DE MOLINARI
Lettres sur les Etats-Unis et le Canada.
(Paris, Hachette, in-18, 1876.)
M^aslilngton.
« Washington est le siège du gouvernement national et le chef-lieu du district de Columbia, qui forme une enclave peu étendue dans le territoire du Maryland, sur la rive gauche du Potomac. Ses habitants, soumis à un régime exceptionnel, ne participent pas aux élections générales. Le plan de la capitale des Etats-Unis a été tracé, en 1791, de la manière la plus grandiose. Mais, malgré son heureuse situation, la ville s'est peuplée lentement et n'est restée qu'un centre administratif sans importance commerciale^. Toute la vie de la cité s'est concentrée autour des bâtiments publics, fort éloignés les uns des autres ; aussi a-t-on donné à Washington le nom de a cité des distances ». Sur une éminence, au centre de la ville, s'élève le Capitole, magnifique monument tout en fer et en iDriques, uniformément peint en blanc, ce qui, à certaine distance, lui donne l'asoect du marbre ; trois cent quatre-vingts marches
1. M. de Turenne dit que Washington a un certain air de ressemblance aveo Versailles, et que l'architecture de la Maison-Blanche rappelle, avec moins de légèreté et de grâce, le palais de la Légion d'honneur de Paris.
conduisent à la coupole, qui s'élève à 130 mètres au-dessus du sol. Une série de peintures historiques décorent la rotonde, à droite et à gauche du Capitole, et, semhlables à deux temples grecs, s'élèvent la Chambre des représentants et le Sénat, coiistruits sur un plan identique, tout en marbre blanc, décorés de belles sculptures et ornés de remarquables portes en bronze. Ainsi complété, le Capitole présente un aspect véritablement imposant : sa masse blanche, isolée au milieu d'un immense square orné de pelouses et de statues, domine toute la ville et forme le centre où convergent ses douze principales avenues, A l'extrémité opposée de l'avenue de Pensylvanie se trouve la Trésorerie^ superbe édifice en granit et marbre blanc. Près de là, au milieu d'un parc planté de grands arbres, s'élève la Maison-Blanche, résidence du président de la République : c'est une maison fort simple, peinte en blanc, et dont l'unique étage est couronné d'une corniche surmontée d'une balustrade. Là, comme au Capitole, comme partout ailleurs, aucune permission n'est exigée; l'entrée est libre à tout venant, américain ou étranger; pas un soldat à la porte, pas d'autre gardien qu'un nègre, assez mal mis, qui introduit les visiteurs dans les salons publics et les appartements privés, décorés, du reste, avec beaucoup de simplicité. » (E. Cotteau, Six mille lieues en soixante jours.)
La cité, construite sur un plan monumental, est ornée à profusion de monuments et d'édlGces, de musées et de statues colossales, d'églises, de théâtres, de squares et de jardins. C'est là que James Smithson, par un legs princier, a fait ériger dans un parc de 21 hectares cet Institut Smithsonieni la gloire des antiquités américaines (voy. p. 20); que le banquier Corcoran a fait construire le musée qui porte son nom, auquel il a légué une magnifique collection de tableaux et statues : on y trouve 116 bronzes de notre grand sculpteur Barye, et le Régiment qui passe, une des plus belles toiles de Détaille. A l'ouest du Jardin Botanique et du Musée National, près de l'extrémité de la grande promenade du Mail, s'élève le monument de Washington. C'est un obélisque colossal de marbre blanc avec un toit en aluminium, haut de 169 mètres, ayant à la base 11 mètres sur chacun de ses côtés. On monte au sommet par un escalier de 900 marches ou par un ascenseur. Cette flèche bizarre, commencée en 1848, a été inaugurée en 1885. A quelque distance, au milieu d'un grand parc, s'élève l'ancien observatoire, un des plus célèbres de l'univers, à cause de la puissance de son télescope. Il a été remplacé par un autre observatoire situé à 3 kilom. au nord-ouest.
« Washington, centre des pouvoirs publics, attire et retient une armée d'employés, tous les ambitieux, tous les solliciteurs, et le nombre en est grand. Le président l'habite, le corps diplomatique y réside et on n'y compte pas 200000 habitants. Elle n en est pas moins Tune des villes les plus curieuses des Etats-Unis, à coup sur l'une des moins banales. Dans
ce cadre disproportionné comme étendae, et qu'animerait à peine ane population d'un million, ses 200000 résidents semblent perdus... On sent quici la note dominante diffère de celle de Boston, de New- York, de Chicago, que les intérêts et les préoccupations sont antres. Cette ville est celle qui rappelle le plus au visiteur étranger nos cités européennes. — C'est qn'ici réside un monde spécial, sociable par profession, réservé par position : celui des ambassades et des légations..., autour duquel gravite nne coterie de femmes élégantes, de voyageurs de distinction, d'hommes politiques en vue, de journalistes connus. C'est que, juxtaposés à ce monde spécial, en rapports fréquents avec lui et le copiant, ministres et hauts fonctionnaires, sénateurs et représentants, oITiciers et politiciens d'avenir, s'imprègnent à son contact d'une atmosphère particulière où le cosmopolitisme domine, où le snobbisme a droit de cité. »
Ch. DE VAniONr.
lia iVooirelle-Orléans.
« Au-dessous de la charmante ville de Carrolton, le Misslssipi fait un détour soudain, et tout d'un coup se déroulent à la vue cette triple ou quadruple rangée de navires^ ces larges quais, ce vaste demi-cercle d'édifices auxquels la Nouvelle-Orléans doit son nom poétique de Crescent-Cùy (cité du Croissant) . Sur la rive gauche, les bateaux à vapeur rangés en ordre comme une façade de hautes maisons à triple étage, les grandes jetées en bois encombrées de balles de coton, de boucauts de sucre, de barils de farine, le quai tout couvert de voitures et de charrettes bondissant sur le pavé, enfin ce croissant de maisons qui s'étend sur une longueur de 10 kilomètres et disparaît derrière une pointe de sable et de forêts, tout cet ensemble ofTre une magnificence qu'aucun autre port du monde ne saurait égaler. Londres même et Liverpool, ces deux ventricules commerciaux du monde, ne peuvent être comparés à la Nouvelle-Orléans sous ce rapport, puisque les navires y sont en grande partie enfermés dans les docks, véritables cours intérieures qui ne présentent aucune vue d'ensemble.
» Bien que la Nouvelle-Orléans soit située à 180 kilom. en amont de l'embouchure, la hauteur moyenne de la ville est de 3 mètres seulement, et dans les faubourgs les plus éloignés du fleuve, le sol bas et spongieux est presque déprimé jusqu'à la ligne du niveau de la mer. Avant 1727,
quand la ville n'était pas encore protégée par une dî^ue^ elle ébiit périodiquemcnl inondée et présentait l'aspect d*un doaqoe ; alors f Istlime qui sépare les eaux du fleuve de celles du lac était presque supprimé pendant les crues et se réduisait à une petite lan^^ue de terre qu'on appelait Terre Haute des Lépreux. Depuis les premiers travaux entrepris 0 y a cent cinquante ans (en il30j parle gouverneur Périer, la Nouvelle-Orléans a cessé d'être une ville amphibie; aujourd'hui elle est parfaitement protégée du côté du fleuve par une magnifique levée ayant jusqu'à 100 mètres de ïar^e. Cependant le sol est si bas que les moindres inégalités du terrain retiennent Teau de pluie, et les grandes averses font de la Nouvelle-Orléans comme une autre Venise; aussi faut-il avoir recours à la force de la vapeur pour dessécher la ville, et de puissantes machines absorbent continuellement l'eau stagnante pour la reverser dans dans un lac appelé le bayou Samt-Johu Même par un temps secj le sol est rendu humide par Tabsorption capillairej et pendant Tété prolongé de 1855 on remarqua comme un fait surprenant que des fossés d'un mètre de profondeur restaient dépourvus d'eau. Pour ne pas déposer les cadavres dans la boue, les Louisianais sont obligés de se conformer à la coutume espagnole et d'élever dans leurs cimetières de longues rangées de cryptes à plusieurs étages, où les morts sont rangés en ordre comme des livres dans une bibliothèque; même dans ces cryptes l'air est tellement humide qu'il lui sufflt parfois de vingt années pour ronger complètement les cadavres ou n'en laisser que des restes mécon* naissables. Il est évident que sur un pareil sol les eoustruclions doivent être très légères afln de ne pas s'enfoncer et disparaître ; aussi les maisons étaient autrefois construites en bois, et maintenant on donne très peu d'épaisseur aux
murailles de br i que . . .
......n A part l'humidité du sol et l'atmosphère miasma-
tique, la Nouvelle-Orléans oiîre la plus belle position commerciale qu'il soit possible dlmaginer, et Bienville a montré une intelligence vraiment divinatrice quand il fonda la première baraque sur remplacement de la ville actuelle.
i74 LECTURES liT ANALYSES DE GÉOPiRAPHlE.
Placée à une certaine distance de Tembouchure et cependant assez rapprochée du point où le fleuve se divise en plusieurs branches, elle domine à la fois le commerce de l'intérieur et celui de l'extérieur, et tous les produits, toutes les marchandises viennent forcément s'y échanger. En même temps elle est située sur la partie la plus étroite de l'isthme, entre le fleuve d'un côté, les lacs Pontchartrain et Borgne de l'autre, de sorte que son commerce peut rayonner vers la mer par trois voies. Quand la route des lacs sera utilisée comme elle devrait l'être, la Nouvelle- Orléans jouira de l'immense avantage d'être à la fois port de rivière et port de mer. »
Elisée Reclus, Le Misstssipi,
{Revue des Deux-Mondes ^ 15 juill. 1857.)
Le commerce de la Nouvelle-Orléans, qui avait reçu un coup terrible pendant la guerre de sécession et à la suite de la défaite des sudistes, a presque recouvré sa prospérité d'autrefois. Le grand article est le coton : la ville en exporte, bon an mal an, de 1500000 à 1600000 balles qui
Sassent sous les machines inventées par Morse, les cotîtm presses^ avant 'être embarquées sur les grands steamers rangés devant les quais ; le commerce des produits de Touest (lard, viandes salées, farines, mais] est également considérable. Les champs de cannes à sucre, les plantations de riz et les grandes cultures d'orangers couvrent les campagnes voisines du Mississipi, aux environs de la Nouvelle-Orléans. Mais la capitale, et surtout l'Etat de la Louisiane, comme tous les Etats du Sud, souffre des conflits entre les blancs vaincus et les noirs vainqueurs et maîtres des pouvoirs locaux *. « L'Etat de la Louisiane, écrit M. deMolinari, gouverné
1. Depuis la guerre de sécession qui a amené l'abolition de l'esclavage, les haines sociales entre blancs et noirs, loin de s'apaiser, se sont accrues. Elles sont attisées par les aventuriers politiques venus du nord, connus sous les sobriquets de carpet-baggers {porteurs de aocs), et de scalawags {va-nu-pieds), agents d'intrigue, de désordre et d'ambition, qui organisent des ligues noires
{mur s'emparer des pouvoirs publics et s'assurer la victoire aux scrutins. A ces igue» noires répondent des ligues blanches, et les collisions ont été fréquentes et sanglantes. Les vainqueurs et les vaincus vivent isolés el ennemis les uns des autres, séparés plus que iamais par les haines de race, de couleur et celles de la politique. Les femmes olanches surtout affectent le plus profond mépris pour H ces êtres à la tête laineuse, àla peau suante, à l'aigre odeur de petit- » lait, qui souillent leurs yeux par des grimaces simiesques et leurs oreilles par » un jargon de macac[ue ! » Il ya à la Nouvelle-Orléans, entre autres querelles, une question des omnibus. Les nègres ont-ils le droit de monter dans le même omnibus que les blancs ? Les carpet-baggers ont répondu oui ; la population a répondu non. Un des derniers gouverneurs de la Louisiane, le général Warmoth, homme de tiers-parti, proposa la création d'une nouvelle classe d'omnibus mixtes. Warmoth faillit périr pour avoir tenté cette conciliation. Il fut roué de coups de bâton par ses acolytes et dut se défendre le couteau au poing.
» par des carpet baggers, associés aux nègres, n'est pas un modèle d'éco- » nomie et de bonne administration ; les levées se dégradent d'années en » années, les crevasses se multiplient d'une manière alarmante, et de » vastes marécages couverts de joncs et peuplés d'alligators remplacent, » dans maintes paroisses, les champs de riz et de canne à sucre. En » qnelques années, la dette a été portée à 53 millions de dollars; à la p vérité, on Ta réduite à 25 millions par une conversion audacieuse, et » plus tard on a retranché encore 40 o/o des 25 millions; mais toutes ces » ressources extraordinaires, sans parler des ressources ordinaires de » l'impôt élevé à un taux fantastique, ont été gaspillées; les fonds d'école » ont été décuplés, et il n'y a pas d'écoles; on n'entretient pas le pavé et » on n'achève pas les édifices publics i. »
Cliicag^o*
Chicago occupe à l'ouest du lac Michigan, à l'embouchure de la rivière Chicago, une position exceptionnelle. Trente lignes ferrées y aboutissent; la rivière de l'Illinois la met, par le fleuve Mississipi, en communication avec le golfe du Mexique, et le canal du Michigan, par la chaîne des lacs et le Saint-Laurent, avec l'océan Atlantique. Elle est située dans l'Etat de l'Illinois, qui a pour capitale la petite ville de Springfield; elle est en réalité la capitale de tous les Etats de l'ouest, par son immense commerce, ses industries et le merveilleux développement d'une prospérité qui paraît sans limites. Aussi n'est-il pas étonnant que la Reine des Lacs {The Queen of the Lakes) ait été choisie, malgré la rivalité jalouse des autres grandes cités de l'Union, pour être le théâtre jde l'Exposition universelle de 1893.
En 1830, Chicago n'existait pas. Seul le fort Deaborn, construit par les soins du gouvernement fédéral pour contenir les tribus indiennes, servait d'abri aux trappeurs, aux aventuriers et aux traitants qui venaient y entreposer leurs fourrures. Chasseurs et commerçants trouvèrent la place bonne, et s'établirent peu à peu dans les marais" qui bordaient la rivière; leur village en prit le nom. En 1837, il comptait déjà 4000 habitants, et échangeait des marchandises avec les ports des lacs, avec Albany, New-York, Montréal et Québec. Les Chicagois défrichèrent les forêts voisines et fondèrent des scieries mécaniques pour en débiter les produits; dans leurs greniers, ils entreposèrent les grains des plaines illinoises; dans leurs parcs, les troupeaux de bœufs et de porcs qu'ils dépecèrent, salèrent, fumèrent et mirent en barriques à l'usage du nouveau et de l'ancien continent; bientôt ils eurent des tanneries, des minoteries, des forges, des usines, des manufactures, des fabriques de toutes sortes ; dans leurs magasins on trouva de la houille, des métaux, du thé, du café, tous les objets et tous les produits nécessaires à l'entretien et à l'alimentation. A côté de négociants honorables, loyaux et fidèles à leur parole, dans cette ville si libéralement ouverte a tous, « s'agite la tourbe des coquins sans pudeur, des aventuriers accourus » de tous les coins de l'univers. Chicago, écrit M. Simonin, est non
1. On peut lire dans l'ouvrage de M. Louis do Turenne, Quatorze mois dans V Amérique du Nord (t. I«'", p. 15 et suiv.), le curieux récit d'un vol dont il fut victime, l'impuissance ou la complicité des chefs de la police qui n'osèrent faire arrêter le voleur, et la nécessité où fut M. de Turenne de donner au misérable une somme de 200 dollars pour se faire restituer le chèque qui lui avait été dérobé.
y\ seulement le rendez-vous de tous les malheureux, de tous les déshé- » rites du sort, de tous les gens en quête d'une situation, mais encore » de tous les chevaliers d'industrie. » La ville, qui avait 4000 habitants en 1837, en comptait 8000 en 1844; 28000 en 1850; 80000 en 1855; 150000 en 1863; 265000 en 1866; le recensement de 1880 donne le chiffre de 503304 blancs et 5257 individus de couleur; le recensement de i890 élève la population totale au chiffre énorme de 1099850 habitants; c'est une augmentation de 591289 en dix ans, plus du double! « Cette population, dit M. Moirean [Grande Encyclopédie)^ dont le fonds » a été principalement formé par l'élément Yankee de la Nouvelle An- » gleterre et de New- York, avec adjonction considérable d'éléments étrann gers (en 1880, 204800 d'origine étrangère, dont 75000 Allemands), » surtout de socialistes, de révolutionnaires, fénians irlandais, anarchistes » allemands, polonais, tchèques, etc., est célèbre par l'intensité avec » laquelle elle a développé à la fois quelques-uns des défauts et la » plupart des qualités de la race américaine du nord, et parmi ces der- » nières, surtout Ténergie appliquée à la conduite des affaires, à Tesprit » d'entreprise et à la spéculation. Les fortunes s'y édifient et s'y dé- » truisent avec plus de rapidité que partout ailleurs. Elle attire depuis » longtemps tous les hommes intelligents et hardis de l'ouest, privilège » que lui disputent aujourd'hui des villes comme Saint-Louis au sud, » Saint- Paul et Minneapolis au nord. » C'est là qu'ont édifié de colossales fortunes Philippe Armour, propriétaire des établissements qui font le quart des affaires de Chicago en viandes de conserves (en 1887 ils ont produit 330 millions de livres de viandes de porcs, bœufs, moutons, valant 250 millions de francs); — Marshall Field, le possesseur des immenses magasins de nouveautés et de marchandises de toute nature situées dans State Street, le centre des affaires; — le banquier Gage; — le maître d'hôtel Potter Palmer, — ■ et aussi George Pullman, dont les wagons de luxe circulent sur tous les raiiways de l'Union, et dont les ateliers constituent une véritable ville aux portes de Chicago. « Aucune » autre cité, dit encore M. Moireau, ne contient proportionnellement » autant de bars et de débits de spiritueux et de bières. Phénomène » rare en Amérique, les théâtres et concerts y restent ouverts le di- » manche. » Un Chicagois répondait à un de ses amis, qui l'interrogeait sur le nombre des habitants de sa ville : « Je ne saurais le dire au juste, » j'ai quitté Chicago il y a huit jours. » Cette forfanterie s'explique si l'on songe que, d'une semaine à l'autre, la cité du Michigan s'accroît de plusieurs centaines d'immigrants.
Le se'imce des eaux. — L'assainissement, — « La population saine de Chicago se fait remarquer par une énergie, une audace indomptables. Elle ne doute de rien et va toujours en avant sans s arrêter à aucun obstacle. Quand il a fallu assurer définitivement le service des eaux potables dans cette ville, dont la population augmente si étonnamment chaque année, l'ingénieur municipal, M. Chesbrough, a conçu un projet qui a plu à ces gens hardis. Il est allé chercher feau sous le lac, pour Tavoir toujours fraîche et pure, par un tunnel de 3 kil. 1/2, et il Ta refoulée, avec le secours de puissantes machines, au sommet d'une haute
tour, d'où elle se déverse dans toute la ville à tous les étages des maisons. Deux immenses pompes, qui seraient capables d'assécher le lac, travaillent jour et nuit. — Une autre fois on s'aperçut que les maisons de la ville s'enfonçaient dans le lit de boue où on les avait bâties à la hâte. L'eau, dans les crues du lac et de la rivière, inondait les rues, descendait dans les magasins, dans les sous-sols. Vite un architecte ingénieux se présenta; il exhaussa chaque maison sur ses fondements au moyen d'une ligne de vis calantes qui la soutenaient tout autour. Sur ses crics puissants, l'édifice s'élevait peu à peu, et finalement on comblait par de nouvelles fondations l'espace demeuré vide. Des îles tout entières de maisons ont été ainsi exhaussées de 2 ou 3 mètres au-dessus de leur niveau primitif, et ceux qui ont visité l'Exposition universelle de 1867, à Paris, ont pu voir, dans la section américaine, les dessins qui représentaient tous les détails de cette incroyable opération. N'allez pas au moins imaginer que les habitants quittaient pour si peu leurs demeures. Ils allaient et venaient, vaquant à leurs travaux habituels, pendant qu'on soulevait leur maison*. » L. Simonin,
Les deux rivales de VOuest américain,
{Revue des Deux-Mondes^ 1" avril 1875.)
Le 8 et le 9 octobre 1871, un effroyable incendie y détruisit dix-sept mille cinq cents maisons, sans compter les édifices publics, environ le quart de la ville, sur une étendue de huit cents hectares; plusieurs centaines d'hommes périrent; cent mille furent sans asile; les pertes furent estimées à 1 milliard 400 millions. Ce désastre n'abattit le courage de personne. Au milieu des décombres encore fumants, les maçons plantaient leurs piquets, et les architectes tendaient leurs cordeaux. Le sur-
1. M. Léo Claretie, qui a visité TExposition de Chicago avant l'ouverture (sept. 1892), a donné sur la ville et les habitants une très intéressante étude {Revue Rleue, 15 oct. 1892) :
« Chicago est la ville des merveilles, des inventions nouvelles, des progrès • récents, des rues extraordinairement animées; les maisons ont quinze, dix- » huit étages, au pied desquels les tramways funiculaires semblent courir au » fond d^un puits... Les notices qu'on nous distribue, à nous autres étrangers, » parlent un langage d'une naïve fierté. Malgré la jeunesse de la ville, qui » en 1831 comptait douze cabanes, malgré l'incendie de 1871, Chicago est au- » jourd'hui la « seconde ville d'Amérique et la septième du monde ». Mais lais- » sez-moi vous traduire quelques lignes de ce que nous appellerions chez nous » le boniment de Chicago. Il y a un fond de charlatanisme chez ces maîtres de » la réclame :
Chicago. Pop. 1420000. Superf. des parcs et boulevards, 3290 ares, la plus considérable du monde entier. 250 hôtels pouvant recevoir 200000 clients. Avec les détritus de Chicago on nourrirait Paris (!!). 531 journaux. Dette publique, 18500000 dollars, la plus petite dette des grandes villes du monde. 221 écoles, 139000 élèves. Age de Chicago, soixante ans. Gladstone, le politicien anglais, était dans la politique active avant que Chicago figurât sur la carte. Le feu a détrait 1 million de dollars par 5 minutes et 125 acres de magasins par heure.
lendemain, cinq journaux dont le matériel avait été réduit en cendres reparaissaient : l'Union tout entière tint à honneur de relever la cité : des secours arrivèrent de tous côtés, dont 40 millions de francs en espèces, et deux ans après elle sortait de ses ruines, avec des splendeurs nouvelles et 60000 habitants en plus. Les belles avenues de la ville qui s'échelonnent le long du lac Michigan sont bordées de villas et de jardins. Chicago est entouré d'une ceinture de boulevards et de parcs qui couvrent 800 hectares. L'alimentation de la ville, la propreté des rues, le service en cas d'incendie, sont entretenus par des puits artésiens et des pompes puissantes qui, en 24 heures, répandent dans tous les
3uartiers de la ville, et jusqu'à une hauteur de 40 mètres, 330 millions e litres d'eau, puisés dans le lac Michigan.
Les élévateurs. — « Si Chicago est en quelque sorte la ville représentative de Touest, son rôle peut être figuré par deux sortes d'établissements, les élévateurs et les abattoirs dits packing-houses. Ce sont les deux mamelles de l'ouest d'où sortent sans cesse le pain et la viande. V élévateur est un vaste édifice sans fenêtres, très élevé, subdivisé à l'intérieur en plusieurs étages. L'étage inférieur est traversé par une longue galerie où peuvent entrer deux trains conduits par des locomotives. Les voitures arrivent des dépôts voisins, où la compagnie de l'élévateur reçoit les blés des diverses lignes des chemins de fer avec lesquels sa gare est en communication. D'un côté de l'élévateur coule la rivière de Chicago, de l'autre un canal qui communique avec cette rivière. Les bateaux peuvent ainsi venir se ranger le long de l'édifice aussi facilement que les trains pénètrent à Tintérieur. Quand des voitures chargées de blé y sont entrées, on abaisse la porte latérale des trucs, et le blé roule dans une large rigole qui court tout le long de la voie. — Suivonsle dans sa marche. — Au haut du vaste bâtiment tourne un axe de fer mis en mouvement par une machine à vapeur de cent trente chevaux. Cet arbre de couche porte de distance en distance des tambours où s'applique une large courroie sur laquelle s'attachent des auges. Celles-ci viennent puiser le blé dans la rigole inférieure dont j'ai parlé et relèvent à l'étage supérieur. Après quelques tours de roue, le blé est parvenu sous le toit et va se déverser dans une caisse de bois cubique de très grande capacité. Une fois emmagasiné dans cette boîte, il est pesé à la façon des voitures qui passent sur une balance ; puis on l'envoie dans
un des rcîservoirs définitifs où se classent déjà des céréales de toute nature et de toute qualité. Pour cela, on a mis, audessous de rorifice inférieur du réservoir où se fait le pesage, un ajutaj^e ea bois ; cet ajutage mobile peut être h volonté dirigé vers Tun ou Tautre des vingt canaux en bois qui vont se dégorger dans de grandes tours qui remplissent presque tout le corps de l'édilice. Quand on veut faire sortir le blé de Télévateurj on n'a qu*à Tabandonner à son propre poids ; il vient remplir des sacs à Tétage inférieur ou descend dans les bateaux par des canaux quadrangulaires en bois pareils à ceux que tout le monde a vus dans les moulins. Le fleuve des graines nourricières coule, coule sans cesse, et va se répandre en tous sens dans les Etats de l'est vers les ports de l'Atlantique *, »
A. Laugel*, De rAilantiffte au Missàsipî,
{Revus des Deux-Mondes, 15 avril 1805.)
Les Stock Yards ùu parcs à bestiaux. — « Nous traversons des avenues bordées de cLarmanles villas, des parcs, d'élégïints massifs de fleurs, et nous voici bientôt en face d'un portique en bois que surmonte, en manière d'ornement ou d'enseigne, une gigantesque paire de cornes; ceat l'entrée des Stock Yards^ autrement dit, des parcs de bestiaui. Nous faisons une centaine de pas dans une large avenue où la circulation est aussi active que dans Broadway; tout un monde affairé de commissionnaires ^ de courtiers, d'ouvriers^ de conducteurs de bestiaux à pied, ou à cheval, s'y presse, au bruit plus oo moins harmonieux du mug^îssement des bestiaux et du grognement de^s porcs* Nous entrons dans un vaste bâtiment situé au bord de lavenue. C'est le siège de la Compagnie propriétaire des Stock Yards. Les bureaux sont installés au rez-de-chaussée* Elle loue le reste des bâtiments à des commissionnaires, qui se chargent de la réception et de la vente des bestiaux. Ces
1. En 13S8, il est cDtré dans les ^ eievators âe Chicago en céréales, grftinaol farines I 183 m iUîo as de baÎR^teaux, Bans poirier de £î milliards de pieds cul)e4 dfl bois de charpente eléharqué» sur le port. (Sur Cbicago^ Toy. MAnocïS, Bandboùk o/ Chicagù^ i8S5. — Ahoreas, Hist. ofChkaiïo, 18S5,)
2. M. Laugel ;AQlo]ne-Auie:usie), aé k Slraabourg, ea 1330, iiiKénîeur defl mines. GoUab orale Qi de la Beêue de géût&ijie, de la Jieoue des Bettx-Mondes, elc, & pablîé des Etudes scienti/îques tlft5&, in-lS) ; ies StaU-Uniè pendant fa guerre {iim, iu-18); rAngleierre et la Francs pùlitiqui et sociale (1873^1377, 2 voL
opérations se font avec une grande simplicité de procédés. Un propriétaire de bétail du Texas, par exemple, avise par le télégraphe le commissionnaire de l'expédition de cinq cents têtes de bétail en le priant de les vendre au mieux. Le commissionnaire reçoit le bétail à l'arrivée, paye les frais du transport, case ses hôtes dans un parc loué à raison de tant par jour à la Compagnie, qui se charge de la nourriture et des soins nécessaires. Elle lui en donne un reçu sur lequel il. peut emprunter ou vendre. Toutes les lignes de chemins de fer aboutissant à Chicago s'embranchent aux Stock Yards, en sorte que le bétail ne descend des wagons que pour entrer dans les parcs et remonter dans les wagons, à moins qu'il ne soit manufacturé dans le voisinage. Nous montons à un belvédère, d'où nous pouvons embrasser Tensemble des Stock Yards et de leurs attenances. Nous avons sous les yeux un immense damier composé de cinq à six cents cases encloses de planches et séparées par de petites avenues. Ce sont les parcs. Ils sont d'inégale grandeur et peuvent contenir trois ou quatre cents tètes de bétail. Les uns, destinés au gros bétail, sont à ciel ouvert; les autres, où sont parqués les porcs et les moutons, sont couverts d'une toiture en bois. Us ont un plancher, des auges et un bassin alimenté par un puits artésien dont l'eau est montée dans un réservoir au moyen d'une machine à vapeur. Tout cela est assez proprement tenu. D'un côté de l'enceinte des Stock Yards s'est improvisée une petite ville de maisonnettes en bois où se logent les employés et les ouvriers, avec une église et un journal, le Chicago Sun, De Tautre côté sont les chemins de fer, et, quelques pas plus loin, une série de grands bâtiments surmontés de hautes cheminées, vers lesquels je vois s'acheminer des troupeaux de porcs.
» C'est là que s'opère le Pork-Packing, c'est-à-dire le massacre et la préparation des dix- sept cent mille porcs que Chicago fournit annuellement aux amateurs de charcuterie des deux mondes. La période d'activité de ces établissements dure six ou sept mois, de novembre en avril, ou en mai ; quelquesuns égorgent et préparent alors jusqu'à douze mille porcs par jour. Cependant plusieurs sont déjà à l'œuvre et nous obtenons aisément la permission de visiter l'un des principaux, appartenant à MM. Murphy et C®. Le troupeau que nous venons de voir sortir des Stock Yards est entré dans un enclos attenant à l'établissement. Un couloir en pente conduit de l'enclos au premier étage, où se trouve la tuerie. Nous montons un esca-
lier et fions voici dans un vaste atÊliec dont le plancher et les mars sont tout imprégnés de matières animales^ et oiî une acre odeur de sang vous prend à la gorge. L'atelier est divisé en deux vastes compartiments, Tun plus élevé que Tautre de quelques marches. Nous les franchissons guidés par des ^ognements désespérés qui partent d'un réduit carré construit en planches et en poutrelles de bois. Une douzaine de porcs viennent d'arriver par le couloir, non sans j être un peu poussés, car ils ont de la méfiance! Quelques-uns sont d'une taille monstrueuse. La porte s'est refermée sur eux. Un homme est debout au milieu de cette troupe grouillante et grognante. Il tient à la main une courte mais solide chaîne de fer dont uu bout s'élargit de manière à faire un grand œillet surmonté d'un crochet. 11 enroule avec dextérité cette chaîne autour de la patte de derrière d^un des arrivants et il passe le crochet dans l'anneau d'une corde placée sur une poulie, La corde monte son fardeau à environ trois mètres à l'entrée d'un couloir au-dessus duquel est fixée une tringle en fer. C'est là que se lient le tueur, le couteau à la raain. Au moment où la victime se sent enlevée du sol, elle pousse un grognement effroyable en essayant de se débattre, mais dès qu'elle arrive en face du couloir, la tête en bas, ce n'est plus qu'une masse inerte et sans voix. L'œillet de la chaîne glisse sur la tringle, ranimai suspendu passe devant le tueur qui lui enfonce d'un mouvement presque mécanique son couteau dans la gorge, un ilôt de sang jaillit et s'écoule sur le plancher en pente. — A un autre I — Une douzaine de corps pantelants défilent sous nos yeux en trois ou quatre minutes. Une nouvelle escouade est poussée dans le réduit^ et ainsi de suite. Cependant les corps pendus à la tringle et dont quelques-uns conservent un reste de vie qui se trahit par des mouvements convulsifs, sont lestement décrochés et précipités dan« une vaste cuve d!eau bouillante en contre-bas du couloir. On les y laisse deux ou trois minutes; on les ressaisit au moyen d'une énorme cuillor qui les étend sur une longue table, on les dépouille de leurs soies avec un racloir^ après leur avoir préalablement coupé la tête, puis une corde sur poulie les suspend de nouveau à la tringle ; on les fend, on les vide, et, c-es opérations achevées, on les fait glisser jusqu'à une autre extrémité de Tatelier, où on les coupe en deux, et d'oii on les descend dans une glacière. Au bout de quarante-huit heures, on les retire de la glace, on les sale et on les met en barils. Les dépouilles sont jetées dans de
vastes chaudières à siiif. Rien ne se perd ; mais, en somme, c'est une vilaine besogne assez vilainement faite. On paye les ouvriers de un dollar et demi à trois dollars et demi par jour, et jusqu'à cinq en hiver, au moment du coup de feu. Le tueur, un grand garçon, aux muscles solides, ne reçoit que deux dollars et demi ; mais on me fait remarquer que sa besogne n'exige pas un déploiement particulier d'intelligence. En sortant de cette géhenne porcine, nous apercevons de jolies fillettes pieds nus, qui portent toutes sortes de débris saignants dans leurs paniers. Ce sont des restes dont on fait cadeau aux ouvriers par-dessus le marché. Voilà ce que c'est que le Pork- Packing. » G. de Molinari,
Lettres sur les Etats-Urds et le Canada,
M. Albert Tissandier, qui a visité les abattoirs et les Stock Yards de Chicago en 1885, constate la prodigieuse activité (]ui règne dans ces établissements et ces parcs, couvrant une superficie de 2592000 mètres carrés, où 25000 bœufs, 100000 porcs, 22000 moutons, 500 chevaux peuvent à la fois trouver place. La construction des bâtiments a coûté plus de 15 millions. Chaque année on les agrandit, et 300 gardiens sont employés à la surveillance. Le plus important de ces abattoirs, appartenant à Armour et C^«, est « un véritable dédale de hangars et de salles » énormes, communiquant de manières diverses par des couloirs, des » escaliers, des ascenseurs, des ponts suspendus sur des ruelles où pas- » sent les ouvriers, où circule le chemin de fer... Mon guide me fait » passer dans tous les ateliers de Tnsine. Je vois ainsi la salle de la » charcuterie où des machines mues par la vapeur découpent la viande » en hachis pour la fabrique des saucisses. On en fait 52000 livres par » jour. Plus loin, c*est la salle où se font les paquets qui renferment le » lard. Trente jeunes gens cousent des sacs; ils n'ont guère le temps de » me voir passer, leur besogne est trop active, ils font 8000 paquets par » jour. Puis ce sont les ateliers de tonnellerie pour emballer les salai- » sons. Les cuisines enfin sont admira<bles de soin et de propreté, les » marmites sont pleines de viandes de bœuf, de mouton et de porc gue » Ton met ensuite dans des boites de conserves en fer-blanc. De petites » machines tournantes, ingénieuses et délicates les ferment et font les » soudures hermétiques qui permettent de les conserver indéfiniment » après l'expulsion de l'air. Dans les salles où les boites sont peintes » et vernies, les femmes ont aussi à travailler activement; dans 1 espace » d'une journée, elles peuvent en faire 35 000 à 40 000.
» Les bœufs ne sont pas égorgés comme les {)orcs et les moutons. » Du parc provisoire où ils sont placés, on les fait passer un à un, as » travers d un étroit couloir bâti en planches. Une trappe s'ouvre, Tani- » mal piqué par un homme placé sur des estrades situées au-dessus du » passage entre dans un compartiment où il n'y a place que pour lui. » Un tireur habile armé d'un fusil, placé comme son compagnon sur » l'estrade supérieure, le vise entre les deux yeux, sur le front et presque » à bout portant. Le bœuf tombe foudroyé ; une seconde trappe est ou- » verte, et la victime est entraînée à la boucherie. 800 à 900 bœufs sont » ainsi tués dans la journée. Quant aux moutons, 200 environ seulement » sont égorgés. Ils subissent, eomme les porcs, les mêmes opérations...
ÉTATS-UNIS DE yAMÉRlOUE DU NORD,
» l*établiââeuieQL Armuur emploie dans ses abattoirs 3 20U ouvriers ea été m et 45UÔ en hiver; il occupe une surface de 1*7104 mètres carrés, il » Y&nû au debors pltis de 600 000 jamboos par an sans compter les » balles lie cod serves. D'après les reoseigDemeQts que j'ai reçus, les » tbattoirs réuuiâ de la ville de Cbicai^o en expmteraieut plus de » 2500 000 par an. » La NalUHy 13 juin 1886.
Le pskjm «le l'Huile t 011«€iiy.
Sitnée au confluent de la rivière de l'huile {Oil-Cmk) et de l'Alleghany, lipetile ville d'Oil-City ct^rapte environ 10 000 habitants. Elle ne fui fondée qa en 1S60 ; le commerce du pétrole a fait sa fortune. '^ Le roi Pétrole est » d'ortgiïie récente, bien que déjà le rival du roi Colon. » Les Indiens Sénécas qui le re{!ueillaieiit suintant du sol, ou llottant â la surface de Teau, au moyeu de couvertures de laiie qu^on laissait s'imprégner d huile et qu'on toroait en&côte pour l'extraire^ employaient surtout cette huile minérale comme mctiicament contre les çoo tussions et les rhumatismes, et aussi dans les ("êrétnonie:^ religieuses.
Dès 18W, des mmeurs hrent jaillir une source à TareiiteT près Pittsburgï. En 1859 eut lieu sous la direction de Drake le forage d'un puits, et rexploitation et le raffinage du pétrole s'étaWirent méthodiquement. En 1860, il y eut deux mille puits eu activité; en 1813, on en comptait pins de quatre mille fournissant dix millions de barils de 200 litres chacun* La Ntroiia devint une sorte de Californie qui ut ioslanl fit oublier l'aulre. Les gttes de pétrole sont tous aci^umulésdans la Hensylvanie occidentale [comiés de Venango, Clarion et Butler); on ne saurait leur comparer que de loin les gites de rOhîo, du Misâouri et du Canada. Oa trouve Thuile à des profondeurs variables sous des bancs de grès sableux et de scbi^^tfis argileux; la sonde les traverse, des outils, mus par une machine à vapeur, y pratiquent un forage, et le plus souvent le pétrole jaillit lui-même à la surface comme une source artésienne. Des conduits ramènent dansd'immeiiises réservoirs, le distribuent entre des raflineries, où il est distillé, converti en naphle, en huile à brûler, en goudron, en
Sarafline et en coke, et^ sous ces diverses formes^ expédié vers les lieux e consommation '.
« On a demandé, écrit M» Simonin, comment Téclairageau
"» pétrole, la plus brillant, îe plus propre, le plus élégant de
* tous, n'est pas plus répandu en France, C'est la crainte des
» explosions, dira-t-on ; mais, quand le pétrole est bien raffiné,
» les explosions sont impossibles*., Avec cette crainte disparaît
» aussi celle des mauvaises odeurs qui ne s'engendrent que
» par les bas produits avec lesquels on falsilie le pétrole. »
1* Los géologues ne soqI pan d'accord sur fori^iiio du péLrote. Uei Mi^àDt botantato, M. Lesquereux, prûLend qu'il D*e»l, comme la houille!, que le produit do la décomposition lonte dea matières Tégétales, ^V. sur ce sujet, dntii la Hevue Acienii/îque du 3 novembre 1877, tm extrait û^an ouvrago russa da M. Mendelct'f^ aur Forîgîne du pétrolo.)
2* Aujourd'hui le pétrole est au troisième rang dans les exportatiooB des EtataUnis, aprèa le poton et le blé. On l'embarque prineipaîcmetit à Philadelphie^ New York, Baltimore, Bostii>ii;|, presque toujours a. dostmatioa d'An- Ters, Hambourg, Brème, Liverpoel, le Havre, Marseille, Qàoee.
M. Davergier de Hauranne, gui visita en 1864 le pays de l'huile, dans les jours de fiévreuses convoitises qai suivirent les premières décoavertes, décrit ainsi Taspect de Titusville, une des capitales da Roi- Pétrole.
« On ne peut, à moins de l'avoir vue, s'imaginer l'ardeur avec laquelle cette foule rapace se précipite à la curée. Le pétrole a détrôné l'or. Ouvriers qui cherchent un travail lucratif, financiers ruinés qui viennent tenter la fortune, aventuriers de tout genre, de tout pays et de tout costume, font une course au clocher à qui se jettera le premier dans le cloaque et bouchera la route aux derniers venus. Il pleuvait; la nuit était noire; le train s'arrête; on se rue pêle-mêle sur l'auberge voisine, dont l'antichambre pleine de monde repousse le flot bigarré. On se met alors en campagne en procession, plusieurs portant des lanternes, à travers des terrains vagues, le long d'un trottoir étroit et semé de chausse-trapes invisibles dans l'obscurité. A chacune des rues transversales, la colonne hésite, on tâte le terrain ; les plus hardis s'aventurent, traversent à gué les fondrières; quelques-uns des plus pressés s'y enfoncent jusqu'aux genoux. N'importe, on avance toujours, falots en main, sacs sur les épaules, hommes et femmes au pas de course. Aux premiers envahisseurs les logements, les lits, les chaises ; aux retardataires la pluie et la boue des rues. Je cours comme un forcené, laissant mon bagage à la station et frémissant d'avance à la perspective d'une nuit sans abri dans ce bain de fange ; mais je trébuche dans les bas fonds, je m'égare, je m'attarde et j'arrive, les jambes chaussées de deux bottes de boue, pour trouver visage de bois. Pas un matelas, pas une couverture, on n'était pas sûr de pouvoir me promettre une chaise. Heureusement, j'avais des compagnons d'infortune qui furent plus éloquents ; le maître d'hôtel, nous disant de le suivre, s'est mis à faire la ronde à travers la ville, à la tête d'un bataillon dégouttant de pluie, casant celui-ci dans une maison, celui-là dans une autre, me déposant enfin au fond d'une ruelle obscure et écartée, dans une boarding-house [pension)^ dont l'étroite salle d'entrée était si encombrée de monde
que je désespérai encore une fois d'avoir cette nuit un toit sur ma tête. Je fus admis cependant à inscrire mon nom
sur le registre
» .... Je demande à dîner: on me montre une chambrette où Ton se succède à la file, mangeant à la hâte pour faire place aux autres. Rien de plus bigarré que le petit monde qui s'agite dans cette ruche trop pleine. On y voit pêle-mêle, très différents en apparence, et au fond très semblables, des échantillons de toutes les variétés de la société américaine ; je ne dis pas toutes les classes, car
les Américains se vantent de n'en pas avoir Ici se
confondent toutes les espèces de la famille américaine, depuis le fermier rustique et nasiQard jusqu'au spéculateur élégant des villes, assez semblable par son mauvais ton et son attirail voyant au calicot de notre Paris; depuis l'aventurier barbu à la mine sauvage, au regard faux et louche, dont la main semble toujours voisine du bowieknife [cGuteau-poignard) caché sous le collet de sa vestç, jusqu'au commerçant calme et rassis qui vient camper ici pour une saison avec femme, enfants et bagages. Les anciens soldats abondent dans cette foule ; on n'y voit que pantalons et gilets d'uniforme dépareillés. Voici encore ce type si commun et si parfaitement national au gentleman récent, portant redingote neuve, grosses breloques, longue et épaisse barbe de bouc, et dont le contentement jovial perce à travers ses traits gros et vulgaires. On voit bien à sa mine que VOil-Creek a été pour lui un Pactole et a rempli d'or ses poches en même temps que d'huile ses tonneaux. D'ailleurs sa bonne humeur sied bien à sa face rouge et rebondie ; mais sa femme, espèce de pimbêche hautaine, dont la figure porte l'empreinte de cette grossièreté inexprimable qui se contracte dans les occupations basses de la vie, se tient roide et fière dans ses atours extravagants et burlesques qu'elle semble avoir empruntés à la châsse d'une relique. On dirait une femme de la halle devenue, par un coup de la fortune, propriétaire du lingot d'or et passant la tête haute au milieu des poissardes ses sœurs, pour leur étaler ses robes de soie. C'est là encore un type national,
et VOUS savez que je n'ai pas de goût pour ces ladies au regard viril, à la parole hardie qui savent aller seules au bout du monde, mais qu'on s'attend toujours à voir jurer comme des maîtres d'armes et boire du whisky comme des charretiers. »
Ernest Ddvergier de Hauranne*, Huit mois en Amérique.
(Paris, 1866, S vol, iii-18, librairie internationale.)
« L'exploitation du pétrole qui aux premiers temps de la Petrolia avait été si turbulente, grâce aux aventuriers de toute espèce qui s'étaient jetés sur les mines, s'est cantonnée maintenant au sud des premières mines. Oil-City, TituBville, Tidioute, Pithole, Franklin, Pleasantville, Parkers, et nombre d'autres centres industriels naguère si troublés sont devenus des lieux relativement paisibles. Plus d'une de ces importantes cités est passée du reste par des alternatives inouïes, quelquefois subites, de prospérité et de décadence, et Pithole, la ville-champignon, poussée en un jour, Pithole, qui a eu ses hôtels, son théâtre, ses journaux, ses églises, Pithole née d'hier, qui a fait un moment tant de bruit, a été si populeuse, si remuante, est déjà une viQe fossile. Elle a perdu tous ses habitants, et si quelque Pitholien lui est né, cet honorable citoyen aura un jour quelque peine à retrouver sa ville natale*. » L. Simonin.
[Revue des Deux-Mondes, !•' octobre 1875.)
lies mines aax États-Unis.
L'Union américaine dispute le premier ran^ aux autres nations civilisées
fiour la production agricole et manufacturière : elle a incontestablement e premier rang pour les richesses et la production minérales. C'est l'or