L'ENTRÉE DE LA RIVIÈRE DE SUREWSHURY
Es hautes terres — Highlands Neversinks — ont conquis le poste d'honneur parmi
les collines de l'Amérique du Nord. Elles sont placées sur les côtes de l'Atlantique ; ce sont elles que le voyageur aperçoit les premières quand il regarde à gauche en arrivant d'Europe, au moment où il va pénétrer dans la baie de New-York. La richesse de la végétation de ces hauteurs, sur la pente desquelles sont bâties, çà et là, des villas élégantes; “les gracieuses ondulations de leur sol couvert d'arbres et planté de jardins fleuris, tout fait de ces sites favorisés un séjour réellement enchanteur.
Chacun a éprouvé, dans certaines limites, la joie que l’on éprouve en saluant le but de son voyage sur terre où sur mer; mais quand on aborde sur une plage dont la vue récrée les yeux, quand, à la place d’un terrain hérissé de rochers ou couvert de sable, on trouve vers l'horizon des bosquets verdoyants, des gazons d'une teinte qui rappelle l'émeraude, le cœur s'épanouit, la bouche ébauche un sourire et la pensée se rassérène.
Les montagnes des Neversinks semblent créées tout exprès pour égayer le voyageur qui vient de subir les tempêtes de l'Atlantique, au moment où il pénètre à travers les « Narrows », pour atterrir sur un des quais de la « Ville Empire ».
Ces collines, situées vers la limite nord-est du New Jersey, se prolongent pendant plu-
sieurs milles le long des côtes, dans la direction du sud, A leur base coule la rivière Shrewsbury, et de l'autre côté la vue découvre une langue de sable que les eaux de l'Océan viennent lécher de leurs vagues calmes ou impétueuses, C'est là que se trouve la baie de «Sandy Hook », — le hameçon de sable,
Le havre immense de New-York se divise en deux parties bien distinctes : celle de la Longue Ile et celle de Staten, entre lesquelles se trouvent les Shorts, — Narrows, — La partie qui s'étend à l'embouchure de l'Hudson se nomme la baie de Raritan.
La rivière de Shrewsbury, qui est plutôt une embouchure, se jette dans la baie de New- York entre Raritan et Sandy Hook. Les voyageurs qui arrivent par le chemin de fer sud du New Jersey, ou ceux qui se rendent en partie de plaisir aux bains de mer de Long Branch débarquent à Sandy Hook, en descendant du steamboat qui les a pris à son bord.
Come into these yellow sands, a dit Shakespeare, ce qui veut dire, pour ceux qui ignorent la langue anglaise : « Viens au milieu des sables jaunes», et le gentleman, aussi bien que les ladies américaines, mettent chaque année à exécution l'appel poétique du barde d'Avon.
Long Branch compte, au nombre des stations balnéaires maritimes, comme la plus importante et la plus élégante, nous pourrions même ajouter la plus intéressante, C'est là que les belles de New-York et de Philadelphie se rendent en juin, juillet et août pour y exhiber les toilettes les plus excentriques importées d'Europe, ou confectionnées aux États-Unis par les couturiers ou couturières émérites, qui, — disons-le en passant, — viennent tous de Paris ou de Londres.
D'ailleurs, outre les amusements ordinaires que l'on trouve sur le bord de la mer, ceux qui sont attirés sur ces plages par le besoin de repos et les ordonnances de leur médecin, trouvent dans les environs de frais ombrages où la promenade est possible, où l'ombre remplace les ardeurs du soleil incandescent, de neuf heures du matin à cinq heures du soir.
Il y a trente ans, Long Branch était à peine connu : on n'y rencontrait que des Philadelphiens, des quakers et des touristes dont le séjour durait à peine quinze jours, Mais bientôt quelques hôteliers hardis vinrent acheter du terrain et l'on vit s'élever des hôtels splendides qui sont devenus des palais dédiés au luxe et à la vie confortable et élégante.
Un peu plus loin, en descendant vers le sud, la côte de l'océan Atlantique, le touriste peut se transporter à Ocean-Grove, un bain de mer «pieux », où l'on rencontre plus de dévots puritains que de mondains tièdes. Ce bain de mer d'Ocean-Grove a été créé par les méthodistes, il y a dix ans. C'est sur la plage sablonneuse que cette secte de protestants venait dresser ses tentes, loin des yeux des infidèles etrdes tracas qu'on leur suscitait ailleurs. Aujourd'hui, Ocean-Grove est devenu la station balnéaire la plus courue par tous les gens de religion : on y compte, en été, environ 18,000 âmes. Dans cet endroit, aussi bien que dans la partie du rivage appelée Asbury Park, les boissons spiritueuses sont complètement prohibées : ni vin, ni bière, aucune boisson fermentée ; les règlements le veulent ainsi et si l'on désire se procurer un cordial quelconque, c'est hors des limites de ces deux endroits qu'on l’achètera. Tous ceux qui enfreignent cette loi locale risquent d'être punis sommairement et le sont toujours quand on découvre leur méfait,
Ocean-Grove a été construit au moyen d’une souscription organisée par des ministres protestants qui voulaient que leurs ouailles pussent se procurer, quand elles viendraient à
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la mer, les nécessités indispensables de la vie, Leurs vœux furent réalisés, et à l'heure actuelle la propriété de cette plage représente plus de 40,000 dollars.
On compte, en 1879, sur ce coin de la rive de l'Atlantique, sept cent quarante maisons ou hôtels et à l'époque du Camp Meeting, les fidèles dressent plus de sept cents tentes disposées les unes à côté des autres, comme le ferait une armée en campagne. Le prix de la pensiôn à Ocean-Grove varie de 6 à 20 dollars par semaine,
Asbury Park a été fondé par M. James Bradley, de New-York, Il y avait là un petit lac voisin de l'Océan, connu sous le nom de Wesley Lake, entouré de verdure, gracieux comme le lac d'Enghien près Paris, et le nouveau propriétaire l'acheta pour la somme de 90,000 dollars, avec le terrain environnant, La spéculation fut excellente, car M. James Bradley eut vite revendu, avec d'énormes bénéfices, le terrain qui ne lui était pas nécessaire pour bâtir, De nos jours, on peut entrer, suivant sa foi, dans deux églises, l'une épiscopalienne, l'autre réformée, Dans les rues de ce village sont installés des magasins où l'on vend tout ce qui peut être utile aux visiteurs de l'été : une bibliothèque publique prête des livres aux amateurs de lecture; des écoles, des pensions, des asiles pour les malheureux et les malades à qui l'atmosphère salée doit rendre la santé se sont élevés de divers côtés ; tout ce qui peut réconforter le corps et l'âme a été préparé à Asbury par les soins des chefs de cette association religieuse et balnéaire, On n'oublie rien d'important aux États-Unis.
Citons encore, à côté de ces deux stations de bains d'eau salée, Atlanteville, que l'on rencontre au bord de Long Branch, entièrement consacré au rétablissement des femmes qui s'occupent de couture et aux demoiselles de magasin, Ce monde-là ne peut rester que deux semaines sur ces rivages : il leur faut faire place à d'autres, à moins d’un cas exceptionnel. Le prix de la pension est de 9 dollars pour la quinzaine, tout compris, lo, "ment, nourriture et baignade,
Nous avons parlé plns haut du Camp Meeting des méthodistes, Ces réunions religieuses sont organisées, à certaines époques de l’année, soit dans les bois, soit sur le bord de la mer, C’est de ces dernières assemblées que nous voulons dire quelques mots, car elles ont leur originalité et leur côté pittoresque. Supposons, — pour que nos lecteurs nous comprennent bien, — la plage de Trouville, devant le Casino, à l'heure où la marée est descendue à l'endroit où les vagues clapotent encore sur le sable. Un homme vêtu de noir monte sur des tréteaux, ayant devant lui une foule composée de trois cents, six cents, mille, dix mille auditeurs, les uns assis, les autres debout, Lorsque le silence s'est fait, — lequel n'est plus interrompu que par le murmure des eaux, — l'orateur prend la parole et, pendant une heure, plus encore, si la force de la voix le lui permet, il s'adresse à ces pieux auditeurs et leur dévoile la façon dont il interprète la Bible. Chacun. aux États-Unis, comprend le sens du livre sacré à sa manière.
Ces prêches en plein air ont cela de curieux qu'ils attirent bien du monde : les convertis sont-ils nombreux ? C'est là un point que je ne suis pas capable d'élucider.
Le chemin de fer suit la base étroite des collines, sur un sol sablonneux et permet aux passagers d'admirer la vue ravissante des déclivités boisées, gazonnées et fleuries de Neversinks; mais le bateau à vapeur, — si l'on a choisi ce moyen de locomotion, — donne la facilité de contempler un paysage qui égaye l'esprit le moins disposé à se laisser distraire. £
A peine le touriste a-t-il pénétré dans la rivière qu'il aperçoit Beacon Hill, — l'île du