‹ L'Amérique du Nord pittoresque [microforme]Chapitre 60 sur 211 · LA MONTÉE DU WHITEFACE · texte numérisé non relu

LA MONTÉE DU WHITEFACE

E que la plupart des voyageurs ignorent, — même ceux qui ont parcouru les États-

Unis sur toutes les grandes routes de terre ou de fleuve, — c'est qu'il faut s'aventurer au delà des voies frayées pour trouver une nature inconnue, grandiose, exceptionnelle, Ceux qui n'ont fait que parcourir les plaines fertiles, en se contentant d'examiner avec leurs lunettes d'approche les cimes des montagnes distantes, ne peuvent se douter de ce qu'il y a derrière ces convulsions de la nature; il en est qui disent même que tout le paysage américain est monotone, et qu'à part les vues du fleuve Hudson, celles du lac

George et les chutes du Niagara, il n'y a rien à admirer sur toute l'étendue du territoire

conquis par les Yankees sur les anciens maitres à visage couleur de brique et sur les Anglais qui leur avaient succédé. Quelle erreur! Nos lecteurs voudront bien nous suivre, et ils trouveront avec nous la rectification de cette façon de penser.

Nous ne sortirons pas de l'État de New-York, car l'Adirondack fait partie de ce vaste territoire à l'ouest du fleuve Hudson. C'est un pays sauvage, accidenté, pittoresque au suprème degré, où le peintre va chercher ses inspirations, où le chasseur trouve du gibier en abondance, et le pêcheur du poisson d'une taille bien supérieure à celle des autres habitants écaillés de tous les cours d'eau de l'Union.

L'Adirondack s'élève au-dessus des Catskills, c'est-à-dire à des hauteurs qui rendent cette portion du sol le point culminant de tout l'État Empire. C'est entre le lac Champlain et le lac George que l'on pénètre dans un désert qui, il y a trente ans, était à peine connu par quelques audacieux pionniers, des bûcherons et des chasseurs intrépides. Contigu au Canada vers le nord, il touche au Mohawk vers le sud. Son étendue est plus considérable que celle du Connecticut.

Cinq rangées de montagnes dressent leurs cimes altières en lignes parallèles dans l'Adirondack, vers la direction du sud-ouest au nord-ouest, et vont aboutir aux rivages du lac Champlain. La cinquième rangée, — qui est la plus éloignée dans la direction de l'ouest, — commence à « Little Falls » et aboutit à Frembleau Point, sur le lac, On la désigne indifféremment sous le nom de Clinton Range ou d'Adirondack, C'est là que se: trouvent les pics les plus élevés, tandis que les déclivités moins importantes sont le « Mont Murcy », — autrement le « Tahavus », — qui n'a que 333 pieds de haut. Quoique ni les unes ni les autres de ces montagnes n'atteignent la grandeur des pics des White Mountains du New-Hampshire, ou des « Montagnes-Noires » de la Caroline du Nord, leur faille dépasse celle des crêtes les plus ardues de la chaine des Rocheuses du Far West. Il y a près de cinq cents monts dans tout l'Adirondack; mais quelques-uns

seulement ont recu des noms distincts. Ceux que l'on cite sont le « Tahavus », — déjà nommé, — « Whiteface », « Dix's Peak », « Seward », « Colden », « Mac Intyre »,

« Santanoni », « Snowy Mountain » et « Pharaoh », qui tous sont hissés à 5,000 pieds d'élévation au-dessus du niveau de la mer. Leur base est couverte d'une végétation sauvage, et vicrge encore, Les cimes seules sont dénudées, et c'est à peine si on rencontre de temps à autre quelques brins de mousse ou des herbes chétives au pied des arbrisseaux nains, Au dire des géologues, ce point du globe est le premier qui émergea hors des eaux qui couvraient le globe terrestre à l'époque du déluge universel.

Au fond des vallées qui sont creusées entre toutes ces montagnes, le voyageur parvient sur les rives de petits lacs, de mares sourdissantes, qui se comptent au nombre de plus de mille dans l'étendue complète de l'Adirondack.

Le niveau de toutes ces nappes d'eau est d'environ 1,500 pieds de hauteur audessus de celui de l'Océan; le lac « Avalanche » seul, — le plus élevé de tous, — se trouve à 3 mille pieds. Si le plus grand de ces récipients couvre un espace de 20 milles, il en est qui n'ont que quelques acres de”superficie. Les plus vastes sont le « Long Lake », les « Saranacs », le « Tupper », les « Fultons », le « Colden », | « Henderson », le « Sanford », l’« Ekford », le ‘ ackett », le « Forked », le Newcomb et le « Pleasant ». Du bord de chacun de ces lacs ‘ dressent des montagnes couvertes d’une végétation dense et impénétrable, à travers lacuel:. :oulent des ruisseaux dont les méandres sont bordés de

LE PAYS D'ADIRONDACK,. 239

lis et de fleurs d'une beauté particulière, Une excursion dans l'Adirondack est, pour le touriste et le Chasseur, une partie de plaisir qui n'a rien de comparable sur aucun coin du globe, Ni la Suisse, ni les Highlands d'Écosse, ni les bords du Rhin ou les profondeurs de la Forét-Noire ne peuvent entrer en comparaison avec les déserts de l'Adirondack.

Parmi les rivières les plus importantes, on compte le « Ausable », le « Saranac », le « Boquet » et le « Racket », Ajoutons que c'est également dans ce désert merveilleux que le fleuve Hudson prend sa source,

Toutefois, le courant d'eau le plus important parmi ceux qui arrosent l'Adirondack, c'est le « Racket », qui sort du lac du même nom, à l'ouest du comté d'Hamilton, et dont la course, d'environ 120 milles, se termine dans les eaux du fleuve Saint-Laurent. Le « Racket » est une rivière bordée de prairies verdoyantes ombragées, dans plusieurs endroits, par des érables, des ormes, des peupliers, des tilleuls et essences arbres mêlées à des pins et autres arbres verts. Cette végétation donne à ces pâturages touffus l'apparence de ces splendides parcs d'Angleterre où l'on élève des daims et des cerfs. Du reste, pour rendre la ressemblance plus réelle, les fauves de l'Adirondack abondent dans ces parages.

A part ces endroits plats, tout le reste du territoire est couvert d'une forét dense et agreste, où les arbres à résine poussent en plus grand nombre sur les hauteurs des montagnes, tandis que ceux dont les feuilles tombent croissent à la base des rochers, Il y a parmi ces arbres des géants séculaires, couverts de mousse et de lichens. L'orage et la foudre ont bien produit des ravages sur cette forêt vierge; mais, telle qu'elle est, sa vue frappe d'admiration ceux qui viennent pour la parcourir.

Au milieu de ces solitudes à peine explorées vivent à leur guise des panthères, des ours noirs de haute taille, des loups, des chats sauvages, des lynx et des renards. De temps à autre, un « moose » — caribou ou renne — bondit devant le chasseur; mais le gibier le plus fréquemment levé est le cerf seul ou en hardes, la martre, la loutre, le putois, le rat musqué, le blaireau, le lièvre, la pie, la bécasse, la perdrix, la caille et de nombreuses variétés d'écureuils. Les serpents sont rares : aucun de ceux que l'on rencontre n'est venimeux. Dans le nombre des oiseaux de proie, on aperçoit des aigles, des balbuzards, des hiboux, des orfraies, des éperviers et d'innombrables oiseaux de marais, hérons, canards, sarcelles, grues, etc., ete. Les saumons et les truites foisonnent dans tous les ruisseaux. Dans les lacs, on pêche souvent de ces derniers pois:9ns, qui pèsent plus de 20 livres,

Les curiosités de la nature sont merveilleuses dans l'Adirondack. Celles que l'on connaît passent pour moins nombreuses que celles encore ignorées.

Le site le plus admirable dans ce genre est le lac Paradox, dont le canal, quand les eaux sont hautes, coule de l'autre côté sur la rive de l’est; — le bassin de la cime du mont Joseph, dont les bords sont placés sur les lèvres mêmes de la falaise; le confluent de l'Hudson et de l'Ausable qui, lors de la saison des pluies, est très remarquable; les cascades du « mont Colden » sur le lac « Avalanche »; les trois lacs sur les hauteurs du «Whiteface», dont les ondes descendent vers le Saint-Laurent; l'une de ces rivières est le « Cold River » et l'autre le « Racket »; le Ausable, — un troisième canal qui descend vers le Champlain, et enfin l'Hudson, qui va rejoindre l'Atlantique.

Mentionnons encore parmi ces sites introuvables ailleurs que dans l'Adirondack, le « Indian Pass », qui domine les montagnes et leurs déclivités rapides, toutes couvertes

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