‹ L'Amerique latine; République Argentine;Chapitre 16 sur 90 · PRODROMES DE LA REVOLUTION SUD-AMERICAINE · texte numérisé non relu

PRODROMES DE LA REVOLUTION SUD-AMERICAINE

En l'an 1809 commencèrent à se faire sentir synchroniquement, aux deux extrémités et dans le centre du continent, les premières secousses de la révolution sud-américaine, sous des formes identiques, avec les mêmes aspirations, et l'on pouvait noter déjà, malgré les grandes distances et malgré l'isolement des popuhitions au milieu de déserts, certaine prédisposition innée et certaine solidarité organi(|ue, résultante des mêmes causes qui — sans préalable entente — produisaient les mêmes effets. 11 est à remarquer (|ue ce mouvement initial prit, dans (juelques régions, un caractère plus radical que le caractère de celui qui lui succéda un an plus tard, dans lequel la révohition revêtit dos foinies dé-

finies, et fut levé résolument l'étendard de la révolte américaine dotée, de sa première formule politique. Elle parlait seulement, cette formule, d'une indépendance relative et provisoire; mais elle exigeait entre la démocratie et la monarchie un engagement réciproque sur cette base : l'autonomie.

Les premières manifestations — elles eurent lieu à Mexico — présentèrent un caractère confus. Cependant, on y sent l'ébauche de la définitive formule c(ue la Révolution devait adopter à ses premiers pas. La formule suivant laquelle la souveraineté du monarque revenait au peuple dans le cas de disparition du monarque, s'affirma nettement pour la prefnière fois ; et les peuples invoquèrent cette formule, pour s'arroger le droit d'instituer des juntes personnelles de gouvernement, chargées de veiller à leur sécurité; et — conséquence logique de ce droit — ils refusèrent obéissance aux juntes qui, sans leur concours, avaient été constituées dans la Péninsule au temps de l'invasion par les Français. Et cela amena entre Espagnols et créoles, un choc qui rompit les liens par lesquels ils étaient artificiellement unis, et un conflit entre VAudiencia et le vice-roi. Ce conflit détrempa le ressort du gouvernement. De sorte qu'à la fin de 1809 on conspirait ouvertement à Mexico en faveur de l'indépendance. A Quito la commotion revêtit des formes encore mieux définies : les autorités coloniales furent renversées ; une junte de gouvernement fut constituée, qui s'attribua la qualité de (c souveraine », et procéda à une levée de troupes pour proléger ses droits (août 1809). Dans une proclamation adressée aux peuples d'Amérique, elle les exhortait à suivre son exemple, leur assurant : « Les

]/a.\1K1!IQLK LAllNK 05

races, en affirmant leur dignité, ont rendu leur force aux lois sous TEquateur; et les droits sacrés de l'homme ne sont plus exposés désormais aux coups du pouvoir arbitraire, par suite de la disparition du despotisme, dont la place sera dorénavant occupée par la justice descendue des cieux ! » Les auteurs <le cette révolution, — qui ne répandit pas une oouite de sang, — vaincus, fuient assassinés dans leui- prison.

l'ne autre révolution, qui éclata pi'escjue simultanément dans la ville de Quito, i)rit un caiactere encore plus radical et un dénouement |)his tragi(|ue. Dans le llanl-Pérou se produisirent succ(»ssi\ ement deux mouvements subversifs (|ui donnaient à prévoiil'écroulement i\u régime colonial et l'apparition d'une nouvelle entité [)opulaire. La docte cité de Chou(|uisaca fut la j)remière à donner le signal, quoi<|ue sans proclamer la lévolte, lors(|ue les créoles déposèrent bruyamment leur première autorité, à l'instigation de V Andiencia, et, sous la piésidence de celle-ci, constituèrent un gouvernement indépendant mai 1809). Deux mois plus tard, la populeuse ville de La Paz levait résolument l'étendard de rémanci|)ation des créoles au cri de : « A bas les Espagnols ! » Sous la dénomination (le <'.lunla luiliva », les créoles instituèrent un gouvei ncMuent imiépendani, uniquement compose d'Américains. Des armées furent créées pour soutenir ce gouvernement, et celui qui osa le braver ou le méconnaître fut pendu à la lantern»'. I.n niciiic temps, ils ;uclaniaienl les AiiK'iicains aux cris de : « Vive la Liberté ! \'ive l'Améri(|ue ! -> : el ils leur disaient : " IVoiis axons accepté une sorte d exil an sein de nolri' |)ropre patrie, en

i;aI!Zi').\. — l,'.\iiM''ri<|iic hiUnc'. :>

66 l'amkriql'e lati.ne

soumettant la liberté à la tyrannie et au despotisme, ce qui, tout en nous abaissant dans l'estime humaine, nous a valu une réputation de sauvages, et le même mépris qu'on témoigne aux esclaves. 11 est temps d'organiser un gouvernement nouveau n'ayant en vue que les intérêts de notre patrie; il est grand temps enfin de lever l'étendard de la liberté dans ces mallieureuses colonies, conservées au méj)ris de toute justice !... « Combattues par les armées réunies des royaumes limitrophes : Pérou et Rio de la Plata, ces deux tentatives échouèrent, étouffées. Celle de La Paz succomba sur le champ de bataille, les armes à la main, et ses chefs furent égorgés sur l'heure ou périrent peu après dans les cachots. L'un d'entre eux, au moment d'expirer, s'écria : « J'ai allumé un incendie qui ne s'éteindra jamais ! «Leurs têtes et leui-s membres furent exposés sur les bornes miiliaires, f|ui dans le pays servent de guide au voyageur. Tn an plus tard — avant que fussent décomposées les dépouilles sanglantes des révolutionnaires de La Paz — ces mêmes paroles prophétiques furent répétées par un des plus grands républicains de la révolution argentine, éduqué en la docte Université de Chouquisaca, et elles enflammèrent derechef tout le Haut-Pérou.

Une fois réprimés les conspirations de ^Mexico, le soulèvement de Quito et des révolutionnaires de La Paz et de Chouquisaca, on crut avoir maîtrisé l'incendie qui menaçait de gagner toute l'Amérique du Sud. Ainsi que le vice-roi du Pérou, un demisiècle plus tôt, l'avait dit déjà à propos des communalistes du Paraguay, ces châtiments n'étaient que cendres couvrant du feu !

l'améuique latine n?

Page 1