MAUCH CHUNK, VUI PRISE DU BAS DE LA
bien rédigé qu'il fût impossible d'en chicaner plus tard la valeur quand il mettrait sa mine en exploitation.
Par malheur, Ginter n'avait pas un denier en sa possession; mais il connaissait à Philadelphie un homme de la plus grande honorabilité, nommé M. Butler, qu'il résolut d'aller consulter, afin d'obtenir de lui des avis et peut-être une somme suflisante pour acquérir le mont Sharp. Le gentleman de la cité des quakers fit un excellent accueil à son compatriote, l'écouta avec la plus scrupuleuse attention, et lui dit enfin en lui prenant les mains :
— « My dear fellow, — mon cher camarade, — vous m'avez proposé une bonne affaire; je ne veux pas être en reste avec vous. Vous avez apporté la découverte, moi je vous fournirai l'argent, Nous sommes désormais associés, et je vais écrire séance tenante une convention qui nous liera tous les deux. »
Ce qui fut dit fut fait : Ginter et Butler convinrent de leurs faits : ce dérnier, afin de ne pas donner l'éveil aux gens qui auraient pu être intrigués de voir Ginter, dénué d'argent, acheter un territoire d'une grande valeur, — on en demandait 30,000 dollars, — alla trouver les autorités du pays, traita avec elles et fut en quelques jours maitre absolu du mont Sharp, de la base au sommet.
La mine de Mauch Chunk était découverte. Il ne s'agissait plus que de l'exploiter. On engagea des ouvriers mineurs et, en quelques semaines, quelques énormes wagons de charbon anthracite étaient chargés de ce combustible et s'acheminaient vers Philadelphie.
Examinée avec soin par les ingénieurs de la ville, l’anthracite fut déclaré bientôt par eux comme une non-valeur.
— « C'est bien là, disaient-ils, un combustible, mais il est de mauvaise qualité et, au lieu de s'enflammer, il éteint le feu. »
La pierre noire, d’après ces savants trop prompts à se prononcer, était un « marbre mal formé », qui ne pouvait être employé à rien.
.e coup était terrible pour Ginter et Butler, mais ils avaient la foi ; ils ne se tinrent pas pour battus. Le chasseur disait toujours à son compère qu'il était arrivé, après de nombreuses tentatives, à allumer un foyer sans pareil ne ressemblant en rien aux feux de charbon ordinaire. Butler reprit confiance ; il continua à faire exploiter et quelques années plus tard plusieurs compagnies se formèrent dans le but de procéder à l'extraction du charbon de Sharp Mountain. Mais ce fut seulement en 1820 que les exploiteurs de la mine régularisèrent leurs travaux : on descendait péniblement les charrettes de charbon le long des chemins abrupts de la montagne et l'on songea, en 1827, à construire une route ascendante et descendante. Les chariots s’affalaient d'eux-mêmes, d'après leur poids combiné, du haut du mont Summit jusqu'à la rivière Kehig. C'est de ce calcul de gravité que la voie prit le nom. Les wagons étaient hissés par des mulets, lesquels redescendaient à leur tour dans des chariots. Peu à peu, l'extraction et la vente de l’anthracite ayant augmenté, on établit un autre moyen de locomotion, celui qui existe de nos jours, c'est-à-dire une traction à la vapeur, jusqu'au haut du mont Pisgah, de tous les wagons vides et une descente de tous ceux qui étaient pleins jusqu’à la base du mont Jefferson.
Parvenus sur la cime du mont Pisgah, les wagons étaient dirigés par un chemin en zigzags jusqu'aux mines de la vallée, Ces contours se nomment encore le « Switch Bock », On comprend, sans entrer dans d'autres explications, la méthode que l'on employait pour arriver à ce but, Cette façon de lancer les wagons était fort expéditive : on l'évaluerait à
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6o milles par heure. A certaines heures, on attachait aux wagons de charbon un wagon pour les voyageurs, qui s'appelait le train de plaisir.
Depuis quelques années, l'on a modifié ce système de traction, si bien que la montagne si rude de Pisgah est un des spectacles les plus curieux du Mauch Chunk.
Ces chariots, pleins de charbon, qui descendent cette pente abrupte du Pisgah et vont se décharger dans les bateaux amarrés ke long du canal donnent une grande animation au paysage de cette localité. Telle est, en peu de mots, la description historique et graphique du chemin de fer de Mauch Chunk. Nos lecteurs voudront bien nous suivre aux environs de ce territoire si productif.
Un omnibus part, à de certaines heures, de l'hôtel « Maurice House », pour se diriger vers la base du Pisgah, à l'endroit où la voie ferrée arrive vers le plan horizontal. Après avoir longé la rue unique de la bourgade, il gravit, par des contours immenses, les flancs de la montagne. Ce voyage est long, interminable ; mais enfin on arrive vers la base du chemin de fer presque perpendiculaire, où l'on trouve un petit wagon destiné à transporter les curieux jusqu'au sommet.
Cette voie ferrée est de 2,364 pieds d'élévation. Lorsque la traction commence, celui qui s'est risqué à se hisser ainsi sur le mont Pisgah ne peut s'empècher de réfléchir aux conséquences de sa folie dans le cas où les chaînes qui retiennent ce véhicule viendraient à se rompre. Il irait se briser en mille pièces au pied de la montée, Par bonheur, on distribue à chaque audacieux, au moment où il s'assoit dans le wagon, une brochure qui lui prouve qu'un pareil accident est impossible.
En cas de la rupture d’un des chainons, on a placé derrière le wagon une machine ayant des bras s’accrochant dans des crans à mesure que l'on monte, si bien que, si cette cassure arrivait, le wagon se trouverait arrêté. Malgré ces assurances, on ne peut s'empêcher de songer au tragique, quand on regarde des deux côtés de la route et qu'on aperçoit des rochers qui tous aboutisssent au précipice.
Ce moyen audacieux de locomotion, —que nous appellerons presque aérienne, — n'est pas du reste le seul de ce genre que l’on rencontre aux États-Unis. Si l'espace ne nous avait pas été mesuré dans le cinquième chapitre de ce livre, où il est question du mont Washington, nous eussions décrit le célèbre « chemin de fer sur tréteaux », qui fut commencé en 1866 et achevé trois ans après, lequel court sur un espace de 3 milles et mesure 3,625 pieds de long. L'ascension du mont Washington, que l'on opère à l'aide d’une machine à vapeur, est la plus vertigineuse que l'on ait jamais osé entreprendre. Quant à la descente, de la même façon, elle tient de la démence.
A vrai dire, c'est à l'aide d'un engrenage que le convoi manœuvre; mais qui peut dire qu'à un moment donné cet engrenage ne se brisera pas et qu'alors la vie des passagers et des conducteurs du train ne sera pas cruellement immolée ? Mais l'audace des touristes défie toute prudence. Le wagon qui gravit les pentes de la montagne ne contient que vingt à vingt-cinq places, il n'est pas rare de voir le double de voyageurs s'entasser dans cette voiture que traîne une locomotive de la force de 25 chevaux sur une véritable échelle de Jacob.
Si le danger n'était pas si grand, certes l'ascension de la montagne géante serait une promenade des plus intéressantes ; mais, comme l'a dit le fabuliste La Fontaine :
..….. Fi du plaisir Que la crainte peut corrompre!
Néanmoins le 7restle work railroad est d'un excellent rapport et les actionnaires en tirent des bénéfices énormes. ;
Oh! les Américains ! nous nous sommes toujours dit que si jamais on pouvait orga-
“niser un voyage jusqu'à la lune, ce serait sur le sol du Yankees que l'on trouverait l'embarcadère.
Revenons au chemin de fer du mont Pisgah.
Au fur et à mesure que la montée s'opère, la vue s'étend sur l'horizon et lorsque le voyageur est parvenu au sommet, il est vraiment bien récompensé,
Lorsque le wagon aïrive près des mines d'anthracite, on peut découvrir d'abord un village complètement habité par des mineurs. On trouve à Summit-Hill un hôtel, une église et des magasins d'approvisionnements assez bien assortis.
Les bâtiments extérieurs de l'exploitation et les débris de poussière, de cailloux et autres détritus amoncelés à l'entrée des usines forment des monticules d'un noir d'ébène. Sur ces monceaux de minerai, entre les interstices des pierres quelques arbres ont poussé qui offrent leur ombrage aux visiteurs et tout porte à croire que, dans un temps donné, lorsque les feuilles mortes auront fait une nouvelle couche sur ce sol couleur d'encre, on verra du gazon, des arbustes et enfin une forêt, telle qu'elle était avant la découverte de Ginter en 1791.
Les géologues qui vivront dans mille ans d'ici seront, à leur tour, fort intriguës et se demanderont ce que signifient ces couches des temps reculés,
Lorsqu'on a bien examiné tout ce qu'il y a à voir sur la cine du Pisgah, on redescend au village par la route ordinaire, Tout en cheminant le long de la montagne, on aperçoit les toits des chaumières au milie. des arbres et le-clocher de l'église qui s'élance comme la cime d'un peuplier géant. On se dit, à chaque pas, qu'une chute pourra vous précipiter sur une cheminée, ou vous empaler sur un des poteaux du télégraphe.
Depuis une année, on s'occupe de la construction d'un tunnel à travers la montagne, au moyen duquel les wagons pleins d'anthracite, extraits dans les entrailles de Summit Hill, arriveront en ligne horizontale jusqu'au quai du canal. Certes, cette manière d'op‘rer simplifiera bien la besogne, mais elle Ôtera tout le pittoresque au Mauch Chunk. La suppression de l'ascenseur du mont Pisgah et du « Gravity Road » priveront les touristes futurs d'une sensation qui avait bien son charme.
Parcourons les rues du village : les maisons plates, appliquées contre les parois du rocher, ont à peine la place de se tenir debout. IT n'y a donc point de jardins devant elles ; mais par contre on les aperçoit, derrière chaque habitation, hissés sur la roche. Le propriétaire s’y rend au moyen d'échelles. De même, plusieurs personnes ont organisé leur loge à pourceau dans cet endroit; si bien que l’on a sous la main l'animal et les pommes de terre au moyen desquelles on le nourrit.
Nous avons vu même un four à cuire le pain pratiqué dans une grotte de la montagne. On tire parti du plus petit espace à Mauch Chunk.
C'est surtout en automne qu'il faut visiter ce coin du territoire américain, quand les feuilles des arbres ont revêtu leurs teintes multicolores. La chaleur est moins forte et la fatigue plus supportable ; c'est alors une promenade réellement très agréable.