‹ L'AmériqueChapitre 15 sur 113 · I. GÉOGRAPHIE PHYSIQUE · texte numérisé non relu

I. GÉOGRAPHIE PHYSIQUE

L'Alaska a pour limites ^u nord Tocéan Glacial, à Touest TocéaM Pacifique, au sud et à Test la Colombie britannique et le territoire de l'ancienne Compagnie de la baie d'Hudson. Les lies Aléoutiennei font partie de cet immense territoire d'une superficie de 1 509000 kilom. car., trois fois grand comme la France.

La côte est fort découpée, bordée de rochers et dlles dans toute son étendue, entamée par des golfes profonds (BristoU Norton, Kotzebue), que séparent des presqu'îles, dont la principale, Alaska, a donné son nom au pays. Ce qui fait la sécurité du littoral et çeut-ètre son avenir, c'est qu'il est comme bordé par une chaîne d'Iles qui forment des havres excellents et sûrs. Au nord de la frontière canadienne, se succèdent le long du littoral frangé de baies profondes les archipels Reviîla Gigedo, du Prince de Galles, Kouprianor, Amirauté, Baranov, Tchitchagov, que séparent des fiords tortueux, aux eaux claires, tranquilles et poissonneuses. La plus connue de ces lies, Baranov, renferme la baie et !a ville

1. M. de Gobineau, diplomate et littérateur français, né à Bordeaux en 1816, a rempli des fonctions diplomatiques à Berne, Téhéran, Athènes, Rio-Janeiro, Stockholm. Il a publié de nombreux et remarquables travaux d'histoire, critique, philosophie, épigraphie, géographie, concernant les pays où il a séjourné. Noos signalerons Trois ans en Asie (1859, in-8"); Souvenirs ae voyage (1878, in-8*).

de Sitka. En face de la presqu'île d^Alaska, et lui servant en quelque sorte de prolongement, s'élèvent les 56 Aléoutiennes, qui se divisent en 4 groupes, 4 Aléoutes, 3 îles des Rats, 14 îles d*Andréanotfi 35 îles des Renards. N'oublions pas le petit archipel, récemment visité en 1872 par un de nos compatriotes, M. Pinard, qui lui a donné le nom d'archipel Thiers.

Relief da sol. — Parallèle à la côte du Pacifique, une première chaîne de monts volcaniques, chargés de glaciers et de champs de neige, se développe autour des fiords qu'elle domine de leurs falaises escarpées et de leurs superbes promontoires; le mont Lapérouse à 3440 mètres, le Crillon à 5000 m., le Fairweather (mont du Beau-Temps) et surtout le mont Saint-Elie (5822 m.), le plus haut de tous et le plus beau à cause de sa pyramide imposante émergeant d'une ceinture de glaces, sont les sommets dominants de cette chaîne littorale. A sa base s'étendent des marécages, des tourbières ou des forêts; sur ses flancs se creusent des vallées où s'épanchent d'énormes glaciers; comme ceux de TyndalL de Guyot et d'Agassiz, ou comme le Muir, dont le débit annuel est évaluée à près de 4 millions de mètres cubes de glace. « Cette partie de l'Alaska, dit E. Reclus, est un monde alpestre, une Suisse dont la base serait ceinte de golfes et de détroits, non de vallées verdoyantes. Des centaines de touristes viennent chaque année de la Californie, de rOrégon, du Canada, pour contempler ces merveilles de la nature. » La chaîne se poursuit à l'ouest, barrant la vallée de la rivière du Cuivre, entourant de ses cimes neigeuses le golfe de King William, sous le nom d'Alpes de Tchougatch (2200 m.), et s'élevant même à 5 354 mètres au cône volcanique de Wrangell^qm vomit encore de son cratère mal éteint des vapeurs épaisses roulant sur des parois de neiges et de glaces.

A l'intérieur de la presqu'île, les Alpes d'Alaska, moins bien connues, semblent le prolongement des Montagnes Rocheuses de la Colombie. Leur altitude dépasse rarement 3000 mètres; elles dessinent une immense courbe entre la vallée du Youkon et le littoral, et se rapprochent, à la racine de la corne de l'Alaska, du magnifique massif volcanique de Vlliamna, haut de 3616 mètres. Des brèches profondes, le col Février (1 250 m.), le col de Miles (963 m.), permettent le passage des monts entre le golfe de Chilkout et la source du Youkon, outre la rivière du Cuivre et la Tanana. — La traînée des Aléoutiennes, les îles Fribilov, Saint-Faul, Saint- Georges, Saint-Mathieu, Saint-Laurent, etc., séjours préférés des phoques et des morses, sont aussi des terres volcaniques, aux cratères moins élevés et moins actifs. — 11 en est de même des chaînes

Eeu connues coupées par le cercle polaire, et se développant au large du assin du Youkon, à la limite du versant de l'océan Glacial. Les monts Youkon et Roumiantseff ne dépassent guère 1 200 mètres.

Coars d'eaa. — Les rivières tributaires de la mer glaciale le Colville, le Numatokf le Kovak, sont pres(^ue toujours gelées. — Dans la mer de Bering se jette un des plus puissants fleuves de l'Amérique, le Youkon i, qu'on a pu comparer au Saint - Laurent et au Mississipi (long. 3290 kiL; superficie du bassin, 1 million de kilom. car.). Il est navigable à 3000 kilomètres de ses embouchures. Son cours a été exploré

1. Le chenal navigable du Youkon est difficile à suivre ; il ne peut être remonté que car des bateaux d'un faible tirant, 1 mètre à 1",20. L'hiver il est gelé ou cnarrie des glaçons; la navig^ation régulière ne reprend que vers le milieu de juin pour être de nouveau interrompue dans les premiers jours de septembre.

tout entier. Issu au col Perrier d'un lac en forme de cratère, il bondit par des cascades à travers des chutes rocheuses, triple le Tolume de ses eaux par l'apport du Hotalinqua et du Pelly-river. tantôt se resserre entre des roches, et tantôt s'élargit de plusieurs kilomètres en formant des lies; reçoit à droite les affluents des Rocheuses, le Stewart, le Klondyke et la Po'rcupine, à gauche la violente et abondante Tanana^ et, après un brusque détour au sud, va se perdre daus la mer par un large delta encombré de troncs et de sable; le bras le plus fréquenté par les barques est TAp/ioun, large de 500 mètres. — Le Kuskokvine coule vers le st:d de la presqu'île; mais la plus importante rivière du Pacifique alnskicii est le Copper-river^ qui emporte les torrents et les boues de grands glaciers et s'ouvre un passage tortueux à travers d'effroyables fissures de basalte, sous des corniches de glace.

Le climat de l'Alaska est terrible au nord des montagnes; la température s'abaisse parfois à — 40». Au sud le climat est moins rude; 1t chaîne des monts sert d'abri contre les vents polaires ; mais les pluies sont presque continuelles et froides. A Sitka, il pleut deux cent cinquante jours par an; tempérât, moyenne, 6<>. Le courant noir du Japon exerce son action sur le littoral du Pacifique. (Voy. plus bas la lecture.)

Productions. Le pays est loin d*ëtre improductif, et les Américains le connaissaient avant de l'acheter. La vallée de Youkon et les lies du district de Sitka ont des bois de sapins^ de cèdres, de trembles. — Les mêmes îles se prêtent à Télevage des troupeaux. Mais ni les céréales, ni les fruits ne mûrissent. — La chasse et surtout la pèche sont les vraies richesses du pays. On pêche sur le littoral et dans les estuaires les saumons, les morues. On fait sur les lies un effroyable carnage de phoques et de lions de mer^. On chasse des renards rouges, noirs et argentés, des loupSy des ours blancs, des hermines, martres, zibelines, castorsj loutres de terre, des rennes et des élans, des lièvres. L'Alaska est riche en minerais. On a trouvé du charbon en maint endroit, mais d'une qualité médiocre; du cuivre et du fer dans les monts Romanzow; du rubis à l'île Saint-Georges ; de Vambre sur les côtes; la plus grande richesse est l'or en pépites ou en filons de la vallée centrale du Youkon, surtout dans la région canadienne. (Voy. p. 111.)

Page 1