LA MONTAGNE DE BEACOX, DANS LES HIGHLANDS NEVERSINKS
LES HIGHLANDS NEVERSINKS, }ja5 Lard, sur laquelle est bâti un double phare entretenu avec de l'huile de graisse de porc, — cela va de soi, — dont les rouages sont du système Fresnel, Les lueurs qui s'échappent des lentilles de ce sémaphore lumineux portent à plus de 35 milles en pleine mer, et
le marin qui se guide sur ces éblouissements maritimes devine aussitôt à quel point de fa
côte il est parvenu.
Nous ajouterons que ce phare de Beacon Hill est d'origine française, On l'a vu à la grande Exposition de 1867, où les Américains l'achetèrent pour la somme de trente mille dollars (150,000 francs), Le second phare a été fabriqué par l'industrie yankee et sa force
éclairante est à peu près égale à celle du premier, I va sans dire que de nombreux visi-
LE DÉBARCADERE
teurs se rendent annuellement sur ce point de la côte, d'où l'on jouit d'une vue admirable, D'autre part, les rouages et les appareils de la machine à feu étonnent ceux qui demandent à les examiner de près.
Derrière Beacon Hill, on entre dans le petit hameau de Highlands, où les hôtels sont plus nombreux que les maisons particulières. Il n'y a qu'à choisir, Aussi les citoyens des villes qui fuient la chaleur et la tristesse relative de l'été trouvent-ils là tout ce qu'il faut pour les séduire : des bois touflus, où naguère les cerfs et les oiseaux sauvages couraient ou volaient en troupes, une rivière tranquille où de charmantes embarcations invitent à la promenade ou aux plaisirs de la pêche, car les bars, les mulets, les perches de mer et les poissons-chats abondent dans les eaux salées. Libres sont ceux qui préfèrent un bain d'aller
se jeter au milieu du ressac qui rendra à leurs membres la souplesse vivifiante,
Il nous souvient avoir passé de douces heures, couché sur les herbes de la montagne, à l'abri de magnolias en fleur, dont les parfums nous rappelaient ceux des orangers de Nice et de Monaco, laissant égarer notre vue sur des horizons infinis, dont les lignes n'étaient interrompues que par les voiles blanches des grands navires ou la fumée des bateaux à vapeur. Tout à coup les nuages se montraient à l'horizon, la mer moutonnait, les vagues rugissaient en se brisant sur le rivage et les goëlands se rapprochaient de la terre. Nous rèvions à la France et à ceux qui nous étaient chers, et que nous avions laissés au pays natal. :
Revenons à notre excursion. La rivière est devenue plus resserrée dans son lit, à la base des collines : tout à coup le courant d'eau se divise en deux branches dont l'une continue à couler le long de la mer, tandis que l’autre s'avance en plein dans les terres, On désigne ces deux courants sous le nom de « Criques du Sud et de l’ouest Shrewsbury », mais dans les géographies on trouve ces dénominations plus correctes : rivière Shrewsbury et rivière Neversink. Cette dernière est réellement la plus pittoresque à suivre; les amateurs de gracieux paysages ne craignent pas d'en remonter le courunt pour jouir des vues diflérentes qui s'offriront à leurs yeux. Des deux côtés, la rive boisée décrit des courbes plus ou moins profondes dans lesquelles s'ouvrent des havres sûrs pour les petites embarcations. On remarque au milieu des bois des villas élégantes et plus loin sur les hauteurs des Neversinks, des fermes où la culture ne laisse rien à désirer.
A mesure que l'on avance dans cette rivière d'eau salée, l’on découvre de nouveaux paysages : une cabane sur le bord de l'eau, une Maison-Club où viennent s’amarrer tous les bateaux de plaisance; on est entré dans la partie où se pratique l'ostréiculture. Le joli village de Fairhaven est particulièrement adonné à ce genre d'industrie,
Dans le lit plat et fort large du courant d’eau, les bancs d’huîtres se touchent, et dans la saison propice on aperçoit des flottilles d'embarcation qui sont occupées les unes à déposer les mollusques dans leur lieu d'engraissement, les autres à retirer celles qui sont bonnes à être livrées à la consommation. Les huîtres que l'on « cultive » dans le Shrewsbury de Fairhaven sont pêchées sur les côtes de la Virginie et apportées dans ce coin du terroir de New Jersey. La réputation des mollusques du cap Henry ou de la baie de Chesapeake est bien connue aux États-Unis, et quand on les a parquées dans le Shreswbury pendant six où huit mois, leur goût est devenu réellement exquis.
La culture de ces bancs d'huitres est un art qui est particulièrement connu des Américains de ces parages : aussi, dans toutes les tavernes de New York et de Philadelphie, voire même des petites villes, telles que Bordentown, Newark, New Jersey, Hoboken et autres, les mollusques de Shrewsbury sont-elles renommées.
Ces bivalves sont de couleur jaunâtre, pleines, juteuses et d'un goût exquis.
Généralement les amateurs les mangent après les avoir arrosées d'un filet de vinaigre pimenté. D'autres plus gourmands, — nous les approuvons fort, — se contentent d'une goutte de citron. La saveur de ces laîtres leur vient de la « nourriture » qu'on leur donne chaque jour, le matin et le soir. Dans tous les parcs à hnitres, les directeurs sèment sur l'eau salée des couches de farine de maïs. Cette sorte de « polenta » est particulièrement favurable à l’engraissement des mollusques américains.
En deux années elles ont acquis un développement remarquable et une saveur très marquée sui generis.
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L'abondance de ces huîtres est si grande qu’on peut les vendre à un shilling la douzaine. — Nous dirons ici que le shilling des États-Unis n’a pas la même valeur qu'en Angleterre et ne vaut que 60 centimes. — C'est peu si l’on considère le prix de nos huîtres françaises en l'an de grâce 1879. Mais l'on ne peut demander plus là-bas, de l'autre côté de l'Atlantique, où la création a placé des bancs de mollusques de toutes les espèces qui semblent être et qui sont réellement inépuisables.
Tout le monde mange des huîtres sur la terre de la liberté, le riche aussi bien que le pauvre. C'est une nourriture saine et à la portée de toutes les bourses.
A toute heure du jour, vous entrez avec un ami dans un bar room de Broadway, à New-York, ou de Chesnut street, à Philadelphie, pour y avaler sur le comptoir votre douzaine d'huîtres, arrosées par un verre de bonne bière. Le coût est seulement de 90 centimes, et il n'y a pas de pourboire à donner,
Les « crackers », autrement nommés biscuits secs, sont à la portée de tous les consommateurs, dans des corbeilles. No extra charge, — ce qui veut dire : On ne paye pas pour cette misère; cela passe par-dessus le marché.
O les bonnes huîtres que celles de Shrewsbury! Elles guérissent du mal de mer l'infortuné qui, venant de traverser l'Atlantique, arrive sur les rives américaines ancanti, l'estomac sens dessus dessous, éprouvant des nausées à la vue d’un roatsbeef ou d’une tranche de jambon. C'est une panacée pour ceux que Neptane a rendus invalides. On ne peut donc que bénir les ostréiculteurs des bancs de la rivière Shrewsbury. Æxperlo crede Roberto.
Le voisinage de ces bancs d'huîtres attire dans les eaux de Fairhaven un grand nombre de pêcheurs appartenant à toutes les classes. La pêche est là une véritable profession lucrative.
Les habitations, à parler vrai, ne sont pas des palais somptueux, mais leur iatérieur est aussi confortable que l'extérieur en est propre et coquet. II y a cependant certaines demeures de riches qui valent bien celles de Staten Island.
Le long des rives du Shrewsbury, ce ne sont que filets tendus ou pliés, neufs ou vieux, que l’on étale ou que l'on raccommode, Partout des bateaux ancrés au rivage, ou subissant des radoubs partiels où complets : ces occupations des ostréiculteurs ont un certain charme qui récrée les touristes égarés dans ces parages.
Nous voici arrivés près du village le plus important du pays : c'est « Red Bank », la tête de la navigation, quoique dans cet endroit le Shrewsbury soit encore très vaste et fort important. C'est, à proprement dire, là que se termine le bras de mer et que se trouve l’embouchure du ruisseau dont le cours remonte à travers les gorges des collines ombragées par des bois touffus et verdoyants. Red Bank, — la bordure rouge, — est un site ravissant entouré de monticules cultivés, dont la base se baigne dans l'onde pure du ruisseau qui la borde. Ceux qui habitent là n'ont d'autre occupation que celle de songer à l'ali. mentation de la grande métropole voisine,
En 1830, on ne comptait que deux maisons sur l'emplacement de Red Bank; mais en 1879 l'on peut se promener sur une étendue de plusieurs milles le long de propriétés de valeur attenant à des hameaux assez importants, ou, à volonté, suivre des rivages pour y contempler une flottille d'embarcations dont chacune rapporte gros à son maitre.
La pauvreté est inconnue à Red Bank.
Des arbres de la plus belle venue bordent les routes et donnent de l'ombre aux cottages, dont l'aspect est élégant; en somme, tous ces parages sont agréables à visiter, Il serait difficile de trouver ailleurs un séjour qui réunit plus de sauvagerie et plus de civilisation.
Ce point du sol américain possède, comme toutes les autres contrées américaines, sa légende et son histoire. Il est enclavé dans le comté de Monmouth, célèbre par la bataille qui futlivrée par les soidats de l'Indépendance. Des troupes de pillards avaient envahi le territoire, qu'ils mettaient en coupe réglée de vol et de déprédations. Le romancier Fenimore
Cooper a placé dans son volume intitulé
Water Witch, — la Sorcière des eaux, — plusieurs épisodes très intéressants dont les héros se meuvent dans la baie de Sandy Hook et sur les montagnes Neversinks.
Il nous suflira de rappeler la villa au nom étrange de ÆZurt in Rurt, bâtie par le contrebandier Alderman, Hollandais, sur une des collines des Neversinks et les aventures de la sorcière de « Vert vêtue », qui commandait à bord du Water Witch, et finit par se moquer de ceux qui lui donnaient la chasse.
En ditlérentes occasions, la mer a envahi la lagune sablonneuse, et ce fut une ile de l'endroit que l'on appelle le Hook, — le hamecon. — Cet ilot existait en 1708 et resta ainsi formé jusqu'en 1800, ‘Trente ans plus tard, le Hook se trouvait encore entouré d'eau.
L'origine du nom de Neversink est com-
plètement indienne. Ce mot voulait désigner
«un lieu bon pour la pêche », mais les gens qui ne regardent pas la chose de si loin pensent avec peut-être plus de raison que l'étymologie de cette appellation est complètement
anglaise: ils l'atcribuent aux marins qui fré-
quentent ces parages et assurent qu'on n'y fait eu pere DUT EAU EL RER jamais naufrage : never (jamais), sink (s'enfoncer dans l'eau). Cette explication nous a
paru la moins compliquée et par conséquent la plus rationnelle.
Es montagnes que l'on rencontre Li en parcourant l'Etat de la Pensylvanie ont cela de particulier qu'elles sont -alignées d'une façon très perpendiculaire dans toute l'étendue de leur chaine, et que de chaque côté la forèt couvre leurs LE WATER GAP VU PAR UN CLAIR DE LUNE: déclivités. La couleur azur de la
cime de ces rochers leur a fait donner la qualification significative de Blue Ridge : les cimes bleues.
Une autre particularité assez bizarre qui doit trouver sa place dans ces récits descriptifs, c'est qu'au milieu de la chaîne, des intervalles sont naturellement pratiqués dans les montagnes pour donner passage au fleuve Delaware et aux autres courants d’eau, le £chuylkill, le Lehigh, le Suatara etle Susquehanna.
De charmants ruisseaux coulent également du haut des cimes ouest des Catskills, qui, 4?
s'éloignant de leur source, s'avancent dans la direction du sud-ouest jusque vers les frontières de la Pensylvanie, puis se réunissent et forment des courants d'eau d'un volume très considérable : « l'union fait la force ».
A l'endroit où les trois États de New-York, New Jersey et Pensylvanie se trouvent joints ou plutôt soudés les uns aux autres, cette force liquide se rapproche des montagnes et se dirige le long des pentes, à l’ouest, dans un p ys splendide qui devient de plus en plus grandiose au moment où le courant pénètre de , un vaste cañon, autrement dit une vallée encaissée qui, dans la langue américaine, se 10mme le Water Gap, -— le réservoir, la source — du Delaware. À l'issue du cañon, 1e fleuve avec ses rivages gigantesques coule à travers un territoire gracieux, sautant par-dessus des roches et s'en allant, rapide et moutonneux, jusqu'au grand océan Atlantique.
La contrée sise au nord du Blue Ridge, c'est-à-dire en deçà du Water Gap, est désignée par un mot indien « Minisink » qui signifie « l'endroit d'où viennent les eaux ».
Les géologues sont d'accord sur ce point qu'autrefois il y avait là un lacimmense, soit que cette vaste agglomération des eaux se précipitât en avant par un saut semblable à celui du Niagara, soit qu'elle continuât sa route à travers la montagne, soit enfin que les cimes s'élevassent devant elle, Cequ'il y a de certain, c'est que le Minisink porte encore les traces de l'action des eaux sur ses roches basaltiques, dont la forme est généralement bizarre et incompréhensible.
Les premiers pionniers qui vinrent dans le pays trouvèrent cette barrière aquatique fort gênante, mais il y avait heureusement d’autres moyens de communication, et ils évitèrent longtemps de suivre la voie indiquée en voyageant le long du cours du Lehigh aboutissant à la crique de Cherry. La route était d’ailleurs ravissante, car elle suivait, dans la direction du nord, le milieu d'une vallée couverte de vergers de pommiers, aboutissant à un grand chemin à l'extrémité duquel se trouve Philadelphie.
A peu près à mi-chemin des deux rivières se trouvait l'ouverture dite le Wind Gap — Die Wind Kaft en hollandais, — où l'élément liquide était remplacé par les efforts de Borée. Ce fut là qu'en 1779, le général Soleivan se retrancha, lui et l’armée qu'il commandait.
‘A dater de cette époque, le Water Gap du Delaware fut abandonné aux serpents à sonnettes et aux animaux fauves. Cet état de choses dura jusqu'en l'an 1800, où les fermiers et les propriétaires des environs exécutèrent un grand chemin dont le besoin se faisait généralement sentir. !
L'histoire primitive de ce territoire est à peu près inconnue; mais peu de temps après l'époque où Hendrick Hudson eut remonté le fleuve auquel il donna son nom, à bord de son embarcation Half Moon, — la Demi-Lune, — ses compatriotes vinrent s'établir dans le pays, à Orange d'abord, — qui fut plus tard Aibany, — et à Ésopus, qui devint Kingston, Les jolies vallées, que ces ancêtres des Yankees actuels avaient à traverser pour pénétrer d'un point à un autre, étaient exclusivement connues des colons hollandais qui s'aventurèrent avant eux dans les gorges du Mamakoting et des Neversink, lorsqu'ils se rendaient dans le Minisink.
On avait trouvé autrefois des mines de cuivre et de fer près de Water Gap, et l'on se hâta d'ouvrir un chemin qui devint si utile, qu'en 180. John Adams le choisit comme celui qui lui paraissait le plus direct entre Boston et Philadeprie.
Tout ce que l'on sait sur le passé des émigrants hollandais, c'est que ceux qui, plus audacieux que leurs devanciers, s'étaient avancés au milieu des déserts de ces montagnes inexplorées, se virent forcés, lorsque l'Angleterre s'empara du pays, en 1564, de revenir dans un territoire moins exposé aux dangers de toutes sortes.
Les persécutions religieuses qui forcèrent tant de protestants français à fuir en Hollande amenèrent de nombreux émigrants de l'autre côté de l'Atlantique. Parmi eux se trouvait Nicolas Depuy, qui, arrivé à Ésopus en compagnie de Hollandais colonisants, se fixa sur les confins des sources du Delaware. Il défricha d'abord deux îles sur la vaste étendue d’eau, puis il se construisit une maison de pierre vers la rive la plus proche : ce bâtiment était une sorte de forteresse très utile pendant les guerres avec les Peaux-Rouges, mais à l'heure actuelle il est devenu une habitation de plaisance, d'où l'on aperçoit en avant de la maison un panorama ravissant, dont l'horizon est le faite de montagnes verdoyantes, De l'autre côté, les jardins descendent jusqu'aux rives du fleuve, et, plus loin, on voit les hauteurs de la chaîne du Blue Ridge dans toute sa splendeur.
Le hardi pionnier français, qui s'était jadis retiré dans ce désert, ignorait que des quakers eussent également choisi ces montagnes pour résidence. Quel ne fut donc pas son étonnement et le leur quand ces derniers, montés sur des chevaux et errant à la découverte, arrivèrent devant sa maison! Le bon huguenot apprit aux amis de Penn qu'il faisait de très belles récoltes et qu'il portait ses produits à Ésopus pour les vendre. A leur tour, les quakers, après avoir complimenté leur hôte sur la beauté de ses vergers et la douceur de ses pommes, lui firent savoir qu'ils avaient construit une ville en aval de la rivière.
L'histoire des trois frères La Barres est encore assez piquante. Ces trois huguenots, après avoir fui la persécution du gouvernement français pour jouir en Amérique de la liberté de leur conscience, débarquèrent d'abord à Philadelphie. Leur intention était de vivre dans le désert, loin des hommes, et ils remontèrent le cours du Delaware. Persuadés que le point le plus éloigné se trouvait à Fork, c'est-à-dire à l'endroit où s'élève Easton de nos jours , ils s'arrêtèrent en cet endroit et construisirent pour leur servir d’abri une cabane au-dessous du Water Gap. Leur habileté à la chasse leur fournit les moyens de vivre largement; et, comme ils avaient trouvé le secret de rester en bonne intelligence avec les Indiens, ceux-ci leur cédèrent du blé et du maïs. Pendant plusieurs mois, les La Barres ignorèrent la présence de leur voisin Nicolas Depuy; lorsqu'ils découvrirent ce fait accompli, ils éprouvèrent un certain dépit, mais enfin ils en prirent leur parti et ne furent point fâchés de pouvoir manger chaque dimanche du pain blanc qu'ils envoyaient chercher de l'autre côté du Blue Ridge. Il fallait une journée entière pour aller porter un sac de blé au moulin de Depuy et le rapporter chez eux.
Ces audacieux pionniers français prirent en mariage des jeunes filles hollandaises et élevèrent leurs familles sur leur défrichement. Ils restèrent tous ensemble jusqu'en 1808. A cette époque, l'un des fils émigra dans l'Ohio, car il se trouvait à l’étroit au Water Gap.
A l’âge de quatre-vingt-dix-huit ans, le fermier Depuy ayant perdu sa femme crut devoir se remarier deux ans après. Il mourut seulement cinq années plus tard.
Un des fils de ce Depuy était revenu au Water Gap, il vivait encore, il y a deux ans dans la ferme de la famille; et, quand il mourut, il comptait cent sept ans. Jusqu'à sa dernière heure, ce vieillard, qui était bûcheron, n'avait point cessé de se servir de sa cognéc.
Les autres frères et sœurs de cet excellent citoyen et père de famille vécurent jusqu'à l'âge de quatre-vingt et quatre-vingt-dix-huit ans.
On cite encore une ancienne famille, qui fut fondée par Daniel Brodehead du Yorkshire, ex-capitaine de grenadiers sous Charles If, qui avait pris part à la guerre qui se termina par l'envahissement de la Hollande. Le fils de cet oflicier, nommé Daniel, plus communément Dan, invita les frères Monnier à venir fonder une mission dans sa propriété. Ceux-ci consentirent à ses désirs et la colonie prit le nom de Dansburg, qui plus tard devint Strondsburg pour rappeler la mémoire du colonel Strond, un autre colon du même territoire.
Les deux grandes montagnes qui forment l'immense réservoir du Water Gap ont été baptisées avec assez d'à-propos par les Américains. Celle qui borde la Pensylvanie, c'est le « Minsi », en souvenir des Indiens qui chassaient autrefois sur ces pentes boisées, L'autre pic montagneux et moins couvert de végétation, placé du côté de New Jersey, se nomme le Tammany, — le chef des chefs, — pour rappeler la mémoire de ce sachem qui jura alliance avec William Penn, sous l’ormeau historique de Shackamaxon.
Le Tammany ne peut être gravi que par un audacieux touriste, et encore faut-il être d'une extrême prudence à la descente, pour ne point se casser le cou.
Ce qui fait le charme du Mont Minsi, c'est un ruisseau qui coule sur un des côtés, en partie caché par la feuillée sous laquelle disparaissent les cascatelles et les lits de mousses dont la fraicheur est ravissante, particulièrement quand le soleil est à son zénith.
Sur l'une des premières haltes du Minsi, s'élève un hôtel que les poètes américains ont célébré dans deux vers que nous traduisons textuellement :
Killalinhy est posé sur un rocher Et, quand vient l'inondation, on ne peut être noyé,
Le ruisseau tombe en cascatelles devant l'hôtel, à travers un ravin obscur avant de se jeter dans le Gap; tout le long de cette source bondissante poussent des rhodondendrons en fleurs, abrités contre les ardeurs du soleil par des arbres de belle venue. La source se nomme « Hunter's Spring», — la fontaine du chasseur, — car c'est là que tous les fils de saint Hubert qui poursuivent les cerfs viennent se désaltérer après une pénible ascension le long des flancs boisés du Minsi.
Le touriste ne doit pas oublier de visiter la Table Rock, grand plateau qui se trouve placé à 500 pieds au-dessus de la rivière, à mi-côte du Minsi. C'est à l'extrémité de cette « table des rochers » que le Coldeno se précipite par des cascades et des rapides jusque dans le courant inférieur, Mais aucun de ses sauts aquatiques n'est visible de loin : il faut suivre ce ruisseau sous bois pour découvrir ses beautés naturelles cachées et contempler le charmant endroit nommé « la Chute des Mousses ».
En dessous de cette chute, le Coldeno semble se reposer dans un vaste bassin entouré d'arbres, que l'on a surnommé « le Bain de Diane », et les eaux s'échappent encore pour descendre plus bas, jusqu'à Coldeno Falls, où alors les cascades sont réellement grandioses.
Rien n'est plus beau que le Water Gap contemplé par une belle matinée d'automne, au moment où le brouillard se dissipe, couvrant ou découvrant tantôt un point, tantôt un autre dans ce désert réellement subli” . La légende raconte que l'on « peut » apercevoir Ponce-Pilate, — celui qui trahit Jésv — inclinant la tête, du haut du mont qui porte son