L. Simonin, A ù'airers les Etats-Unis
inuiilçraiit» flraiiç^l« et allemands.
Les immigrants s'établissent tous aux États-Unis sans esprit âe retour ; aenls ou presque seuls, ceux de race latine et cbinoîse font eiceptioo* Les Italiens et les Basques s'établissent da préférence dans les républiques du Sud* U est race de trouver dans les États-Unis un groupe compact de colons français. M. Simonin cite celui de Fimmh-4Qwti^ près de Mead ville (Pensylvanie), qui compte quelques centaines de Francs-Comlûis, venus par petits essaims depuis \ 830, Le Français se sent isolé, déplacé j mal à Taise, au milieu d'un peuple remuant^ bruyant, affairé, qui ne sacrifie guère qu'à T utile, qui n'admet pas roisiveté, qui ne parle que lorsqu'il a quelque intérêt à le faire. Le Français n'aime pas les longs séjours en Amérique ; il est préoccupé sans cesse du désir de rentrer dans le «c beau pays de France* ».
1. M. Simonia recoonait méaDmdoa qae ccttu fusion des races n'est jamai» bien aoioplntet et il cite noUmment Isa Hollandaîâ, qu'oo dèaigoe aoixa le so^
I briquet de Knickerbockera , comme aîsémeDt recoûnais^ablea à kor nom, à leur ear&cLëra réâurvà eL poii^ à leura uttgûa et à lerarm coutumefl, Lefl opîiiJiQQ& pQiîliquefl diij lingue Dt ausej tea immi^nmls; Irlandois et AIlamAndu uti butent PEM de cnéme. Fimt'O rappeler que p e ad ant la, guerre de lS70-7t, Jea AlSemands defl ËJtatS'Unîa ont témoigné oonlre la France une haine non moine ardente
f que leuri compatriotea tijuLona dea borda â& t'Elbe et de la Sprée? Il ne faut
Çis g^raLterbien longtemps pour retrouver Fémigré allemand aoufl l'écortie du ankee.
2. < La prefflière population blanche de la vallée missiBebieano étajt fraB-
■ çaiae. Dea colf>D9f alliés dea Indiens, e'^étaient établie enr Iob borda de la ri^
■ Tiàre de» nijnoia et aur le grand fleuve^ à Samt-Louia, à iCaskakîa, à Sainte* 1 GeDeTiève, à Natcbe£. Dea « voyag^ouri a français Aliaietit de triba en tribUf
ÉTATS-UNIS DE L'AMÉniOUE DU NORD.
U en est tout autrement des Allemands^ î!s émigretit en masse ; on a vu des provinces germaniques dépeuplées par l'émigration ; des villages entiers, curés et bourgmestres en tête, s'embarquent pour FAmérique* Tous les règlements, toutes les mesuras veiatoires, toijtes les prohibitions imposées aiîï agences et aui compagnies de transports par le gouveroement sont impuissants à entraver cet eiode. Le courant, on pourrait dire le torrent d'émigration force tous les obstacles; et le paysan prussien, affamé dans ses sables et ses m.arécages^ Ta eliercher au delà de TOcéan du pain et une nouvelle patrie : JIbi 5ene, ïM patria !
« Si la grande masse des émigrants, écrit M. de Hiibner, prennent la route des États-Unis, c*esL d'abord pour trouver du paiUj article qu'O n*est pas toujours facile de se procurer dans notre Europe ; c'est ensuite pour y trouver la liberté j Tégalité, Tespace. Jusqu'ici, de tous les émigrants, les AUemands étaient ceux qui se confondaient le plus pmmptenienl, qui raettaient même du prix à se confondre avec la nation anglo-saxonne, Aujourd'buij sous l'impulsion d'une nouvelle réaction soudaine, violente, et selon toute probabilité, durable, Télément allemand est sorti de l'état de résignation passive dans lequel il s'était complu si longtemps. Il est fier de sa nationalité ; il compte la conserver, la cultiver, la revendiquer. Ce sont des gens qui, subitement parvenus à reconnaître, à découvrir, pour ainsi dire,
» à la foi a ambassadeurs et marcbandsi et pour la plupart B':illiiyctit à des » fcmniRa du pays ; leur de&ccndancQ ae retrouve dana LouLca les peuplades îq- » diennes; et da'nombrenx traitaats, Également â'origine françnise on franco-
• indienne, voyagent encore dauâ ka régiOQS de rouêat aiir im deux versunta
■ des mon tardes RocbouaB». Mais l'élémenL français a été presque coniplëLe- > meut absorbé dans tuut le boasio central du Miâaitssîpi; îl uo forme plus qu9
■ quelque» petits groupoa dana TîUinoifl et dana le Miaaoari. C'est dana la ré-
• gLon du Doila eealemcQt qu'il existe en proporLion conddérable. Bans la
• Louiilane, prèâ du dixième de la puptiLatîou se CDmpoâe de icréolet », e'est- » à-dire de Îsl descendance ans Français mâlée à quelque» Espagaolâ^ qui furent j les premiers coluoa de la contrée. Maia déjà les créolea ae sont alliés aux fii-
■ millea amêneiiine«f et peu nombreux sont ceux qm v'w&ni encore à l'écart, a gardant la langue matorneHo et Les anciennes mctura. Après l'ôtaf de Newt York et la Californie» la Louiilane est Fétat de la Elépubtcque où se trou -
■ Tent là pins d'immig:raals français, presque tous commerçanLs, indujitriela ou
• professeurs, i
YiviEM DE Saiwt'Martik, iVouofflu diciionnmre de fféographie univenelte. (Pans, Uachette, iUÙ.)
leur propre valeur, sont naturellement entraînés à s'en exagérer la portée, à devenir difficiles à vivre, à se brouiller avec leurs amis. C'est ce qu'on commence à craindre dans les régions officielles de Washington. C'est ce qu'on prévoit à New- York, où j'entendais même prêter aux Allemands l'intention de former un élément distinct, de se constituer politiquement au sein de la fédération américaine... Nous ne sommes pas, je le crains, une nation aimable, nous aimons trop à avoir raison. Un Américain m'a dit : « Je suis moi-môme d'origine allemande, mais je n'aime pas les Allemands ; ils sont sales, ils sont ergoteurs, et ils battent leurs femmes. » Hélas I de l'Atlantique au Pacifique, ils ont cette réputation. Mais plus on avance vers l'ouest de ce continent, plus on est frappé des traces qu'ils laissent sur leur passage, des résultats merveilleux obtenus grâce à leur intelligence, à leur activité, à leur persévérance. »
De Hubner, Promenade autour du monde^ t. P'.
(Paris, 1873, 2 vol. ia-18, Hachette.)
« L'immigration allemande a encore d'autres conséquences, celles-là morales. Il y a quarante ans, on distinguait en Amérique deux types, le yankee et le virgmien^ le marchand et le planteur, le puritain et le country gentleman dont les qualités et même les travers en s'unissant et en se juxtaposant, avaient imprimé au caractère américain un cachet si puissant et si original. Aujourd'hui ces types sont effacés; encore quelques années, et ils auront disparu. L'Allemand a fait souche ; il a communiqué au milieu où il est venu s'implanter des intempérances, des indisciplines, des appétits qu'on n'y connaissait pas naguère. Il est venu famélique dans un pays qui ne refuse jamais au travail un large bien-être, et il se gorge ; dans sa patrie, il était la proie des oppressions féodales, et dans ce pays de large liberté, il se cabre. Les misères et les iniquités de son ancienne existence lui ont laissé au cœur d'implacables rancunes, et dans les luttes quotidiennes d'une vie très in-
ETATS-UNIS DE L'AMÉnfOUE DU NORD,
tense et très agitée, il a fait entendre des mots d*ordre; mutuellisme, grèves, haine aux riches, guerre aox riches, n
rA- DE FONTPEETUIS, Mevue politique et littéraire. (Novembre 1874.) auci cent
Le çrand lac Salé^ (Utah).
« Les eaux du lac Salé sont bleues comme celles de l'Océan. Ce lac est une véritable mer méditerranée, sans aucune coramonicalion avec FOcéan. D D*a pas moins de cent lieues de pourtour, et devait dans les siècles précédents occTiper une superfîcie plus étendue j car Taspect géologique du sol sur notre route nous porte à croire que ses ramifirations s'étendaient au loin dans les vallées de rutîih. L'existence du lac Sidé était soupçonnée dès iG89, ainsi qu'on peut le voir par les mémoires du baron La Hontan... Lorsque M. de ïïumboMt \îsita le Mexique, le lac Salé éitûi encore une sorte de mythe, et le célèbre voyageur n'en assigna la position que par une induction très savante, mais qui laissait un libre champ aux hypothèses.,. Au nord-est, ses eaux s'étendent si loin, que rœilj ne distinguant plus les montagnes qui le bornent, croit qu^elles se prolongent à l'infini comme une vaste mer. La profondeur n'en est pas considérable ; elle ne dépasse pas dix mètreSj et, en moyenne, n'est que de sept à huit pieds. Au milieu du lac, plusieurs îles d'une certaine étendue s'élèvent jusqu'à 1000 mètres et plus au-dessus du niveau des eaux * . On ne voit pas actuellement la moindre barque
jj . La ré^s'ioffl du grand lac Salé a été explorée par lo lieuteiiâDt ainéricaia Frémont, daoa son audacieiiae expédition de 1843* Il venait ûe fraDchir les montagnes Ecwhfîuaca, au sud du ptc qui porHe «on nom i il décoovril la riviôra da VOars, priocipAl tribulaîrâ du lao^ la descendit eu canal du caoutchouc jusqua Ters l'emboucLiire, et ne craigoit pa« de a'iiTeotuirer sur lea ûot» agiléa du lac, malgré les aJatâtres prédictious des trappeurs. FréinoDt risila les ilea dti lac, et derma Iq premier que le bassin de celte Médileiraoée lacuaLre avec sea forêts ^ ses salineSj ses patura;^es, aoo sol ferliÈe, pourrait devenir tin ceolre do population, comme une oasis au milieu tJ^uii désert, (VoiT sur les élounantes expeilitiona de Frémontf de 1S4Ï à 1315, Tauvrage de M- Laugel : Etudes scîenii/\gueSf Pai-ia, ID-IS, \êa^, HacbeLLe.)
S, Ces lies sont au uonubre de neuf ^ la pins grsinde eaE. Antelope-lalaDd, quî m tfi miHca de luni^uuur sur 5 de large, et tOOO mètres d'aUiliade aa-desau£ du iâa ; oa y ëière du béLaîL
232 LBCT0RB8 BT AHALT8B8 DB GÉOGRAPHIE.
mUonnar cette mer da désert. Cependant une tradition des al)origènes rapporte qu'autrefois les Indiens Utahs y faisaient voguer de grandes pirogues. L'eau est si dense que le corps d'un homme ne peut y sombrer. Pendant notre séjour chez les Mormons, nous allâmes plusieurs fois nous y baigner ; nous nous couchions sur la surface, et nous pouvions y rester indéfiniment sans le moindre effort et sans mouvement. H nous parut qu'on pourrait y dormir sans courir le danger de se noyer. Cette densité extraordinaire de l'eau explique comment les animaux ne peuvent vivre dans le lac. On n'y voit ni poissons, ni mollusques * . Le seul représentant de la nature vivante qu'on y ait vu, mais rarement, est un petit ver qui se trouve dans le sable de la plage. Les truites qui y descendent quelquefois par les ruisseaux meurent immédiatement. Le règne végétal n'y est représenté que par une algue. Les bords du lac, surtout au nord, sont couverts d'une couche considérable du plus beau sel, qu'on exploite pour les besoins du pays. Au moment de notre passage, on observait sur la rive pardessus le dépôt du sel, une couche d'un pied de profondeur entièrement formée de sauterelles mortes. Ces insectes, qu'un vent violent avait chassés en nuées prodigieusement épaisses, s'étaient noyés dans le lac, après avoir, dans le courant de l'été, détruit les semailles et jusqu'à l'herbe des prairies. Une disette s'ensuivit, et les Mormons ne virent dans ce fléau qu'une nouvelle preuve de la vérité de leur religion, parce qu'il était survenu, comme chez les Israélites, la septième année après leur établissement dans le pays. Le lac n'a pas de marées ; mais, sous le souffle variable des vents, la surface de l'eau se ride, et de petites vagues déposent sur le rivage une écume floconneuse. Il
1. ■ Od ne voit aucun poisson, aucun oiseau aquatique. En quelques points, » des sources d'eau douce très pures se dégagent au bord môme du lac. Nous » choisîmes un de ces endroits pour nous baigner. L'eau est si dense (elle ren-
> ferme vingt pour cent de sel, contre quatre ou cinq que contient l'eau de
> mer ordinaire) qu'on ne pourrait s*y noyer. En nageant, les pieds sortent d'eux-
> mêmes au-dessus de Teau, tant on a peine à enfoncer. Sorti de là, on est bien
> Tite recouvert d'incrustations salines que l'on pourrait racler au couteau. L'eau B douce qui coule sur le rivage sert à prendre un second bain, et celui-ci mitigé
> heureusement les elTuta du premier. • (L. Simonin, A travers les Etats-Unis.)
n'y a pas d'arbres sur les liords du LiCj ni dans aucune des plaines adjacentes, 11 faut monter jusque vers le sommet des montagnes environnantes pour trouver du bois de chauffage. On ne voit prîïss delà plage que quelques plantes à moi tié dessé chées . » Jule s R vm y ^ ,
Vof^nge aupm/s des ilformomj l, I".
( Paris, tSfiO, 2 voL in-S", Deutu.)
Cireat Salt-Ijaice eity* (La cité du Grand-Lac- Salé).
« Quelle singulière ville ! Les maisons sont invisibles. Entourées d'arbres fruitiers, elles se dérobent à la vue* De plus, des acaciasj des arbres-coton, dont la fleur ressemble à des flocons de coton^ forment un épais rideau vert, tendu tout le long de larges et interminables avenues. Cclles-cî, comme dans toutes les villes américaines, se croisent à angle droit du nord au sud, de Test à l'ouest. Des deux côtés, des ruisseaux amenés des montagnes roulent leurs eaux plus abondantes qne limpides. C'est le grand trésor du pays. Selon les récits des rares aventuriers qui avaient les premiers visité celte terre inconnue quand elle faisait encore partie du Mexique j Teau douce manquait complètement, A les eu croire, en dehors du lac Salé, il n'y avait que des mares saumâtres, Mtiis Drigham Young a changé tout cela. L'élu de Dieu, le Moïse des Mormons a fait jaillir du rocher ces sources iiiappré(:iables.
i, M. J a las Hem y, né à Lîvry (Marne) en i8'2fit ancieii profe^aym* d'histoira daIu relie au coilà^ti Hutlia, avisiLé de ISSl à 1âÂ3 le» CanAiiits, le Brâ^il, Je Gblli, la 6c)lme^ le Pérou, les Hes Marquise», Taîti, séjourné troisi ans aux ilôt SAn<iwieh], parcouru en tous sena Iës ELuLa-Unis^ et tixpluré l'Aâie CËntrAJe^ le Thibut et lUimalaya^*. Oalro soo grand ouvrage sur lea Mormoua, qui a été Iraduit en QD|^laiâ, il a publié uno Ascension du Pichifîcha (ChûJons-sur-Mrtrne, iaS8* ia-S») ; les itécs'ts d'un vhuop sauvage, pour sentir à l'hfatoire ancienne d'Hawaii [GhAlona-aur-Mame, 185*^, in-8'»J \ une lii&toire de Vurchipët hawaiien (Ï^Aiiset Leipzig, lâCi» m-f^^) j une Excursion botamgue à travers les Ârdennet françaises (Fana^ ia4&, in -8"), etc., etc.
2. La g^ravure qu'on trouvera plua loin représente la cilé dea Mormons dam le« premièi'tis autiées, et non lelte <]uc M. de Hùbner Ta vue et décrite. Ella eat ratturshée par on chemio de fer à Ogdoo, une des stalioDS do la granits lJ|ïno tran^conljnentale. M. J. Hemy dit que son Toyag;a de 5an-Franciaco à la cité des Saints (Utab)^ accompli en 1855, lui cnùU, à Inî et k son enncpafj^noD de route, M. Brenchtey. plus de -10 000 franca, lia mirent cinquarvie huit joûfa à francbir la dislance entre Sacramenlo el Great-SQlt-LakEj'^Gity. M. deilùbner, quinze «us apres^ y mit environ aiaquanle-buit heurei.
» J*erre seul dans les allées silencieuses. A côté de moi bourdonne le ruisseau. Les acacias me protègent de leur ombre ; les arbres-coton, légèrement abrités parla brise du matin, me couvrent d'une pluie de flocons blancs comme la neige. Parfois je puis apercevoir, au-dessus de la cime des arbres, les « Jumeaux », les deux pics les plus élevés du Wahsatch. Deux diamants étincelaient au soleil, suspendus dans Tairbleu à 15000 pieds au-dessus de la mer! Sur ce haut plateau, les saisons se suivent avec une grande régularité. Après les pluies de l'automne, les ouragans et les tourmentes de neige de l'hiver; puis, après une courte époque de vents et de pluie appelée le printemps, six mois d'été, c'est-à-dire de soleil, de chaleur, de sécheresse. Le manque de pluie, la poussière, et, pendant la seconde moitié de la saison chaude, les mouches, sont les grands fléaux de^ la vallée des Saints. Mais maintenant la nature étale tous les trésors de sa beauté fraîche, jeune, enivrante. J'aspire à pleins poumons l'air élastique des montagnes ; je me délecte aux doux parfums des champs dont je me suis approché sans m'en apercevoir, car me voilà arrivé à la circonférence de la ville. Depuis longtemps j'ai laissé derrière moi les dernières habitations. Les avenues continuent toujours, mais elles ne masquent plus de maisons. Les emplacements tout tracés attendent encore les Saints qui y dresseront leur tente. Ici, la ville se confond avec la campagne. A peu de distance, le nouveau Jourdain serpente dans des crevasses qui rappellent le ghore de la rivière biblique.
)) Dans toute cette promenade, je n'ai rencontré que quelques femmes et une petite bande d'enfants portant sur le dos leurs livres et leurs cahiers, et marchant d'un pas accéléré sans mot dire. Sur leur visage un peu pâle on lit déjà la préoccupation de l'homme mûr. L'aspect d'un étranger excite leur curiosité ; ils me regardent d'un œil scrutateur. Pas de sourire, pas une ombre de gaieté. Puis ils passent outrée Partout la solitude et le silence. Un guerrier
1. ■ Les enfants, écrit le même auteur, pullulent à Salt-Lake-Gity. On en voit » partout. C'est même un des traits caractéristiques de cette ville et de tous les
indien, un Utah, fièrement posé sur sa maigre haridelle, passe au galop. Sa chevelure noire, longue, roide, luisante, s'échappe sous un diadème de plumes ; sa figure est peinte écarlate et jaune; ses traits sont féroces ; il est armé jusqu'aux dents et d'un aspect vraiment terrible. Derrière lui courent à pied ses deux squawsj ses femmes, l'image de la misère et de la dégradation féminines. »
De HiJBNER, Promenade autour du monde, t. P'.
(Paris, 1873, 2 vol. ia-i8, Hachette.)
« En parcourant la ville, nous étions frappés de la propreté qui régnait partout et du bien-être qu'annonçaient la forme et le bon entretien des habitations. Nous ne pouvions surtout nous défendre d'admirer l'ordre, la tranquillité, l'industrie qui se révélaient à nous de tous côtés. Tout ce petit peuple s'agite utilement éomme les ouvrières d'une ruche, justifiant parfaitement l'emblème placé par le président de l'Église sur le faîte de son palais. Ce sont des maçons qui bâtissent, des charpentiers qui équarrissent, des jardiniers qui bêchent ou qui arrosent, des maréchaux qui forgent, des moissonneurs qui rentrent leurs récoltes, des pelletiers qui préparent de riches fourrures, des enfants qui égrènent le maïs, des bouviers qui chassent leurs troupeaux, des bûcherons qui reviennent de la montagne lourdement chargés de bois, des peigneurs qui cardent la laine, des terrassiers qui creusent des canaux d'irrigation, des tailleurs, des cordonniers, des briquetiers, des potiers, des chimistes qui fabriquent du salpêtre et de la poudre, des meuniers, des scieurs de long, des armuriers qui font ou qui réparent des rifles ; en im mot, toute sorte d'artisans et des travailleurs en tout genre. On ne voit pas d'oisifs, ni de
> établissements mormons. Ils sont bien tenus, décemment vêtus, et fréquentent
> tous l'école ; mais la plupart de ceux que j'ai vus m'ont paru délicats, sinon
> chétifs... Les pères savent à peine le nombre et les noms de leurs enfants. Le
> président en a quarante-huit, sans compter les morts. Un jour, il se promenait I dans les rues ; une rixe entre deux gamins attira son attention. Il intervint en I appliquant avec sa canne une leçon assez rude à l'un des petits tapageurs. L'o-
• pèration terminée, il lui demanda: ■ De qui es-tu fils»? Et l'enfant répondit:
• I am "président Young's boy,» En effet, c était l'un de» quarante-huit. ■
désœuvrés. Tout îe maude, depuis le plus simple fidèle jusqu'à l'évêque et jusqu'à f-ipôlre, est occupé à des travaux manuels...
n ... C'est lin spectacle curieux et piquant d'întérôt que celui d'une société si laborieuse et si sobre, si paisible et si réglée, quand on songe aux éléments divers dont elle est formée et aux classes d'où elle est généralement sortie. Il y a à Great Salt-Lake city, en faisant notre ^numération d'après Fimportîmce numérique du contingent fourni par chaque nation, des Anglais, dos Écossais, des Canadiens, des Américains, des Danois, des Suédois, des Norwégiens, des Allemands, des Suisses, des Polon^us, des Russes, des Italiens, des Français, des n&gres, des Hindous, des Australiens, des Chinois. Tous ces gens, nés dans des croyances différentes et souvent opposées, élevés pour la plupart dans l'ignorance la plus crasse et dans des préjugés divers^ ayant vécu, les uns dans la vertu, les autres dans l'indifférence, le plus grand nombre, peut-être, dans un entier abandon aux instincts les pins grossiers ; tous ces gens différant entre eux par le climat, le langage, les mœurs, les lois, la nationalité, les goûts, se soet rassemblés, se rassemblent tons les jours pour vivre mieux qoe des frères, dans une harmonie parfaite, au milieu du conthient américain, où ils forment une nation nouvelle, indépendante, compacte et, par le fait, tout aussi peu soumise au gouvernement des Etats-Unis qui rhéberge qu'aux Dr m ans du Grand-Turc ' , a Jules IIi-my,
Voyage au pai/s des Motmons, i, F*".
; Parla, J8ûO, S vol. in-S", Deoliï*)
L H Ces bibliques pcrflonnages oui f ni t de leur Terre.- Prn mise, aride atîneulle, I une Judéo fcrtiJa; pour com[>léter rillusion, ilfla'inlilyleiit grAvemeot le FûU]^iltt I de Dieu, leur vilte â^appelle Sidd; ce rubAû moiré qui se dérùulo danak vallée, y c'esl le iourdnin ; le lac Salé est devenu la mer MurLe pour cefl saints des deri DÎersJDmrsi enûn noua autrea^ uoub Bammea jea Gentils.., SanBé<::oiiier qn&Iqaei p Qenlii» haineux et tiraorca, nous avons parcourti le territoire de l'UUh; partout ) ces houDétfitt seclaires se moDtrBiit si m p Los et hospitaliers ^ et nous n'avou i rapporté que te souvenir d'uùe excursion pittoresque à travers des défilés bor- I déa de collines vertJcalea, des gorges rempiles d'un cbaos d<a rochea ehangeant I à chaquo détoar^.. L. et O. VtnDBXTGauE,* Promenades H c fiasses dans lAmé- I rique du A^ord i (Paris, C, LÉvy, in- 18.;
lies Mormons (Résumé historique).
A 37 milles d'Ogden, une des stations du chemin de fer transcontinental , se trouve située la cité des Mormons ; une voie ferrée y conduit, parallèle au lac Salé, et construite par les Mormons eux-mêmes. C'est là, sur un plateau de 1400 mètres de hauteur, dominé par les hautes cimes des monts Wahsatch, que cette secte bizarre a fixé son dernier établissement. Joseph ou Joô Smith, fondateur ou régénérateur du mormonisme, était le fils d'un fermier, né en 1 805, dans Tétat de New-York. G*est en 4823, dans le comté de Seneca , qu'il prétendit avoir vu Tange envoyé de Dieu pour lui révéler la religion nouvelle. En 1830, fut constituée Téglise de Jésus-Christ des Saints du dernier jour {the church of latter day Saints). Smith, reconnu prophète, baptisa par immersion «es adhérents. Bientôt fut imprimé le livre de Mormon * ; les sectaires firent une propagande active, fondèrent un Journal à Indépendence (Missouri), prêchèrent, établirent des magasins, des fermes, des moulins. L'Église prospéra et fît des jaloux. Smith, l'envoyé de Dieu, le successeur de Moïse, le croyant, le révélateur, le traducteur, le prophète, fut une nuit arraché de son lit par une douzaine de furieux, qui le trempèrent dans une cuve à goudron, couvrirent de plumes son corps et le battirent cruellement. Les persécutions commencèrent alors contre les Mormons : on brûla, on pilla, on détruisit leurs établissements, on les traduisit devant les tribunaux, qui n'osèrent pas les condamner. Quant aux persécuteurs, ils purent se livrer à toutes les violences contre les Mormons, impunément. Le mormonisme se développa et s'exalta dans la persécution. Smith, pour se soustraire aux attaques des Missouriens, alla fonder une nouvelle capitale dans l'Illinois, à Nauvoo. Nauvoo prospéra, et des milliers de a saints » y accoururent de toutes parts. En 1843, au moment des élections dans lesquelles l'influence du parti mormon était redoutée, Joë Smith fut arrêté
1. Joseph Smith a donné la définition suivante du mot mormon : mormon vient du mot égyptien réformé mon^ qui veut dire bon, et du mot anglais mor^ contraction de more : plus ; mormon voudrait donc dire meilleur. Le terme de comparaison auquel songeait Smith est la Bible, le livre par excellence, qui, suivant Smith, vaut moins que le Livre de Mormon. Mormon désigne le grand pro[ihète juif, imaginé par Smith, qui aurait écrit >*ur les tables de Nephi (?) le Livre des Saints retrouvé et traduit par le prophète
ÉTATS-UNIS DE L'AMEHlQUa DU ÎIORD.
et emprisonné à Gartbage. Le 23 juin 18 i4, il était massacré dans sa prison ^ avec son Mre, par la papulace en fureur» Nauvûo fut bombardé et saccagé, et le Temple, a modèle de i'arcbitecture mormon ne, )* détruit. Alors comme np le grand exode des saints du det^ier jour. Les Mormons, dirigés par Brigham Young, abandonnèrent leur cité incendiée, leur temple en ruines, traversèrent le Mississipi, et, après trois années de marches au milieu de régions sauvages et inexplorées, luttant contre des souffrances inouïes, hommes, femmes et enfants, en wagon, à âne, en brouette, à pied, décimés par la famine et la maladie, mais indomptables dans leur foi, ils arrivèrent, en juillet 1847, sur les bords du lac Salé, situé entre les Montagnes-Rocheuses et ia Sierra-Nevada de Cahfornie,
La contrée avait une vague ressemblance avec la Palestine. Les Mormons s'y établirent; elle portait le nom de Bcseret (pays de l'abeille) ; elle prit dans la suite celui d'Utah» Les Mormons fondèrent la Nouvdk-Sion^ GreatSalt-Lake-City^ la cité du Grand-Lac-Salé, près de la rive droite du Jourdain, à quelques lieues de son embouchure dans le lac, La ville, qui ne comptait qtie quelques maisons en 18o0, a aujourd'hui 12000 habitants appartenant à toutes les nationaliti-s : Anglais, Écossais, Canadiens ) Américains, Danois, Suédois, Norvégiens, Allemands, Suisses, Polonais, Russes, Italiens, Français, Nègres, Indous, Australiens, etc. Tous les Mormons ne sont pas d'ailleurs dans Great-Salt'Lake-City» Brigham Young, avec une habileté prévoyante, a fondé des colonies sur tous les points de la contrée ; il désignait lui-même les colons qui devaient les peupler, et, ceux-ci, au jour iixé, sans avoir été même consultésj recevaient l'ordre de partir où la volonté du prophète les envoyait. En outre, Brigham Young expétiiait par le monde des missionnaires chargés de prêcher la doctrine mormonne et de faire des prosélytes. Les Mormons sont 80000 en Amérique, et 200,000 en tout dans l'univers.
Le gouvernement fédéral hésita longtemps sur la conduite à tenir vis-à-vis des Mormons*. En 1850, enfin, TUtah fut organisé en territoire avec deui Chambres, et le président des Etats- Unis, M. Fil I more, donna à Brigham Young lui-même le titre de gouverneur. Mais les conflits dti gouverneur et des fonctionnaires placés sous ses ordres, Thostilité peu dissimulée du pro-
ÉTATS'UNrS BE L'AMÉRIQUE DU NORD*
guère à donner sa démission, et tous ses successeurs furent eipuisés par la population. Le président Buebanan envoya, en lïi57, un nouveau gouverneur^ Alfred Cumming, escorté de 2SO0 miliciens. Les Mormons cédèrent et obtinrent Tamnistïe. Cinq ans après, à la demande qu'ils firent d'être admis dans rUnion, le Congrès opposa un refus, et vota ime loi contre la polygamte et ïa grande propriété. Durant la guerre civile, entre le Nord et le Sud, les Mormons gardèrent la neutralité, ne reconnaissant d'autre chef civil et religieui que Brigham Young* Ils prirent part activement à la construction du chemin de fer transcontinental qiii traverse rUtah, et y rattachèrent leur ville par un embranchement. En 1870, le Congrès vota une nouvelle loi obligeant les Mormons à renoncer à la polygamie ou à quitter les États-Unis; le général Sbœffier, gouverneur de rUtab, fut chargé de la faire exécuter. Les Mormons résistèrent éaergiquemcnt, Brigbam Young fut poursuivi, puis acquitté par les tribunaux. Il fit, en 1872, un voyage en Palestine, dans le but, a-t-il dit, de préparer une nouvelle émigration. 11 n'en fut rien, et les résistances continuèrent. Brigbam Young avait en même temps à lutter contre les schismes ; le plus redoutable fut celui de Joseph Morris, le confident du prophète, qui voulut se substituer au chef des saints. Mal lui en prit ; il fut pourchassé dans sa retraite, et finalement égorgé avec tous les imprudents tjui avaient osé voir en lui l'oint exclusif du Seigneur. Brigbam Young est mort eo 1877, à l'âge de soiiante-dii-huit ans, sans avoir pris soin de désigner son successeur. Dans une grande assemblée tenue, le 2 novembre, dans la ville du lac Salé^ oïl tout le clergé mormon était présent, il a été décidé que l'Eglise des Saints serait dirigée par les douze Apôtres, à la tête desquels se trouvent Taylor, Pratt et le fils aîné de Young. Depuis la mort de Young, la Chambre des représentants de Washington (lévrier 1882) a de nouveau adopte par 199 voix contre 42, un bill interdisant la polygamie sur le territoire de T Union. Malgré sa vitalité apparente, on peut dire que les jours du mormonisme sont comptés; les Mormons succomberont sous la triple atteinte de la loi améncaine, de la concurrence californienne, et de la réprobation morale dont leur doctrine est frappée*.
1. NûiiB n'entreprend m oa pas d'analyser la doctrine des Mormons : eîîe a été exposée tout aa long dani TexccUBDl ouvrage de M, Jtilea Uéiny. Nuua ditooi
iLMÊRiQL'E. 15
lies diemins de fer, les gares» les bagageSf les sleeplng-cars.
Le premier chemin de fer américain fut inauguré en 1831, dans l'Etat de New-York, sur les rives de THudson, où 24 ans plus tôt on avait vu
f)asser le premier bateau à vapeur conduit par Fulton lui-même. Cette igné avait 16 milles de long (environ 26 kilomètres). — En 1894, les Etals-Unis possèdent 286000 kilomètres de chemin de fer en exploitation, près ne la moitié de la somme totale des lignes du monde entier (qui est de 600000 kilomètres). De 1870 i 1873, une véritable lièvre s était emparée des Américains pour la construction des voies ferrées ; en trois ans, ils en établirent 31 000 kilomètres. Une effroyable débâcle suivit ces entreprises furieuses; les actions du chemin de TErié, qui étaient montées à 126 dollars, tombèrent à 17, grâce aui manœuvres frauduleuses, au banditisme financier des directeurs et administrateurs. Un de ces agioteurs, James Fisk, d'abord colporteur, puis fournisseur des armées, puis banquier, avait fait construire à ses frais un opéra et y avait transporté ses bureaux; il avait aussi acheté un régiment de la milice et s'en était fait nommer colonel; il étonnait New- York de ses folies. On évalue à 55 milliards de francs le capital représenté par les chemins de fer; ils emploient plus de 700000 employés. « Les condi- » tions particulières dans lesquelles se trouvèrent les Etals-Unis, par » suite de l'immigration, expliquent l'entrainement des Américains à » construire des routes à locomotives. L'immensité du territoire occupé » et l'éloignement des centres de culture imposaient aux habitants la » nécessite de travailler tout d'abord aux soins de communication^ » et les chemins ordinaires étant peu nombreux, d'un entretien difficile, » il paraissait naturel de suppléer à ce manque de routes par un » outillage plus complet, permettant une circulation beaucoup plus ra- » pide. Les villes d'Europe, depuis longtemps reliées entre elles par des
seulement d'après lui que le mormonisme est en beaucoup de points une con* trefaçon évidente de la Bible, un ensemble d'emprunts à peine déguisés faits à la Genèse, aux livres des Rois, aux Epitres des Apôtres et à l'Apocalypse. La doctrine des Mormons admet et encourage la polygamie ; par ses pratiques et ses croyances, elle est la négation manifeste des idées, des usages et des mœurs de notre siècle. Le Livre de Mormon fut composé vers 1812 par un certain berger du nom de Salomon Spaulding, dont l'imagmation avait été éveillée par la découverte d'antiquités américaines, près de New-Salem. Spaulding communiqua son roman biblique à ses voisins, et le fit passer pour l'œuvre d'un des derniers descendants d'une antique race disparue. La Bible d'or — ainsi le désignait-il ^ fut transmise à un imprimeur de Pittsbourg, nommé Paterson, qui ne consentit à l'imprimer qu'avec une préface et sous un autre titre. Spaulding refusa l'une et l'autre, et le manuscrit, oublié chez Paterson, y fut retrouvé plus tard par Sidney Rigdcm, qui en prit copie. Joô Smith en eut connaissance, s'en rendit maître, le remania, et, avec la complicité de Rigdom, il inventa la légende suivante : Un ange lui était apparu et lui avait révélé que depuis dix-huit siècles l'humanité faisait fausse route ; il lui avait indiqué le lieu où se trouvaient les plaques métalliques sur lesquelles étaient gravées les nouvelles lois qui devaient régénérer le monde. Pour lire et traduire ces lois en langue vulgaire, l'ange fournit à Smith deux pierres transparentes comme du cristal, l'urim et le thummim. Muni de ces lunettes merveilleuses, qu'il ne montra d'ailleurs à personne, non plus que les plaques étincelantea, Smith déchiffra le texte mystérieux. Ainsi fut écrit le livre de Mormon, publié en 1830 en Amérique, en 1841 en Europe.
» themios réguliers, devaieat être moiDs pressées que les cités nordn américaines : celks-ci pouvaient se dispenser de la viahitilé primiUve » pour ea adopter uue meilleure, oûeile par l'iuduatrie moderne... V Tandis qu'en Eyrone, la voie ferrée se conslruit entre des cités eiis- H tantes^ atix ElaU-Uais, elle les précède, s avançant au loîu veriî les
• solitudes; !es emplacements des YÎIIagesT des liuurgs commerçants, » des capitales même, sont désignés d*avance par les stalious, les croi-
• sements, les nœuds de convergence, «
E, Reclus (page 151).
a Au départ, pas pios qu'à TatTivée des trains, aucun obstacle, aucune ditflf.ullé, aucune- barrière. La gare est accessible à tous iodistinclement; ehatîun circule comme il lui plait On ne parque, on ne met personne sous clef. On délivre des billels jusipi'à la dernière minute, et les amis, les parents qui accompagnent le voyageur peuvent le suivre jusqu'à sa voiture, monter même un moment avec lui et n'en descendre qu'à Tin s tant précis où le train se mettra en marche, ce qu'il fait très lentement. On trouve des billets de chemins de fer dans tous les hôtels, dans les bureaux de ville des compagnies et dans certains bureaux particuliers de messageries. On peut même y porter et y faire enregistrer ses bagages. On arrive ainsi à la gare sans nulle préoccupa tiouj sans embarras.
» Les wagons à bagages n'offrent rien de particulier, mais il faut décrire au moins la façon à la fois rapide, sûre et économique dont les bagages sont enregistrés et délivrés à destination. 11 est rare qu^on les pèse. L'homme expert qui préside à ce service juge à l'œil, pour gagner du temps, si vous dépassez le maximum de 50 kilogrammes généreusement attribué à chaque voyageur. Cela fait, il attache à la courroie ou à la poignée de votre colis une rondelle de lailon. CeEe-ci porte un numéro d'ordre, le nom delà ligne que vous prenez et quelquefois le lieu de départ et d'arrivée» On vous délivre une rondelle correspondante, et autant de fois de ces rondelles que vous avez de colis, et c'est tout. Pas de bulletin, pas d'inscription, pas de timbre, pas de di'oit de statistique à payer. On appelle cela chéquer le bagage, et Ton donne aux rondelles le nom de chèques; elles ont, en effet, la valeur d'un bon à vue comme le chèque lire sur une banque. Avant le moment de l'arrivée, un
homme monte dans le train; il vous demande vos chèques, vous les lui remettez, si vous voulez. H vous rend en échange un petit papier, détaché quelquefois d'un registre à souche. Sur ce papier sont indiqués le nombre et le numéro de vos colis. Vous payez en retour autant de fois 25 cents (4'%25) que vous avez de pièces, et souvent vous ne payez qu'après réception. Si vous désirez avoir une place d'omnibus pour descendre dans un hôtel ou dans tel quartier de la ville où vous êtes arrivé, le même agent vous la fournit. Le prix est d'habitude le même que pour un colis, si ce n'est le double. Pas une minute d'attente, pas d'ennuis d'aucune sorte, pas de pourboires à donner aux facteurs. La puissante corporation des facteurs express fait ce service à la satisfaction universelle du public, avec une fidélité ponctuelle, une loyauté à toute épreuve. Si un bagage vient à se perdre, le chèque sert de preuve, et une indemnité est payée. Les bagages laissés en dépôt qui ne sont pas réclamés sont vendus au bout d'un an et un jour à l'encan, tels quels, non ouverts : les amateurs les apprécient au poids et enchérissent en conséquence.
)) Un Chicagois, M. Pulmann, a fait une fortune immense en inventant les sleeping-cars ou wagons-dortoirs. Le sleeping-car a la forme d'un car ordinaire, mais beaucoup plus élégant dans ses formes architecturales, dans sa décoration ultérieure et extérieure, si bien qu'on l'appelle alors un palace ou un silver-car, une voiture-palais, une voiture d'argent. Le soir, l'espace entre chaque double siège se transforme en une couchette au moyen des dossiers mobiles qu'on enlève et qu'on rapproche horizontalement au niveau des deux places qui se font vis-à-vis. Sur cette couchette, on étend un matelas, on jette dessus un drap, un traversin, un oreiller, des couvertures, et voilà, un lit improvisé. La couchette au-dessus est formée par la paroi latérale supérieure du car, laquelle est mobile autour de deux charnières et soutenue horizontalement par deux petits câbles en fil de fer qui font fonction de haubans. On étend sur cette couchette comme sur l'inférieure la literie nécessaire; un rideau, courant sur une tringle, isole les lits qui
rappellent un peu par leur disposition les cabines superposées des bateaux à vapeur, mais sont beaucoup plus larges et à deux places au besoin. Le couloir du milieu reste libre, et il est éclairé toute la nuit par des lanternes suspendues au plafond. Le jour, toute la literie disparaît; elle est remisée dans l'espace resté vide contre la paroi supérieure du car, celle oti couchait le voyageur d'en haut. C'est surtout dans ces ingénieuses installations que consiste l'invention de M. Pulmann. »