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CHAPITRE III

ISTHME DE PAIVAMA

Politiquement, Tisthrae de Panama dépend des Etats-Unis de Colombie; géographiquement, il fait partie de la longue bande de terre qui, sur une longueur de 2300 kilomètres, rattache Tune à l'autre les deux grandes masses péninsulaires du continent américain.

Un seul isthme, dans cette réî^ion où on en distingue un grand nombre, est plus étroit que celui de Panama; c'est l'isthme de San-Blas, qui n'a que 50 kilomètres, de l'embouchure du Bayano (Pacifique], à celle du Nercalegua (Atlantique). L'isthme de Panama en a 56, de la oaie de Limon à l'embouchure du Rio-Grande (Pacifique). L'isthme le plus favorisé pour la faible altitude des cois est celui de ilivos, dans le Nicaragua, où le col de Guiscoyol h 46 mètres de hauteur, tandis que le col de la Culebra, où passe le chemin de fer de Colon à Panama, en a 82. Le littoral de l'Atlantique est bas, marécageux, bordé de palétuviers et souvent d'une épaisse ceinture de coraux (baie de Limon, et embouchure du Chagres) ; la côte du Pacifique est plus élevée; \e Cerro de Ca6ras (500 m.), le pic de l'Ancon (170) se dressent au bord de la mer; sur ce rivage sont les lies très salubres des TabogaSy des Naos, Perico^ Flamenco.

L'isthme est parsemé de collines et de sommets en forme de pics ou de dômes; il est difficile d'y reconnaître un faite de {partage; l'arête de la Cordillère est interrompue; au nord-est, elle se relève près de Porto- Bello, au massif de Santa-Clara (1 000 m.) et se prolonge dans la Colombie : à l'ouest elle se termine au pic de Trinidad (1 500 m.) d'où se détache à travers Tisthme un contrefort oblique s'abaissant à Sa mètres, au col de la Culebra, lieu de passage de la voie ferrée et du futur canal interocéanique. C'est ce contrefort qui détermine la direction des deux versants.

Le versant de l'Atlantique a pour cours d'eau principal le rio Chagres (110 kilom.) qui descend des montagnes du nord-est, à travers des gorges étroites, et passe à CruceSy de là à Matachin^ où il rencontre le chemin de fer, coule ensuite de l'est à l'ouest jusqu'à Barbacoas, où la voie ferrée le traverse, et du sud-est au nord-ouest jusqu'au fort de Chagres. Son cours semé de rapides jusqu'à Trinidad, est ensuite très lent jusqu'à la mer (profondeur de 4 à 5 mètres en moyenne). Ses affluents principaux, sont a droite, le Frijole et le Gatun; à gauche, le Chilibrey le Quebrada, le Trinidad. De grands travaux seront laits dans le but de détourner le cours du Chagres pour le passage du canal. Dans le Pacifique, à Touest de Panama, se jette le Rio-GrandCj que le chemin de fer coupe égalament, et, près de la baie Vacca-di-Moote, le rio Bernardine, issu de la Sierra- Veragua.

Le climat de l'isthme est en général supportable. L'année a deux saisons, la saison sèche ou été (verano), et la saison pluvieuse ou hiver (de mai à novembre). Durant la saison sèche, la température varie entre 21 et 35 degrés, aurant la saison des pluies, entre 24 et 30. L'été, la brise du nord rafraîchit l'atmosphère; l'hiver, les orages journaliers tempèrent la chaleur. Le choléra et la fièvre jaune, qui ravagent souvent les régions

ÂM^ÏITOUE CENTRALE.

îatertropkales, y sont incomiues*. La nature, dans rîstlime, est merveitleusemcot opolenle; les explorateurs ortt pu comparer les forêts vierges du Diirieii à celles du bassin des Atnazoneti; la faune €Sl très variée ium^ fi le sol cacbe des mines d'or. Mais l'homme est inférieur à b nature; indolente et molle, la populi^tion ne saur4iit fournir une âéneuse armée de travailleurs. « L'icitjieii se plie mal, écrit M. Verhrugglie, aux eiigenccs 1» d'un travail régnlier; il lui manque lu fori^e pliyi^îqiitj et la force morale; n iJ marche sans relâche dans sa forêt, guelLe, tout un jour immobile^ le JB poissoa de ses fleuves, mais il refuse de se courber pour creuser la » terre. En de rares eudroits seulcdnent, il se mooLre tiostile, et eetle

8 hostilité se tourne surtout contre les nègre», qui foui à grand fracaa « invasion dans s:i forêt, frappent les arbres à caoutchouc de leui'S haches » et foui fuir le gibier.

D Le nègre, bien [»tus que Tlndien, deviendra un auxiliaire pour le per-

9 eement de l'isthme; un grand nombre parmi eux sera employé utile* » ment à l'ouverture des sentiers préalables, car leur adresse'* a manier le » sabre droit est merveilleuTL; quelques-uns le maua&uvreat avec la même > dextérité de \i main droite et de la maiii gauche, et leur rapide mou- » linel h courbes enlrccroisces abat sans arrêt lianes et arbustes. Ils sont a excellents bûclieroiis et excellents mariniers. Jis guident leurs piroguei j» à travers tes rapides les plus dangereux, et la vigueur de leurs bras ]« I» cède k i^eine ^ u sûreté de leur regard. Le capataz José (pendant les n expéditions dirigées par M. Wpe), chargé de couper un eheuiin en » droite ligne, atteignait son buL par uue suite de jalonnemenls & VœU^ » sans que, sur ime distante de plusieurs kilumëtres, la boussole accusât » an« erreur sensible. » Ces ooîrs du Choco et du Siuu, qui sont d'excellents guides et d'admirables trappeurs, ue sont souvent que de méchants terrassiers; mais il reste à la Compagnie iolejocénuique uue ressource qui suffira à tous ses travaux, le précieux secours des coolies Chinois qui ue Be feronl pris prier pour lui prêter main-forle.

L'isthme «le Panama a été dès l'ûriginc le grand chemin des émîgrants aux mines d'or du Mexique et de Californie : les étapes, Pauamaj Gorgone, CruceSj Gatun étaient bien connues des voyagenrs avant la construcUoo du chemin de fer de Colon. Aussi toute une bande de scélérats s"ét4iit-elle formée dans l'isthme, trouvant profit à égorger et dépouiller les voyageurs isolés ou attardés. Souvent le courrier môme fut attaqué; les pirogues, qui transportaient les voyageurs, étaient coulées par les mariniers euxr])dmes. Cu jeune Américain de vingt ans à peine, Rùu Runnell, organisa une petite troupe de batteurs d'estrade, proclama la loi de Lynch, et pendit un tel noojbre de ces misérables, mm les autres, perdant confiancet et ue trouvant plus assez de sécurité dans le pays^ s'enfuirent et ne repararent plus. Celait vers ISâO : rétablissement du cliemin de fer a éloigné tout péril de ce genre; dans riuiéneur, les cases soui nombreuses et hospi> talières, et les exploralioas possibles.

1. Il convioot d'en oxcapler les eûtes mare wige uses ai inrtlsiinas de l'AtUo' tique, nolrimment tea environ!* do C ha grès. H semble qu'un ail cxA^réré l'iûlalLibrïté du climat do Colon, qui & p&ti du volsiuagiS do la po^titeiitielio eité d? Chagrcs. [V. plus Imo, paj^â 31^.)

lies exploitations et les projets de percement des isthmes.

Les premiers marins qui abordèrent aux çlages d'Amérique conçurent la pensée de rompre Tétroite barrière qui sépare les deux océans. L*idée du percement de Tisthme américain naquit le jour où Vasco Nunez de Balboa, avant tous les autres Européens, fit la traversée et découvrit la Tuyra (Darien) et le vaste golfe situe à son embouchure (1513J. Fernand Cortès songea à couper l'isthme de Tehuantepec, et le fit explorer dans ce dessein (1522). On n'y trouva pas ce qu'on cherchait : un passage naturel maritime ou fluvial. En 1554, les excursions de Gil Gonzalès d^Avila au Nicaragua, celle de Pizarre à Panama furent infructueuses, et le conseil espagnol des Indes, intéressé à garder le monopole du commerce de l'Amérique centrale, paralysa les projets de Charles-Quint et de Philippe II : il arracha même à ce dernier un arrêt qui condamnait à la peine de mort quiconque, sans une permission expresse, remonterait les rivières de l'isthme ou présenterait un projet de réunion des deux océans.

Pendant un siècle environ, la question parut abandonnée. En 1698, l'Anglais William Paterson fonda, sur la côte du Darien, la colonie de New-Edimbourg, chercha un passage à travers la Cordillère, et au retour présenta à Guillaume 10 un mémoire intitulé : les Quatre Passes de Paterson. Les discordes religieuses entre anglicans et presbytériens, les assauts des Indiens et des Espagnols qui détruisirent les postes écossais, firent échouer tout projet. A la fin du dix-huitième siècle et au début du dixneuvième, l'Amérique espagnole, après l'Amérique anglaise, s'aff'ranchit de la domination de la métropole. Dès lors, les projets de percement de l'isthme se sont suivis sans interruption, sans lasser jamais l'attention des politiques, des savants et des commerçants.

Nous n'essayerons pas ici d'en retracer l'histoire un peu monotone, malgré de tragiques épisodes; nous nous contenterons de rappeler les

Frincipales expéditions. William Pitt proposa, en 1800, le percement de isthme de Nicaragua ; l'opposition de Jonn Adams, président des Etats- Unis, fit ajourner et abandonner l'entreprise. Sous les auspices de Guillaume le' de Nassau, roi des Pays-Bas, le général Nerveer la reprit sans flus de succès (1829). En même temps. Simon Bolivar faisait explorer isthme de Panama par des ingénieurs ansrlais et suédois : en 1833^ les ingénieurs français Sablas et Morel; en 1835, le colonel anglais Biddle, après de nouvelles études, concluaient à l'impossibilité du percement. En 1841, le général Remy de Puydt, aide de camp du roi des Belges, Léo-

Sold 1er, étudia un nouveau tracé par le Guatemala; en 1843, MM. José e Garay et Gaetano Morro proposèrent un canal par le Tehuantepoc. La même année, le gouvernement de Louis-Philippe chargeait les ingénieurs Napoléon Garella et de Courtines de chercher encore, entre la ville de Panama et l'embouchure du Chagres, la ligne la plus propre à l'établissement d'une communication maritime; le rapport conclut une fois de plus à l'impossibilité de l'entreprise, faute d'une quantité d'eau suffisante pour l'alimentation permanente des trente écluses nécessaires, et faute

de ports convenables sur run Unes avaient d'ailleurs léitssi par leurs travaux ft élaljiir «fiiae mauière incmiteslable Féplilé du niveau moyea entre les deux océans; ils pruposaîeot eu outre, cuntme imméiliateuient praticable, un plan de chemin de fer inlerricéamque. Les deux tracés furent terminés en ÎS44- Une compagnie française se forma pour Jh construction du raiiway; mais îa sjuscription du capital traîna en longueur; la révolution de 184S survint, la concession obtenue était à son terme. Elle fut recueillie par une société américaine au nom de laquelle le^ intçénieurs Tollen et Aspinwall construisirent la voie ferrée qui réunit Cufou à Panama, (Vuy. p. 3a8.)

Une lenlalîve de colonisaliûn prussienne dans le pays des Mosquitos, qui devait précéder de nouvelles rechercher daiis le Nicani;?ua, fut corabaltue par riltustrede Huouboldt, et n'aboutit pas (1844). Un autre projet dans la même région Ûi alors un certain bruit, à can&e de Tliomme qui le \iùi sous son palrotiage. Le prince Louis-Napoléon, alors enfermé dans la eilitdelle de Ham, reçut la visite de Al, Caslillaci, chargé d'aiTaire» des républiques du Cen ire-Amérique, qui lui fit part de ses projels de canaL Le prisonnier fut séduit, un officier dévoué alla explorer l'islhaie, et le canal projeté reçut le nom de ^'apuléon. Le prince envfjya â M> Thiers un long mémoire tr»^s cunsciencieusement élaboré, et déclara que» renunçant désormais à la politique, il n'avait plus qu'une aoibitiun, c'élail de devenir entrepreneur tréut-ral du canal projeté. Le ministre ne répundit pas. Dès lors U>uis-IS'(tpijléoû forma nn autre projet, celui de s'enfuir, et s'évada en eiTet de la forteresse (1S4G), Arrivé à Londres, il s'occupa activement du Nicaragua^ et orpnisa même une compagnie financière pour les Iravauï. Tout à coup éclata la révolution de 1848; le prince crut devoir renoncer à rAmériquej l'entrepreneur du canal devint candidat, puis préijident, puis empereur.

De 1845 à 1S4S, plus de vinirt-cinq ingénieurs anglais, français, américains et Êuéduis explorèrent l'isthoie de Darien et le fleuve Atrato, sans pouvoir donner une solutiun pratique. Les Amérii^ains s'arrêtèrent à ce projet, et dirigèrent dans le Darien de nouvelles expéditions en lft57 et en 1S61, En 181»^, y\. Félix Belty, mandataire d'une société française, fut chargé dobttinir des gouvernenjenls de Nicaragua et de Costa-Kicâ un privilège pour l'ouverture d'un canal L'expluratton échoua; M, Helly en a expliqué les raisons dans plusieurs travaux remaïqniables. Le traité de 1868 sis^ié entre MM. Michel Chevalier et Ayun, ministre des affaires étrangères à Nicara^^ua resta également lettre "morte. Les deux voyages de M. Lucien de Pnydt au Darien, accomplis avec intrépidité en 1861 et iS64, révélèrent un' passage praticable dans la Cordillère, et la possibilité d'un canal ssus tunnelet sans écluses.

C'est alors que les Etats-Unis, jusque-là indiiïérenta en apparence, intervinrent dans le choit des tracés. Jftbux de voir les élran|rer>, et les Français en particulier, poursuivre avec ténacité ces projels de canal, its évoquèrent la fameuse doctrine de Moiiroé*. et, en lî^Tf), le Congrès votî que le gouverneuieût prenait à sa charge les frais d'une élude coioplète et

1. M. Oarelltt E*i mort ea 185S dea suitos d'utio maladie conlPâfîlée dana son exploration' de rislhme.

8. Dûclrinedt' MmroS, — MonroS Itaît président Hes Etals- 0 nia en 1820, Inrsqoe ifl innDifoîita dûtij? les conseils des monafeJaiea de l'EurDpe une recrudeseeuco de» idées léj^ilimiâtes, reodalcselabscilatifites, La Saint o-AVM an <:e étouffa pnrU force toutes les tatitâlives d'émancipation libérale des peuples. Lca E(jits-Unis s'émoreat

sérieuse des isthmes. Deux expéditions richement dotées furent organisées. Celle du Tehuantepec avorta; celle du Nicaragua fut dirigée par Crosmann et Hartfeld. Crosmann périt an début, dévoré par un requin; Hartfeld déclara tout projet impraticable (187i-72). Enfin, en 1872, une autre commission, sous les ordres du commandant Selfridge, fut chargée d'examiner les tracés du sud, de Panama au Darien et au Ghoco. M. Selfridge arrêta définitivement un tracé entre le confluent du Napipi et de 1 Atrato et le Pacifique ; mais ce tracé comportait douze écluses de dix pieds de chute chacune. Il n'en réussit pas moins à faire condamner le projet de M. de Puydt, en déterminant la hauteur du col de la Tanela découvert par notre compatriote.

Il faut mentionner encore les explorations et les tracés plus récents des Américains MM. Lull et Menocal (1876), et ceux de nos compatriotes MM. Blanchet, Pouchet et Sautereau dans la région du Nicaragua. Ces canaux ne pouvaient être construits sans écluses.

Enfin, en novembre 1876, une expédition composée de vingt membres français et étrangers, à la tète desquels se trouvait M. l'ingénieur Celler,

de la restauration de Tabsolutisme en Espagne, craignirent pour les colonies américaines devenues indépendantes, et firent cause commune avec les républiques récemment fondées dans le Nouveau-Monde. Monroë se fit Tinterprète de cette détermination dans un message adressé au Congrès, au mois de décembre 1823. La doctrine, devenue fameuse sous le nom de doctrine M^nroé, peut se résumer dans cette formule : L'Amérique aux Américains. Depuis Thomme d'Etat qui Pavait adoptée comme une garantie, cette politique d'exclusion a été singulièrement exagérée et dénaturée par ses concitoyens qui la font servir aux intérêts particuliers de l'Union bien plus qu'aux intérêts généraux de l'Amérique elle> même. Voici la partie la plus significative du message de Monroê, où la doctrine est exposée : « C'est toujours avec anxiété et sympathie que nous avons » assisté au spectacle des événements qui s'accomplissaient dans cette partie da » monde d'où nous avons tiré notre origine. Les citoyens des Etats-Unis nour- » rissent les sentiments les meilleurs pour la liberté et le bonheur de leurs » semblables de l'autre c'té de l'Atlantique. Tant que la guerre a subsisté » entre les puissances européennes, nous nous sommes abstenus d'y prendre » part, de même qu'à toutes les affaires qui ne regardaient qu'elles : notre po- » litique nous le commandait. C'est seulement lorsque nos droits sont attaqués » ou sérieusement menacés que nous nous sentons blessés et que nous nous » préparons à nous défendre. Les événements qui se passent dans notre hémi- » sphère nous touchent plus immédiatement, par des raisons qui se présentent » d elles-mêmes à tout observateur éclairé et impartial. Le système de politique » générale des Etats de la Sainte-Alliance diffère essentiellement sous ce rap- » port de celui de l'Amérique. Cette différence procède de celle qui existe dans » les institutions respectives. Notre nation est tout entière dévouée au main- » tien des institutions qui ont été acquises au prix de tant d'argent et de sang, » mûries parla sagesse de nos concitoyens les plus éclairés, et à l'ombre des- » quelles nous avons joui d'une prospérité sans exemple. En conséquence, c*est » un hommage que nous devons à la vérité et à notre désir de continuer nos re- » lations amicales avec les puissances alliées, de déclarer que nous considère» » rions comme dangereuse pour notre repos et pour notre sûreté toute tent»- » tive qu'elles feraient pour étendre leur système à une portion quelconque de » eet hémisphère. Nous nous sommes abstenus d'intervenir dans les colonies

• on dépendances réelles des différents Etats européens, et nous ferons de même » à l'avenir : mais pour ce qui est des Etats qui ont proclamé et fait prévaloir

• leur existence indépendante, et dont après pleine considération, et conformé- » ment à de justes principes, nous avons reconnu l'indépendance, nous ne m pourrions regarder que comme une manifestation de sentiments hostiles aux » Etats-Unis toute intervention qui aurait pour objet de les opprimer ou d'en n contrôler, de quelque manière que ce fût, les destinées. »

Sarlit SDUS k conîmandenienl de M. le lieutenant de \"aîsseau Lucien ,-B. Wyse, auquel s'élait adjoint M. le lieutenant Armaiid Recluse Ils reconnurent les eireurs des renseignements fournis sur le iJarieii el portèrent leurs recherches sur les istïimes de San-Blas et de Panama. Après de m explorations accuin plies à six mois dlnlervalle, ils jugèrent que le tracé le plus favorable était en rtiÈine temps le plus simple, celui dune coupure à niveau sur une des parties les plus étroites de l'isthme» de la baie de Limon à la rade de Panama.

Le jour de la solution apprccbait. En 1815» lors du Congrès international des sciences géographiques tenu à Paris, on avait décidé lu convocation, à une date postérieure, d'unjnry international chargé de désigner îe meilleur tracé et d'émettre un avis sur les conséquences économiques et financière^ de P entreprise* Ce jury, composé d'inj^énieurs, d'économistes, de géographes et d'explorateurs compétents et éprouvés, se réunit à rhô tel de la Société de géographie de Paris, du 15 au 2a mai 1S1&; il pria M. de Lesspps d'accepter la prc>idence de ses travaiiit. » Un général qui a gagné une bataille ne refuse jamais d'en livrer une seconde. Je ferai pour le cunal de Panama ce qne j'ai fait pour le canal de Suez, v telle fut sa réponse»

On peut ramener à huit groupes différents les projets qui furent discutés aans les Ctîminissionà dîi Congrès; la plupart furent défendus par les . explorateurs et les auteurs euï-mômes.

r H Jo Projet par Vûtkmi de Tekuanîejiec^ soutenu ptir M. de Garay, représentant du Mexique, de Ventosa à l'embouchure du Coazacoalcû, longue ar 250 kilom,, aifec plus de cent écluses.

w 2o P^rojH d\ir Nicaragua : de Greytown (Atlantique^ à l'anse de Brito (PacifiaueJ, à travers les Etats de IXicaragua et de Costa-Rica, sur un parcours oe 292 kilom.. avec vingt cinq écluses (MM. Blanchet, Lull, Menocal, Ammen^ Belly).

» 3" et 4" Projeta de Panama.* De la baie de Limon à la rade de Panama {Nouvelle-Grenade], sur une longueur de 72 à 13 kilom. ; le premier projet avec TÎngl-cinq écluses (M. Menocal); le second, sans écluses^ avec ou sans tunnel (\t.\I. de Lesscps, Wyse, Reclus].

» S" Vrojet de San-Blas : Dans la partie la plus resserrée de l'isthme; de la baie de San-Blas à la rade de Chepillo (Pacifique), sur un parcours de S3 kilom., sans écluses, avec un tunnel de 4G lîilom. (projet Kelley et Applelon).

1) fio et 1^ l^rojets du barien Tnêridwnal : Le premier, de la rade d'Acanti au havre Darien et jçolfe San-Miguel à travers les Etats de Cauca el Panama, lon^ de 125 kîlum., avec un lunni-l de 17 kilom. — Le second, du lïolfe dUraba au havre Darien, sur un narcours de 234 kilom. avec vingt-deuï écluses (projets de MM.de Puydt el Selfrigde).

» 8" Projet Atratû'Napipi : Le plus mâridional, en fond du golfe d'Uraba

■ 1^ Parmi Iqs membres de l'expédition se troavaiBnt Olivier Biiio, fi!^ du bqorétaire du gi^uvFîrnemont prnvisoTro de 1S18. etGuirlo Mu^ro, jotine gn|ionîoiir it&licTi', appartenufil Èi une des plus grandes famille» de la pâiiiin&ulo. L«i premier mourul d'une pneumonie âur les bcirds de laTuvra; Ic sei^ond, d'tiaedy-

^ nenteriâ au. i^tour, k quatre journées de SapiaDder.

à l'anse de Chiri-Chiri, le long du fleuve Atrato, pour venir déboucher après un parcours de 290 kilom., et par un tunnel ae 6 kilom. sur Tocéan Pacifique, après avoir traversé vingt-deux écluses (projet Selfridge). » Le principe du canal à niveau, shds tunnel ni écluses, triompha dans le Congrès. Dans la dernière assemblée générale, le secrétaire général, M. Bionne^, résuma les travaux de toutes les sections du Congrès, et proposa au vote la formule suivante :

« Le Congrès estime que le percement d'un canal interocéanique à » niveau constant, si désirable dans Tintérèt du commerce et de la navi- » gation, est possible ; et aue ce canal maritime, pour répondre aux faci- » lités indispensables d'accès et d'utilisation que doit offrir avant tout un » passage de ce genre, devra être dirigé du golfe de Limon à la baie de » Panama. »

Le vote donna les résultats suivants : 74 oui, 8 non, 16 abstentions. C'était un triomphe éclatant pour MM. Wyse et Reclus dont le projet, très légèrement modifié, était ainsi adopté;* c'en était un aussi pour M. de Lesseps qui n'avait consenti à patronner que des projets de canal à niveau sans écluses ni tunnel.

Il fallait maintenant passer à l'exécution des plans. M. de Lesseps fit appel à la bonne volonté de tous, comme jadis pour le cpnal de Suez. La souscription ouverte en 1880 échoua ; l'opposition la plus redoutable vint des Etats-Unis qui remirent en avant la fameuse doctrine de Monroè. M. de Lesseps déploya alors, malgré ses soixante-quinze ans, une activité inouïe. Il partit pour l'Américfue, fit des conférences dans toutes les grandes cités des Etats-Unis, visita Panama, Colon, explora l'isthme à son tour, défendit son projet en Angleterre, en Hollande, en Belgique, en France, dans des meetings, des banquets, des réunions populaires, devant des sociétés savantes, et, à force d'entrain, d'esprit et de bonne foi, finit par convaincre ses adversaires les plus tenaces. La souscription ouverte en 1881 eut un plein succès, et les travaux commencèrent immédiatement. D'après les devis approximatifs du Congrès, les dépenses devaient s'élever environ à 600 millions, et les travaux pourraient être exécutés en huit ans.

La tâche la plus difficile et la plus coûteuse fut de réunir dans une région déserte, couverte de marais empestés et de bois impénétrables, dénuée de toutes les ressources indispensables à la vie, éloignée de tout centre de civilisation, l'immense matériel et l'armée de travailleurs indispensables pour accomplir une œuvre aussi grandiose. Les ouvriers attirés par l'appât de gros salaires, très régulièrement payés, vinrent des contrées et des archipels les plus voisins. Sur les 12800 qui furent employés dans les terrassements, chantiers et ateliers du canal en 1885, la Jamaïque en fournit 9000, la Barbade 1300, Sainte-Lucie 500, la Martinique 800, Cuba 300, la Nouvelle-Orléans 550, le Venezuela 270, Cartbagène 140. Les employés et agents principaux des bureaux et des chantiers étaient des Européens au nombre de 670 environ parmi lesquels on comptait 530 Français. La moyenne de leurs appointements, suivant les capacités,

1. M. Henri Bionne, secrétaire général de l'œuvre du canal de Panama, est mort en 1881, à New- York, au retour d'un voyage dans l'isthme.

AMÉRIOÏÏE CENTRALE.

variait de 950 à 500 francs par mois. — Quant â Toutiltape, après ûes tàtouEeinents et des essais noùtetu, la Compagnie du canal se chargea de le fournir, à certaines conditions^ aux entrepreneurs chargés des travaux da percement.

^accumulation des engins destinés à vaincre les obstacles de la nature dans llisttime a été vraiment formidable. En 1SR6, les 22 ehautiers, fonderies et ateliers échelonnés sur le parcours du tracé, pouvaient disposer de 40 drajTues à vapeur, de 145 bateau r transports ou chalands de diflérentea dimensions, de 30 remorqueurs, lOG excavateurs, 113 locomotives, plus de 13 000 wagons ou wagonnets pour le transport des terres, 175 kilom. de voie ferrée ^ 130 k>a>mobi!es et machines, oOQ pompes» etc. Un pareil déploiement de forces était nécessaire pour tiéternnner le succès. Il faltaît ouvrir à travers le massif de la Culebra une tranchée â ciel ouvert, profonde de 110 mètres et longue de 14500; créer des ports aux deux extrémités du canal; corriger la différence du niveau des marées qui, en rade de Panama, s'élèvent â 5 mètres au-dessus des marées de Colon; enfin et surtout, creuser un nouveau lit an torrent dangereux du Chaires, dont les bouches immenses barraient la route an canal, et dont le volume, k répoque des pluies, passait brusquement de i3 mètres à 600, 1200 et même 1930 mètres cubes d*eau par seconde. Les ingénieurs avaieut résolu de Tendi^iier par un barrage colossal construit â Gaujboa, qui enfermerait les eaux du Deuve duns un lacarlificiel pouvantlenir un milliard de ruétres cubes et les déverserait duns l'ancien lit par des c«inatix de dérivalioa, longs de 14 kilomèlres, larges de 40 mètres, profondà de 5. Aucun travail des Pharaons ou des ïlumains n*aurait nu être cumparé un jour à l'œuvre du canal de Panama, si la science et l iniluslrie modernes^ arméâs de capitaux, sorlaient victorieuses de ce combat hardi et grandiose contre DDe nature meurtrière^.

Quant aux avantages qui devaient résulter de la création de cette non- Yclle route inlcrocéunique, ils dépasseraient ceux du canal de Suez, fit comme un nombre, en matière comroerciaîe, a plus de valeur qu'un raisonnement, il suffit de dire que la diaiination de route ponr las. navires allant d'Europe aux rivages de l'Amérique émiinoxiale sera de 2500 lieues marines en minenne; pour les navires allant de New- York en Chine, elle est de 1000; elle est de 3500 lieues entre New-York et San-Francisco ou New- York et Guayamiil^. Ainsi Fidée qui s'imposait aux conquiitadiires du seizième siècle, le désir qu'a eu quiconque a jeté les yeux sur la carte des deux Amériques, de supprimer cet obstacle qui oblige les navires à d'énormes délours, pourraient être réalisés; la barrière qui st'parait l 'Europe de l'Inde a disparu, celle qui isole rAllanliqtie du I^aciOque devait disparaître i Sun tour, et c'est à la France qu î^llait revenir rhonneur d'avoir assuré définitivement le succès de ces entreprises grandioses, utiles,

1. En tSSSJa Compagnie du Conul, modiûant ses plans primîlifs, a décidé* pour hMer Pu u vertu re du tan al et la G a de Lravnus eoùltimc, d'ÉLablir unù série d'éi^luses dnae la traversée de T isthme, Voy* Six mois à travers les États- Unis cl à Panama^ par M. Ti^aandier, in-8*, 1SS0, Massoa ; les articles dû M* Moliaari, Débats, tSSÛ; le Génie civiL année 18SG.

2. Pmla. Par l«cnpHnrn PerriKthBie. AbrévîalîûD» Db Londret on LIverpuul à Saa-FranniicD. 6 SOD lieues 31(Xl 3500. Du Havre à Sao-FrandsGO. 6500 — Do Bfjrdeauï à Valparaiao. 4^00 — D6 Londres aux îUtB Sandwich. 6000 — D« New- York à ValparaÎRO, 43Û0 — De New-York k SaD-PrBDCÎico. €400 -^

iôOO

suivant le mot de M. de Lesseps, au bien de rhumanité et à la civilisation du monde 1.

lie climat de l'iatbme. lies lénrendes.

« Beaucoup parmi ceux qui apportent un projet de canal interocéanique sont incapables de présenter leurs rapports détaillés, car ils n'ont jamais vu la contrée dont ils parlent ou se sont rebutés trop vite : le pays, en effet, est difficile à

1. M. de Lesseps, malgré son grand âge, n*avaii pas hésité à faire plusieurs fois le voyage de Paris à Panama, à travers Tisthme, toutes les fois que sa présence lui semblait nécessaire sur les chantiers, pour encourager les ouvriers et aussi ranimer la confiance des actionnaires et du public français un peu ébranlés par les attaques incessantes d'une presse hostile. Mais sa popularité et son prestige n'ont pu prévaloir jusqu'au bout contre les attaques, les défiances et les jalousies de l'étranger. La Compagnie universelle du Canal de Panama, constituée en 18S1 avec un capital-actions de 300 millions, avait, par des émissions répétées, réalisé un capital de 1059716000 francs, à la suite d'emprunts pénibles et coûteux. Quand la Compagnie eut décidé d'ouvrir des écluses à travers le massif de porphyre de la Culebra, on évalua à un milliard et demi la dépense totale à prévoir. Malgré tous les efforts de la Compagnie, les embarras pécuniaires amenèrent en 18S9 la suspension des travaux et la liquidation de la Comf>agnie universelle du Canal de Panama. Des négociations ont été engagées avec a Colombie et obtenues en 1899 par les liquidateurs pour la garantie des créanciers. En même temps, l'entreprise du percement de l'isthme de Nicaragua, secondée par les Etats-Unis, était engagée et poursuivie avec ardeur.

Le percement de l'isthme de IVlcai'a^ua avait été proposé dès 1795 à la cour de Madrid. Le roi des Pays-Bas, Guillaume /"^en lit faire une étude avant 1830. Les projets se succédèrent : en 1844, le prince Louis- Xapoléon. dans la prison de Ham, élaborait le sien; des ingénieurs français, MM. Félix Belly^ Thomé de Gamond, Durocher (1858-59) et plus tard MM.* Blanchet et Yirlet d'Aoust^ au congrès international de Paris, proposèrent des tracés de canal, avec ou sans écluses, en utilisant le grand lac Nicaragua. L'adoption du tracé à travers Visthme de Panama, que patronnait M. de Lesseps, fit abandonner provisoirement ces entreprises. Toutefois les Américains des Etats-Unis utilisèrent pour le transit californien la grande dépression du Nicaragua; ils corrigèrent les rapides du San-Juan, qui est l'émissaire du Nicaragua dans la mer des Antilles, et ouvrirent à leurs paquebots une route de San- Juan- del-Norte jusqu'à la rive occidentale du lac. Une route de terre reliait le débarcadère de la Virjen, sur le lac, au port de San-Juan-del-Sur, sur le Pacifique.

En 1885, les Etats-Unis reprirent le projet de percement de l'isthme de Nicaragua. De nouvelles études furent faites sous la direction de l'amiral Ammen et de l'ingénieur Menocal ; une compagnie du Canal de Nicaragua se forma, et fut autorisée par le Congrès des Etats-Unis à exécuter l'entreprise. Le capital de la Compagnie est de 100 millions de dollars, et pourra être porté à 200. Les travaux ont commencé en 1889, au mois de juin, à San-Juandel-Norte (Greytown). D'immenses quantités de matériaux, machines, outils, bois, ont été réunies. Le canal partira de l'Atlantique au nord de Greytown, coupera le San-Juanillo, s'élèvera par une succession d'écluses dans les montagnes, empruntera les eaux du Nicaragua méridional, jusqu'à l'embouchure du rio Lajas, franchira le bassin de Tola, et, à l'aide de deux autres écluses, gagnera, parallèlement à la vallée du Rio Grande, le golfe et le port de Brito, sur l'Océan Pacifique. La Compagnie évalue à 169 milles environ la distance d'une mer à l'autre par le canal et le lac. Elle estime que le tonnage des bâtiments qui feront le transit sera de 7 millions de tonnes, et qu'à 2 dollars et demi par tonne, le tarif de passage produira un revenu anniiol de 17 500000 dollars. (The Alarit. ship Canal of Nicar., in-8», New York, 1S90.) — Thfl Nicaragua Canal and the Monroe doctrine (Londres, 1897); — Nicaragua Canal IJoard (Washington, 1897, avec caries).

AMÉRtDUE CENTRÀLB.

parcourir, 11 faut, pour obtenir un résultat certain, faire preuve à tout moment d*une grande éuev/ie de caracLère et de santé; il faut lutter contre la forêt vierge, contre les hommes que Ton emploie, contre les maladies, conLre soimême, 11 est presque impossible d'embrasser d'un coup d*œil la région entière; les vues pauoraraiqnes sont extrêmement rares ; partout mi rideau de verdure fait obstacle au regard, et ce rideau est si épais que Ton n'y peut pratiquer d'ouverture* A la suilé de tâtonnements longs et tloidoureux, de marches et de contremarches latigaDtes, de nivellements infrucLueuXj on découvre enfin une vaJiée basse; et cette vallée, qui d'abord semblait favorable, s'étrangle bientôt entre des parois infrancbissables : le délîlé se resserre et se ferme ; Tœuyre est à recommencer. On passe souvent de respérance au découragement, et, pour résister à tant d'aiternatives, il a fallo aux chefs des expéditions un courage très calme, une foi très profonde et une volonté inflexible- Les chemins n^existent pas ; la machete, ou grand cootelas des nègres, abat les arbustes trop serrés et livre un étroit passage hérissé d*épines ; instruments, vivres et munitions se transportent à dos d'homme; on avance pas à pas; les observations sont fatigantes toujours, périlleuses souvent; elles se font dans l'eau ^ dans la vase ou sur des pentes précipitées; Tair ne circule point sous le dôme des feuOkges, la chaleur est humide et lonrde ; les jours sont brûlants, les nuits sans fraîcheur. Les serpents, les fauves, nul n*y songe; mais les iosectes livrent à Texplorateur une bataille incessante : les plaies s'enveniment et deviennent plus doulou- -reuses ^ . L'inquiétude s'empare des porteurs : la crainte des

1» Il n'est paa un vayngeur qui ii*aît maudit cenL fais cfj (liiau dea ré^^îoni Iropii^ûlea. Dans tomles les relations^ il y a îe cliapilre de» raoualiques. M. Paul Marcoy, dans une pafço lipiriluallo et vive, en retrace le cuisant «ouvenlr : u CeuL pages de poitita d exclamation* les iuterjecltoiiB les plus Téhémeotee, Q lûiia \ûs 0h Mea ah ! les ouf I les aie ! et les hélas ! des lang^ues humainea,

* réunis, CDinhiné», élevés à La centièine puissauoe, ne dODoeront iamaiis qu^une » idée imparfaite de Thornble supplice, de T atroce tocliire, do fa rage incea- ^ saate que vûqs font épr^aver ces miisérables itisectes qui sont partout et oe

* soût ûulle ]>at-l, qui vous aasalllenL h&ds pitié, vdus Irappenl sans relâche, « trompent tous voa eOuria, déjnueoit tous vos eabula, se rieot de votre fureur

* comme do votre souHrauco, et^ vous leaaat haletant soua leur aiguilloUf insultent eDcora à votre dâraile par uoe ironique fanfare. Au seul souvenir

Indiens augmente chez eux, à mesure qulls s'enfoncent dans rintérieur; le chef doit calmer ces terreurs et faire taire ses propres souffrances, pour soulager celles de ses compagnons; il doit vaincre à la fois les hommes et la nature.

)) Les Européens redoutent généralement le climat de risthme. Quelques-uns de ceux qui le visitèrent ont (peutêtre pour se rehausser à leurs propres yeux) exagéré les fièvres et les empoisonnements paludéens de TAmérique centrale. La construction du chemin de fer de Panama à Colon coûta la vie à quelques Chinois mal nourris, mal vêtus, surchargés de travaU, traités comme des botes de somme. On répète complaisamment qu'un coolie est enterré sous chacune des traverses de la voie (près* de 80000). La Compagnie du chemin de fer négligea longtemps de rectifier des erreurs aussi invraisemblables : n'avait-elle pas intérêt à effrayer d'autres compagnies qui peut-être lui auraient fait une concurrence acharnée? Vérification faite, les 20000 Chinois morts se réduisent à 400. Les Irlandais, grands buveurs de gin, furent beaucoup plus éprouvés. Les émigrants de Californie, forcés de traverser l'isthme de Panama, et obligés d'y séjourner plusieurs jours dans des conditions défavorables, ne redoutèrent jamais ce passage. H est étrange que l'on ait fait à Panama, une des villes in-

» de ce tourbillon d'aiguilles volantes, de ce simoun de flèches acérées et » trempées dans un suc caustique, nous sentons un frisson courir le long de » notre moelle épinière et nos cheveux se hérisser sur notre front. Si TAmérique » avait été découverte au temps de Dante Alighieri, et que le grand poète eût » pu expérimenter sur lui-même Teffet de la piqûre des moustiques, on aurait » vu dans son enfer quelque misérable damné, écumant et grinçant des dents j» sous l'attaque de ces insectes. » (Paul Marcoy, Voyage de Vocéan Pacifique à l'océan Atlantique.)

« Le naturaliste Lyonnet a passé vingt ans de sa vie à étudier la chenille da » saule. Quel statisticien nous dira les siècles des siècles qu'il faudrait pour » décrire les cousins, les tipules, les œstres, les mouches, les taons, toutes les » troupes si diverses d'armes et d'uniformes de cette légion d'insecte (|ui, dans » les pays du soleil, monte à l'assaut du roi de la création?... Je mentionne ea » passant les imperceptibles jV/eno^, les énormes maringoa^, les zancuos, ainsi » baptisés d'après leurs longues pattes ; les alu, les tabanos, les congos^ grands » taons noirs à reflets métalliques, les bravos et les rodadores, dont les noms » féroces et bourreaux indiquent suffisamment les qualités. Les gusanos pro- » duisent des larves qui, noyées profondément dans les chairs, y creusent des * sillons et des trous. Un autre de ces afTreux insectes pond dans le nez de » l'homme ou des grands animaux. » (A. Reclus, Explorations aux isthmes de Panama et de Darien.)

Ail CRIQUE CKNTRALB. 34i

ter tropicales, à mon avis, les plus saines j une aussi détes-

■ table réputation.

P . )) Certtiins poiuts de la côte, il est \Tai, abondent en ma* ladies ; Greyloii^'n, par exemple, construit au sein même des maraisj entouré d^nne lar^e ceinture de mares stagnantes, est embourbé, pour ainsi dire, dans de grands espaces vaseux, inondés tour k tour et exposés à un soleil ardent, où se décompose uoe végétation abondante qui charge Tair de sporuleset de bactéridies vénéneuses. D autres régions également sont fiéyreuses : les bouches de TAtralo et les fanges du Trinidad, affluent du Chagres. L^on doit admettre que la mortalité augmente avec la longueur des terrains bas et des marécages traversés ; et celte mortalité est uu éuonne argument contre le Nicaragua ^ ,

n A Panama, les eaux desceudent de sommets élevés; la largeur de l'isthme ne dépasse pas soixante kilomètres, et la ligne de partage se trouve à dix lieues de TAtlantique, L'écoulement des eaux y est donc fort rapide , les veraants sont parfaitement drainés, de sorte que les marais ne peuvent trouver place que dans les parties les plus basses de la vallée et sur le rivage de TOcéan; c'est-à-dire au confluent du rio Trinidad et sur les bords du Mindi totale u*excède pas 11 kilomètres.

» Au Nicaragua j la plastique de la vallée est très différente : l'altitude du lac est si faible que les eaux de son déversoir le San-Juan, et celles des tributaires de ce fleuve, doivent parcourir une route de 200 kilomètres pour descendre de 33 mètres ; encore cette pente est-elle inégalement répartie, et à de courts rapides très i[iclinés succèdent de longs espaces plans, où les rivages sont de plain-pied et

leur longueur

1. u Pour nepiig méJire du clsm.it de ('iâthme, il fatil avoir appris dans la 80110 tempérye ce que o'oat que la ûèvre, après l'avoir appris aous les tropjqoea» oublier quelques meauB iiicoaTénieaL:^ des ré^ioDa chaudea^ y dompri» Tiuévïtable éclûsiou de furofiolâs et d'ulûâffis, qui Bâmbie èlrt ici la coodilloa mèine et le tjage de Faccoulûmanoe au pays; enfln n'avoir jamais été, durant trois a os de séjour, j^raveniBut ma^&dD à Panama, «t atirtoul n'y avoir pas perdu d'étTO cher. » (De GotrrouLY-)

« S^il y a quelque chnso d'énârvaut, d'iasupportable^ n'est d^âtrb coualammantt nuit et joui\ enveloppé par une buée chaude ; on éprouve sans cea*e Toppression que 1 on ressent che£ noua lorsque le letnpa est trè» lourd et qu'un jfftm orage se prépare, n (Paul Mîmande, Retiue Bltme^ ISyi.J

AMEaiQUlS.

souvent submergés. La moindre crae du fleuve fait épandier les eaux sur de larges surfaces : ainsi s'est formée une bande de marécages qui se prolonge pendant 120 kilomètres . En outre, à peine le San-Juan a-t-il quitté la région des collines qu'il se déchiqueté, pour ainsi dire, en une multitude deruisselets qui se mêlent, s'embrouillent, s'enchevêtrent et vont, au hasard d'un terrain mal défini, se confondre avec les autres rivières paresseuses et dormeuses de la côte ; ces ramifications sans nombre forment un inunense marécage de plusieurs centaines de kilomètres carrés, et Greytown, dans ce vaste bourbier, semble mériter son surnom sinistre : Tombeau des Européens,

» Le Darien, moins connu, passa longtemps pour un des endroits les plus malsains du globe. Les rôles sanitaires de l'expédition américaine ont détruit en partie ces préventions; plus de deux cents hommes, non acclimatés, travaillèrent, exposés aux intempéries, privés souvent de nourriture ; un

seul mourut noyé. Les précautions médicales indiquées

par Texpérience suffisent à faire disparaître presque entièrement les dangers du climat ; ces précautions sont élémentaires : ne point garder de linge ni de vêlements mouillés, se baigner fréquemment, supprimer les boissons alcooliques,

manger peu et éviter tout excès »

Louis Yërbrugghe, Le Canal interocéanique de Patiama.

(Paris, broch. in-8», 1879, Quantin.)

Colon*

« Colon est construit sur la pointe nord-ouest de la petite île de Manzanillo, formée par un banc de coraux sur lequel sont venus s'entasser des vases et des alluvions. Cette vÛle, si l'on peut l'appeler ainsi, compte 4000 habitants, répartis entre deux quartiers bien distincts. L'un s'élève sur un récif madréporique, sol ferme et sec dominant la mer de plus d'un mètre, il est occupé par les blancs, agents et employés du chemin de fer, négociants, etc. Ces étrangers habitent de grandes maisons à un étage, avec larges balcons

AMÉRIQUE CENTRALB.

et vérandas immenses* Les matériaux de ces bâtisses^ briques, chaux, fer, bois, tout sans exception vient des Etats- Unis ou d'Europe, déjà travaillé, façonné, prêt à être monté. Ce quartier est sain et très propre ; la kr^eiir du terre-plein est de deax cents mètres, puis aussitôt le marais commence. Le reste de la cité j plongeant dans les fondrières, est formé de deujî ou trois rangées de cases parallèles à la ligne du chemin de fer, et bâties soit sur des pilotis et des terrassements tels quels j soil sur le remblai même de la voie. Celui* ci, fort large en certains endroits, a été directement établi sur la côte ouest de Fîîe de Manzanillo ; outre les rangées de caseSj U porte encore les différents bâtiments de service : la gare, les magasins, les quais de débarquement. La rue qui porte le nom de Front-Street est encore assez considérable, mais les deux autres ne sont bordées que de cabanes de bois à un seul étage ; le rez-de-chaussée, enfoncé derrière un large auvent, est occupé par un petit magasin de détail, bouge quelconque j cantine ou maison de jeu, le tout conslfiiit en planches de caisses à savon, h cognac, à vermout, clouées avec quelques pointes ou attachées avec des lianes ; la moindre brise du large en Jette la moitié par terre. Nalurellementj ces cahutes logent des nègres ; natureHement aussi, Tendroit est d'une saleté repoussante * ; les immondices de toutes provenances, à peine poussées à quelques pas de la porte, excitent la voracité jalouse de chiens galeux, de cochons souilleux, de rares « gallinîizos. » Encore si ces derniers, grands nettoyeurs des rucSj étaient plus fidèles à leurs fonctions î Par malheur, ces vautours n*affec tiennent guère Colon, et c*est à peine si on les y rencontre par groupes de trois ou quatre. Mais la gent moricaude n*y regarde pas de si près ; elle se prélasse dans cette atmosphère dange-

I. M* LaferriÈre {De Paris à Guntemaîa] dit qan rinsahibrité da la ville fait fuir au pitis iHte le» voyageurs^ « Lr mor^ à marée basse^ laisse voir uae plage » vaibuse et d'îinmeiiâes crevasses pleinei de débris orgnniqueB qui infocterit le I voisinage et Im ville. A l'inlérieur, Les mes eouL liUèr&lement pavéus à'im" m mûndiccat lea eaux lea plus BEklei croup isEent d&na Jes ruiBBeaux ; lùut cola, » BDUfl ractioD d une teMnpérature moyeuBe dàtd à 3^0 degré», en fait ud foyer

• d'Infection et de maladies nombreuBeB, oue l'iDcarie dea habitauU ou dea ■ édtkfi laisse «ubsiBter Ban» y apporter remède ^ ce qtsi Bâraii facile cep&DdaDt

• avec quctqucB précautiana et ceftains travaux d'appropriation. •

reuse pour la race européenne, elle se rit des miasmes pa^ ludéens, de l'ardeur meurtrière du soleil, de la chaude buéo qui s'élève du sol. Entre ces deux quartiers on a creusé deux grands étangs, pour assainir la viUe et drainer le marais au milieu duquel s'élève Colon. Ces étangs communiquent avec la mer et renouvellent ainsi leur eau qui, sans cela, se décomposerait et deviendrait aussi pestilentielle que les paluds environnants. Les canaux qui les unissent à TAtlaiitique donnent passage à des alligators, et ces monstres purgent les bassins des détritus de toute espèce jetés par les habitants; personne ne les trouble dans ces fonctions utilitaires, nul n'inquiète leur séjour, malheureusement trop court et trop rare. Au bord même de ces pièces d'eau, sur le terreplein du chemin de fer, se dresse, mais encore sans piédestal, un superbe groupe en bronze, Christophe Colomb présentant l'Amérique à l'Europe. C'est un cadeau de Tex- impératrice Eugénie à un ancien président des États-Unis de Colombie, le général Mosquera, parent éloigné, dit-on, de la famille de Montijo. Colomb, droit et fier, protège de la main droite une toute petite femme nue, craintive et courbée, mais fort jolie, si jolie, qu'elle rappelle plutôt une charmante parisienne costumée en « source » qu'une Indienne trapue, lourde, aux traits écrasés. On ne peut faire à son illustre patron le reproche d'un accoutrement trop sommaire : il l'abrite sous le vaste manteau de fourrures qui lui descend jusqu'aux pieds. Ce groupe est la seule véritable œuvre d'art qu'on voie dans l'isthme de Panama. Colon a, toutefois, la gloire de posséder une colonne élevée en l'honneur des trois promoteurs du chemin de fer : MM. Aspinwall, Chaunay et Stephens (le mieux qu'on puisse faire est de n'en pas parler), et une église gothique, de style anglais accommodé à l'américaine. Si vilain qu'il soit, cet édifice, en porphyre brun-rouge, a fort grand air au milieu des maisons de bois éparses sur le récif, il peut contenir trois cents personnes, et appartient à la Compagnie du chemin de fer, qui se charge aussi d'entretenir le pasteur.

)) n n'y a point de culture à Colon : à grand'-peine on a fait pousser quelques cocotiers près des établissements de la

gare, de Téglise et du phare, légère charpente de lanières et de poutrelles de tôle. Dans la viDe même et sor le reste de rïlot, on ne trouve pas d'arlire; pourtant, en plein marais, le squelette d'un immense palétuvier sert de perchoir aux quelques galMnazos qui daignent s'occuper de la voirie. Une assez belle route a été construite par la Compagnie du chemin de fer, pour permettre à ses employés de faire chaque jour leur promenade hygiénique : elle suit le pourtour de rUe et côtoie des marais boueux où le manglier, qui ne dépasse pas ici la taOle d*un arbuste, cache des hordes grouillantes de caïmans sous son lacis de racines.

n Au temps de la « fièvre de l'or » et de la grande émigration en Califomie, avant la crise commerciale de TAmérique du Sud et la conslmction de la grande voie ferrée du Pacifique, Colon et son chemin de fer avaient une tout autre importance qu'à présent. Le mouvement des voyageurs était énorme, et bien qu'alors, comme aujourd'hui, ce Meu ne fût pour la majorité d*entre eux qu'une halte d'un jour, la cité d'Aspinwall devint le rendez- vous de musiciens j d'aventuriers, de chevaliers d'industrie, sans compter les Chinois, les nègres des Antilles, les sang-métis de toute espèce ; en un mot, le plus épais de la lie des deux continents. Ce fut Tégoût de la race blanche, de la race jaune et de la race noire. Tonte baraque était à la fois auberge et tripot ; pas un jour sans batailles , sans vols , sans coups de revolver et sans assassinats. Cette cohue s'adonnait aux plus hideuses orgies; ses excès en faisaient une proie ûicile pour la fièvre des marais, et la mortalité était grande parmi ces malheureux. D n'en est plus ainsi. Nul voyageur ne s'attarde aux délices de ce séjour ; la crapule blanche a disparu, les Chinois sont partis pour d'autres lieux, la plupart des nègres sont retournés dans leurs Antilles ; 0 ne reste à Colon que les employés du cberain de fer, les agents des paquebots, les petits négociants en détail, des gens de couleur, population assise, aussi honnête, aussi saine de mœurs que dans toute autre ville d'Amérique. Plusieurs ont appelé leur famille; la présence des femmes a été bienfaisante ; elle a ramené la dignité et la douceur de la vie sociale, le respect de soi-mf^ma

Autre conséquence, et facile à prévoir, de ces divers progrès : la fièvre ne rè^e plus en souveraine à Colon, elle atteint seulement ceux qui s'abandonnent à l'intempérance, vice fréquent aux pays tropicaux et qui cherche son excuse dans Tardeur du climat. Malheur au faible qui ne sait pas dompter la soif! n tombe dans l'ivrognerie, et bientôt, vieilli, blanchi, les yeux hagards, enfoncés, la figure amaigrie, jaune verdâtre, il traîne péniblement un esprit sans force dans un corps sans vigueur. » Armand Reclus %

Explorations aux isthmes de Panama et de Darien.

(Paris, 1880, premier semestre, Towr dm l Idem, un vol. in-18, 1881, H&ehetto.)

Panama*

« Panama, il a*y a pas un siècle, était une des cités les plus riches et les plus belles du monde. Les galions qui lui portaient les trésors du Pérou^ le passade incessant des aventuriers et des émi^rants qui se rendaient au Pacifique en faisaient le lieu d embarauement et de débarquement le plus fréquenté de TAmérique occidentale. Bientôt les guerres de TAngieterre contre l'Espagne, la décadence de la métropole et surtout sa pulilique jalouse et tracassière vis-à-vis de ses colonies commencèrent une ruine (]ue bâtèrent de nombreux incendies. Lors de Témigration vers la Californie et la construction du chemin de fer istbmique, on put croire au retour de Tancienne prospérité ; la ville était remplie de voyageurs et des milliers de navires visitaient son port. Mais Touvertnre de la ligne ferrée entre San-Francisco et les États de l'est a tari presque entièrement ces ressources nouvelles. Toutefois, la situation de Panama n'est point fâcheuse, et les habitants, trois fois plus nombreux qu'il y a trente ans, voient s'ouvrir devant eux un avenir de richesse, car leur ville sera le débouché du canal interocéanique sur le grand Océan. » (A. Reclus.)

« On ne s'explique plus très bien que la ville de Panama puisse encore passer pour une résidence particulièrement malsaine. 11 y a trente ou quaiante ans, le fusse de l'ancienne circonvallation qui n'avait pas été comblé, les ruines el édifices consumés par divers incendies, le bord de la mer. autour des restes des vieux remparts, formaient autant de cloaques. C'était l'époque où il fallait traverser l'isthme quand un allaitchercher fortune dans les mines d'or de Californie; on n'avait pas le choix d'une antre route en venant d'Europe, à moins de doubler le cap Horn. Panama voyait

1. M. Rer*Jus (Armand), frère da péosrraphe Elisée Reclus, est né en i843 à Ort'ioz. Enlré dans la marine en 1860, il fut en 1871 lieutenant de vaisseaa ; en 1877, il a été associé avec M. Bonnparte Wyse aux explorations de l'isthme de Panama faites en vue du canal interocéanique. Il a publié sur le projet du canal des rapports et conférences, et le récit de son exploration; il a défenda ce projet avec un grand talent et un grand succès devant le Congrès international do Paris, en 1879, et il a eu l'honneur de le faire adopter. M. Reclus resta attaché aux travaux de percement de l'isthme.

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