CHASSEURS EXAMINANT L'APPROCITE DES CER+S
celui de l'Hudson dérive du côté di sud-ouest. Tout d'abord ce ruisseau se nomme la rivière Adirondack. et il va
se jeter dans les lacs « Henderson » et « Sandford », au sortir desquels il reçoit Le nom de Hudson, et s'avance au milieu du comté de Warren, englobant dans son parcours le « Boreas » et le « Schroon », qui.amènent dans son lit les eaux de plusieurs autres lacs des montagnes et de sources sans nombre.
I y a trente-cinq ans, l'Adirondack était aussi peu connu que l'intérieur de l'Afrique. C'est à peine si l'on rencontrait à différents points connus du pays, sur la frontière, quelques huttes élevées par des chasseurs déterminés. Mais, depuis cette époque, le nombre des sportsmen et des touristes a augmenté dans de grandes proportions. On peut même se reposer dans des hôtels de seconde classe, au milieu des bois. Quand l'été est venu, tous les lacs sont couverts de bateaux montés par des chasseurs ou des pêcheurs qui sont venus y chercher du gibier et du poisson, ou bien respirer l'air pur des montagnes, en admirant les beautés sauvages de ce territoire. Ces embarcations, fabriquées à la mode indienne, sont si légères qu'un homme les met sur son dos pour les transporter d'un endroit à un autre : elles ne peuvent porter que deux personnes, le guide et le chasseur ou pêcheur. Les gens qui se chargent de conduire les étrangers se trouvent dans toutes les auberges, et, moyennant trois dollars par jour, ils procurent les bateaux, les tentes, tout ce qu'il faut pour entreprendre une pareille campagne à travers bois, vallons, lacs et montagnes. La nourriture n'est pas difficile à obtenir pour ceux qui savent se servir du fusil ou des hameçons. Quant aux bagages, on en emporte le moins possible : un sac de nuit doit suflire; il contient un vètement de rechange, des chemises, des bas et des mouchoirs. La flanelle et le drap sont de rigueur, même en été, sur ces montagnes et au milieu des bois. Il va sans dire que l’on n'a pas oublié des essuie-mains, une paire de bottes en cas d'accident et une bonne couverture pour s’'envelopper pendant la nuit. Les armes sont laissées au choix de chaque voyageur.
On se rend par diverses routes dans l'Adirondack; mais la meilleure est celle qui passe par le lac Champlain. Le steamer qui sillonne cette vaste étendue d'eau dépose le voyageur à Port Kent, sur la rive est du lac, vis-à-vis Barlington dans le Vermont, où il trouve des diligences en destination de Keeseville, à 6 milles plus loin. On se procure facilement en cet endroit des voitures à volonté qui se dirigent à travers le désert d'Adirondack, jusqu'à Martin's Tavern, sur le bas Saranac, c'est-à-dire à 50 milles de distance, par des chemins très pittoresques.
A dater de ce point, le touriste peut, à sa guise, coucher sous la tente ou se reposer dans l'asile rustique de la taverne bâtie au milieu des bois, vers les endroits les plus fréquentés.
À 1 mille de distance de Keeseville, tombent devant vos yeux les cascades de « Birmingham », formées par les eaux de l'Ausable, Elles ont 30 pieds d'élévation et se déversent dans un bassin en demi-lune, A peu de distance de là, on rencontre les « grandes chutes », dont la hauteur est de 150 pieds et qui sont cachées au milieu d'un paysage des plus sombres. En dessous de la cataracte, le courant d'eau devient très profond et va s'enfoncer dans le grand entonnoi: dont nous avons déjà parlé. On a pratiqué dans l’une des gorges de ce torrent une sorte de route-échelle de 200 pieds, au sommet de laquelle on se trouve sur une plate-forme d'où la vue domine le paysage.
Celui qui visite l'Adirondack en amateur doit se diriger de Saint-Martin au village « d'Ausable Forks », d'où il atteindra le « Whiteface » où « Wilmington's Notch » et enfin le lac « Saranac ». Tout le long de sa route, le paysage lui offrira des aspects enchanteurs.
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Le guide montre aux touristes la façon dont le bois coupé dans les forêts de l'Adirondack est dirigé le long du courant jusqu'aux lieux d'embarquement. Les hardis bûcherons qui ont inventé ce genre de transport sont des hommes d'une hardiesse sans égale. Is rappellent les schlitter de la Suisse.
Lorsqu'on revient du lac Placide à Saint-Martin, les vues du pays, surprises à travers des ouvertures dans les rideaux d'arbres verts, vous ravissent d'étonnement,.
Tout autour de cette auberge, placée sur les bords mêmes du « Bas Saranac »,— un lac de 6 ou 7 milles d'étendue sur 2 de large, — on peut faire des excursions plus intéressantes les unes que les autres. On se rend à Round Lake, où les orages sont fréquents; on visite ensuite les bords du lac du Haut Saranac, où l'on se repose à l'hôtel Bartlett, l'un des mieux tenus et des plus confortables de tous ceux de l'Adirondack.
C'est à l'aide de bateaux que l'on arrive au lac « Saint-Reégis », puis aux €Transports Indiens », par où se dirigent les touristes qui vont à la rivière Rackétt, l'artère la plus praticable du pays sauvage de l'Adirondack.
Deux heures de navigation sur les affluents amènent les excursionnistes au lac « Fupper », à qui un chasseur a donné son nom. Il est couvert d'iles boisées aux arbres toujours verts, À l'extrémité de cette nappe d'eau, le « Bog River » se jette du haut d'un rocher élevé, et cet endroit passe pour l'un des plus pittoresques de tout l'Adirondack. Là encore on va se reposer dans un hôtel tenu par un L ave garçon nommé Graves, qui eut le malheur, en 1872, de tuer son père en cherchant à le défendre contre les coups d'andouillers d'un cerf blessé et se débattant dan: l'eau.
Remontons le courant d'eau de « Bog » pour rejoindre le petit lac « Tupper ». En longeant quelques autres mares d'une étendue plus où moins grande, on parvient au « Long Lake », qui ressemble à une grande rivière, d'une étendue de 20 milles environ, C'est le lac qui passe pour le plus grand de tous ceux de l'Adirondack, où les grandes nappes d'eau se rencontrent pourtant à chaque pas.
On peut admirer de ce point du territoire le Mont Seward, dont l'élévation est de 4,348 pieds au-dessus du niveau de la mer.
Beau pays de chasse que celui-là! Rien n'est plus fréquent que de voir un homme, hissé entre deux troncs de sapins sur une planchette passée entre des branches horizontales, sonder l'horizon pour guetter les approches d'une harde de cerfs. Poursuivis par des limiers acharnés, les pauvres animaux se précipitent à travers bois et finissent par se jeter à l’eau. A ce moment-là, les sportsmen qui, du haut de leur observatoire, ont vu ce mouvement se hâtent de monter dans des embarcations pour donner la chasse aux pauvres animaux. Ceux-ci ont cru échapper à un danger et en trouvent un autre, Généralement le ou les cerfs sont toujours victimes de leur imprudence.
I y a différentes manières pour tuer ces pauvres cerfs de l'Adirondack, employées par les chasseurs des États-Unis, et ces gens en font un tel massacre qu'il est plus que probable qu'avant un demi-siècle, la race en sera aussi rare que celle du bison, dont les sujets diminuent tous les jours dans les grandes prairies du Missouri.
La chasse au cerf se pratique de trois manières à peu près semblables : la première, que l'on appelle la chasse au repos, — still hunting, — Vaffût, est la plus destructive; l'autre, la chasse au feu, dont nous avons déjà parlé, et enfin la chasse à courre, la moins dangereuse de toutes,
La « chasse au repos » cst cConsidérée comme un métier par les chasseurs de F'Adirondack, aussi bien que par leurs contrères des Etats- Unis. Pour être heureuse ct lucrative, il faut que les sportsmen déploient une grande activité, une adresse consommée dans le maniement de leur carabine, Il est indispensable avant tout qu'ils aient une connaissance complète de tous les coins et recoins de la région où ils chassent, des habitudes des hardes de cerfs, des remises qu'ils fréquentent, des ruisseaux où ils viennent s'abreuver et des heures où ils se rendent au viandis
Supposons maintenant que nous suivons pas à pas un chasseur expe:
rimenté au plus tourré des bois, à travers les marécages, les précipices, ct partout où le gibier se montre en nombre, Le still hunter est doué d'une agilité et d'une patience à toute épret.ve; nous marcherons à sa suite sans perdre aucun de ses mouve ments,
L'équipement de ce coureur des bois consiste en une blouse de peau de daim grossièrement tannée, un pantalon à l'avenant, suivant la mode indienne, Ses pieds sont chaussés de mocassins solides; une ceinture de cuir lui ceint les reins, et sa carabine est appendue par une courroie sur ses larges épaules. A son côté sont placées une petite poche contenant des balles et la corne d'un bison qui lui sert de poire à poudre. Il porte également un coutelas, — borrie knife,
dans un fourreau, et, malgré tout
cet attirail de chasse, ce hardi sports-
LA CHUTÉ D OFALI
man marche d'un pas délibéré, re-
gardant autour de lui et S'orientant pour arriver sur la meilleure piste.
LE PAYS D'ADIRONDACK,
L'atmosphère est claire, le soleil émerge de l'horizon, des gouttes de rosée roulent vers la pointe des feuilles aux nuances diverses, jaunies ou rougies, suivant la saison plus ou moins avancée, À chaque instant, le chasseur se baisse pour examiner le sol, lorsqu'un indice quelconque attire son attention, TFantôt il change d'allure, häâtant le pas ou le ralentissant; enfin, il a atteint la partie la plus haute d'une colline. À dater de ce moment, il marche avec précaution, faisant halte à chaque arbre, comme si le gibier était à sa portée. Il avance encore avec une lenteur combinée; il s'arrète pour examiner si la capsule de la cheminée de son fusil est sèche, et, armant doucement le chien, il épaule et vise avec une attention prolongée, Une détonation retentit : la fumée s'est dissipée; il court, et nous courons à sa suite,
Nous arrivons ensemble à l'endroit où reposait un superbe cerf, dont la ramure ornera le Hall d'un richard de la ville. La pauvre bète ne s'attendait pas à être frappée aussi cruellement à la place où elle espérait passer en repos les heures les plus chaudes de la journée. La piace est couverte de sang : les sabots de l'animal se sont enfoncés dans la terre lorsqu'il s'est relevé atteint par le plomb meurtrier. I n'est plus là, mais une trace de sang trahit le chemin qu'il a pris pour fuir son cruel ennemi, A vingt pas de son repos, le dix-cors git
sur la terre, la langue pendante, les yeux encore ouverts; ses flancs remuent d'une façon
imperceptible, il râle.…. il râle encore : il est mort, C'est à ce moment-là que le chasseur emploie son couteau pour ouvrir la poitrine de la bête, en retirer les entrailles et vider le ventre de façon que ce gibier puisse être transporté soit dans sa cabane, soit au chemin de fer, d'où on l'expédiera à New-York où à Boston, au marché public, à la disposition de ceux qui aiment la venaison.
Le cerf est hissé sur une haute branche où il restera jusqu'au moment où, la chasse terminée, le pourvoyeur adroit reviendra pour l'emporter à son campement; et le voilà qui vole à de nouveaux triomphes, nous dirions plutôt à de nouveaux meurtres,
Pendant la saison chaude, le chasseur cherche le gibier sous les taillis épais : au printemps, il se dirige au plus épais d'un swamp couvert d'arundes, où il trouve le cerf plongé dans l'eau jusqu'au cou afin d'éviter les piqüres des moustiques lancinolents,
Lorsque la neige couvre la contrée, c'est vers la forêt, dont les arbres sont tapissés de mousses et de lichens, nourriture des cerfs, que le sportsman portera ses pas. Toutes les habitudes des animaux lui sont connues; il recourt aux ruses diverses qu'il a inventées ou qu'on lui a apprises : c'est ainsi que cet habile tireur sait, à l'aide d'une feuille, frouer si bien qu'il attirera une biche et son faon à la portée de sa carabine, On en a vu qui, pratiquant les ruses des Peaux-Rouges, plantaient au bout d'un bâton une tête de cerf préparée et la promenaient, en rampant, au-dessus des grandes herbes des prairies, jusqu'au moment où le dix-cors, trompé par l'apparence, se laissait approcher à portée de fusil.
Soit d'une façon, soit d'une autre, c'est par milliers que les cerfs succombent chaque année dans toute l'étendue des États-Unis.
La «chasse au feu » est celle qui attire le gibier curieux devant un foyer derrière lequel le chasseur se tient dans l'ombre; quant à la « chasse à courre », elle ne consiste pas dans ce déploiement d'élégance et de steeple-chase que l'on a mis en pratique de ce côté-ci des mers.
C'est tout simplement un rabat, pendant lequel les chasseurs qui se transportent à cheval d'un endroit à un autre se placent sur le passage d'un cerf où d'une bande de ces animaux, lancés par des traqueurs. Un coup de feu bien dirigé met par terre la bête passant à portée. On félicie le chasseur sur son adresse où plutôt sur sa bonne chance, et toute la bande, remontant sûr les chevaux, va recommencer cette tuerie dans quelque autre partie de la forêt.
Mais il arrive quelquefois que des heures entières s'écoulent sans que les chasseurs voient ou entendent aucun être vivant, et bien souvent il leur arrive de rentrer chez eux sans avoir aperçu cerf, biche ou faon.
Un pareil résultat est peu encourageant, mais aussi il y a des jours où l'on est amplement récompensé de sa patience et de ses longues heures de faction. Le sportsman voit arriver devant lui un cerf bondissant avec une vélocité inimaginable, fuyant lestraqueurs et les limiers qui s ‘gosillent à pleins poumons.
De temps à autre l'animal s'arrête en se cambrant sur ses hanches, comme le ferait un lièvre aux aguets : les yeux lui sortent de la tête; il jette derrière lui des regards inquiets; son cou, d'une forme si gracieuse, se gonfle, animé par la crainte et la colère; son bois s'élève majestueusement au-dessus de sa tète; puis il reprend sa course impétueuse et se rapproche du chasseur immobile et silencieux, qui, le cœur palpitant d'émotion, tient sa carabine prête à faire feu. L'animal s'arrête encore une fois, l'arme s'abaisse, le coup part et la balle vient frapper en pleine poitrine le cerf, qui bondit sous les efforts d'une suprême agonie,
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Certes l'émotion d'une grande chasse récompense amplement le chasseur de l'ennui d'un affût solitaire pendant lequel il a compté les heures.
Nous avons parlé de l'art de frouer que les chasseurs américains pratiquent avec une habileté merveilleuse, Nous fimes partie un matin, dans ce même pays d'Adirondack, d'une expédition de chasse pendant laquelle un trappeur émérite qui se nommait Nick Dana donna une preuve de son adresse.
— Si j'avais quelque chose qui me manque, nous dit Nick au moment de déjeuner, je pourrais vous mettre promptement en présence de quelques cerfs mâles, si farouches qu'ils soient, J'espère trouver cela dans ces parages.
A peine étions-nous arrivés au bord du marécage, qu'une exclamation poussée par notre compagnon nous apprit qu'il avait découvert ce qu'il cherchait, Nick Dana nous montra en eflet une longue plante herbacée que nous appelons en France le « panais des vaches ».
Nick nous désignant un terrain marécageux, dans la direction duquel se trouvait notre futur chemin, nous nous mimes tous en marche de ce côté-là,
Iltira un couteau de son fourreau de cuir et, coupant la tige du panais à une longueur d'environ six pouces, se mit à la façonner de manière à lui donner la forme d'une de ces trompettes dont se servent les enfants. Appliquant alors cet instrument à ses lèvres, il souffla et les sons qu'il en tira ressemblaient tellement au cri ordinaire des cerfs que nous fümes tous saisis d'étonnement,
Nick Dana se mit à rire et, nous indiquant d'un geste triomphant l'appeau qu'il venait de fabriquer, nous dit dans son langage yankee :
— Je vous promets maintenant, gentlemen, de vous faire tuer quelque mâle de la harde, Venez avec moi.
Le trappeur se plaça en tête, et nous le suivimes, en ayant soin de faire le moins de bruit possible, Nous avions à peine fait cent pas que nos oreilles furent frappées par le sifflement d'un cerf.
— La bête est à nous! murmura Nick Dana. Couchez-vous et ayez soin d'être bien couverts par le buisson. C'est un point important,
I nous donna l'exemple, et en quelques secondes le Peau-Rouge le plus subtil n'eût pas découvert notre présence dans la forêt, Nick avait emporté un bois de cerf qui devait lui être utile dans cette circonstance.
I le hissa de sa main gauche au-dessus du fourré dans lequel il se tenait et se mit à frouer à plusieurs reprises. Presque immédiatement un bruit saccadé résonnait sur le gazon desséché : on eût dit qu'un animal bondissait dans notre direction. Rien n'était plus vrai : un superbe dix-cors s'offrit tout à coup à nos regards dans un espace dénudé, entre deux taillis, à environ cent pas de l'endroit où nous étions cachés.
Il s'arrêta tout court, la tête tellement renversée en arrière que ses andouillers touchaient presque son échine, Son œil large et arrondi parcourut tout l'espace vide, comme s’il eût été en quête d’un objet encore inaperçu.
Au mème instant, Nick Dana porta de nouveau la trompette à ses lèvres, et il fit mouvoir de côté le massacre qu'il tenait dans ses mains, l'agitant comme eût pu le faire un cerf qui entre en fureur et se dispose à bondir.
La bête nouvelle venue, apercevant alors la tête, la prit apparemment pour les andouillers d'un rival; ce qui le corrobora dans cette pensée, c'est qu'il entendit un appel
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de défi qui lui était bien connu, Se dressant alors sur ses quatre pieds, son bois terrible relevé sur ses épaules, il accepta le défi et s'elança au galop de notre côté,
A une vingtaine de pas, le dix-cors fit encore une halte, arrêté probablement par l'incertitude où il se trouvait du genre d'ennemi auquel il allait avoir aflaire, Ce repos lui fut fatal, D'après les conseils de Nick Dana, nous tenions nos fusils à l'épaule, et deux d'entre nous, visant en pleine poitrine, pressérent la détente.
Le résultat fut tel que le trappeur l'avait prévu, Le dix-cors était tombé en râlant son ultime soupir, Nous nous hàtämes de dépouiller notre victime et d'en pendre les quartiers dans les branches d'un arbre, hors de la portée des carnassicrs, et nous continuâmes à avancer, Une demi-heure après, nous avions « assassiné » un autre dix-cors de la même façon que le premier.
Ainsi finit cette chasse ce jour-là, F était cinq heures du soir : nous devions opérer une retraite assez longue pour réintégrer le campement, Chacun de nous chargea sur ses épaules les meilleurs morceaux des deux cerfs, et l'on abandonna le reste aux oiseaux de proie, aux coyotes et aux ours.
Les grillades de cerf passent, en Amérique, pour un mets succulent; le renison steak, salé et poivré, dont raflolent les Yankees, nous a toujours paru fade et peu digne d'être coté dans la cuisine savante d'un épicurien. N'importe! tel qu'ilest, ce morceau de viande semble exquis quand il est particulièrement assaisonné par un appétit de chasseur, Que ne mangerait-on pas avec délices lorsqu'on est jeune et qu'on éprouve une faim dévorante en pleine forét américaine?
Encore quelques mots pour achever notre excursion dans le pays d'Adirondack.
La route entre « Long Lake » et «Andian Pass » est trés diflicile à parcourir; elle traverse le pays le plus sauvage, « la Wilderness », et aboutit enfin à la source de l'Hudson, qui est située à 4,300 pieds au-dessus du niveau de la mer, et se mêle au « Feldspar Brook », pour se confondre avec la cascade « Opalescent »,— couleur d'opale, — la plus bizarre de toutes celles de la contrée d'Adirondack.
L'Hudson, comme le Rhône à l'endroit où il sort des rochers suisses, n'est qu'un mince filet d'eau; mais il porte bientôt des embarcations, et ce fleuve géant, une fois parvenu à « Tappan Bay », devient un véritable port de mer intérieur, Nous allons en parler un peu
plus loin avec toute connaissance de cause,