EXTENSION DE LA REVOLUTION
En l'an J8J0, le drame de la révolution se joue sur une vaste scène continentale, avec une unité d'action qui attire l'attention du monde entier, dès le ))remier momenl. — Toutes les colonies hispanoaméricaines — à l'exception du Bas-Pérou opprimé — s'insurgent simultanément, comme mues par un même ressort, et, uniformément, proclament la même doctrine politique. Un Anglais qui à cette époque parcourait l'Amérique, et ([ui pul)lia ses observations dans le courant de la même année, en sigiia- Inul le caractère d'homogénéité de la révolution, développe avec une pénétration rare le principe même de son unité :« Cet extraordinaire événement, dit-il, révèle une ferme et mûre intention d'établir un gouvernement personnel sur la base des principes de la souveraineté féodale, laquelle considérait les colonies comme i)ossessions in parlibiis e.rlevis — non pas comme parties intégrantes du royaume, — possessions dont les habitants étaient des sujets du roi hoisdesesdoiuaiucs, maisnondessujetsdel'Etat. » Cependniit. il s'(^sl ti-ouvé (|uel(|ues historiens pour penser que ce fait obéit à une impulsion mécani(|ue exièrieure, élranijère à l'organisme même de la révoluliou, et pour afliï-mer : la séparation conséquente (|ui suivit fil penseï- à la chute d'un fruit encore vert!... .\l;iis d'autres — mieux instruits des causes
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complexes de cette séparation — et parmi eux un Espagnol — ont reconnu qu'elle l'ut un besoin, parce que : « l'Unité de l'Espagne et des vice-royaumes d'Amérique, possible sous l'absolutisme, était incompatible avec le régime représentatif et l'égalité complète des citoyens dans la vie politique. » La vérité, c'est que la révolution sud-américaine fut provo(juée par un sentiment né de patriotisme, qui agit comme agent moral, en répondant à l'instinct de conservation, et ({u'elle eut des intentions mûrement réfléchies d'indépendance, lesquelles étaient dans l'essence même des choses et dans le courant des volontés. Aussi avons-nous dit qu'elle était une (juestion de vie ou de mort, qu'elle a[)portait une salutaire rénovation et une évolution logi(jue. — Le divorce entre les colonies et la métropole fut prononcé au moment où, en l'étreinte qui les unissait, elles s'entr'étouffaient : elles se séparèrent, et cela les sauva.
Si, par suite du système colonial, l'Amérique n'était point préparée à se gouverner par elle-même, et si ses premiers essais de gouvernement personnel furent si malheureux qu'ils épuisèrent quasi toute la force vitale, après qu'on en avait tant dépensé pendant la lutte, il n'en est pas moins vrai que pires encore eussent été et sa condition et son avenir, si elle avait continué de vivre gouvernée — comme elle l'était — par des lois contraires à sa nature, la condamnant à une longue agonie, terminée tard dans la pourriture des vices personnels et étrangers (|ue le pays incubait.
On ne saurait nier que sans l'invasion naj)oléonienne en Espagne (1808) et sans la disparition momentanée de la dynastie espagnole, la révolution
eût été retardée ; mais cela ne signifie point que rAniéri((ue ne fût pas mure pour Témancipation, et aux dires de ceux qui prétendaient le contraire, on pourraitopposer ce fait : l'Amérique sut fortbien choisir le moment propice pour réclamer son indépendance, et cette indépendance, elle la sut conquérir |)ar ses seuls propres moyens : son action solidaire et ses efforts communs... Ainsi qu'on a pu le voir par l'exposé que nous avons tracé de ses antécédents, la révolution obéissait à des causes lointaines ; elle avait poussé de profondes racines chez les hommes et chez les choses ; elle cédait une imj)ulsion propre irrésistible qui — depuis trois siècles — se faisait sentir malgréles obstacles accumulés pour empêcher sa dilatation. Le moment psychologique fut prévu par le comte d'Aranda, ministre espagnol ; et il le sentait proche, ce moment, quand il disait à son souverain : « Les habitants de l'Amérique s'eiVorceront de con(|uérir leur indépendance aussitôt que l'occasion en paraîtra favorable. » Cette occasion ne fut pas autre chose que l'étincelle qui suffit parfois à alluuier l'incendie : une circonstance concurrente. Quoique les combinaisons auxquelles peut donner naissance la modification d'un fait soient encoi-e plus nombreuses que celles ([ui naissent d'un angle d'incidence dans la diffusion de la lumière, il faut bien reconnaître, avec la philosophie de l'histoire, f(ue « les faits sociaux impli(|uent toujours l'intervention de déterminations mentales volontaires dont ils dérivent, nonobstant les circonstances qui concourent à ce <|iu' l'uni' (relies prcWioniine. » — Tel est le phénomène histoiico-moral (pTon pul observer dans l'Américpie espaguoh' en l<S|().
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Des écrivains espagnols contemporains, et même des acteurs de la guerre, confirment l'exactitude de ce point de vue historique. L'un deux, qui reconnaît l'indépendance sud-américaine comme un fait fatal, écrit au sujet (le l'occasion : «On dit: le continent américain du sud aurait subsisté uni à la métropole, n'eut été la révolution espagnole de 1808. .. Mais cela ne s'accorde pas très bien avec la situation — telle que la montrent et les événements et les rapports des vicerois — où se trouvait ce continent depuis la guerre d'Indépendance nord-américaine... Et encore, même en admettant cela, et sans tenir compte de ce que pouvait avoir de problématique la durée ultérieure de ri'nion, il reste àchercher quels furent les auteurs des maux de la révolution, car il ne faut point tenir pour tels les instruments passifs, mais plutôt ceux qui four nissentà d'aucuns l'occasion de s'en servir. » — Un autre Espagnol, remontant aux causes lointaines de révénement, déclare, après avoir signalé la décadence du gouvernement colonial, conséquence de sa faiblesse organique et de sa corruption: a Du moment où la cour de Madrid reconnut, en 1778, l'indépendance des colonies anglaises de l'Amérique du Nord, elle se suscita deux ennemis puissants qui, pour des raisons diverses, n'ont pas cessé d'employer tous les moyens à leur portée pour nuire à l'Espagne. » Enfin, uu autre Espagnol répétait encore la même chose à ses compatriotes, un an après la catastrophe, en 1811 : « Le germe des maux causés par l'imprévoyance et l'injustice de notre précédent gouvernement et par l'iniquité des employés en général — malheureusement répandue dans toute rAméri(|ue — fit explosion sur j)res(|ue tous les points à la fois.
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car on n'avait pris nulle mesure pour détruire ces causes dont les conséquences devaient nous être si terriblement funestes. — A peine le premier feu de la rébellion avait-il paru, il courut rapidement de province en province, de ville en ville. Si, au début, les changements réclamés ne présentaient que des apparences de simples réformes, par celamême qu'ils invoquaient la justice et l'intérêt bien entendu de l'Etat, ils prirent tout de suite la tournure de motifs à une révolution d'indépendance. Si l'Amérique unie à l'Espagne eût dû être, par la suite, aussi malheureuse qu'elle l'était dej)uis sa découverte, mieux valait qu'elle fût toujours restée inconnue ; et si l'Espagne ne devait pas tirer de la possession de rAméri{|ue d'autres avantages que ceux ((u'elle en avait tirés jusque-là, c'était grand bien pour elle de perdre cette possession ! »
Le gouvernement pro\ isoire de la métropole, luimême, établi à conséquence de l'acéphalie, devanç^ait les plaintes des colons, reconnaissait la justice de leur cause, et contribuait à fomenter la résistance, tant par les concessions qu'il accordait à demi (|ue par celles qu'il faisait.
Une fois les Français maîtres de presfjue toute l'Espagne, et dissoute la junte centrale (|ui juscju'alors avait artiliciclleiiicnl maintenu l imite do l'empire espagnol, la régence de Cadix, ([ui lemplaca cette junt(>, invita les AnuM-icains à prendre part aux travaux d'un Congrès national des Cartes, les élevant ainsi à la catégorie d' « hommes libres ». Mais en même temps qu'elle lançait cette invite, elle n'accordait aux Américains qu'une représentatiou dérisoire, soil : un (b'pnli' par million d'lKd)ilauls, et encore
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un député choisi par elle-même ; tandis que les péninsulaires, pour la plupart soumis aux étrangers, se voyaient accorder un député par cent mille âmes. Ce fut une nouvelle ofï'ense ajoutt'e à tant d'autres. Mais la dissidence essentielle [)ro\eiuiit de la doctrine politique que les uns et les autres professaient. La jiiétropole, par l'organe de la régence, soutenait : « Les domaines d'Améri(iue sont partie intégrante de la patrie espagnole » ; et de là, elle déduisait le droit pour l'Espagne d'envoyer en Américpie un représentant du roi en l'absence d'icelui, et tirait la prétention que l'Amérique fût pour toujours liée au sort de la Péninsule. — Les Américains, on l'a lu, soutenaient la théorie juridique, — a[)puyée par les commentateurs de la constitution coloniale, — suivant laquelle l'Amérique formait bien corps de nation avec l'Espagne, mais n'était unie à cette dernière (jue j)ar le lien de la couronne, et qu'en conséquence, en l'absence du monarque, chaque peuple reprenait sa souveraineté. De ce fondement, ils déduisaient le droit de réclamer leur autonomie, et de refuser obéissance à quiconque s'arrogerait la représentation souveraine du monarque. IMiminé ce fondamental élément de dissidence, la raison ré- \ olutionnaire disparaît, l'insurrection perd son drapeau légal, et il ne reste plus qu'un incident à propos de représentation nationale, incident dont la solution n'entraînerait pas fatalement l'indépendance, ni seuleuient l'autonomie; de sorte qu'en acceptant le point de vue de la régence, l'Amérique suivait le sort de la Péninsule, au titre d'accessoire. Au fond de cette théorie, il y a le désir d'indépendance, — encore inavoué, — ■ car, considérant l'Espagne comme
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irrémédiablement perdue, les Américains se préparaient à recueillir l'héritage du roi détrôné, et à pourvoir à leur propre sécurité, comme Tavaientfait les Espagnols, en invoquant la même formule, — du retour de la souveraineté au peuple, — lors de la nomination des juntes j)ro\ inciales, en ce momentlà encore établies en Espagne.
Conformément à ce plan politique et sous ce drapeau thermidorien, la révolution sud-américaine se déroula pacifiquement, comme une loi normale qui s'accom])lit : les autorités coloniales furent déposées, sans o[)poser de résistance, pai- l'action de l'opinion consultée par l'intermédiaire des municipalités en tant (juc représentants du peuple ; et les nouveaux |)Ouvoirs, constitués au nom de l'autonomie recon- (juise, sans tout d'abord rompre les liens avec la mère-patrie, bien que chacun vit jjien que c'était là la résolution définitive et inévitaJ^le. En réponse à cette attitude |)rudente, modérée, et qui prenait des formes légales, la régence refusa tout aux colonies, même la liberté de commerce qu'elle avait précédcninuiit songé à leur accorder; elle refusa aussi une médiation de la part de l'Angleterre — d'ailleurs par elle sollicitée — et, sans aucune forme de ménagement, elle qualifia les Américains de « sujets lebolles », leur déclarant la guerre, — en quoi elle commettait la contradiction de condamner comme crime de lèse-majesté ce que les Espagnols avaient fait en Es|)agne, prolitant des circonstances pour recouvrer la liberté dont les avaient dépouillés les rois absolus!... C'est alors c(ue le Véné/uéla — foiinulanl catc'goriijuement la théorie révolutionnaire que nous avons d<'jà expos('e, et en tirant toutes con(du-
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sions logiques — proclanu^ son indépendance (1811) et se donna une constitution du genre fédéral républicain, à l'usage de sa souveraineté naissante, et sous le patronage des Droits de rilomme qu'il incorpora dans sa loi fondamentale. La grande catastrophe survint : entre l'Europe et l'Amérique se produisit une scission marquée de caractères radicaux. — La guerre fut déclarée de la part de l'Espagne, avec emploi de mots regrettables et irréparables qui en firent une guerre de races : on qualifiait les insurgés — en violation du droit naturel invoqué par les Espagnols — « hommes destinés j)ar la nature à végéter toujours dans l'obscurité et Ti m puissance ». Ce ne sont point les Américains ((ui l'ont dit : les Anglais ont reconnu (jue la guerre d'indépendance des colonies espagnoles — pour cette cause déclarée — fut plus glorieuse que celle des Américains du Nord, et les Américains du Nord, eux-mêmes, à leur tour, ont reconnu qu'elle fut mieux justifiée et plus légale, dans ses origines et dans ses formes, que la leur. Les historiens les plus notables du vieux monde ont affirmé que jamais aucune lutte n'avait été entreprise dans un aussi noble but, ni avec pareille indigence de moyens, ni avec si peu de chances de succès. — L'Amérique du Svid était inerte, isolée ; elle ne comptait sur des hommes éprouvés ni à la guerre, ni à la politique : elle avait tout à im})roviser. Par contre, l'Espagne, alliée à la puissante Angleterre et sûre de l'appui des premières nations du monde, était maîtresse des mers; ses armes triomphaient en Europe, et bientôt elle disposerait de plus de forces qu'avant l'invasion française de 1808, pour dompter les colonies insur-
gées. Cependant l'Amérique du Sud affronta seule cette lutte contre le monde coalisé, et elle triompha, triompha seule, soulevant l'admiration de rLuiivers « par des vertus dont l'histoire n'offre que de très rares exemples : la persévérance dans l'adversité ; l'abnégation et la force pour supporter des sacrifices indicibles : les sacrifices de son repos, de ses propriétés, de sa santé et de sa vie ; une union et une force pleine d'élasticité, et une constance ininterrompue durant toute la laborieuse métamorphose. »
L'assemblée des Cortès espagnoles, avec un semblant de représentation américaine, et le vote de la constitution libérale de 1812, au lieu de réconcilier la mère-patrie avec les colonies, donnèrent un essor nouveau à l'insurrection ; car, par suite de certaines concessions, l'esprit d'indépendance s'était avivé, et les Américains tournaient contre la métropole les armt's ([ue celle-ci avait forgées contre le pouvoir do ral)solutisme. Le trône rendu au l'oi, en 1814, l'Amérique n'avait pas encore proclamé son indépendance et on continuait d'y faire gouverner des vice-rois. Le mouvement insurrectionnel du Véné/uéla ayant échoué, la révolution se trouva dans une j)Osition fausse. L'Amérique chercha la paix sur la base de rindi'pendance; mais (juand, restauré le roi, on lui offrit, aux lieu et [)lace de la constitution de 1812, un désarmement sans conditions, elle décréta la recon- (|uète à feu et à sang, comme aux lemj)s de l'i/.arre et de Cortès. La guerre à oulianc(> l'ut déclarée, et toulf entente désormais impossil)le. La bataille lui lude, sui\ant l'expression di' Caiming; mais après avoir guerroyé (|Min/.e années duiant, onavait(( ri\('
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le clou de l'indépendance sud-aniéilcaine » et sanctionné la liberté du monde.
En J820, la torche révolutionnaiie de la liberté était éteinte partout, sauf dans l'Amérique du Sud, où elle ardait sans interruption depuis dix ans. A cette époque le despotisme triomphait en Europe, tandis que dans l'Amérique du Sud triomphait la cause de l'indépendance, suprême espoir de la liberté humaine, — soutenue par l'exemple et l'influence considérable des Etats-Unis. Dès cette époque l'action révolutionnaire commence à se faire sentir en Europe, au Parlement anglais, unique organe de libres manifestations dans le vieux monde, et la reconnaissance de l'indépendance sud-américaine, de fait et de droit, se trouve inscrite à l'ordre du jour. La révolution sud-américaine exerce quelque influence sur l'Espagne môme (|ui, suivant cet exemple, tourne contre son roi les armes destinées à la soumettre, et rétablit le régime constitutionnel. C'est le moment solennel de la spectative historique. Du triomphe ou de la défaite de la révoluion sudaméricaine dépendent les destins révolutionnaires de deux mondes. Cinq ans plus tard, la victoire répond à ces mâles accents : l'Amérique est républicaine, indépendante, libre; et son triomphe s'impose de fait comme de dioit. L'Angleterre, enrôlée sous les drapeaux de la Sainte-Alliance des souverains, modifie sa politique continentale et coloniale, de concert avec les Etats-Unis, à propos de la question sud- américaine, et déclare qu'un nouveau monde politique rétablit l'équilibre de l'ancien; qu'un nouvel élément est appelé à intervenir dans les destinées hunuiines. A partir de ce moment, le courant histo-
rique (jiii, depuis trois siècles, portait le des[)otisiiie d'Orient eu Occident, change de direction, et l'action des principes de la révolution américaine va d'Occident en Orient, et se propage en Europe, jusqu'à regagner son antique point d'origine, sur les limites du christianisme et de l'islamisme. La Grèce lance vers l'autre hémisphère son héroïque crid'émancipation; et l'Europe, au lieu d'étouffer ce cri, comme elle avait étouffé celui de l'Amérique, accourt au secours de la Grèce. Le Portugal s'émancipe à son tour, à l'exemple et sous l'influence de ses colonies américaines, qui, même, lui rendent ses rois absolus transformés en gouvernants constitutionnels ! En France, ressuscite la dévolution de i>\), sous forme d'engagements entre la monarchie et la république, et les protagonistes de ce mouvement seront un compagnon de \Vashinglon et un prince émigré qui avait étudié de fort près la grande démocratie nordaméricaine.
Qu'on supj)rime la révoluliou sud-américaine en l'an X; qu'on la suppose vaincue en 1820, ou (ju'on élimine son triom|)he final en 182."> : il reste seulement, au monde, la Hépubli(jue des lUats-L nis pour représenter la liberté, mais cette république est isolée, et le monde soumis au despotisme compte jusque sur l'appui de la puissante Angleterre. Tel est le tableau historique résumant la révolution sudaméricaine dans ses rapports avec le mouvement libéral du monde moderne de 1810 à 1825.
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