NOTICE GÉOGRAPHIQUE
Le traité d'Utrecht (1713), qui nous enleva l'Acadie et Terre-Neuve; le traité de Paris (1763), qui nous dépouilla du Canada et de ses dépendances, nous laissèrent, avec le droit de pèche sur les bancs de Terre- Neave, les deux [)etits Ilots de Saint - Pierre et de Miquelon. — Saint- Pierre a 7*'«n,500 dans sa plus grande largeur, et une superficie de 2600 hectares. Le sol est nu, inculte, stérile, granitique ; quelques ruisseaux, pas une rivière. L'intérieur est hérissé de montagnes abruptes; les côtes bordées de hautes falaises presque partout inabordables. De Saint-Pierre dépendent les Ilots du Grand-Colombier, de Vile Yerte, de Vile aux Chiens, de Vîle aux Vam-
ÎueuTSf de Vile aux Pigeons, — Miqueon est composée de deux presqu îles, autrefois divisées par un canal qui s'est envasé depuis 1783. Cette lie est plus étendue que Saint-Pierre; elle a 18423 hectares. Le sol est le même qu'à Saint- Pierre ; des rochers, des broussailles ou des landes stériles; un climat âpre et humide, des brouillards épais et des vents glacés. Saint-Pierre et Miquelon, situées à 30 kilom. environ de la côte \e. Terre-Neuve et peuplées (1892) de 6 250 habitants ^ seraient des tetres désertes sans la pèche sur les bancs, où foisonne la morue pendant toute la durée de l'été. Toutefois, malgré ces étés sans chaleur (moyenne -f- 13 à 14o) et ces hivers plus longs que
1. La population de ces îles descend des Basques, Bretons et Normands, qai
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Iles Saint-Pierre et Miquelon.
rigoureux (— 5 à 6»), les habitants, à force de labeur, ont réussi à vaincre la nature. Sur une mince couche de terre végétale, les habitants de Saint-Fierret en quatre mois , amènent à peu près à maturité les légumes les plus utiles : choux, radis, carottes, navets, salades, betteraves, petits pois; mais ils n'ont pas d'arbres fruitiers.
Dans la Petite Miquelon, ou Langlade, le sol se prête mieux à la culture. Dans certains herbages assez drus quelques fermiers élèvent et engraissent des Taches et des bœufs. On y trouve quelques bouquets de bois de sapins, bouleaux, érables, épinettes, sorbiers. — Commerce (1895). Eo^/jon. de produits de pèche, 11200000 francs. /mport., 8165 000 francs. — C'est à Saint-Pierre qu'aboutit le câble sous-marin qui part de Brest (6700 kilom.). — L'admmistration delà marine et le gouvernement local ont érigé sur la côte de Saint-Pierre le phare de Galantry, muni d'un sifflet de brume qui guide les barques surprises par le brouillard et la tempête. La Petite-Miauelon a le phare de \ai Pointe -Flate, et la Grande- Miquelon le phare du Cap Blanc, au nord-ouest.
Saint-Pierre.
a Quand nous fûmes mouillés dans la rade, en dedans du cap à r Aigle et vis-à-vis de l'île aux Chiens, le panorama de Saint-Pierre se découvrit à nous. — Dans le fond, en face de nous, un groupe de maisons en bois à un étage, presque toutes noircies par Tâge et surtout les pluies ; une habitation un peu plus haute, ressemblant assez bien à la demeure d'un bon bourgeois dans les environs de Paris, moins les sculptures que le goût moderne y ajoute, mais bien et dûment garnie des inévitables persiennes vertes : c'est la demeure du commandant de Tîle; plus loin, le clocher d'une église assez jolie, en bois comme tout le reste ; en face du gouvernement, un petit port intérieur qui porte le nom très usité dans ces contrées de harachoix, où se réfugient les goélettes quand la rade n'est pas tenable, ce qui arrive assez souvent et surtout Thiver ; puis une manière de fortin dont l'usage réel ne paraît être autre que celui de donner des canons à prendre à un ennemi quelconque; enfin, à droite et à gauche, des cases éparses et des graves ou plages artificielles, construites en cailloux, où sèche la morue. En revanche, pas un arbre, l'herbe même ne semble pousser qu'à regret. Les hauteurs qui montrent sans souci et sans prétention la nudité de la
s'étaient jadis établis dans TÂcadie. Pendant la guerre de Sept ans, abandonnés par Louis XV, les colons acadiens furent brutalement dépouillés de leurs biens et déportés sur la terre étrangère par les Anglais victorieux (1755). En 1764, un grand nombre se réfugièrent à Saint-Pierre et à Miquelon. Le poète américain Longfellow a fait de la catastrophe acadienne le sujet d'an récit simple et touchant dans le poème d'Euangeline. (Voy. une analyse d'Evangeline, par M. Léo Qucsnel, dans la Beoue politique et littéraire do 1*' avril 18S8.)
SAINT-PIERHB KT MIOUKLON. 35
roche native oqI leurs replis couverts d*unc sorte de vég^
tation roQssâtre, sèche à la vue, de Taspcct le plus repoussant,
« Quand on a traversé la rade et mis ïe pied sur cette
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terre si peu engageante^ les premières iuipressions vont se fortitiant de plus en plus. On ne voit que pierres, terre mouvante, tourbes et marécages. Dans quelques lieux, on se prend les jambes dans ce qu'on appelle la forM. C'est un
fouillis de petits sapins àe Tespèce la plus humble, puis qu'ils ne dépassent guère deux pieds à deux pieds et demi de haut.
» Nous étions en été ; Thiver est plus déplorable encore. Le brouillard, de plus en plus épais et constant, ne se dissipe pour ainsi dire plus. Des banquises se forment qui interceptent l'entrée et la sortie de l'ile en accumulant de toutes parts des glaces énormes. La neige couvre la terre à une grande épaisseur, et comme l'humidité domine encore la rigueur du froid, on est toujours au milieu des horreurs d'un dégel, qui s'arrête à chaque instant pour recommencer presque aussitôt. Puis Saint-Pierre jouit d'un fléau particulier à ces parages, et qui mérite une mention honorable : c'est le poudrin. Le poudrin consiste en une sorte d'essence de neige qui tombe par tourbillons, fine et drue comme du sable. Le poudrin s'introduit par les moindres ouvertures. Il suffit d'une fente à une porte, d'un carreau mal joint à une fenêtre, pour que le poudrin se fasse un passage et pénètre dans une maison. Aussitôt qu'il tombe, l'air est glacial. On ne voit plus devant soi. En quelques instants, les chemins sont couverts d'une nappe blanche et disparaissent. Le voyageur, aveuglé, risque de perdre la tête.S'il ne rencontre pas promptement un refuge il est en danger sérieux. Il y a peu d'années un enfant de Saint-Pierre se trouva dehors au moment où le poudrin commençait ; la famille signala aussitôt son absence : les marins d'un navire de l'Etat mouillé en rade se mirent à sa recherche au péril de leur vie. Toute la nuit ils coururent sans rien trouver et, le lendemain matin, on l'aperçut contre un rocher, la tète appuyée sur sa main, enseveli jusqu'au cou dans la neige, paraissant endormi ; il était mort.
» Pour toutes ces raisons, et surtout parce que la pèche ne peut se faire en hiver, Saint-Pierre n'a qu'une très faible population permanente, composée des fonctionnaires publics et de quelques centaines de marins nés dans l'île, avec leurs familles. Ces hommes sont presque tous Normands ou Basques d'origine, mais comme les familles se sont alliées entre elles, leur sang est mêlé et un type mixte en est résulté. Ce sont des pêcheurs, pour la plupart très pauvres et qui se bornent à exploiter les côtes de l'île, où ils prennent des morues et des harengs.
» L'île ne produisant rien que quelques légumes dans de misérables jardins créés avec beaucoup de peine, toutes les