‹ L'AmériqueChapitre 35 sur 113 · Voy. p · texte numérisé non relu

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2. Les Anglais et les Américains ont essayé plusieurs fois d^employer le

Îiétrole au chauflage des chaudières à vapeur, sur les bateaux à vapeur, dans es locomotives, les usines, les fours à boulanger, les pompes à incendie. Les Russes, qui possèdent dans la Transcaucasic de merveilleuses sources de

gétrole et de naphte, en font, dans l'industrie des transports, un usage courant, •n sait quelle consommation de pétrole font actuellement les cycles et les voitures automobiles. Les 187 établissements d'Oil-City, qui s'occupent de la production, de l'épuration et du commerce du pétrole, manqueront plus vite d'huil* minérale que de débouchés exportateurs.

Srui a bâte te peuplement des Etats du PaaiDque ei surtout de la Culïornie, et délenniné le couraTit èivorme d immigration auquel ce pays doit sa Traie fortune, plutôt agricole qu'aurifère. La prijduction rnoyenoe annuelle de Tor auï Elats-Unis.qui est en diminution, s'élève à :*86 millions de fraùcs {Californie, Colorado, Mmtana, Dakaia, lievada, îdaho, Oréfjon, Arizona); h production de T argent (Colorado, Monima, Vtah^ Nevada, îdaho, etc.) eat évaluée à 350 mdhons. En cent ans (1790-1890) les Etalâ-Unis ont produit 9 3SS millions de francs d'or et 5 milliards d'argent. Les œine^ de fer {Michigan. Akbama. Fenaylvank, New-York) oit donné une moyenne annuelle de 14 â 16 milUons de tonnes; les gisements de ouiTre [Montana, Michigan^ Am&na], 120000 tonnes; le plomba IGOOOO tonnes; tes bassins houillers, tab millions de tonnes

fuits de pétrole de la Fenn^ylvanù, de la Virginif^ du Kentucky^ de Okio, etc., ont atteint un débit de 54 millions d'hectolitres; en 1S85. Le premier forage, fait à Tilus ville, date de 1839 : il étnit ii une profondeur de Si mètres, et donna aussilôt 48 hectolitres par jour. Ou creusa sans relâche des puits par mitliers dans la Pennsylvanie; ragiotage devint effréné : sotirces pétrolifèresj terrains, maisons, moyens de transport, tout devint la proie des compagnies el le prélexte de «péculalions inouïes, jusqu'au jour ou une association sans rivale (Standard Oïl) imposa à toutes les autres sa loi et tua la concurrence. On a cherché le pétrole jas^u â des profondeurs de 300 mètres. Ceux de Pennsvlvîinte, qui sont toujours les pins abondants, ont fourni, en 1882, plus de 12:1000 hectolitres par Jour. Os sont descendus peu à peu à S500Û, et le rendement tend à s'affaiblir, à cause de la découverte d'autres gisements pétrolifères dans l'ouest, et du développement û^à naphles du Caucase, Le tiers des tuiles minérales est employé comme combustible, le reste pont Téclairage.

En 1859, quelques orpailleors californiens traversant le territoire de Nevada alors entièrement désert, découvrirent, sut* les bords de la rivière Carson , les fameux gîtes argentifères nevadiens; ils y bâtirent les villes de Virginia*(^ity et de Silver- City. Les amas de minerais étaient d'une incroyable richesse : en cinq ans (1873-1877), les deux qui portaient le iiom de Califomia et Consolidated-Vwginia ont livré 520 millions de francs. Toutefois on a constaté que^ dans ces dernières années, le rendement de l'argent était stationnaire, et celui de For en décroissance. Parmi les richesses minérales de la Californie, tine des plus importantes est celle du mercure, qui n'était jadis fourni que par les mines d'Almaden [en Espagne) et d'Idria (en Autriche), M, le comte Louis de Turenne a visité, en 1878, les mines de Stilphur-Bank situées au nord de San -Francisco, et qui sont exploitées h ciel ouvert ; elles produisent par mois 600 bouteilles de mercure (une bouteille contient environ 76 livres 1/2 de métal et vaut de 8 à 10 cents la livre), La mine de New-Almadcï} , dans le même Etat, et suivant le môme

voyageur, en fournit par mois près de 900 bouteilles. (V. sur Tindustrie minière aux Etats-Unis, le Jommal des Economistes^ février 1880, et les articles cités de M. Simonin.)

I^es débuts de San-Francisco.

« Jusqu'en 1846, San-Francisco ne fut connu que comme le siège d'une mission secondaire, et le seul village qui s'y fût formé, à peu près sur l'emplacement de la viUe actuelle, représentait à peine une population de 200 âmes ; encore ce chiffre ne s'expliquait-Û que par l'établissement d'un port appartenant à la compagnie de la baie d'Hudson. A peine les Américains eurent-ils implanté en Californie leur bannière étoilée que tout changea de face ; séduits par les admirables avantages naturels de cette position, ils y affluèrent si promptement qu'en moins d'un an le nombre des maisons doubla, la population fut sextuplée. Un recensement, fait en juin 1847, constata que déjà la plupart des nations du globe avaient des représentants à San-Francisco, qu'en moins d'un an la ville avait acquis une importance supérieure à celle de Monterey *, et que, dans le dernier trimestre de 1847, son mouvement d'importation et d'exportation dépassait un demi-million de francs. L'événement qui devait décider de l'avenir du pays approchait. Vers le commencement de 1848, le bruit se répandit qu'on avait trouvé de l'or en grandes quantités dans l'intérieur, au pied des montagnes de la Sierra-Nevada.

» San-Francisco en ressentit un choc électrique. Pendant les deux premiers mois qui suivirent la nouvelle, on y avait vu 253000 dollars expédiés des mines, malgré le petit nombre des travailleurs, puis 600000 pendant les deux autres mois; aussi la viEe fut-elle bientôt presque complètement abandonnée. Les maisons restaient à demi-construites, le commerce était oublié, et chacun se dirigeait vers la terre promise. « De l'or I tel est le seul cri qui retentisse dans le pays depuis les bords de l'Océan jusqu'au pied des montagnes, » disait tristement le journal de

1. Monterey, port de l'océan Pacifique, est situé au sud de San-Francisco.

San-Francisco ; t( tout le monde nous quitte, lecteurs et imprimeurs ; force nous est de suspendre notre publication, )ï Ce môme dernier numéro annonçait pourtant en France la révolution de Féwier sous cette engageante m* brique: guerre umvej^seile f Mais New -York lui-niuine eût-i: été bouleversé comme Tétait Paris, que nul en Californie ne s*en fût préoccupé un instant. Cependant la magique nouvelle avait promptement dépassé les liniitesde la contrée pour se répandre dans le monde entier ; accueillie d'abord avec incrédulité, elle fmit en peu de temps par convaincre jusqu'aux plus sceptiques.

» L'année 1849 pour San-Francisco est restée misérable entre toutes. L^émigration, bornée d'abord aux riverains du Pacifique, n'avait pas tardé à amener un premier contingent de quinze mille Mexicains, Péruviens et Chiliens; puis les navires d'Europe étaient arrivés à leur tour, le courant de passage s'était établi à travers Fisthme de Panama, elle chiffre des débarquements se trouvait, à ia fin de Tannée, porté h plus de quarante mille.

n C'était r époque des salaires fabuleux; le simple manœuvre gagnait un dollar (5 fr. 30) l'heure, et n'en avait pas qui voulait; Touvrier de profession faisait payer sa journée jusqu'à 20 dollars, et les charpentiers se mirent en grève plutôt que de voir leurs gains quotidiens descendre au dessous de 83 francs. Every body made vioney^ s*écrie avec enthousiasme une curieuse cîïronique californienne ; ti tout le monde faisait de Targent, et chacun devenait riclie du jour au leudemalo )) , . *

» .... On conçoit qu'il fut assez difficile de pourvoir, en quelque sorte, d'un jour à l'autre, aux besoins de la population qui affluait ainsi de toutes parts. Lui bâtir des maisons était matériellement impossible, alors que la moindre construction, tant par le coût de la main-d'œuvre que par le prix des matériaux j revenait à un dollar la brique. Le bois au contraire ne revenait guère qu'à huit francs le mètre ; des hangars et des baraques s'élevèrent donc en différents points, destinés à servir d'hôtels ou de restaurants, et en même temps la grande masse des non-

veaux débarqués campait sous le frêle abri de tentes improvisées, souvent aussi en plein air. Ces tentes couvraient tout, grimpaient au sommet des collines, s'éparpillaient sur leurs flancs, descendaient dans les vallées les plus fangeuses, et lorsque arriva la saison pluvieuse, qui cette année fut plus longue, plus rude et plus hâtive que de coutume, ces misérables demeures elles-mêmes devinrent presque inhabitables au miUeu des flaques d'eaux stagnantes et miasmatiques qui les entouraient. Les apparences de rues tracées dans ce dédale se trouvèrent de même converties en bourbiers infects, réceptacles d'immondices et de débris organiques de tout genre, ou en véritables fondrières où rhomme disparaissait souvent jusqu'à mi-corps. On comprend quels ravages devaient exercer les maladies nées de cette profonde insalubrité sur une population déjà affaiblie, tant par les fatigues du voyage que par les privations multipliées de cette existence sans nom.

)) Tels furent les commencements de San-Francisco. Qui l'eût revu au bout de trois ou quatre ans seulement se serait certainement refusé à reconnaître, dans la ville monumentale étalée sous ses yeux, l'informe amas de taudis encore présent à son souvenir. Deux gravures, populaires dans le pays, résument ce progrès sous une forme saisissante. La première reproduit l'aspect de 1849 ; on dirait le coup d'oeil confus et désordonné d'un vaste camp de bohémiens. La seconde représente la ville de 1854 ; d'interminables rues symétriquement alignées, où les voitures roulent sur un solide plancher de sapin, en attendant un pavage définitif ; d'imposantes et massives constructions ; une industrie productive, se révélant par les nombreuses cheminées d'usines qui se dessinent aux limites de la cité ; partout la vie et le mouvement. On croit voir l'œuvre de plusieurs générations. Malgré l'absence de toute direction, malgré les continuels soucis d'une spéculation effrénée qui bouleversait toutes les fortunes, une viEe de 60000 âmes était sortie de terre comme au coup de baguette d'une fée*

1. L'importation, qui n'était en 1849 qae de 178000 tonnes, montait i

» n est peu de progrès qui ne se traduisent en

cMffres* Ici cette ville de premier ordre, sortie de terre ou mieux de l'eau en moins de temps que nous n'en mettons à construire une ligne ordinaire de chemin de fer, cette ville ne se créait qu*au prix des conditions financièrp^ les plus aBormales. A un sol montueiix et hérissé d'élévations, on avait domié une déclivilé égale et commode ; les collines rasées avaient servi soit à remplir les creux, soit h combler Tcspace libre entre les pilotis ; mais la valeur des terrains ainsi formés s'était nécessairement ressentie du prix exorbitant de la main-d'œuvre. Pour en donner une idée, nous choisirons par exemple la portion de la ville construite sm' pOotiSj portion qui, en sa qualité de bien municipal, a fourni à plusieurs reprises la matière de ventes considérables. On voit encore aujourd'hui la mer qui borde le rivage de San-Francisco découpée eu segments plus ou moins étendus au moyen de hgnes de pieux sortants de l*eau; ce sont les tvuter lois dont nous parlons. Une semblable propriété, si avantageuse qu'en fût la situation, ne pouvait qu'être onéreuse au début par les travaux qu'elle imposait. Aussi, en 1847, avant la découverte de For, môme dans les conditions les plus favorables, c'est-à-dire sur la laisse de basse mer, ces lots se vendaient-ils aumaximum sur le pied de O'^OS le mètre i dès lors en elfet, les Américains commençaient à pousser leur ville sur les fîots. Six ans plus tard, en 1853, alors que la grande lièvre de construction commençait déjà à diminuer, des water-lots, moins avantageusement sitnés que les précédents, se vendaient en moyenne au prix de 333 francs le mètre, et 59!2 francs lorsque le lot devait former le coin de deux rues ; c'est à peu près le prix des terrains dans le centre de Paris, début dont pouvait assurément s'enorgueillir la jeune cité, et qui cependant était hors de tout rapport avec la valeur en quelque sorte sans limite du loyer de ces hiens* Ainsi en 1849,

500000 en i853, et on i^5ij alleigoail un million. Les quAie. {wharfs) die la nouvelle cité lae dévL'toppaienl !»ur uoe JoD^ueur en 4O00 mêtrea, et les cLippera de 3000 tonneaux et au'deaaaa tenaieot b'j amurrer par 15 ot tQ mètres

un simple magasin, grossièrement construit en planches, coûtait par mois, et d'avance, plus de 16000 francs ; une maison en bois de deux étages, sur la place principale rapportait par an 642000 francs; une autre maison, également en bois et sur la place, mais sans étage et assez semblable à une écurie pour cinq ou six chevaux, se louait plus de 400000 francs par an; enfin une tente en toile servant au premier établissement de la célèbre maison de jeu El Dorado, représentait un loyer annuel de 289000 francs. Ces prix disproportionnés furent lents à baisser, car la population augmentait plus vite que les constructions ne s'élevaient, et en d834, la boutique la plus simple et la plus commune, presque une échoppe, ne se payait pas moins de 15 ou 1800 francs par mois; plus grande, elle en valait 5 ou 6000, souvent môme davantage. Les salaires étaient à Tavenant. Nous avons dit un mot de ceux de 1849 ; ils avaient peu varié en 1854 et même en 1855, bien que sous plusieurs rapports on fût alors sorti des circonstances exceptionnelles des premières années. Un bon ouvrier de profession gagnait facilement de 50 à 60 francs par jour, le simple manœuvre de 20 à 25 ; les gages d'une domestique étaient de 400 francs par mois. Tandis que ces pri)t se maintenaient aussi rapprochés du taux primitif, d'autres, heureusement, rentraient dans des limites plus normales. Ainsi la nourriture était dans le principe l'une des dépenses les plus exorbitantes de San-Francisco ; un repas modeste y coûtait de 20 à 25 francs, et les moindres pensions étaient de 500 francs par mois. Dès 1855, ces chiffres étaient réduits de plus de moitié ; mais les fluctuations les plus considérables furent celles qui portèrent sur les marchandises de tout genre formant les cargaisons d'importation. Les prix extraordinaires de 1848 et 1849 avaient allumé une ardente fièvre de gain chez les armateurs des ports d'Europe et des Etats-Unis ; ils entendaient avec ennui raconter les immenses bénéfices réalisés sur les objets de première nécessité, comme quoi les planches étaient bon marché à 10 francs le mètre et certains clous particuliers vendus jusqu'à 50 francs l'once, comment les fortes bottes

nécessaires aux miaears se payaient de 5 à 600 francs, un jen de vêtements le double, et ainsi du reste. Le résultat fut en 1830 et 18ol, un arrivage de marcliandises infiniment supérieur à tous les besoins de la place. La demande avait surpassé l'offre ; k sou tour, Toffre surpassa la demande de manière à renverser toutes les prévisions. On vit des charfçemenis entiers vendus à Fencan et certaines marchandises ne valurent pas les frais d'emmagasinement; d'autres étaient abandonnées faute d'acheleurs: le tabac, par exemple, était devenu si abondant qu'on en voyait des caisses pleines servir à combler les fondations des maisons construites sur pOotis. De telles dépréciations devaient nécessairement produire une perturbation considérable dans les fortune s , mais la masse de la population y gagna, et, dans cette difficile période de débuts^ on conçoit quel secours inespéré lui fut une semblable quantité d'appro- ^ visionnements à vil prix, m ^m E. DU Hâilly%

^H Campagnes et stations sm^ ks côtes de r Amérique du Nord.

^ San

Le m*eiiiler et le «eeonii âge de la «oclele ealifarn leiiit e *

(t Les cinq ou six premières années de l'existence de San-Francisco forment Fépoque de la guerre de tous contre tous, belium omnium contra omîtes, Frisco ^ présentait alors la pbysionomie de toutes les villes naissantes de TAmérique*... Aux mines, le travail excessif; dans la ville, Forgie en permanence ; les rixes, les meurtres, les assassinats partout. L'absinthe et le sang coulaient à flots ^; les pre-

1» Sur du Httilly, voir page 30,

i. C'est saua cette ttbréviaticjn qiao les fondatears de SaD-FranciiisÉUO dcdigneiit leor ville.

3. C'est alors que le revolver, lo riûe ou le bottriFi-knife [cQuleau-paig'DaTd) ètaieDt les arbitres «uprèmea de toua les différends, Cbacua partait lia artenali àBacelalure; la ouiL, uw squatter nouveau venu s'installait et so barricadait aar l'empUcemeDt qu'il avait trouvé à sa convunaace \ le propriétaire essayait de fen déloger à coup^ de hache et do réTolverl^ le combat fiai| ici dépoailJiet ft remplacement reatMeot an Yainquoux^* Aui meartre» s'ajoutèrent les iiic«Q-

miers arrivés venaient du seul État à esclaves de Touest, le Missouri. Après avoir traversé les déserts du continent, après avoir les premiers occupé les terrains aurifères, les Missouriens virent arriver leurs frères de l'est, qui devinrent bientôt de formidables compétiteurs. L'antagonisme qui, dans le vieux monde des Américains, a toujours subsisté entre le Yankee et l'homme du sud, venait s'ajouter aux rivalités du métier. Comme moralité, les uns valaient les autres*. Mais l'immigration des hommes du nord continuait, celle du Missouri tarissait. Après cinq ans d'une

dies qui dévoraient chaque fois presque en entier cette ville faite de tentes^ de baraques, de constructions légères de bois de sapin revêtues de toiles peintes. Le souvenir de ces déiastres n'est pas encore oublié ; cinq fois, en moins de deux ans, le 24 décembre 1849, le 4 mai et le 17 septembre 1850, le 4 mai et le 22 juin 1851, la Tille fut presque anéantie; chaque fois on la vit renaître de ses cendres, plus belle et plus vaste. L'activité et 1 énergie des habitants lassèrent à la fin la scélératesse des incendiaires; l'impuissance de l'autorité étant démontrée, les habitants résolurent de pourvoir eux-mêmes à la police de la cité. Ils tinrent une assemblée générale (meeting) et y posèrent les bases d'une « association pour la protection de la propriété et le maintien de l'ordre. » Ce fut le terrible Comité de vigilance, qui dirigea surtout ses sentences capitales et sans appel contre une bande d'aventuriers, les hounds (limiers, chiens de chasse), organisés pour piller la nuit les boutiques, magasins, restaurants, vider les coiTre-forts et assommer au besoin les volés récalcitrants. Le coupable saisi était traîné devant les membres du comité, immédiatement ju^é et condamné; on lui passait une corde au cou, la foule en saisissait l'extrémité, et le patient, suspendu à une poutre, ou à un arbre, était balancé dans l'espace jusqu'à la convulsion suprême.

1. San-Francisco se donna tout de suite un maire et un conseil d'aldetnnen pour la gestion des fonds municipaux. On devine quelle pouvait être la probité d'une magistrature recrutée parmi des aventuriers pour qui le désintéressement et l'abnégation étaient de pures sottises. Les votes de la multitude allaient au plus offrant et souvent aux plus grotesques. Les édiles péchaient en eau trou Die, et dans les comptes fort obscurs des travaux de la ville naissante s'enrichissaient scandaleusement. Les luttes électorales commençaient par des injures, continuaient par des coups de poing, et se terminaient souvent par de véritables batailles rangées. Un iour, trois candidats, trois rolosàls ion sait qu'en Amérique le titre de colonel n'implique pas du tout l'idée de régiment et de soldats), briguaient le poste de shérif; le colonel T., étant candidat conservateur, fut écarté tout d'abord; le colonel B., riche propriétaire et grand joueur, essaya de gagner les électeurs en tenant table ouverte dans l'hôtel qu'il possédait et en faisant couler à flots et gratis les brûlantes liqueurs chères aux gosiers yankees. Son succès paraissait assuré. Quand vint le jour du vote, dansles rues retentissant des hourrahs de la foule, du tapage des musiques, des canons et des pétards, parut inopinément le troisième concurrent, le colonel H., aventurier connu par ses prouesses dans la guerre du Texas. Monté sur un magnifique cheval, il se mit à exécuter devant la foule ébahie tous les exercices de voltige, toutes les manœuvres de manèçe, toutes les cabrioles de haute école que le grand art de l'équitatiou, où il était passé maitre, pouvait lui fournir. Les électeurs émerveillés crièrent : Hourrah for H., et, oubliant les libations électorales du colonel B., votèrent avec enthousiasme pour l'incomparable écuyer. « Vous voulez un roi qui sache monter à cheval, disait M. dô Talleyrand, prenez Franconi. >

rrnarcbîe qui n'empêchait pas le progrès matériel de la ville, les hommes du nord se sentirent en force, et bientôt ils eurent décidément le dessns. Ils établirent le fameux Comiié de vigilance. Tout boni me qui avait commis un meurtre ou qui, seulement par sa conduite, permettait de supposer qu'il serait capable de tuer son procbain, fut, surtout s'il éUûi du sud, traduit devant le comité et pendu au prenrier arbre. C'est, de la création de ce tribunal, tout partial, arbitraire et irrégidJer qu'il était , que date l'établissement d'un état de cboses au moins supportable. Les hommes de désordre de la ville, transformés en juges, prirent eux-mêmes du goût h faire de Tordre. Tout le monde s'en trouvait mieux.

)î C'est ici que s'ouvre la seconde époque (1855) ; le règne des pikes, grâce aux exécutions sommaires, était clos à jamais. Les memhres du comité de vigilance eurent le hon esprit de le dissoudre eux-mêmes^ et de céder la place à des tribunaux régulièrement constitués ^ Mais une autre révolution s'accomplissait graduellement dans les esprits. Au commencement, tout le monde avait couru aux mines. Dans les imaginations des premiers émigrants, la Californie n*était qu'une caiTière d'or pur. A la fm on comprit que lor cherché ne se trouvait pas seulement dans les placées.

i. La CoRiité de vigilance appliquait sous uno formo nouveJte la famé usa toi àg Lî/nch, Od désigne aux Etala-UDÎa snui le nom d^ loi fie Ltjnrh une proccduro sommaire qu'on applique à un acolérut pris en URgrant délil do vol» d*aB5agsinat, rl'incendia, etc. La foule rénDte autoiir da coupable dolibèra un inslant, pum le vole a ti^u à maina levées^ le pEoa souvonL sann quo porAonnâ ait pris la défeofio de l'ctccttaé^ ou sans que le« m a^^i^itra là ordinaires ai eu L pu iaterveDir. La ftetiteoce est prononcée sana appel et s&na sursis^ une potenue dressée, et lu condaoané ■ lancé ilana l'étemilé^ s Vaioemeol la CDUâtitution des Et&ts-Uaîs s*cst cfForcéo d'abroger cette loi barbare^ qui a élé appliquée trop souvent à des innoceutâ^ et qui met une arme terrible entra lea mains d^uDo foule passioDoée et aveuglfl» La iéglilalinn lacondumoe, mais ica ratsurs la io]âreDt, et daofl lea irgicios encore demi -civilisées dn Far-V/esi, les colons, i es mineurs et les pionniers n'bétjitent guère k en user, — Voici maioleDADt l'origiDe historique de la loi de Lyoiïh. John Lynch était un colon îrlaDdaia de la Caroline du Sud qui exerçait au dixaeptkème siàale les fonctions de ehefda jtojstice* Lo paya étant eo proie aux dévastations et aux attaques à main armée d'aventuriers et d'enu[»voB fufïiurs quô la justice ordinaire était impuissante & réprimer, Lyni^h Tut investi contre les bandits de pouvoiri dictatoriaux, n Ût jog^er et exécuter séanca tenante, sans recours d'auciune sorte^ tous ceux qui rnrent pris, et terrorisa si bien les criminela qa'il en débarrassa TEtat de Ja Caroline.

i96 LECTURES ET ANALYSES DB GÉOGRAPHIE.

On découvrit même que d'autres occupations rendraient plus que la fouille et le lavage, pourvu qu'on importât dans le pays ce qui lui manquait : des capitaux et de Thonnêteté. Des hommes pourvus des uns et de l'autre commencèrent

alors à arriver et à s'établir à San-Francisco

)) La vraie richesse de la Californie n'est pas l'or

qu'on extrait de ses entrailles, c'est la fertilité de son sol. Si les renseignements statistiques qu'on m'a donnés sont exacts, la sixième partie de ses terres labourables est mise en culture. Les principaux produits sont et seront toujours les céréales. On en récolte assez pour pourvoir aux besoins du pays et exporter au Japon, en Chine, au Mexique, des quantités considérables de farine. »

Baron de Hubner* , Promenade autour du monde ^ t. [•'.

(Paris, 1873, 2 vol. in-lS, Hachelte.)

li^agriculture en Californie.

« Celte terre que des milliers de mineurs fouillent fiévreusement pour loi arracher le précieux métal qu*elle contient, cette terre n'est pas seulement la terre de Tor, mais aussi celle des moissons abondantes, des fruits incomparables, des forêts gigantesques. Tout y pousse, tout y fleurit, tout y mûrit. » Quand les premiers chercheurs d*or y débar-

3uèrent, « de vastes forêts de pins, de cèdres, de lauriers, de madronas, e chênes, de sycomores couvraient les pentes de la Sierra-Nevada, des montagnes de Coast-Range, de Santa-Lucia et de Monterey. Sous leurs épais ombrages erraient en liberté Tours gris et Tours noir, le chat sauvage, les loups, les cayotes, les daims, les antilopes : lièvres, lapins, écureuils foisonnaient. Sur les eaux de la baie, les canards et les oies sauvages, puis dans les plaines, les cailles, perdrix, tourterelles, oiseaux de toute taille et de tout plumage, depuis le vautour californien mesurant dix pieds d'envergure jusqu'au minuscule oiseau chanteur. »

Le climat californien est un des plus agréables du monde, exception faite de San-Francisco, où la température est plus brumeuse et plus froide, à cause de sa situation au débouché de la Corne d'Or. Mais, dans l'intérieur, les hivers sont plus doux, les étés plus frais que sous les latitudes correspondantes, aux Etats-Unis, en Espagne, en Italie, en Grèce. « Les changements de température sont gradués, exempts de tran-

1. M. le baron de Hûbner, diplomate allemand, conseiller intime de Tempereur d'Autriche, est né à Vienne en 1811; il a rempli plusieurs missions diplomatiques en France, en Portugal, en Italie, en Allemagne. En 1868, il parcourut TAsie et l'Amérique et écrivit ses impressions de voyage. Il est Fauteur d'une importante monographie historique, Sixte-Quint (Paris, 1870, 3 vol. in-8"). M. de Hûbner a été élu associé étranger de TAcadémie des sciences morales et politiques, en 1867. Il a publié en 1886, en 2 vol. : A travers FEinvire britannique.

siUûns brusques, le fond de l'air est plus sec^ lea jours voilés moina aom&Teui, les coups de vent plus rares, et^lus rares encore les orages, la grêle, la neige €t la j^elée. Lfis veols réguliers du nord amènent le beau temps» ceux du midi la pluie. Dans la région sud, roranger, le citronnier, Tolivier, le ligujgr, la vigne, rencnnlrent les couditious l6S plus favorables. »> La température fiât très constante; il pleut irè5 peu datia les bassins du Sacramento et du Sau-Joaquin. A Sacrameuto il y a ïiue moyenne de 230 jours sans nuages, Séjours parlielletnent couverts, 60 pluvieni.

1» De ces ooaditioQs atmosphériques résulte un climat très sain, remarquable surtout par Fabsence d'bumidité dans Tair. Cette sîccité est telle que de la viande crue laissée au dehors se sèche sans entrer en décomposition et que les cadavres d'animaux se momifient sans exlialer de miasmes. Un outil d'acier laissé des semaines entières à Tair ne se rouille pas. A San-Francisco» la mortalité est en moyenne de 21 pour 1000 ; elle est de 29 àNaples, 38 à Berlin, 30 à Rome et 24 à Londres. Les décès occasionnés par les maladies de poitrine sont inférieurs de moitié à ceux des Etats-Unis; mais les maladies du cœur, névralgies et ophtalmies sont plus fréquentes. Les fièvres sont rares et les épidémies presque inconnues. La Californie olTrait donc à l'agriculture, avec un climat d'une grande salubrité, un sol fertile, merveilleusement adapté à tous les genres de culture, et surtout un débouché assuré et rémunérateur au delà de toute attenle. »

(C, BEYkmGî^Y^ Bévue des Deux-Mondes^ 1 déti. 1886.)

Les petits muralcliers, au début de rimmigration, tirent des fortunes rapides* Aux aventuriers des plactrs qui fouillaient le sable des rivières dans les vallées désertes et encore incultes et ramassaieut juaqu'4 500 piastres ou 2 500 francs de pépites par jour, ils vendaient au poids de 1 or leurs légumes et les autres produits du sol. Une poule valail 25 francs et un lapin 50. Les céréales retidaîeut, dans ce sol mervcitleasement fer t île ^ ITO pour i. On a calculé que, dans le comté de Stanislas, un hectare de lerre bien cultivé coatait H7fr,50 de frais et rapportait 2aO francs. L'orge, ravoiae, ont des rendeoients encore supérieurs aa blé. en mo^^enne 10 à BO boisseaux à l'hectare : le coton, le tabac soal également prospères. L'élevage des troupeaux a plutôt diminué d'impor* Uaee; depuis que l'or a attiré tout un peuple dans les contrées oii paissaient en liberté les troupeanx des Indiens et des rancheros^ les forêts, les savanes, les terres vagues, les pâturages illimités ont été défrichés, labourés, ensemencés. Les domaines du bison disparu sont couverts dâ champs de cuîtnres et de jardins potagers ou fruitiers. M. de Varigny dit

Sue les marchés de San -Francisco ont vu exposer des choux de 15 livres, es potirons de tOO, des oignons de 2, des betteraves d« 30, des naveta de 7| des carottes de 5.

Ce sont des Français qui ont tenté les premiers essais de cultures fruitières, eux aussi qui ont planté, et avec nn grand succès, les premiers

vignobles califorDiens dans les comtés de Los Angeles, de Sonoma, de Napa, de Santa-Clara, d'Amador*.

I^es Tignobles de la rvapa (Californie).

« A peu de distance de Vallejo, la ligne de Sacramento traverse Napa-Junction; là les voyageurs désireux de visiter la Gironde américaine prennent un train qui les conduit, en serpentant sur les bords de la Napa, jusqu'au mont Hélène. Ce roi de la vallée, du haut de sa cime neigeuse, veille sur les riches vignobles couchés à ses pieds, et les protège pendant les tristes journées d'hiver contre les sauvages attaques du nord. En quittant Napa-Junction, la voie ferrée traverse les terres basses, à moitié submergées, qui forment le delta de la Napa; ces terrains, une fois défendus par des digues, sont d'une fertilité très grande et conviennent surtout à la culture des céréales. Au-dessus du delta, la vallée se rétrécit, et les collines qui la bordent accentuent davantage leurs pentes, couvertes de forêts de chênes et de sapins ; les bords du fleuve sont seuls cultivés; les champs, nouvellement retournés par les labours d'automne, ne présentent qu'une vaste nappe brune tranchant étrangement sur le vert sombre des sapinières qui les dominent. La voie ferrée, suivant toujours les rives du fleuve, monte vers le mont Hélène, dont la tête blanche est déjà visible au loin; nous traversons Napa, le chef-lieu du district du même nom, qui comprend toute la vallée, puis Soda-Spring, dont les eaux gazeuses se trouvent sur toutes les tables de San -Francisco; enfin White Sulphur Spring où nous quittons la voie ferrée pour aller visiter les sources et les établissements vinicoles.

1. I^es fruits aux EtatH-Ual». — La Californie n'est pas la seule terre productive de fruits. L'Ohio, l'indiana, l'IUinois, les Etats atlantique» du Nord, et les Etats du Sud disputent le marché aux produits californiens pour les pommes, poires, pêches, fraises, cerises, etc. Le pays des grands vergers et des fruits savoureux qui sont conservés par des procédés savants, ou transformés en confitures et liqueurs, est la région située entre la Delaware et la Chesapeake. On y trouve des domaines immenses qui ne récoltent que des pêches et des raisins de table, et les expédient par des flottilles et des trains spéciaux. On évalue à 800 millions le total de cette culture fruitière. Les vergers et les vignobles occupent 50000 personnes; la culture des fleurs, 18000 patrons et jardiniers. — En 1890, on comptait aux Etats-Unis 7000 hectares de pépinières, répartis en 4500 établissements ; leurs ventes représentent annuellement 150 millions de francs en plantes de jardinage et en fleurs coupées. L'exportation annuelle des fruits est d'environ 30 à 35 millions de francs.

» Quoique la fabrication des vins en Californie n'ait qu'une origine toute récente, le rapide développement de cette industrie est bien de nature à faire présumer qu'elle ne tardera pas à constituer une redoutable concurrence pour nos vignobles, non pour ceux des premiers crus, mais pour les vins ordinaires, dont la consommation s'accroît de jour en jour. Déjà, en 1879, la Californie seulement a produit 17 millions d'hectolitres de vin, soit plus de la moitié de la production de la France entière qui s'élève à 30 ou- 40 millions d'hectolitres. Encore esl-il bon d'ajouter que les viticulteurs californiens considèrent que la vigne n'occupe, à l'heure qu'il est, que le tiers des terres oh. elle pourrait pousser, et que les terrains qui lui conviendraient le mieux n'ont pas encore été défrichés à cause des difficultés que présente leur mise en culture. Le climat de la Californie en général, et celui de la vallée de Napa en particulier, est très favorable à la vigne. Les gelées de printemps et d'automne y sont excessivement rares : au moment de la maturité, les grappes ne sont jamais détruites par des brouillards, et, pendant la saison chaude, le vigneron n*a à redouter ni grêle ni orage. En outre, le sol des vignobles californiens n'a pas encore été appauvri par la culture, les plants y reprennent une nouvelle vigueur, qui leur permet de résister aux insectes et aux maladies qui désolent nos districts vinicoles, et la force des ceps est assez grande pour leur permettre de porter leurs fruits sans le secours d'échalas, d'où une grande économie dans les frais de culture. Il y a quelques années seulement, la cherté et la rareté de la main-d'œuvre, en empochant le propriétaire de produire à bon marché et en grandes quantités, arrêtaient le développement de la viticulture; mais, depuis lors, l'émigration chinoise est venue fournir aux fermiers des ouvriers nombreux et à bon marché. Au moment de la récolte, ce dernier n'a plus qu'à traiter à forfait avec un Asiatique qui lui fournit le nombre d'ouvriers dont il a besoin, et en quelques jours tous ses raisins sont rentrés et mis en cuve.

» Enfin, les vins de la Californie ont trouvé un solide appui dans les tarifs protecteurs de l'Union * , et c'est vraisemblablement à leur intervention qu'il faut attribuer en grande partie

1. Nos vins paient aux Etats-Unis 57 fr. les 100 kilos en tonneaux ; 0 fr. 70 par bouteille ; le Champagne, 2 fr. 60 par bouteille.

Técoulement rapide des produits de chaque nouvelle récolte du district de la Napa*. »

Maurice Jametel, Une excursion dans la vallée de la Napa.

{Revue de géographie^ décembre 1881.)

Les vignobles californiens ont importé et planté des espèces étrangères venant d'Europe, et les procédés de permutation et de préparation fournissent des variétés nombreuses, \ins secs, vins sucrés, vins mousseux, vins légers, vins alcooliques. On compte dans la région plus de 30 millions de ceps. Les vignobles appartiennent pour la plupart à des étrangers ; les vins sont en général médiocres, de couleur foncée, sans arôme. Les vins mousseux sont les plus répandus : on en produit 3 millions de bouteilles par an. Les statistiques fournies par M. Jametel ne sont plus exactes. Les belles espérances vinicoles des Californiens ont été quelque peu déçues. En 1890, les Etats-Unis n'ont guère produit que 1200000 hectolitres de vin; en 1894, 165000 bouteilles et 30000 hectol. seulement, et ils ont distillé 77000 hectoL d*eau-de-vie de vin. La Californie entre pour plus de moitié dans cette production vinicole et alcoolique.

lies nèi^res du Sud.

« J'avais été un peu froissé de voir les nègres invariablement, dans les villes que j'ai visitées, garçons d'hôtel, commissionnaires, décrotteurs ou mendiants, toujours tendant la main sous un prétexte quelconque, jamais tenant boutique ni même employés à un métier manuel exigeant de l'adresse ou de l'intelligence. Je leur en voulais un peu d'avoir conservé, même alors qu'ils n'y étaient plus forcés, cette habitude, ce goût de la servilité. Aussi, tout en me disant que cette dégra-

1. Les vignobles de la Napa ne sont pas les seuls dont s'enorgueillisse le Yankee; M. Jules Remy raconte que, dans son voyage à travers l'Utah, il lut invité à un souper chez d'honorables négociants américains, MM. Gilbert et Oerrish. « L'esprit, les jeux de mots animèrent la fête comme si nous nous

• fussions trouvés à New- York ou à Paris. On nous fit boire de pétillant a Catawba, qui nous rappelait par son écume, par sa couleur et même par

• son goût, le nectar des coteaux de Reims et d'Epernay. Ce vin de Catawba,

> que plus tard nous avons bu sur son sol natal, à Cincinnati, est le produit de

• vignes transplantées des bords du Rhin sur les bords de l'Ohio. On en fait

■ de deux'sortes, l'une, le catawba proprement dit, incolore ou légèrement

■ ambrée; l'autre, Visabella, de couleur rose, plus sucrée et plus propre à

■ flatter le palais délicat des femmes. Le vin mousseux d'Amérique est

■ aussi exhilarant que le nôtre, mais en même temps, il est plus fort et plus

• capiteux. On peut dire, en somme, qu'il est inférieur aux bons crus de la

■ Champagne. Cependant il est préférable aux vins frelatés qu'un commerce

> déshonnete introduit trop souvent à l'étranger... Le voyageur français ne

■ peut voir «ans honte et sans regret les drogues de toutes sortes que Ton

■ jette sur ^es plages lointaines sous le nom de vin de Champagne, et souvent a avec des étiquettes fort respectables. J'ai vu vendre sur un marché océanien

■ un prétendu vin de Sillery que le capitaine, qui l'avait à son bord, m'avoua m avoir payé 0 fr. 60 la bouteille dans un port de France; et ce même vin

■ était vendu en gros dans le port de destination 50 francs la douzaine. > ( Voyage au pays des Mormons ^ t. 11.)

ÉTATS-UNIS DE L'AMÉtU0U15 DU NORD.

dation dont j'étais le témoin attristé était la conséquence de Fétat où ils avaient été si longtemps maintenus et de toutes les souffrances qu'ils avaient endurées, j'étais bien près de

conclure que cette dégradation était irréparable Pour en

avoir le cœur net, j'ai fait causer à ce sujet un homme du nord, des plus intelligents, qui est venu s'établir dans le sud après la guerre :

» Vous auriez tort, me dit-il, déjuger lensemble de la population nègre par celle que vous rencontrez dans les villes. C'en est an contraire la partie la plus mauvaise. Ces commissionnaires, ces décrotteurs, ces hommes de peine, tous plus ou moins en guenilles, que vous voyez dans les rues, ce sont les fainéants de la race qui sont venus dans les villes, parce qu'ils ont Thorreur du travail et qu'il y est plus facile de gagner sa vie en faisant rien ou peu de chose. Ils ont peu de besoins, et les quelques cents qu'ils attrapent par-ci par-là leur suffisent pour ne pas mourir de faim. Ce sont les lazarojiV du pays. L'élément sain et laborieux de la population, c'est Télément rural qui continne a travailler sur les domaines qu'elle cultivait autrefois lorsqu'elle était à l'état esclave. J'en ai employé un grand norahre comme ouvriers dans mes plantations de la Floride, et je suis loin d avoir eu à m'en plaindre. Ils ne sont pas très âpres à la besogne, et il y a une certaine somme de travail qu'il ne faut pas leur demander de dépasser. Mais^ en revanche, ils sont peu exigeants pour leur salaire et faciles à conduire, La grande difficulté, c'est, dans leur propre intérêt, de les aecoutnmer à l'économie . Leur instinct est de dépenser tout ce qu'ils gagnent en habits très voyants, en mouchoirs rouges, en babioles, et de vivre au jour le jour. Cependant ils sont en progrès sous ce rapport. Un assez grand nombre ont afermé par petits lots à leurs anciens maîtres les plantations sur lesquelles ils avaient vécu, et paient régulièrement leurs redevances. D'autres sont même devenus propriétaires de terrains achetés par eux à bas prix, au lendemain de la guerre, et en tirent fort bon parti, La culture du coton, au lieu de se faire en gros, se fait aujourd'hui eu détail, mais elle n'en est pas pour cela moins productive, bien au contraire. Le total de halles de coton récoltées s'est élevé de 3800000 balles en 1874 à eOOOOOO en 1880. On

n'évalue pas aujourd'hui à moins de 6 millions de dollars l'ensemble des contributions payées par la population nègre. Comme les contributions sont proportionnelles à la richesse, c'est la preuve de sa prospérité, et les progrès de son bien-être sont visibles à l'œil. J'en suis frappé tous les ans lorsque je vais visiter mes plantations de la Floride. Là oi!i sur ma route, l'année précédente, j'avais laissé une cabane, je retrouve une maison ; là où j'avais remarqué une maison, je retrouve une ferme avec ses dépendances, et je puis vous affirmer par ma propre expérience qu'il s'est fait de très bonnes affaires dans le sud depuis quelques années, principalement dans la Géorgie, par la culture du coton, et dans la Floride parcelle des oranges. )) Et leur état moral? lui ai-je demandé. — Il faut, m'a-t-il répondu, rendre justice aux efforts que le parti abolitionniste a faits pour que cette grande œuvre de la destruction de l'esclavage, à laquelle il a tant contribué, ne devînt pas, au point de vue des nègres eux-mêmes, une œuvre stérile. Le sud a été inondé de missionnaires et d'instituteurs, les missionnaires étant souvent, du reste, instituteurs, et les instituteurs missionnaires. Des écoles gratuites, où était donné en même temps l'enseignement religieux, ont été fondées partout. 11 y en a aujourd'hui dans tous les villages, et on en compte dixsept dans la seule ville de Richmond exclusivement affectées aux enfants nègres. Sous cette influence, leurs mœurs se sont régularisées, les liens de famille ont repris leur empire, et le résultat de cette transformation a été qu'aujourd'hui la population nègre se développe au contraire dans une proportion beaucoup plus rapide que la population blanche. L'expérience est donc faite, et les deux races peuvent coexister à l'état libre sur le même sol. »

(Othenin d'Haussonville * , A travei'S les Etats-Unis,

{Bévue des Deux-Mondes, 1882.)

La « question nègre » est loin d'être résolue aux Etats-Unis; le blanc considère le noir comme un être inférieur; il le méprise, et dans le Nord, il le hait, et lui témoigne sa répulsion par des vexations et des violences de toute sorte. Malgré l'abolition de l'esclavage, et la charte votée après la guerre, qui reconnaît aux noirs les mêmes droits civils et politiques

1. M. d'Haussonville (Gabriel-Paul-Othenin de Cléron, vicomte), littérateur français, ancien député, est né à Gurcy-le-Châtel (Seine-et-Marne), en 1843. Outre ses récits de voyage en Amérique, il a publié dans la Revue des Deux- Mondes des études sur Sainte-Beuve, sa vie et ses œuvres; sur l'Enfance à Paris, et un ouvrage sur les Etablissements pénitenciers en France et aux colonies qui a été couronné par l'Académie française, dont il est membre.

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qu'aui blancs, les nè^reâ sodI victimes du préjugé ûû coulâur; on les lient à l'écarl, ils soot rétlLiits tiux fo^cUotis .4iiljiillcriieB, aux emploii I grossiers. Sur 8 millions, on en cûoiple 3000 empJoyéa dans les admi- ' nistralioDS publiques ; la plupart sont artisans, domeâiiques ou journa* liers. Plusieurs ont su faire des économies et sont devenus propriétaires : ils sont volontiers par gaùt et par lempérEiment, porliers, grinçons d'hôtel ou de wagon-lit, Éarluers. Us ont une soixantaine de jonrnaùï fondés et dirigés par eux. Ils sont presque tous méibodîales et baptistes. Ils ont des aptitudes pour le commerce, apprennent vite las langues étrangères et la m unique.

II est rare devoir un mariage entre blancs et noirs. Un blanc qnr épouse nne femme de couleur est mis au ban de la société. Le nè^re qui commet un attentat sur une blanche est impitoyablement lynché. On sait la singulière protestation de cet assassin blanc se plaignant qu'on allait le pendre à côté d'un condamné noir* Ponr empêcher les nègres d'avoir la majorité dans une étection^ on fraude le scrutin, on on écarte les électeurs iioîrs des urnes à coups de fu^il, La Convention de Columbia (Caroliii^i du Sud), en 1893, a adopté le projet doter auï nègres le droit de sutïrage* On a proposé anssi de [es parquer diins des réserves comme les Indiens. Mais ce qui a été possible pour 2()0 0ûO Indiens ne Test guère avec 8 millions de Coloureâ wie)i. On a parlé aussi, pour résoudre la question nègre, de transporter tous les noirs en Afrique, patrie de leurs ancêtres. Mais les noirs n'entendent plus quitter le Wouveaur Monde, où jadis les blancs les ont importés par force.

lie» Ifiiliens du Far-lVejiC. — I^ea jiloti%.

II est diftldle d'évaluer exactement le nombre des ludiens libres des prairies disséminés entre le Missouri et les Montagnes Rocbenses. Il y a un demi-siècie, les statistiques du général Cass accusaient un total de 458 000; le dernier recensement donne le cbiiïre de 2i60ÛÛ, noyés dans une population de race blanche de plus de 50 millions. En cinquante ans, ils seuiblenl donc avoîr décru de moitié. La grande famille des Siûux a été presque exterminée en 1890, dans le nord de^ prairies- Lea Corbeaux, les Gro^-Ventns^ les Pieds-NoirSi les Cmnrs-FercéSf les Téim^ Flate$, les Nez*?ercés^ les Caun- d'Alêne, les ?end-d*Ordiks, etc., qui occupent les territoires d'Ida ho et Montana oUrent ensemble un chiffre de population inférieur à celui des Sioux, peut-être 20 000. Dans le centre et te sud, les Paumes ^ les Arrapahoest les Chayennes^ les Yvtes, les KaîiQwafj&, les Puêbios, les Cùmanchet^ les Ayachts, etc., dépassent certainement ensemble le cbilTre de 40 000. Les territoires de Neàrnsfra» KatisflSj Colorado, T^ias, Nouveau- Mexique sont ceui nue ces bandes parcourent. Les FattnUs sont cantonnés dans le Nebrasta, auYoisinage du chemin de fer du Pacifique, et les Yufes dans les parcs du Colorado. Entre les Montagnes Rocbeuses et le Pacifique sont les Fay-YuU$^ les Btr^^erUs ou SkûÀonés^ qui occupent surtout TUtah et la Nevada j enfin les Indiens de fArizon^t^ de la Californie, de l'Orégon et du territoire de Wasliington. Prises ensemble, ces tribus atteignent comme celles des ^irîe^, 100 000 individus.

Les Sioux étaient la peuplade indienne la plus nombreuse et la plus belliqueuse des Etats-Unis. Son vrai nom était DuMa. On en comptait enyiron SO 000. M les Anglais et les Français au dix-huitième siècle^ ni les Etats-Unis an dix-neuvième n'avaient pu soumettre cette nation Éeri%

204 LECTURES ET i^NALYSBS DE GÉOGRAPHIE.

très attachée à sa terre. Leur domaine dépassait retendue de la France^ de TADgleterre et de TÂllemagne réunies. En 1837 et en 1851, par des traités réguliers signés avec les Etats-Unis, ils consentirent à reporter leur frontière en arrière du Minnesota. Mais les agents américains n*exécutèrent pas les clauses du traité. Une guerre éclata et dura huit ans. En 1862, nouvelle convention de nouveau violée par les colons. Les Sioux réclamèrent: on ne les écouta pas. Ils ravagèrent et pillèrent les fermes des settlers, en massacrèrent un millier. Le général Hamey réprima cruellement la révolte, et le traité de 1868 concéda aux vaincus, à titre de réserve inviolable, tout le Dakota compris à Touest du Missouri et au sud du 46« degré de latitude.

Mais le gouvernement ne sut pas ou ne put pas arrêter les progrès de rémigration dans le Dakota, favorisée par la construction du chemin de fer du Pacifique, et la découverte des mines d*or des Black-Hills. Autour de la réserve indienne, les fermes se multiplièrent, les villages se groupèrent : Rapid-City^ Pierre-City, Bismarck-Cily, Mandan, etc. Les Sioux refusèrent de laisser passer des chemins de fer sur leurs domaines; ils protestèrent contre l'invasion des terrains aurifères des Black-Hills, contrée sacrée à leurs yeux, et ils réclamèrent une iodemnité de 250 millions aux négociateurs américains. On les refusa. Les Sioux prirent les armes, sous les ordres d'un des plus braves et des plus po-

fiulaires chefs de la tribu, Siiting-Bully surnommé le « Taureau assis ». 1 avait à son actif vingt-trois faits de guerre peints sur ses robes de buffle. Sommé par le général Crooil: de se rendre, il lui répondit : « Viens me prendre, je t'attends. »

La guerre fut acharnée et dura cinq ans. Sheridan commandait les troupes américaines. Attiré dans un étroit défilé par Silting-Bull, le général Custer fut massacré avec tout son détachement, à l'exception d'un éclaireur. Traqué par des forces supérieures, et épuisé par cette lutte sans merci, réduit à se réfugier au Canada, le grand chef des Sioux ne consentit à rentrer dans sa réserve qu'en 1881, avec les 45 hommes, les 67 femmes et les 73 enfants qui lui restaient de sa troupe. l\ disait aux agents américains : a Le gouvernement a déjà conclu 52 traités avec les Sioux, et il n'en a pas observé un seul. »

Le 53e ne fut pas plus resi)ecté. On avait promis aux Sioux de leur donner 3 livres de bœuf par jour à chacun, et les agents de la république réduisirent cette ration â un bœuf par 30 hommes, et pour 18 jours. En un an, dit un missionnaire, les rations de la réserve de Rosebud avaient été diminuées de 1 500000 livres. Les Sioux se plaignaient de la faim.

« Incurie de l'administration, lenteur du Congrès à voter les fonds

Eour le paiement des terres, concussions des agents, conspiraient, avec I misère et le froid, à rendre intenable la situation des Sioux parqués dans les réserves du Dakota. Celle des Indiens des réserves de Sisseton était aussi désespérée. Le rapport des délégués constatait l'épuisement des crédits : l'une d'elles n'avait de disponible que 2000 dollars pour pourvoir à la subsistance de 1 200 Indiens pendant six mois d'un hiver qui s'annonçait rigoureux, soit moins d'un sou par tète et par jour. Réduits à une pareille misère, il ne restait aux Indiens qu'à se résigner à mourir de faim, à prendre les armes ou à vendre leurs terres. — (C. de Varigny, Rev, des Deux-Mondes, 15 février 1891). Les Crows cédèrent un tiers de leur réserve, soit 750000 hectares, pour 4740000 francs. Mais les Cherchées refusèrent 100 millions que des capitalistes leur offraient de leurs domaines, et les Sioux rejetèrent tout projet de transaction. Tous

Ke préparèrent à combaltre. Un messie mystérieuï, totijottrs voilé, prêcha la guerre saiote aux tribus, comme un naessagcr délégué par le Graud- £spnt. La nuit, dans les clairières^ les fidieuâ réunis dansèrent dea rundes sacrées et s'ei traînèrent contre 1 ennemi commun, SitUn^-Boli se mit à leur tète, et lenr distribuJi les carabines Remingtou et Winchester et les revolvers conservée dans les campements.

Les généraux Miles et Furs^î/i furent chargea de réprîmer ce dangereux soulèvement- Ils élaieul secondés par les Scùnts^ espions ou éclatreurs, qm les AmcTicains recrutent parmi les Indiens eux-mêmes, payent grassement, et t^ii servent de policiers en temps de paix, de guides en temps de euerre. Ils avaient aussi dans leurs rangs un détachemetit d^Indkm- Bum, c'est-à-diro de ces Indiens, produit du croisement des races, nés sur les réserves, incapables de se plier à la vie sédentaire et au travail agricole, sorte de trmi^ vivant des rations de la tribu et des razzias opérées sur tes troupeaux des fermes des blancs du voisinage. On employa même à ta répression des Siouï le fameux Codg^ surnommé fu/fafo'Bîu, avec tes 30 ou 4Û Indiens de la triiïu des OgallalHi qui revennient de Paris, oîi ils s'éiaienl exlubés dans un hippodrome aux visiteurs de l'Expûsilion universelle de 1SS9»

Les Seuil ts cernèrent les tentes des Siouj, et après un combat acharné Ërent prisonnier Sitiùig-Bull^ qui fut ensuite mortellement frappé avec son (ils et ses meilleurs soldats. Les mêmes espions guidèrent Forsyth dans ta poursuite des Sioux fugitifs qui Turent enveloppés à CkeTr^Creek. A la vue des Scouts, plus détestés encore que les hlancs, les Sioux résolurent de se défendre encore. Mais Forsyth fit ouvrir sur ces bandes désordonnées, où les femmes et les ecifauts élaient plus nombreux que les combattants, le feu de ses mitrailtenses. Tous furent massacrés. Six enfants survécurent à cette affreuse mêlée, où les Sioux moururent en héros. Les Américains rougirent de cette honteuse victoire, et le président de rtfnion destitua Forsyth. Le féoéral Miles cerna avec habileté les derniers restes des Sioux qui, épuisés et affamés, sans chef et san^ ftspoir, tenaient encore la campagne, et, sans Douveile effusion de sang, les força à capituler (Janvier 18Bi). Mais le coup porté aux Sîoux a été morteU et ils ne se relèveront pas de cette dernière défaite.

tt Toutes ces races ont entre elles des caractères communs; elles sont nomades, c'est-à-dire qu'elles n*Qccupent aucune place fixe, vivent de pêche, surtout de ctiasse, et dans les prairies suivent le buflle dans toutes ses migrations.

f> Un régime absolument démocratique et une sorte de communauté règlent toutes les relations des membres d'une même tribu vis-à-vis les uns des autres. Les chefs sont nommés à Télection et pour on temps ; ils sont cependant quelquefois héréditaires. Le plus courageux, celui qui a pris le plus de scalps à ia guerre et qui a tué le plus de buflles, celui qui a fait quelque action d'éclat^ celui qui parle avec une grande éloquence, tous ceux-là ont des droits pour être nommés chefs* Tant qu'un chef se conduit bien, il reste en place; pour peu qu'il démérite, un autre chef est nommé. Les chefs

mènent les bandes à la guerre et sont consultés dans les occasions difficiles ; les vieillards le sont également. Les lieutenants des chefs sont les braves et commandent en second à la guerre. Il n'y a aucun juge dans les tribus, et chacun se fait justice à soi-même et applique la loi à sa guise.

» Toutes ces tribus chassent et font la guerre de même façon, à cheval, avec la lance, l'arc et les flèches, à défaut de revolvers et de carabines. Pour se défendre des coups de l'ennemi elles ont le bouclier. Elles vivent uniquement de bison et se recouvrent de sa peau. Elles scalpent leur ennemi mort et se parent de sa chevelure. Elles pillent et dévastent les propriétés, emmènent captifs les femmes et les enfants, et souvent soumettent à d'affreuses tortures, avant de le faire mourir, le vaincu, surtout le blanc, qui tombe vivant entre leurs mains. Les squaws (femmes indiennes), auxquelles on abandonne le prisonnier, souvent lui arrachent les yeux, la langue, les ongles, lui brûlent ou lui coupent un jour une main, un autre jour un pied; quand on a bien tourmenté le captif, on allume un feu de charbon sur son ventre et l'on

danse en rond en hurlant Les tribus se font souvent la

guerre sous le moindre prétexte, pour un troupeau de bisons qu'elles poursuivent, pour une prairie où elles veulent

camper seules Il n*est pas rare que la même tribu se

débande en deux clans ennemis. Il y a quelques années, les Ogalalas, i^risdewisky (eau-de-vie américaine), se sont battus entre eux à coups de fusil, et depuis lors se sont séparés en deux bandes, celle des Vilaines-Faces, commandée par la Nuée-Rouge, et l'autre par Grosse-Bouche et Tueur-de-Paunics.

» L'Indien scalpe l'ennemi qu'il tue, en lui enlevant la partie supérieure de la chevelure, celle qui forme la tonsure des moines catholiques. Quelques tribus prennent même tout le scalp, toute la chevelure. Pour scalper, l'Indien, armé de son couteau, fait une incision en rond autour du crâne, et prenant la chevelure par le sommet, l'arrache vivement ; elle vient avec la peau, sur toute la surface découpée. « Ça vient tout seul, » me disait un jour le vieux trappeur Pallardie qui avait pris fait et cause pour les Indiens dans les guerres intestines, et avait lui-même scalpé. Le but des Indiens, en scalpant leur ennemi, est de garder le témoignage vivant de leur victoire, de leur bravoure... En outre, il paraît que l'Indien scalpé n a pas le droit d'entrer dans les prairies heureuses, les Champs-Elysées des Peaux-Rouges. Le gardien

du lieu en ferme brutalement la porte à tous ceux qui n'ont pas tous leurs cheveux.

» Les Indiens (Paunies et ceux des prairies) ont la peau bistrée, rougeâtre, de là leur dénomination de Peaux-Rouges et de race cuivrée, donnée par les ethnologistes, par opposition aux noms de races blanche, jaune, noire. Les autres caractères physiques de la race rouge sont d'avoir les cheveux noirs, droits, raides, le nez aquilin, les pommettes souvent un peu saillantes, les yeux quelquefois bridés, comme la race jaune, la lèvre fine, les extrémités des membres très déliées. Les Indiens s'épilent avec soin les sourcils et la barbe, et même tous les poils du corps, mais ils ne coupent pas leurs cheveux, qu'ils séparent avec une raie au milieu de la tète et qu'ils disposent en tresses.

» L'Indien tire du buffalo ou bison sa nourriture, son vêtement. Aussi suit-il l'animal dans ses migrations du nord au sud, et remonte-t-il avec lui du sud au nord. Le dicton des plaines est le suivant : Là où est le bison, là est VIndien. — Le nombre des bisons est aujourd'hui moins considérable que jadis. A mesure que l'animal disparaît devant la marche sans cesse envahissante de la colonisation, le Peau-Rouge disparaît aussi. Un des grands regrets de l'Indien est de voir les blancs chasser cet animal par simple amusement : « Est-ce que les visages'pàles seraient devenus fous, disait récemment un grand sachem* aux commissaires de l'Union, qu'ils chassent le bison pour le seul plaisir de le tuer, et de le voir pourrir sur place, tandis que nous mourons de faim. »

» Le gouvernement de l'Union a envoyé de nombreuses commissions dans le Far- West pour traiter de bonne amitié avec les tribus indiennes. On fixe à l'avance un lieu de rendezvous, une date, et toujours les mêmes discours se reproduisent, les mêmes promesses sont faites, et les engagements jurés sont inévitablement violés. Devant les chefs des tribus, Nez-Percés, Gros- Ventres, ou Corbeaux, qui se passent le calumet de bouche en bouche, les commissaires de l'Union, qu'ils se nomment Hunt, Mathews, Harney ou Taylor, parlent invariablement de la façon suivante : voici un échantillon de l'éternel speech officiel :

« Nous sommes tous frères... votre Grand Père (le président

l.On donne le'nom de sachem aux vieillards qui composent le conseil de la nation ou de la tribu parmi les peuplades indiennes de l'Amérique du Nord.

» des Etats-Unis) nous a envoyés de Washington pour vou » voir et apprendre de vous ce dont vous avez à vous plaindra » Les blancs ont occupé votre pays pour exploiter les mines, » ouvrir des routes, créer des établissements... Le bison que » vous chassez diminue avec rapidité... Nous désirons que » vous nous indiquiez la partie de vos terres que vous entendez » vous réserver exclusivement et nous voulons vous acheter » l'autre pour en faire usage. . . Sur vos réserves nous vous » bâtirons une maison pour votre agent, une forge, une ferme, » un moulin, une scierie, une école; nous voulons aussi vous » fournir les instruments qui vous permettront de travailler » la terre et de gagner votre vie quand le bison aura disparu. .. n Nous avons pour vous des présents en route... Maintenant, » nous désirons entendre de vous ce que vous avez à nous » dire et nous vous répondrons animés du meilleur esprit. »

» Le chef Indien tire du calumet une dernière bouffée et qu'il soit Dent'd'Ours, Cheval- Alezan, Ours-Agile, ou Pied- Noir, répond ainsi :

a Pères, écoutez-moi bien. Rappelez vos jeunes hommes de » la montagne du Mouflon, ils ont couru par le pays, ils ont » détruit le bois qui poussait et le gazon vert, ils ont incendié » nos terres. Pères, vos jeunes hommes ont dévasté la con- » trée et tué mes animaux, l'élan, le daim, l'antilope, le » bison. Ils ne les tuent pas pour les manger, ils les laissent » pourrir où ils tombent. Pères, si j'allais dans votre pays » tuer votre bétail, que diriez-vous? n'aurais-je pas tort, et » ne me feriez-vous pas la guerre?

» Pères, vous m'avez parlé de bêcher la terre et d'élever du » bétail. Je ne veux pas qu'on me tienne de tels discours. » J'ai été élevé avec le bison et je l'aime, etc*. »

» Le thème traité est toujours invariable dans ces harangues : l'envahissement par les blancs, par les colons, par les pionniers, des champs de chasse des Peaux-Rouges, le refus

1. M. Simonin a visité les Indiens dans leurs prairies en 1867 ; il a transmis au ministère de Tinstruction publique les précieux documents recueillis dans sa mission. En juin 1870, étant à New-York, U a pu revoir les grands chefs des tribus Siouz. « Ils venaient de Washington, où ils avaient rendu visite à leur « grand-père », le président des Etats-Unis, et lui avaient exposé dans de » beaux discours leurs griefs contre « leurs frères blancs ». Le général Grant » avait prêté l'oreille à leurs doléances, avait fumé le calumet de paix avec » eux, leur avait fait cadeau de pipes en écume de mer, de boites d'allumettes » en argent, de paquets de tabac ; il leur avait même donné une soirée à la » Maison-Blanche, et Ton y avait servi des sorbets aux sauvages, qui eussent » préféré du rhum ou du whisky. »

que font ceux-ci de vendre leurs terres au gouvernement et de se confiner dans les cantonnements qu'il leur impose, de culllverle sol, d'apprendre un métier, d'envoyer leurs enfants à Técole ou au prêche; les plaintes incessantes qu'iLs font entendre à propos de la violation des contrats signés avec eux, des forts construits pour les tenir en respect, des incursions des soldats sur leurs terres, etc. Les Indiens adressent aussi aux blancs des lamentations sans fin sur ces défrichements, ces routes j ces chemins de fer, ces télégraphes, qu'ils jettent au milieu des prairies. »

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