‹ L'Amérique du Nord pittoresque [microforme]Chapitre 61 sur 211 · NORD · texte numérisé non relu

NORD

d'une épaisse forêt; la grotte de la Panthère », de « Mount Marcvy »

ou « Fahavus », le Wlmington Notch », que lon trouve encaissé dans des gradins immenses dans

les vallées du Ausable, et sur Île sommet desquelles les arbres ont étendu leurs racines, Qu'on se figure une fissure semblable à celle que produirait un coup de hache dans un rocher, et au fond de laquelle coule un courant d'eau avec la rapidité d'un torrent, A l'issue de ce canal s'écoulant entre deux roches à pic, la rivière s'aventure dans des prairies et des champs cultivés; c'est à ne pas croire que l'on vient de sortir du ‘Fénare., Le mont Whiteface domine l'horizon c'est un spectacle sublime à contempler On peut y voir, si l'on veut, le ‘Tahavus », mais la Chose n'est point facile, N'importe! celui qui a bravé une fatigue pareille jouira d'un coup d'œil qui le récompensera amplement des aspérités surmontées. Voici, à peu de distance, le « Haystack », la Meule-de- Foin, — dont la pointe est plate comme si on avait Coupé une tranche de la pierre. A Fest, brille la cime de « Mount Colden » et le « Mount Mac-Intyre » qu'elle masque en partie. Regardez encore et vous upercevrez les pics roses de « Mount Seward », — la grande montagne Cathédrale, —et ceux des cimes « Henderson » et « Sento nins », perdues dans des brouillards aux teintes de saphir. Au sud-ouest se dresse un cône altier, la « Mon-

tagne-Bleue », et au midi la colline

servant de marchepied aux « Boreas Mountains », dont la chaîne

LE PAYS D'ADIRONDACK 141

L ssaté

ondule dans toute sa longueur, En sondant encore l'horizon, on distin | gue le « Dial », le « Cadran -Solaire », dont le faite s'incline à l'égal de la tour de Pise, et semble prèt à tomber sur le « Dix's Peak », rocher bizarre avant la forme d'un lon accroupi, celui de la baie de Gênes,

On aperçoit ensuite les cimes sauvages et dentelces des « Montagnes-Gothiques », vers le lac «Lower Ausable », se pressant les unes con tre Îles autres du côté de l'est, et tenant Compagnie au « Noon Mark »

ctau « Rogers Mountain », qui do

H LR" mine la vallée de Keene. F Au nord-ouest, on montre aux F4

: h touristes les cimes de « l'Edmond's ré « PU

Pond », . le [AT Edmond, les 1

se

avant-postes de lAdirondack, vers le vieux « Whiteface », qui, lui, est tout à fait tourné vers le nord.

Tout ce panorama est sillonné

+ LA À ge -

par des courants d'eau, qui brillent

dans le paysage comme des lamelles d'argent sur une robe verte, dans la direction du nord, sous les lacs « Placide » et celui de « Bennett ».

Le « Long Lake » scintille comme une étoile au sud du mont Seward, et plus rapprochés du voyageur sont placés les lacs « Henderson », « Sandford », « Harkness », « Jamie »

« Sallie », qui sont liés l'un à l'autre comme les frères Siamois.

Dans la partie sud-ouest, les eaux du Blue Mountain miroitent et inspirent le poète, On vous indique ensuite au sud le lac « Borcas », entouré d'une prairie verdoyante aux trois quarts, et s'appuyant sur RÉTR ARRRET MR ER un rocher taillé à pic,

Citons encore, pour être complet, les lacs « Mud » et « Clear », — boueux et lim-

pides, — auprès du « Dial » et du « Dix's Peak », Et, enfin, quang on demande au guide quelle est cette grande nappe liquide qui borne l'horizon vers l'est, il répond : C'est le lac Champlain, — Et, plus loin? au nord, ajoute-t-on encore, — C'est le Saint-Laurent, dont la toile de fond est formée par la forêt canadienne,

La « Passe-Indienne » est l'endroit le plus pittoresque de tout l'Adirondack. Les Peaux-Rouges l'avaient nommée « Conyaoraga », ce qui signifie « l'horrible désert », Ajoutons que, même à l'époque actuelle, ces sites, d'une sauvagerie indescriptible, n'ont pas été complètement visités par les gens du pays et les touristes, avides d'émotions nouvelles,

C'est là, dans ces gorges inaccessibles à l'homme, que les animaux les plus dangereux ont fait élection de domicile : les ours, les panthères s'y trouvent chez eux, et frayent avec les chats sauvages, les Iynx et les caribous,

1 y a plus d'un siècle, un homme était venu se fixer en cet endroit, qui portait le nom de Boldback, à ce que racontent les anciens du pays,

On racontait alors et l'on raconte encore les histoires les plus invraisemblables sur son compte, et ces récits ont été consignés dans une brochure devenue aussi rarissime qu'un « incunable » par le premier pionnier de ces déserts, Nick Brown, dont le père exerçait la profession de batelier sur les rives de l'Hudson. Nick, à la mort de l'auteur de ses jours, avait hérité de la profession de son père et d'une somme ronde de cinquante guinées d'or,

Ce brave garçon cacha son petit trésor dans la doublure de son bonnet de drap, et, replaçant ensuite sa fortune sur sa tête, il partit un certain matin de la cabane où avait vécu son père, avec l'intention de se rendre dans une région où nul être humain ne fût encore parvenu. HE n'avait emporté qu'un bissac plein de vivres pour subvenir à ses premiers besoins et un pistolet d'arçon avec des munitions pour se défendre, à tout hasard, contre les attaques des hommes et des bêtes fauves.

Nick parcourut ainsi, pendant une semaine, la chaine de montagnes qui s'élève à l'ouest du fleuve Hudson, et parvint enfin dans une vallée où il résolut de s'arrêter pour s'y établir définitivement.

Il découvrit, à l'une des extrémités de ce lieu solitaire, un ruisseau d'eau limpide dont le voisinage devait naturellement être très favorable à l'agriculture.

Nick se décida à ne pas aller plus loin, et il construisit à la hâte une cabane à l'aide de grosses branches de bois qu'il recouvrit de feuilles et de terre pétrie.

Cela fait, il défricha un petit espace de terrain dans lequel il sema les graines qu'il avait emportées à Cet usage.

On eût pu le voir, à dater de ce jour-là, taillant en pleine forèt, à l'aide d'une hache, pour agrandir son domaine et égayer son paysage. I rêvait au moment où sa terre conquise serait couverte d'une abondante récolte de grains dorés ou d'une verdoyante prairie dont les foins nourriraient des bestiaux de plusieurs races,

Le courageux pionnier se disait que, lorsque la saison serait venue de semer sur une large échelle, il retournerait du côté de l'Hudson, afin d'y acheter des grains et les instruments indispensables pour arriver à ses fins, sans oublier une belle jument blanche sur laquelle il avait jeté les yeux avant son départ, et enfin une charrue que la bonne bête rapporterait sur son dos à la plantation de la vallée solitaire.

Certain soir, au mois d'août, Nick était étendu sur le gazon, suivant des yeux les étoiles

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filantes et les autres astres du firmament, Le pauvre diable, qui aimait à rêver, ruminait dans sa tête le meilleur moyen pour faire le placement le plus avantageux de sa petite fortune, lorsque tout à coup il se rappela que sa provision de farine diminuait grandement et qu'il devait s'assurer de la quantité qui en restait,

Quoique, de temps à autre, il eût eu l'adresse de pêcher quelques poissons dans le ruisseau qui bordait sa propriété; quoiqu'il eût fait ‘le nombreux repas à l'aide des mûres sauvages très abondantes aux alentours, il se fiait plus encore à son sac de farine qu'aux vivres éventuels de sa plantation,

Quelle ne fut pas la stupéfaction de Nick Brown lorsqu'il se convainquit qu'il n'avait plus dans le sac que pour un seul jour de subsistance!

Sa situation était perplexe : l'arme qu'il possédait lui laissait peu d'espérance de pourvoir par ce moyen à sa nourriture, Que devait-il faire?

Nick se dit qu'il ne fallait pas mourir de faim dans le désert où il se trouvait, car avec un peu de courage et d'audace il éviterait un sort pareil.

Plusieurs fois il avait entendu des ours rôder autour de sa cabane, et il résolut, à l'aide de son pistolet et de sa hache, d'attaquer un de ces animaux et de le mettre à mort, Car, après tout, pensait-il, ces bêtes sauvages ne sont pas aussi terribles qu'on pourrait le eroire,

En conséquence, avant le lever du soleil, Nick se mit à la poursuite d'un ours qui fuyait devant lui, sur le penchant d'une roche escarpée,

C'était, à tout prendre, un ours fort drolatique; car il laissait souvent à Nick le temps de le rejcindre à une portée de fusil, puis, au moment où celui-ci mettait son pistolet en joue, il précipitait sa course et se trouvait hors d'atteinte, avant même qu'il eût eu le temps de presser la gâchette.

A la fin cependant, lassé de ces alternatives, le chasseur-pionnier s'arrêta et s'assit sur une roche, L'ours en faisait autant, de son côté, à une distance respectable, sans cesser de regarder attentivement son persécuteur, ‘et ouvrant les mâchoires d'une façon telle qu'on eût pu dire qu'il éclatait de rire.

Le pauvre Nick était exaspéré, IT suait à grosses gouttes, et son bonnet, contenant sa fortune en bonnes pièces d'or, lui pesait sur le front, Que fit-il alors? Avec un cri de rage, ï arracha son couvre-chef et le jeta à la tête de la bête,

L'ours évita le projectile et, se précipitant sur cet objet qu'on lui avait jeté, le saisit dans sa gueule et s'enfuit à travers la montagne.

Le malheureux pionnier s'abandonna au désespoir, Ses économies, son héritage, son seul avoir lui étaient ravis! Il se précipita en avant, laissant à terre sa hache, sans penser qu'elle lui était indispensable.

I ne tarda pas à rejoindre l'ours, et fit feu de son pistolet, persuadé que la bête allait tomber foudroyée. Maïs le chasseur était si énervé qu'il n'avait pas visé assez juste, Quelle ne fut pas sa stupeur lorsqu'il vit que l'ours s'éloignait rapidement, au lieu de mordre la poussière ! :

Le chasseur et le gibier étaient en ce moment parvenus sur une sorte de plateau, à la cime de la « Passe Indienne ». L'ours avait doublé le pas, et il gravit bientôt un grand rocher couvert de mousses et de pariétaires, sur l'un des côtés desquels s'élevait un édifice de pierres et de boue cimentées d'une façon primitive.

\4 L'AMÉRIOUE DU NORD PITTORESQUI

Quel ne fut encorc pas l'étonnement de Nick lorsqu'il vit Fours se faufiler dans la caverne en tenant toli= jours sa casquette entre ses dents!

Le pauvre diable jura qu'il ne perdrait pas ainsi son pécule sans chercher à le ravoir, et, agissant à la fois par un motif de curiosité et par un sentiment de colère, il s'aventura dans le boyau de la grotte au milieu duquel l'ours S était glissé, Après avoir descendu quelques marches grossières, il se trouva au centre d'une salle sombre où ses yeux percurent la flamme brillante de deux autres yeux, ceux d'un homme d'un aspect sauvage, au chef couvert de cheveux gris, qui, tenant un coutelas entre ses mains, demanda d'une voix rude à Nick ce qu'il venait faire en cet endroit.

- « Je viens chercher ce qui m'appartient, mon bonnet », répliqua le pionnier avec autant de courage qu'il put en montrer.

Le vicillard tenait le couvre-chef de Nick entre HT £s mains et le tâtait avec soin, comme pour deviner

ce qui le rendait si précieux à son propriétaire. SUIS US DE — « Vous y tenez donc bien? fit-il d'une voix ironique, Dans ce cas, je vous promets de le con-

server précieusement : comptez sur moi. »

LE PAYS D'ADIRONDA(

lout en sexprimant ainsi, cet hommu bizarre ouvrait un coffre de chène placé près de lui, et, y jetant le bonnet de Nick Brown, il donna un tour de clef à la serrure et mit l'objet de fer dans sa poch

C'est en vain que le malheureux Nick sup plia cet être étrange de lui restituer son bien, indispensable, disaitil, pour se préserver di rayons du soleil, car ‘Îl he’ croyait pas prudent d'avouer que ce bonnet de drap contenait dé valeurs importantes; Île vicillard resta sourd à ses demandes réitéré

Le pionnier se vit donc forcé d abandonner tout espoir de rentrer en possession de son couvre-chet

Pendant que ceci se passait, Nick Brown avait fini pal accouttumet Us VCLIX à l'ob Curitt qui l'entourait, et sa stupeur avait été urande quand ilavait examiné les objets singuliers contenus dans la salle où il se trouvait

Eclairée par une fissure placée au sommet, cette caverne contenait une demi-douzaine de sièges grossièrement façonnés avec des branches de chêne, sur lesquels six ours se tenaient gra vement assis sur leur train de derrière

Dans le nombre se trouvait celur qui avait volé le bonnet de Nick, et qui regardait ce der nier avec un sentiment de satisfaction mali CICuse,

Ce spectacle étrange eût prèté à rire, si Nick Brown n'avait pas aperçu, appendu contre la muraille, un crâne humain au-dessus de la tête de chaque ours, Et, sur chacun de ces crânes, il découvrit des signes hiéroglyphiques, lesquels étaient reproduits tout le long des parois de la roche unie formant la muraille de ces appartements souterrains.

l'andis que Nick examinait avec stupélaction cet étrange spectacle, le vicillard s'approcha et lui dit

— « Eh bien! pourquoi ne vous en allezvous point?

— Avant de me retirer, puisque vous avez

résolu de ne point me rendre ce qui m'appartient, voudrez-vous

Kh

répondre à une question

que j'ai à vous adresser, Qui êtes-vous? et qui sont ces animaux qui semblent être si familiers avec vous?

— Ah! tu oses interroger Boldback? s'écria le vicillard d'une voix colère, Je vais te répondre par des faits et non par des paroles, »

Tout en parlant ainsi, cet homme repoussa Nick Brown jusqu'à l'un des angles de sa demeure souterraine et, s'emparant d'une chaîne appendue à la muraille, ouvrit un collier de fer et le referma autour du cou du pauvre pionnier.

Celui-ci comprit alors qu'il n'y avait plus moyen de fuir et que toute résistance était impossible.

Au lieu du rêve doré qu'il avait caressé pendant la nuit précédente, tout en contemplant les étoiles dans le firmament, il se voyait la proie assurée des six ours qui l'entouraiént, et il se disait que sa tête desséchée allait augmenter la collection placée sur les parois de la muraille de ce souterrain.

Toutefois, 11 comprit bientôt que Boldback avait d'autres idées à son endroit; car celui-ci, après avoir contemplé son prisonnier anéanti avec une expression diabolique de plaisir, se mit à vaquer aux préparatifs de son repas.

Il alla chercher dans un coin de la grotte une table et l'installa au milieu de la salle de pierre; puis il plaça des mets sur ce meuble. Au même moment, ses serviteurs à quatre pattes apportèrent des verres à leur maitre.

Puis, ils prirent leurs chaises dans leurs pattes et les disposèrent autour de la table.

Le vieillard leur distribua des aliments, et ils burent et mangèrent comme l'eussent fait des hommes raisonnables.

Tout d'abord le repas fut silencieux; mais un ourson très étourdi ayant renversé le vase dans lequel il buvait, Boldbäck le réprimanda en s'exprimant de la sorte :

— « En t'amenant ici, mon garçon, j'ai songé à t'être utile et à te donner de l'instruction. Tu n'étais qu'une brute lorsque je t'ai fait captif; mais tu possédais de grandes qualités, et j'ai été heureux de les mettre en lumière. Ton intelligence a besoin de se développer, et, après quelques années d'instruction sérieuse, j'espère que tu pourras t'adonner à l'étude des sciences occultes. J'ai plus d'estime pour toi que pour ce spécimen de la race humaine que tu vois là enchainé dans ce coin, lequel, comme tu t'en apercevras plus tard, sera bientôt réduit à l'état de brute. C'est là le but que je veux atteindre, afin de prouver à la civilisation que tous les êtres créés par Dieu sont d'une même nature. »

Ces paroles, prononcées d'une voix stridente, apprirent à Nick Brown quel était le sort qui lui était réservé.

I ne fut donc pas autrement étonné lorsque Boldback lui jeta un morceau de chair crue, en lui disant :

— « Tiens! prends et rassasie-toi, »

Le pionnier ne put se contenir davantage. Plein de terreur et d'indignation, il s'écria :

— « Vicillard, regarde-moi bien, me prends-tu pour une brute, pour oser me traiter de cette façon? Non, je suis, comme toi, un être civilisé, ou plutôt, monstre que tu es, un homme meilleur que toi: Délivre-moi de cette chaîne, ou sinon... »

C'est en vain que l'infortuné continua à menacer et à supplier; rien n'y fit.

Il se trouvait au pouvoir du vieillard, et il comprit que, n'ayant pas à sa portée une

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arme pour se défendre et pour recouvrer sa liberté, le seul parti qui lui restât à prendre était de se résigner pour le moment à sa malheureuse destinée.

Tandis que Nick prenait cette résolution, Boldback avait renvoyé ses ours et avait desservi la table sur laquelle ils avaient mangé.

Cela fait, il alluma une lampe, s'assit sur un des sièges rustiques et se mit à examiner Nick avec tant d'insistance que celui-ci, afin d'éviter ces regards terribles, se voila la face avec les deux mains.

Plusieurs heures se passèrent de la sorte. A la fin, cependant, la lampe s'éteignit, et le vicillard se leva.

Il ouvrit la porte et fit rentrer les ours, avec qui il échangea des saluts cérémonieux.

Le lendemain et les jours suivants, Nick assista aux mêmes façons d'agir.

A certains intervalles, le vicillard sauvage s'absentait, et, lorsqu'il revenait, il ramenait un ours féroce, musclé et enchaîné, qu'il avait probablement pris dans une trappe.

Cet animal incapable de nuire, il le trainait dans un trou béant, près de l'endroit où Nick Brown était enchaîné, et l'y claquemurait à l'aide d'une énorme pierre, le laissant hurler à son aie.

Tandis que 1e geôlier du pauvre trappeur se livrait à ces chasses dans les montagnes, Nick devenait de jour en jour plus semblable à une bète sauvage. Sa barbe, ses cheveux, ses ongles avaient poussé, tandis que son Cœur ruminait des projets de vengeance contre l'être cruel qui le retenait captif,

Ce qui redoublait ses souffrances, c'étaient les rèves qui le hantaient la nuit pendant son sommeil, lorsqu'il voyait en songe des champs couverts d'une riche moisson, des pâturages d'un vert d'émeraude.

Sa colère le rendait furieux quand, à son réveil, il apercevait les ours domptés prenant leur repas autour de la table et le féroce Boldback jetant sur lui des regards irrités,.

Nick Brown se croyait sous l'influence d'un terrible enchantement. Il se voyait destiné à devenir, dans un temps donné, une bête aussi sauvage que l'étaient les animaux dont il était entouré.

Après avoir longtemps refusé la nourriture qui lui était offerte, la faim l'avait réduit, et il avait dévoré la chair crue que lui présentait Boldback.

Un jour, — un jour sombre et nuageux, — le vieillard, après une longue absence, revint avec un ours de taille énorme dont il avait grand'peine à rester maître, quoiqu'il l'eût garrotté et enchainé de façon à l'empêcher de nuire.

L'obscurité était si profonde dans l'intérieur de la grotte que l'on ne pouvait pas distinguer les objets qui y étaient contenus.

Lorsque Boldback se trouva près du trou où il renfermait ses prisonniers et qu'il s'apprèta à y jeter l'animal, celui-ci, au paroxysme de la rage, se débarrassa de sa muselière et prit entre ses mâchoires redoutables le bras du dompteur, qui ne put s'empêcher de pousser un cri de rage et de douleur.

Nick comprit au même instant la chance que cet accident lui offrait, et il résolut de la mettre à profit.

Une corde se trouvait près de lui; il s'en empara et parvint à lier la main de son geôlier qui était encore libre, et à l'attacher solidement contre son corps.

Le vicillard faisait de vains eéflorts; mais il lui était impossible de se servir du bras que l'ours avait blessé, si bien que Nick put saisir le coutelas ippendu à sa ceinture, et, à l'aide de cette arme. il tinten respect son ennemi que la bête

n'avait point lâché.

Le pauvre prisonnier parvint également à lier les pieds de Bold-

back, et il fut alors possible de fouiller ce geôlier implacable et de s'emparer d'abord de la clef du carcan qui l'enchainait à la muraille, et de celle qui ouvrait le cotfre où son trésor était renfermé. LE TRANSPORT DES BATEAUX PRÈS DU PETIT LAC TUPPER

Rendu à la liberté, rentré en possession de son trésor, — le legs de son père, cousu dans son bonnet, — Nick Brewn se sentit tout d'un coup renversé, comme si un tremblement de terre lui cût fait perdre l'équilibre.

Lorsqu'il se releva, 1l se trouva au milieu de la salle souterraine, de laquelle les ours avaient disparu.

En regardant au fond du trou profond, il aperçut Boldback déchiré par ses animaux. Des cris horribles se faisaient entendre, qui s'éteignirent peu à peu.

Terrifié par cette vue et par ces bruits infernaux, Nick Brown s'enfuit loin de l'en-

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+. z'4 droit où 11 avait été si longtemps détenu prisonnier, jurant qu'il n'y reviendrait jamais, : s Il retrouva sa hache et revint sain et sauf dans la vallée 4 qu'il avait défrichée.

À Une fois là, il se jeta sur le gazon, accablé de fatigue 4 7 et éprouvant le besoin de se réconforter en respirant l'air

de la liberté,

Depuis cette époque, il n'eut pas la moindre velléité de savoir au juste quel avait été le sort du dompteur d'ours du grand pic de la Passe Indienne.

Plus tard encore, lorsque Nick Brown eut attiré dans sa ferme, devenue prospère, des bras pour le servir dans ses travaux, il ne prononça jamais un mot qui pût faire soupconner que, dans le voisinage, il y avait un endroit où s'était passé un drame si terrible, bien fait pour épouvanter ceux à qui il aurait raconté les incidents de l'aventure dont il avait été le héros, et, un jour. longtemps après sa mort, — un indiscret publia cet épisode ct le fit vendre à son profit dans les provinces des États-Unis.

Ecartons la... fablé pour revenir à la réalité.

La source qui coule le long de la Passe des Indiens, formée de cascatelles excessivement pittoresques, sourd &'une roche à 4,000 pieds audessus du niveau de la mer. La glace qui la couvre en hiver ne se fond point au milieu méme de la saison la plus chaude,

C'est égalzment au sein de cette « Passe Indienne » que sort de la roche l'Ausable, dont les eaux vont rejoindre le lac Champlain et le Saint-Laurent, A quelques pas, en avançant vers le nord, sourdent les ondes de l'Hudson, si bien que le chat sauvage qui boirait à la source de l'un pourrait tremper sa queue dans le bassin où bouillonne l'autre, Au moment des pluies, les deux sources mélent leurs eaux, puis le cours de lAusable s'en va

vers le nord-est, tandis que

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