IV. NOTIONS STATISTIQUES
Superficie. 7990 000 kilom. car. (dont 23S971 occupés par les lacs).
1. Le Canada possède aclucUeineal la ligue du coinmuuicatioa la plus directe entre l'Europe et T Extrême-Orient, et la prophétie de Ghamplain, qui donnait le nom de La Chine à l'avant-poste de Montréal, semble justi liée. On peut aller aujourd'hui en 81 jours du Japon en Angleterre. La malle du Japon, partie de Yokohama le 19 août à 8 heures 45 du malin, à bord de VEmpresa of India, est arrivée à Liverpool le 7 septembre à 5 heures, accomplissant le trajet en 20 jours 81 heures, soit en 11 jours de moins que l'ancien service de communications par Tile de Vancouver, et en 23 jours do moins que la route par Suez. VEmpress of India a franchi le Paciflque, de Yokohama à Victoria (Canada) en 9 jours et 20 heures. Arrivée à Victoria le 29 août à 4 heures 24 du matin, un service spécial a envoyé immédiatement la malle à Vancouver, ou elle était le même jour à midi. A 1 heure 18, le grand express du Canadian Pacifie Va, emportée jusiprà Brockville (Ontario), où elle est arrivée le 1" septembre, à 9 heures 3 du soir, après un parcours de 4508 kilom. en 70 heures 55 minutes, en diminuants heures pour la difierence de longitude.
Le transport par bac à travers le lac Ontario a pris 38 minutes. De Ce point, la malle, transbordée sur le New-York central, a parcouru, en 7 heures % la distance do 579 kilom. qui sépare New- York de l'Ontario. A New- York, la malle est arrivée le 8 septembre à 4 heures 43 du matin.»Le 6'//y a f New- York l'emportait à 6 heures 45 et l'a amenée à Liverpool, après avoir traversé l'Atlantique en 5 jours et 22 heures. (Revue .scientifique, déc. 1891.)
— Population. 5185900 habitants (1897). — Races. En 1871, on comptait dans la Confédération (sans les territoires de l'Ouest) 3579000 individus, dont 1091000 Français d'origine. En 1881, après l'annexion du Manitoba, des territoires dn nord-ouest et de la Colombie au Dominion, le total était de 4 325000 âmes, dont 1298000 Français. — En 1891, le recensement a donné 4833000 personnes, comprenant 1473000 Français. Dans l'ensemble du Dominion, l'élément français est resté à peu près stationnaire, à cause de la faiblesse de l'émigration française. Mais dans l'ancien Canada : sur 2 370 000 habitants, il y a 1308 500 Français; en dix ans (1881-91) la race française a augmenté de 126051 personnes, les autres races de 13498. Les autres habitants étrangers au Canada étaient ainsi répartis : 425000 Irlandais, Anglais, Ecossais; 80000 Américains; 28 000 Allemands; 10000 Russes; 8000 Suédois; 6000 Français; 3000 Italiens ei Espagnols; 10000 Chinois. — On compte environ 103000 Indiens. — Immigration. En 1880, 85000; en 1883, 206000; en 1885, 105 000; en 1891, 82000. — Climat. Rude en général et très varié suivant les lieux, il est surtout rigoureux dans le nord-ouest et la Colombie ; à Québec et dans le Bas-Canada, la température extrême est en été -f 35» et en hiver — 34o. — Dialectes. Les deux communautés principales du Dominion, la française et la britannique, gardent leur langue; mais la langue française est la langue officielle du parlement et des tribunaux.
— Instruction publique. Université catholique Laval à Québec ; université à Montréal, cinq facultés; université anglicane à Manitoba, à Montréal, à Lennoxville. Nombreuses universités, collèges, écoles normales, industrielles, supérieures et primaires (18 300 établissements, un million d'écoliers) ; d'après M. Chauvean et M. Levasseur, la moyenne des populations fréquentant les écoles est de 23 o/o (aux Etats-Unis elle est de 17, en Suisse de 15, en France de 13). Les écoles communales sont en partie à la charge de l'Etat, en partie à celle des villes; dans les districts de langue française, l'anglais ne fait pas partie des matières obligatoires de l'enseignement ; dans presque toutes les écoles élémentaires de ces districts, l'enseignement est donné exclusivement en français. — Justice. Le système judiciaire est analogue à celui de l'Angleterre ; les juges sont nommés par le gouverneur général, en son conseil. Toutefois, dans la province de Québec, au civil, l'ancienne loi a toujours cours, — Cultes. Ils sont libres; pas de religion d Etat; il y a environ 2000000 de catholiques; 646 000 anglicans ; 755 000 presbytériens et 850 000 méthodistes ; les autres sont anabaptistes, luthériens, congrégationalistes, quakers; 1115 juifs; 20 évêques anglicans; 6 archevêques et 23 évêques catholiques. — Armée. 1500 hommes de troupes anglaises; 36000 des régiments de milices, servant trois ans dans l'armée active. Le Dominion se divise en 12 districts militaires; la réserve de la milice s'élève jusqu'à 236000 hommes.
— Marine militaire. 7 navires à vapeur. — Monnaies. Piastre ou dollar = 5f>',37; le centin ou cent vaut un peu plus de 0^^,05; le louis canadien = 4 piastres (le franc français vaut donc en monnaie canadienne 10 centins 1/2, et la pièce de 5 francs, 92 centins 1/2 environ); les monnaies anglaises ont cours légal. — Poids et Mesures. La livre anglaise, divisée en 12 onces =453?r,4; le mille anglais pour les distances = 1609n»,4; la verge ou yard pour Tannage = 0°»,9l; l'acre pour les superficies = 40»,47; le gallon pour les liquides = 4^,54; le minot pour les matières sèches =8 gallons ou 36i,34. — Budget. Recettes ; en 1898, 46733000 dollars; en 1894, 47676000 dollars. — Dépenses: eu 1898, 46733000; en 1894, 41243000 dollars. — Dette publique : 261 millions de dollars.
20 EXTRAITS ET ANALYSES Bésumé blstorlque; les Français au Canada.
OécouTertes du seizième siècle. — Le premier voyage de découverte accompli par les Français dans l'Amérique du Nord parait avoir été celui d'un marin de Honflenr, Jean Deiiis, vers 1506, dans le temps même où son vaillant compatriote, le capitaine Panlmier de Gonneville, conduisait au littoral brésiliea un navire armé par les négociants de Rouen. Denis, servi par un pilote rouennais, nommé Canart^ se dirigea vers Terre- Neuve et explora l'embouchure du Saint-Laurent ; une carte partielle tracée par ses soins guida plus lard les navigateurs dans ces parages. Thomas Aubert, de Dieppe, commandant le navire la Pensée, armé par jeau Arago, suivit la même route, en 1508, remonta le Saint-Laurent jusqu'à quatrevingts lieues et déposa sur ses rives nn premier groupe de colons normands. L'élan était donné. Dix ans plus tard, le baron de Léry, à la tête d'un nombreux équipage, et bien approvisionné de bestiaux, atteignit l'Ile de Sable, en face de la Nouvelle-Ecosse; mais la longueur et les fatigues du voyage avaient épuisé ses ressources, il ne put aller plus loin et dut abandonner sur cette terre aride les animaux quil destinait à l'agriculture. Us s'y multiplièrent en toute liberté, et furent dans la suite une ressource inespérée pour d'autres Français que la nécessité y enferma. A la même époque les marins bretons, de leur côté, découvrirent et nommèrent l'Ile du Cap-Breton, et la çêche à la morue fut établie sur ces côtes.
Alors la royauté intervint dans ces hardies et fécondes entreprises d'outre-mer. François 1er, jaloux de la gloire maritime, se disposait à suivre les conseils de l'évêque de Marseille, Claude de Seyssel, et à « faire tant qu'il put devenir maitre de la mer ». Il venait de fonder le Havrede-GrSlce, dans une magnifique position (1517). Il mit aux ordres du Florentin Verazzano quatre navires pour aller à la découverte d'un passage d'Europe en Chine par le nord-ouest. La tempête détourna Verazzano, et il vint débarquer au nord de la Floride (1524), reconnut les côtes de l'Amérique orientale, du Saint-Laurent et de Terre-Neuve, prit possession, au nom du roi, de cette immense étendue de pays, et lui donna le nom de Nouvelle-France. Il périt dans un troisième vo"yage.
Dix ans après (1534), François I*»" reprit ses projets de colonisation. On rapporte que le roi disait un jour en plaisantant : « Eh quoi ! le » roi d'Espagne et le roi de Portugal partagent tranquillement entre eux » toute l'Amérique, sans souffrir que j'y prenne part comme leur frère. » Je voudrais bien voir l'article du testament d Adam qui leur lègue ce 9 vaste héritage. » Un Jeune marin de Saint- Malo, Jacques Cartier, sur la proposition de l'amiral Chabot de Brîon, fut chargé d'une nouvelle expédition. Plus habile ou plus heureux que ses devanciers, il s'assura que Terre-Neuve était une île; et, dans un nouveau voyage (1536), remonta le Saint-Laurent, en releva les bords, les îles, les récifs, jusqu'au village de Hochelaga, emplacement où s'éleva plus tard Montréal. Dans un troisième voyage (1541) Cartier compléta ses découvertes, et revint mourir obscurément en France. L'histoire honore en lui le découvreur du Canada et le promoteur de la colonisation canadienne. Sa ville natale garda pieusement le souvenir du héros qui, au prix des
{)lus cruelles épreuves, ouvrit à sa patrie la richesse d'un sol fécond et es promesses d'une domination sans rivale. Dès 1540, François I",
convaincu par les rapports de Cartier, avait décidé l'établissement d'une colonie dans ces lieux, et le gouverneur choisi fut un gentilhomme picard, François de La Roque, sieur de Roberval, avec le titre de vice-roi. Colons et soldats furent installés d'abord dans le poste de France-Roy, puis au Cap- Breton ; mais la rigueur du climat, l'insuffisance des ressources, la négligence du gouvernement firent échouer, au bout de quelques années, ce premier essai de colonisation. Toutefois, les pêcheries et le commerce des pelleteries ne furent point abandonnés : on comptait, en 1578, 150 navires français dans les eaux de Terre-Neuve et du Saint-Laurent. Colonisation au dix-septième siècle. — En 1598, Henri IV venait de rendre à la France la paix religieuse et la paix extérieure. Il rouvrit aussi les mers à la navigation. Un gentilhomme breton, TroUus du Mesgouez, marquis de la Roche, muni d'une concession privilégiée accordée en 1578 par Henri III et renouvelée par Henri IV, fit voile vers la Nouvelle-France; son navire fit naufrage, et ses compagnons, réfugiés dans nie de Sable, y vécurent cinq ans des bestiaux qu'y avaient déposés autrefois le baron de Léry. Après l'insuccès de la Roche, Henri IV confia successivement au Normand Chauvin (1599), au vice-amiral dt Chastes (1602), et au sieur de Monts (1603), le privilège du commerce des pelleteries. De Monts emmenait avec lui de braves et habiles lieutenants, Pontgravé, Foutrincourt, Lescarbot, et le plus illustre de tous, le Saintongeois Samuel de Champlain. Ils fondèrent, dans la presqu'île d'Acadie, Port-Royal ^aujourd'hui Annapolis), le premier établissement français durable de la cAte d'Amérique, et le plus ancien du continent tout entier après Saint-Augustin.
Ii*ceiiwre de Cbamplaln.
« Le Canada devient, dès le règne de Henri IV, le principal théâtre de la colonisation française et de la gloire de Champlain. En 1608, lors de son second voyage, il fonda la ville de Québec*, Tune des plus prospères et des plus célèbres de TAmérique, et qui est restée la capitale du Canada jusqu'à ces dernières années, où elle a été dépossédée par Ottawa, bâtie sur une rivière découverte par Champlain. Navigateur intrépide, Champlain remonte le fleuve Saint-Laurent et atteint les lacs Ontario et Huron, explore le pays dans tous les sens, en dresse la carte, en
1. Le Dictionnaire de la langue des Cris, par le P. Lacombe, donne au mot Québee rétymologie suivante : en langue algonquine, Kepâk ou Kepek signifie fermé. Le site de cette capitale a été ainsi nommé parce qu'en effet le fleuve parait bouché par le cap Diamant, si on le remonte, et par Tile d'Orléans, si on le descend. ~ La Potherie ne cherchait pas si loin l'origine du nom : il raconte qu'ayant dépassé File d'Orléans, les matelots de Jacques Cartier, à la Tue du roc où se dresse actuellement la citadelle, s'écrièrent dans leur patois normand : Que bec ! (quel bec). Le nom resta à notre ancienne capitale canadienne.
observe les produits, en étudie les ressources, noue avec les sauvages des alliances qu'il maintient fidèlement en temps de paix et de guerre ^ Au milieu de ses courses incessantes, il se montre habile administrateur. Longtemps investi du seul titre de lieutenant des vice-rois et gouverneurs (comte de Soissons, prince de Condé, duc de Montmorency, duc de Ventadour), il donne à la colonie de sages règlements, dirige ses employés et coopérateurs, contrôle leurs actes, apaise leurs conflits, soutient et contient les jésuites* ; vingt fois il traverse l'Océan pour recruter en France et ramener en Amérique des hommes, des vivres, des plantes, de l'argent. Par ses instances, il conserve à la Nouvelle-France la faveur du roi, lui attire celle de puissants seigneurs, sans perdre le concours des marchands et des ordres religieux. Il emmène sa femme avec lui et son exemple entraîne beaucoup de familles. Lorsque Québec, attaqué par les Anglais, est obligé de capituler (1629), il vient plaider auprès du roi Louis XIII et de Richelieu la cause de la colonie, qui est celle du devoir et de l'honneur de la France, et il obtient que la restitution du Canada soit stipulée dans le traité de Saint- Germain (1632). H revient enfin mourir (1633) dans la patrie d'adoption qu'il a aimée et servie de toutes ses forces pendant un tiers de siècle, léguant à la postérité l'exemple d'une vie sans tache et d'une création durable. L'expérience lui a donné raison contre Sully qui avait méconnu la valeur du Canada, comme fit plus tard Voltaire. « Je mets au nombre des choses faites contre mon opinion, disait Sully, la colonie qui fut envoyée cette année au Canada. H n'y a aucune sorte de richesse à
1. Trois peuples indiens habitaient les contrées de la Nouvelle-France: Algonquins au nord du Saint-Laurent; Barons au nord des lacs Erié et Ontario ;/roqiMÏs an sud. Les Hurons et les Iroquois se faisaient depuis longtemps une guerre acharnée ; Ghamplain s'allia avec les Hurons, et trouva en eux des alliés dévoués. (V. le remarquable ouvrage de M. Dussicux, cité dans la Bibliographie.)
S. Plusieurs colons protestants, encouragés par Henri IV et Sully, s'étaient établis au Canada; Sully avait même donné à un calviniste la souveraineté de l'Acadie. Les conflits furent incessants entre les huguenots et les catholiques; les Récollets, ne pouvant suffire aux missions, appelèrent les jésuites en 1625 ; la lutte deyint plus ardente, et, pour l'apaiser, Richelieu crut devoir interdire désormais aux protestants l'entrée de la Nouvelle-France : les missionnaires eurent dès lors une besogne plus facile.
espérer de tous les pays du Nouveau-Monde qui sont au delà du 40** degré de latitude. » Or, au delà du 40® degré se trouvent la Nouvelle-Angleterre, le Canada et toute TAmérique britannique, des pays peuplés de plusieurs millions d'hommes, faisant des travaux et des échanges annuels pour des centaines de millions... Henri IV, dont le génie était supérieur à celui de son ministre, apprécia et soutint toujours l'entreprise de Champlain, dans la pensée duquel les colonies devaient former de jeunes et complètes sociétés pouvant se nourrir et se défendre par elles-mêmes. Longtemps ignoré, le tombeau du fondateur de la nationalité canadienne a été découvert, il y a deux ans* à Québec, et cet événement a réveillé, à travers de vives polémiques, la reconnaissance publique, toujours fidèle à sa mémoire. Le conseil général du département de la Charente-Inférieure décida qu'une inscription serait gravée dans le port de Brouage, pour rappeler la naissance en ce lieu de l'illustre colonisateur. Mais ce n'est pas assez pour acquitter la dette de la France. Si l'on songe que sur la terre où il fonda Québec, où il établit une poignée de colons, vivent aujourd'hui heureux et libres, quoique à l'abri d'un autre drapeau que celui de la France, plus de trois millions d'hommes, dont la moitié conservent le pieux souvenir, la langue, la foi, les lois même de la mère patrie dont ils sont issus, on proclamera que Samuel de Champlain oublié, presque inconnu en France, brièvement mentionné dans les histoires, est uû de ces personnages éminents qui ont droit à une statue, comme hommage de la patrie reconnaissante^ » Jules Ddval%
Le premier âge des colonies françaises.
{Revue des cours littéraires, 30 mai 1868, p. 416-417.)