt, et passe avec raison, pour l’un des plus beaux villages de la Nouvelle-Angleterre. Au milieu de ces habitations, on
montrait, il y a quelques années, un ormeau qui avait été planté au commencement du
xvn siècle. En 1864, l'arbre était mort. on le coupa, on arracha les racines er l'on a élevé TS une charmante fontaine entourée d'un parc fleuri sur l'emplacement qu'occupait ce vétéran...
des bois. L'industrie particulière de Pitts- $ field est celle du coton et de la laine filée. Du reste, les eaux du Housatonie sont très \ favorables à ce genre d'industrie, Une très belle église, des écoles parfaitement dirigées,
et entre autres le sér.inaire pour demoiselles
LA MONTAGNE MONUMENT de Maplewoi xd, sont cités dans tout le comté. Telle est la cité de Pittsfield, chef-lieu
de la vallée du Housatonic, Les habitants adorent la musique et apprécient au plus haut
degré les beaux-arts : on cite même le « Berkshire Athenœum » qui contient déjà de très
belles toiles,
La hauteur climatérique de Pittsfield est de 1,100 pieds au-dessus du niveau de l'Atlantique; mais la température est des plus agréables, ce qui fait choisir cet endroit pour résidence d'été à bon nombre de citadins de Boston, de Montréal et de New-York.
De tous les coins de la ville les routes conduisent les touristes à des promenades
réellement enchanteresses. À 4 milles seulement, on se trouve au pied des monts Taconics
et Hoosac, De l'autre côté, les bords de la rivière Housatonic ravissent les amateurs de la nature sauvage qui répètent les poésies célèbres écrites par Tennyson dans son enthousiasme lyrique.
L'excursion la plus ordinairement pratiquée par les habitants de Pittsfield et leurs amis est celle ües bords du lac Onota, placé à 2 milles à l'ouest de la ville. Non loin de là, du côté de l'est, on aperçoit les collines Washington, faisant partie de la chaîne du Hoosac, le long duquel le chemin de fer de Boston gravit des pentes douces qui l'amènent à 75 pieds de hauteur. Sur la cime de ces collines on vous montre le lac romantique nommé le « Pond d'Ashley », dont les eaux descendent vers la cité pour alimenter la ville, ou du moins pour augmenter la quantité d'eau formée par un autre récipient aussi considérable.
Un autre lac voisin donne naissance au «Roaring Brook» qui rugit comme un torrent et s'écoule le long de la montagne rocailleuse que l'on a nommée : « Torie’s Gorge » et va se perdre dans l'Housatonic.
Un peu à l'est, le voyageur remonte le village de Dalton, où l'on compte de nombreuses fabriques de papier. Il traverse plus loin le hameau de Hindsdale pour se rendre à la cascade grandiose de « Windsor » placée à l'extrème limite de la vallée du Housatonic.
A l'ouest de Pittstield, au delà de l'Onota, un chemin de montagne aboutit à Lebanon Springs, qui est la route des Catskills. En poursuivant cette même direction, mais en tournant un peu au nord, on parvient sur les déclivités des Taconics, au Saut de Lulu, — un emplacement des plus romantiques, près duquel est le « Rolling Rock », une pierre de forme très curieuse hissée en équilibre sur un rocher, comme la boule d'un bilboquet.
C'est encore là qu'on va visiter le « Berry Pond », un lac en miniature autour duquel les groscilliers n'ont pas poussé en abondance et ne donnent pas en la saison une récolte extraordinaire, comme on pourrait le croire : ce nm de « Berry » est tout simplement celui d'un pionnier qui s'était établi là, par amour pour la nature sauvage qu'il y avait découverte et admirée. En effet, rien n'est plus cristallin que le miroir de ces eaux bordées par un rivage de sable fin et ombragées par des arbres verts de la plus belle venue.
Au nord de Pittsfield on passe à Pontosuc, bourg très peuplé et célèbre par ses moulins mis en mouvement par une nappe d'eau considérable. À 3 milles plus loin, voici le vieux Lanesbure, d'où le voyageur peut se rendre en voiture au sommet du « Constitution Hill ». Les fonderies qu'il y trouvera sont en pleine activité.
La route que l'on parcourt ensuite côtoie le tracé du chemin de fer qui relie Pittsfield avec Adams et le Nord. Le touriste préfère toujours s'égarer le long des méandres du haut Housatonic, qui n'est en cet endroit qu'un petit ruisseau murmurant sur un lit de pierres plates et de cailloux, ombragé par des peupliers et des saules. Il arrive ainsi, dans la direction du nord, au village de New Ashford, protégé par les montagnes qui l'avoisinent.
De ce bourg, digne d'être mentionné, jusqu'à Willamstown, la route est solitaire, mais on est dédommagé par la beauté du passage borné par de hautes collines.
Williamstown, au centre duquel s'élève un parc grandiose, est arrosé par l'Hoosac : c'est un site de la Suisse transporté sur le territoire américain.
Nos lecteurs sont maintenant parvenus hors des limites du Housatonic et se trouvent dans celle du Hoosac, célèbre dans toute l'étendue des États-Unis par ses manufactures de verreries, ses Carrières de pierres de taille, ses scieries, ses filatures de coton et ses moulins à
fouler la laine. On parvient enfin à North Adams, qui rivalise avec Pittsfield, non seulement par ses constructions, mais encore par l'élégance et le confortable des hôtels qui attendent les voyageurs. L'industrie est également sans pareille à North Adams, où la confection des chaussures à bon marché a atteint le nec plus ultra dans ce genre.
Îl faut avoir visité ces manufactures, où les « shoemakers » travaillent avec une ardeur incessante, pour se rendre compte de l'énorme approvisionnement que l'on tire de North Adams dans ce genre de confection. Il est certains villages de la Normandie, — nos lecteurs qui sont allés aux bains de mer voudront bien se ‘e rappeler, — où, dans toutes les maisons couvertes de chaume on aperçoit, tantôt des métiers où des tisseurs fabriquent de la cotonnade, tantôt des ouvriers serruriers qui battent l'enclume et font tourner la lime pour fabriquer des serrures et des clefs,
A North Adams, ce sont les cordonniers qui occupent les maisons ou travaillent dans les manufactures; ces dernières sont d'une grande importance, Tout se fait là à l'entreprise et d'une façon presque automatique. Pénétrons dans un des vastes ateliers de ce pays, où chacun peut «trouver chaussure à son pied»; nous y verrons d'abord des amas de cuir de toute sorte : cuirs épais pour les semelles, peaux mégissées pour les empeignes et les doublures, et ensuite des machines très ingénieuses, dont l’une coupe à l'emportepièce les semelles, celle-ci les empeignes, les oreilles et les bordures ; enfin tout ce qui est indispensable pour la façon d'une botte, d'un soulier ou d’une bottine. C'est alors que l'emploi des hommes est mis à profit, Ce sont eux qui cloutent les chaussures, lorsque les femmes ont procédé à la couture des côtés et des empeignes. Vient enfin le polissage de tous ces « vêtements de pieds », — feet clothing, — qui passent dans une dizaine de mains avant d'être complètement terminés.
Une des curiosités de ces manufactures, c'est l'emballage des bottes et autres chaussures destinées à l'exportation en Europe ou à l'envoi dans l'intérieur du pays. Chaque article est plié avec soin, étiqueté, marqué d'un numéro de pointure et de fabrique, et quand cette opération est terminée, on procède à l'assortiment dans les caisses qui contiennent cent paires de chaussures de divers numéros, si bien que l'acheteur marchand trouvera dans cette caisse une collection complète au moyen de laquelle il pourra satisfaire tous les goûts de ses pratiques. On expédie plus de cinq millions de chaussures chaque année provenant de North Adams. Ab uno disce omnes.
Graylock, la plus grandiose des montagnes du Massachussetts, s'élève à peu de distance, mais généralement on choisit pour point de départ de cette excursion South Adams, qui est plus rapproché, car la ville est bâtie au pied méme du rocher. A vrai dire, cette route est ia moins pittoresque des trois que l'on peut prendre pour parvenir au Graylock; mais ni les unes ni les autres ne sont bien entretenues, ce qui rend très difficile l'accès du pic que l'on veut atteindre.
On recommande avec raison aux touristes de ne pas oublier une visite au « pont naturel », qui est situé près de North Adams. Qu'on se figure un rocher de marbre, d'un seul morcesu, recouvrant le passage d'un ruisseau qui reflète la blancheur d’albâtre de la pierre, à peine souillée par intervalles par des toufles de lichen et de mousse. Un bruit étrange se produit sous ce tunnel, grâce au murmure de l'eau répété par la nymphe Echo de cette source des montagnes.
Si la fantaisie entraîne le voyageur le long du cours de cette onde fugitive, il se trou-
vera en présence de nombreux points de vue réellement très pittoresques : l'un d'eux est le « rocher Profil », qui affecte, dit-on, la forme d'un visage humain.
L'on peut ensuite remonter en voiture et se rendre de North Adams jusqu'au tunnel d'Hoosac, qui actuellement passe sous la montagne, tandis qu'avant son parcours on contournait les grands Hoosacs, le long desquels les points de vue étaient uniques au monde.
Ce tunnel des Hoosacs est un chef-d'œuvre de construction qui rivalise avec celui du mont Cenis sur les frontières de la France ot de litalie, Un travail colossal, sous les fon-
dations d’une montagne de géant,