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LECTURES fiT ANALYSES DE GÉOGRAPHIE.
passer un flot contlnti d'émi^îraots et fî'avenlurierâ dont les prerolers veaus, avant rouver'.ure du chemio de fer inlerocéanjqiie, avaient ûh se coûleoter de pirogues et de mulets» ou même se servir de letir^ jambes. L'insouciance 4e pareils voyageurs souvent dénués de ressources, quelqueroîâ riches ati retour et manquant au plus essealiel prérefUe de Ihygièûe^ le choii et la modéra lîou dans les plaisirs, o'étaîl pas Ta". le pour diminuer les dangers d'un séjour dans cette ville mal tenue, entre deux longues Ir^verâées, et à rétrojtdans de mauvaises hôtelleries tenant à la fuis du cabaret, de la maisoi de jeu et ilu honge.
yy De celte période date uoe répatatitm d'insalubrité qn'ag:gra?ait encore ta moct^tlité si forte parmi les terrassiers durant la couÀlnictioa du Panama llail Road. Puis ce fut l'œuvre du canal qui peupla les cimetières Qeuris an pied du mont Aucoa, et répimdil tout le long de la ligne des Iravatîï la jonchée d'humWes croii encore visibles des fenêtres du wafjnii, quand la véjfétation ne les a pas recouvertes de suu voile merveilleux,
» Mais Pauama s*e&t transformé hieu à son avantage. Vous y Iroiivez tin corps de constahles ayant fori bonne mine sous îeuruniforiBe toujoors propre, suffisamment nombreux, très attentifs à toutes beures du jour et de la nuïL les cloaques ont disparu ou à peu près; les ordures ménagères, régulïèremeTit enlevées, se dissipent ea fïimée dans un cr^-matoire: ou voit mètue à l'ouvrage, vers deux heures du matiUj des équipei de balayeurs miinid(3aiii; les petits vautourà du pays, les noirs et laids gallinajoA^ autrefois seuls chargés dû nettoyage des rues, re|:re tient les festins qui ne leviendrout pas. Il reste désormais d^aulres égouls que ceui à ciel ouvert; Fabaltoir, les marchés sont soumis à un contrôle adminîsiratif; on vérité le hit, on inspecte les poissuns et la viande, ou commence à prendre {les mesures conlre ^adultération des boissoniî alcooliques. Quand le service des eaux sera mieux assuré par rexéculion d'un aqueduc a Tétat de projet^ plua d'une cité derAmérîque centrale pourra prendre modèle sur Panama.
« L'isthme a beaucoup perdu comme voie de transit iûlerocéanique depuis qti ou peut choisir entre quatre et même cinq ligues de chemin de fer pour traverser l'Amérique du IVord d^ns toute sa largeur; mais il offre encore la roule la plus courte pour le Ceûtre-Amérique, la Colombie occidentale, 1 Equateur et le Pérou.
•• Mieux situé que l'ancien porl espagnol, le nouveau Panama n'a pas cependant un port accessible aux griinds navires. Les vapeurs mouîUeut loin de la ville, à Pabri d'un groupe dllots cbarmanlâ (IN'jos, Flamenco» Perîco), posés sur la mer bleue comme des corbekiles de |>lantes tropicales. Ou est donc obligé de charger et de décharger à iaide d un vaet-vîent d'allèges entre cet ancrage et les afkponlemeaUs du Panama Rail Road. La dépense du transbordement, joiuEe aux tarifs draconiens du cbemia de fer, paralyse l'essor du travail i:4Lhmique» Uaus les temps modernes, la prospérité de Tistbme lui est venue du transit, à l'exclusion de toute autre source, si bien qu'on a un peu trop négligé de demander à son fécond terroir les éléments d'une richesse stable, assurée, indépendante des faveurs de la géographie, des itinéraires du commerce, de la réussite ou de l'échec des grands travaux destines â transfonner la planète en corrigeant la carte. L'agriculture y est rare et primitive; elle commence setilemeuL à se développer dans la province de Chiriqui, une des meilleure^ du département, par des pîanlatious de café et de cacao; ailleurs elle ne peut guère montrer que les faibles défrichements où les gens dit pays sèment le maïs, le ri^, plantent ligoame et Ici yucca strie-
tcmetit nécessaires à leurs besoins; çà el ïà, tJes fbamps tle ratine à sucre alimentant de |ietites dislilleries, tî, ver* la tuMe de l'Atlantique, des banaîiea ponr rexporLalion à la Nouvelle-Orléans, Aux portes de Patiama règne la brousse, et un peu plia luim la furet vierge dan:s touLû sa beauté.
» ..... En été» c est-à-dire durant la saison sècbe, de décembre à mars» Panama devient intenable : on émîgie alors, si l'on peut, à la campagne; mais les villégiâlureâ qui sWient sont peu nombreuses, souvent d*un accès difficile, et il faut renoncer à trouver lotit son confort. Les moin£ entreprenants et les plus ricbes vont â la Savane, on ils possèdent des maisons coquettes ealourées de jardins^ à une demi-heure de la ville. D'autres se décident pour la Chorrera, grand poeblo procîie d'une cas- ^eade fort piitoresque. ^>
E. t)B COWTOOLY.
{Bulletin de la Sec. dt géographie commerdah^ 1895.)
« Panama a grand air encore avec ses iiuit ou dix églises et couvents en mines, ses palais, ses prisons, ses arsenaux d'un autre âge, ses fortificalions géantes. Les m tirs et les fossés qui le couvraient du côté de la terre et le séparaient des lieni où s'élèvent aujourd'lini divers faubourgs ont été rasés, au mieux de la salubrité de la ville et de la facilité des coEûûJunicaiiODs* , . . * » (A. Beclls-)
«.,... De tous les monuments anciens de Panama, la cathédrale presque senki avec ses tours qui servaient de phares pour Tenirée de la rade et du port et qui étaient le& plus hautes de 1 Amérique du Sud, avait échappé au fléau des Iremblemenls de terre. Mais, en lfiH2, un cyclone a ci? usé d af* freuï ravap:es thm la ville^ et a à moitié déirnit le grand édifice religieuï*. M [A. Recliis,)
t. Lea dlétails suivants nous indiquent, diaprés M. Lafernère^r ce qae coûtent à Panam* le r.onfort et le bien-étTU du Graod-Hôlel r
« Lo ohemiD de fer coûte 1S5 frBtn&s »n or américatu, de Culon à Panama » (72 kitum.) ; chaque livre atiglaJBâ de bagage^ 25 ucnlavofl (1 fr. 25). Arrivé à » Panama, le voyageur doit payer, paur le Iransport de ses bngngeR juaqit'à la » voîturË-amnïhye qui la eatiduil à rbiûtel, 1 réal (Orr.50)ct]aque cutia. L'^aïunibua
* prend il ne deuil -pi astre (2fr.75J par colis^uno do mi-piastre par personne jusqu'au
■ domicilia distant au plus d'un quart de lieue du chemiu de ter. Je ne parla
* pas du pourbùire à donner en debors au facteur ou nu i^^irçon. La vte ilans m cet Kden décoré, si vous te voulez, âa Dom dû Grand- HôEelr coule 3 pîaslres m sans vin ni g1ucc< Or, cliaque bonleille d'an vin épouvantable se venri 6 réaux
■ ou 3 francs. Uo verre de limonade ou de bière, ou de cnfi':aaii;, caûie i réal. m Ou n'adinet pas ici de v&leura divisiannaires, La bouteille do eh am pagne
• revient à 3 piastres. Le moindre ctgaria, dit de Havaufi, maii! venant,, chose » Inero^able, de Brame ou de Ilambourg^ 15 eeatavoa. En un mut, la vie
• matériefie à Thâtel est fort dispendieuBe, et cela s'explique par tea prix » élevés des contributions. *>
» Mon aulomédon m'arrêta devant les portes dn Grand-llâtel. Un vaste hall iritré au fond duquel s'élève un escalier à double révolution, des garçons en Jiabit, un ■ chasseur » en livrée, tout dcnae â l'hôtel un air cossu, un air « mai-
■ soude premier ordre » coirtme disant les guides..... Le garçon m'inlroduiait dans une pièce ornéa de quatre lits dont trois éluiEint défailî^ ; çà et 1^^ des véte^ snenls jetés à ]a dinbte, des bottes croltées, et, (lattanL dans l'air une odeuf vag:ue ne laissant aucun doute sur ta oculenr des habitants de ce dortoir. Je ne pouvais que soupirer el mp r^Bij^ner, car la chambre à un lil est une conceplioQ égoïste qui n'a pas pris plare dans les moeurs colonibiennf=4?. b (Paul Aâi- UÂNDii, Autour d*un grand procès ^ « Heoue Bîeue t», ^léceinbre 1892.)
Ue cHemlii de fer He €olaii^As|fttiivi''all à Panama.
« La première chose qu*oii cherche à Colon, c'est le chemm de fer ; mais on ne le cherche pas longtemps : il est partout * . La ^iUe elle-même n'a pas d'autre raison d'existence que cette création de Taudace américaine, il n*y a que 14 lieues en ligne droite d'Aspinwaîl à Panama, quoique le chemin de fer mesure 72 kilomètres; mais ces 14 lieues avaient tirr^Xé dix jours dans les marais du Rio-Chagres les indomptables aventuriers qui^ en 1670, sous la conduite de Morgan, enlevèrent Panama et ses Irésors.
)> Aspinwal] est une ville américaine qui n'appartient que nominalement à la NouveOe-Grejiade, et qui gardera ajuste litre le nom de son véritable fondateur, M. AspinwaD, Fun des hommes les plus remarquables des Etals-Unis, La seule imbitation u[i peu considéi'able de la ville est la résidence du surifi tendant du cliemin de fer, espèce de casbah à murs blancs entourée de palmiers, qui débouche sur le ivkarfde^ sieawers américains- A Tautre bout de la plage s'élève la gare, bâtie en pierres de taille, avec ime toiture supportée par une charpente en fer, et fermée par des portes de fer peintes en rouge. Les rails occupent toute la largeur de la berge, et forment eux-mêmes la rue priocipale, la promenade et le boulevard d'AspinwalL Les maisons qui bordent ce boulevard sont, comme toutes celles de la ville, bâties sur les terrains de la compagnie qui accorde aux habitants, non des titrea de propriété, mais des concessions de jouissance, payées très cher et révocables à volonté. Ce seul fait
t. Le premier pmjetdu ebemin de fer de CoEod k Pa.namA fut conÛié en 18:43 à UD JD^éaiaur d«i mines^ M. Oiii<Qllft. Le» évoQemeDta de iM& ameDèreot i» dissohitiùn de 1& Bociélé. Udb autre »o forma en iB49, apràa la découverlo de l'or en CalîTorDie. L^exécdtioa des iravaui^ dirigée par (et in^ént^ui^ amérleaîne Totten et Trautwin}, dura cinq ans (1S50'5â]. Le ptirt de Chagres, inia.lubre et daD^i^ruui^, d'^abord cb.Di»i c^mme lieu de débarqoeinent pour le matériol^ tes mitreliandiaes et les «luyriere, Fut abaiidonné et riMnpIacé f\Q ISSâpar Je Douvcau mouiilauii de U baie de: Limon, auqad les AméricamB ont doaiie le nom d'un de teuri Ingénieurfl» AspiQwall, et le gouvcruemeiit de la NaUTelIe- Grenade, eetui de Coton, na touveair do graoïl navigateuf .
AMÉBIOtll^ CENTRALE* 339
donne la mesure du rôle pué par le cheoiin de fer à Aspinwall. n est le véritable roi da pays, et roi à la façon de Méhéraet-Ali * , possédant le sol, employant les bras, fixant à sa guise le tarif de ses services, réglant même, par des notifications qui font ioi dans les républiques voisines, le cours et le change des monnaies*
n Malgré toutes ses exigences et malgré rélévationdn tarif commercial {de 100 à 300 fr, la tonne) qui entrave la circulation des marchandises, le chemin de fer d'Aspinwall est encore la providence du pays* U occupe , avec un salaire de 5 francs kl fr. SO par joor, toute une population flottante de nègres, d'Européens, d'Américains répandes sur tout le parcours. Dans la ville, 0 a pour ouvriers permanents trois ou quatre cents individus sur trois mille, et il enrichit tous les autres par le commerce. Son action, d'ailleurs, est universelle et se fait sentir d'an bout à Faulre du versant occidental de rAmérique, C'est grâce à lui que la compagnie anglaise de SouthampLon et les compagnies rivales de New- Yorlt ont pu organiser des services de steamers qui vivifient toutes ces côtes, et régularisent les relations du Pacifique avec les États-Unis et avec l'Europe, Ce sont là des titres de premier ordre qu'on ne peut passer sous silence, et si le chemin de fer de Panama paie chaque année 40 ou 60 "/o à ses actionnaires, il ne leur donne que la juste rémunération d'une courageuse initiative, dont les résulkits toujours grandissants témoignent des bénéûces promis à de plus vastes intreprises,
)) 11 faut, du reste, lui rendre cette justice qu^il ne mérite plus aujourdlmi les appréhensions dont il fut l'objet dans le principe. Construit d'abord à la hdte*, dans des conditions
!« Méhén^oL-Ali^ preraier vice roi et réformateur do l'Egypte (LR0!S']Si4), «TAÎt con(is{|nè â bod protîL toute* le« terreii et t'éLait îaàl TuDique propriétaire du toi éfiryptten.
1. Au lieu de conatnitre dé&Dilivemeoi la Tuie. oa ne ■.'ûocupa d'abord qaa d^étûblir rapld«ineDt la comniunicaLiun entre; le» deux océans. « Sur dea r(ïm> ■ biais à peioe laaaéB^ dit M- KecluB, on plaçai it des roodiai empruntée util
* Arbrei de la forêt» s^ana icième ae donner ï& ^mnù de jea cou ni r do baltast; » êo moyen de madriora nr>n équarria cm do aicnpie» éi'bafrtudaf^eii, oa francbiis lait les marata, lea ruiaaeauxt 'b Chaifrei Itiwmânii} dont le Ut a plus ds
• tOO mètrei d^ampleur à l'endroit où le cbemîD Le traverao. •
360 LBCTURRS KT ANALYSES DB GÉOORAPHIB.
singulièrement difflciles, il a été le théâtre de nombreux sinistres ; encore avait-il sacrifié bien des vies d'hommes pour obtenir un premier passage à travers des marécages mortels, dont le sol fangeux se dérobait à toute consolidation. Les travaux ultérieurs de la compagnie ont fini par créer un véritable sol factice, et, à défaut d'ouvrages d'art que le génie américain ne comporte pas, on a réalisé sur plusieurs points des améliorations considérsibles. C'est ainsi qu'à la station de Barbacoas, à peu près au milieu de l'isthme, des ponts de bois plusieurs fois emportés ont été remplacés par un pont de fer de 4 à 500 mètres de longueur et importé de New- York, n ne faut cependant demander à ce chemin ni grande vitesse ni confort ; il n'y a, comme aux États-Unis, qu'une seule classe pour les voyageurs, et chaque wagon doit contenir soixante personnes assises sur des sièges de bois. Rien de plus démocratique, mais on passe, et, pour les soixante mille émigrants qui chaque année vont en Californie ou en reviennent par cette voie, l'essentiel est de passer. Peu d'entre eux songent même à jeter im coup d'œil sur le panorama vraiment pittoresque et parfois effrayant de la route*.
» Ce qui limitera néanmoins, quoi qu'on fasse, le développement de ce coin de terre, si bien placé pour servir de trait d'union aux deux océans, c'est l'insalubrité du climat. Cette insalubrité a été jusqu'ici le grand épouvantail de l'émigration ; elle a même frappé de discrédit des régions voisines, comme l'Amérique centrale, qui se trouvaient dans
1. ■ Sor tou« les points réservés aax embarquements, le voyageur qui veut I prendre le train place ses bagages sur une large plate-forme à hauteur des I wagons; il manœuvre lui-même le signal, et le convoi s'arrête. Pour des- I cendre, il prévient le chef de train, qui le fait déposer à l'endroit voulu. De
> cette fuQon, la compagnie réalise des économies et le service n'en va pas plus
> mal : à chacun de se tirer d'affaire.
> A Colon et à Panama, la ligne est en pleine rue; un coup de cloche avertit
I que l'heure est près de sonner, un second qu'on va partir, un troisième qu'on
> part. Monte qui veut. Les wagons, très allongés, sont ouverts aux deux bouts,
> et sans portières. En route, les employés demandent les billets : si quelqu'un
> est en fraude, le train s'arrête et débarque le mauvais plaisant... Aucune I barrière n'isole les lignes, et les troupeaux s'y promènent à volonté : on » ralentit la vitesse, la locomotive siffle pour les prévenir et les prier de faire
> place ; les récalcitrants sont versés à droite et à p^auche par la ■ cage à bœufs»,
> grand treillage en forme de soc de charrue qui les écarte sans trop de doma mage, a (A. Reclus.)
des conditions climalériqiies dianiélralemiml opposées, La vérité est qo'à Panama comnie à Aspinwall, comme sur plusieurs autres points de la côte néo-argentine, la Stûson des plnies amène des fièvres inlemiittentes qui dégénèrent bien vile en fièvres pernicieuses dont TefTet est quelquefois foudroyant. Dès les premiers temps de la conquête , ce lléau ré^uUer provenant de l'inondation des terres basses, qu'un soleil de feu transforme en foyers d'infection, avait donné une terrible réputation à ces parages. La ville de Porto- Bello, où se chargeaient les galions de FEspagne, était aliandonnée huit mois de l'année, sons peine de mort, par sa population de marchands et d^aventuriers. Je ne parle pas de la fièvre jaune, cet autre visiteur impitoyable qui, de temps immémorial, a promené sa torche lugubre des Aotilles au fond du golfe riMîxicain, de k Nouvelle-Orléans h la Havane. Les marais vaseux du Rio-Cbagres gardent le secret de bien des victimes allemandes, irlandaises, chinoises même, dont le chiffre ne sera jamais connu. Quant à Aspinwall, il est bâti tout entier sur pilotis, le plancher des maisons élevé à un mètre du sol pour laisser libre carrière à rinondation périodique. 11 y a donc au moins deux mois de Tannée où toutes les maisons plongent dans Teau comme les kiosques chinois de la rivière de Canton, à lexception de la chaussée du chemin de fer et de quelques aulrew passages nécessaires. Qu'on juge de ce que doit engenth'er de miasmes délétères cette incubation de détritus végéUiux et animaux par une chaleur de 30 à 35 degrés Réaumur. Telle est pourtant la double fascination de la liberté et du soleil que le séjour d'Aspinwall, en dehors môme de leur intérêt^ paraît ti'ès supportable à ceux qui rhabilent. Je n*y ai vu, pour moi, qu*une admirable végétation, une large abondance de toutes choses, une population mélangée où le bien-être domine, et la lutte toujours sympathique de lliumme contre la nature. » Félix Belly',
A travers f Amérique centrale.
(Park, I§67, 2 vol. îû-â>« Cberbuliex.) 1. M. Félix Belly est ud dfie ei|ïiorateuLra qaî «e soot le plas dévoué» dftDl
lie» anismlora d« BArtea.
a Nous mouDlâmes à l'Ue des Alligators, entourée de vasières, où un nombre fort respectable de caïmans vinrent se prélasser au soleil. Autant que possible ce saurîen ne reste à Teau que le temps de s'y procurer son dîner. Il aime passionnément la chaleur; sa jouissance suprême est de s'allonger paresseusement sur une plage ferme et consistante ; cette grève sableuse étant, à plusieurs kilomètres en amont et en aval, la seule qui réponde à ces exigences, les seigneurs caïmans s'y donnent rendez-vous de très loin. Ici, les forts et puissants dévorent volontiers les petits, et nul individu de moins de 4 mètres n'oserait se présenter à cette assemblée de gros mangeurs. Les vénérables patriarches ont toute la place nécessaire à leur sieste. En ce « lieu d'élection, » la rivière, resserrée par l'île, forme un coude très brusque, l'eau est profonde, les berges immergées de la rive droite sont à pic, et probablement criblées de cuevas superposées comme les niches d'un cimetière espagnol. La cueva est un trou très étroit que l'animal se creuse et où il n'entre qu'à reculons. Il s'y cache tout entier, c'est là qu'il guette patiemment sa proie. On trouve surtout ces excavations dans les « charcos », gours profonds où tournoient les remous ; partout ailleurs il n'y a pas de caïmans : on peut nager et plonger sans crainte. Puis, si défendus qu'ils soient par leur cuirasse à l'épreuve de la balle, malgré leur mâchoire formidable, la vigueur de leurs membres et la force de leur queue dont un coup briserait l'embarcation la plus solide, ces sauriens sont si lâches, qu'ils ne s'attaquent jamais à l'homme. Les pêcheurs de manatis (lamantins), à la Lama de Cristal, dans les lagunes de Gacarica, m'ont conté ce qui suit : s'étant aperçus que d'énormes alligators profitaient de leur sommeil pour leur enlever des lanières de chair en train de boucaner, ils se mirent en garde et
notre sièclo à l'œuvre d'un canal interocéaniqae. Pour avoir échoué, son entreprise n'en a pas moins contribué à préparer la solution du problème, et ses récits restent parmi les plus intéressants à consulter sur les ressources et les beautés naturelles de l'isthme central américain.
AMÉRIOUË CENTRALE. 363
Classèrent les maraudeurs à grands coups de bâton* On dit ici qu'ils se laissent manger la queue par le tigre sans remuer ni pied ni patte, et qu'au seul cri du maître félin c*est à qui plongera le plus vite pour gagner sa cueva* Les deux Verbrugghe^ mes braves amis, pour qui l'Amérique, si grande qu'elle soitj n'a plus guère de secrets, m'apprennent que ce dire se retrouve partout.
)> On assure que les alligators ont une longévité extraordinaire et qu'ils ne cessent jamais de grandir : arrivés à un certain âge, ils se couvrent de mousse verdâtre, de verrues et d*ex croissances, ils ressenibleot alors à s'y méprendre à quelque vieille souche envasée. Moins agiles, ils ne peuvent plus happer facilement le poisson au passage, et, pressés parla faim, ils deviennent dangereux pour le hétaU et même pour rhomme. Un certain Juan de Pinoyana, frère d'un de nos macheteros, naviguant dans une pirogue, vit tout à coup un de ces alligators se précipiter sur lui, son énorme gueule en tr'ou verte. Instinctivement, il épaula son fusil et tira ; il se retrouva barbotant dans l'eau, sa pirogue brisée; par bonheur le coup était parti, et le monstre^ blessé ou surpris, Tavait laissé gagner la rive k la nage. Sur le Bayano, près de Jésus-Maria, plantation de cannes à sucre du docteur CratochviU, un caïman de neuf mètres de long et de deux pour le moins de tour^ obligeait les habitants du village à se tenir constamment en garde ; malgré toutes les précautions, il en dévora deux. Quand un homme s'aventurait seul dans une pirogue, IVdligatûr rôdait tout autour, puis posait la patte sur le plat-bord pour la faire cliavirer ; si une canoa était au mouiUagc, on le voyait tout près, levant au-dessus de Teau ses épaules et sa gueule énorme, pour llairer la chair fraîche. Une balle bien dirigée délivra le pays de ce terrible commensal. Quand un de ces \ieux scélérats devient dangereux, on s*en débarrasse au moyen d'un solide hameçon amorcé d'un canard, le péché mignon de l'alligator. Le bout de la corde est amarré à un arbre de la rive ; dès que le monstre a mordu, on haie sur la corde, et on le tire à terre si fatigué qu'on T achève à loisir à coups de hache, comnir^ r une brebis.
364 LECTURES ET ANikLYSES DE GÉOGRAPHIE.
» Antre recette. A rane des extrémités d'an gros fil de fer, on fixe un morceau de bois léger; à l'autre, un croc bien enveloppé des tripes d'un animal quelconque ; on jette le tout à Teau. Le caïman, ayant avalé l'appât, se fatigue longtemps à traîner l'incommode bouée qui s'embarrasse dans les herbes et le force de tirer sur le croc, et celui-ci lui déchire les entrailles. Il est assez difficile de le tuer sur le coup : la balle doit frapper dans la tète, près de l'œil, ou atteindre quelque organe vital à travers la peau du ventre, beaucoup plus molle qu'ailleurs. On se contente, en général, de tirer à chevrotines: l'alligator a a mauvaise chair », il suffit qu'un plomb ait pénétré le dessous du ventre ou du cou pour que la mort arrive au bout de quelques jours. Les caïmans dorment la bouche ouverte, la mâchoire supérieure presque verticale. Le moindre bruit les réveille ; alors, si quoi que ce soit les inquiète, ils se traînent péniblement vers l'eau en rampant en zigzags, mais s'ils suivent ou s'ils poursuivent quelque proie à terre, ils détalent à grande vitesse, sans éprouver, bien qu'on en ait dit, la moindre difficulté à tourner à droite ou à gauche. Us sont alors terribles, et je ne pense pas qu'un homme leur échappât facilement à la course. Dans l'eau, ils nagent de fort vive allure, sans faire usage de leurs pattes, qui restent collées au corps ; leur queue seule est en mouvement.
» Dans les a cienagas, » palus où les eaux sont peu profondes, on se divertit souvent à noyer des caïmans. On en choisit un dont la taille ne dépasse pas trois ou quatre mètres, et à force de le tarabuster avec une gaffe, on le décide à décamper; il se cache alors sous les herbes aquatiques ou sous le tapis mouvant des feuilles de nénuphars ; on le chasse de cet asÛe, on le harcèle de retraite en retraite sans jamais lui laisser le temps de remonter pour respirer à la surface des eaux. L'animal est bientôt à bout. Mais cet amusement a ses dangers. Parfois les a tapons » ou amas d'herbes dissimulent quelque colosse, qui au lieu de s'enfuir quand il se sent piqué par la gaffe, détache un coup de queue et peut briser l'embarcation. Les rôles sont alors changés; le chasseur, chassé à son tour, est presque infailliblement
AMÉniUUE CENTRALE, 36S
perdu* M. de Lachornie^ qui adorait ce « badinage, » a manqué plusîeors fois d'en ulre victime, D avait beau jeu pour ces distractions dans la cienaga de Beteuci, vaste lagune traversée par le rio Sinu et prodigieusement peuplée de caïmans; à la saison skhe, me disait-il, lorsque les eaux sont basses et que les bandes de poissons ont émigré vers le cours inférieur du fleuve, pour un malheureux petit fretin qui s'égare dans le voisinage de leur retraite, plus d'une soixantaine de monstres s'élancent la gueule béante à sa poursuite. Ce sont des batailles terribles, des enchevêtrements de museaux à crocs formidables, de grandes ^mieues qui battent Teau et la font rejaillir en écume ^ jj ^V Armand Reclus,
^B Panama et Darîen^ voyages d'exploraiiofim
^H| (Pam^ 18S1, in-S"', HAutieUe, soijcante gravures, gualre curLcs.)
f lie diemiii île fer île Colon a Panama.
Les lignes qui Buiveot oot été émtes par oïl dea témoins du grand effort fait daas rislhme pour la conslmcltoo do cnnal, et par un obser-
I. M, de LachifcTii* éldtl un ^^ft= meiribrcs de rexpédiiion gciertliUque da n&ricn ; il aTOiit étâ attaché à M. Reûltis eo qaalité d'an^ciliaiie ^our leg
£. NoQB eroproiBtoDa à oae r« 9 a Lion de M. b chi>)valier La Miiyne aor la Nmtveile-Gretiade loi détails suivanU relsiifa aux calmane qu'il & rencontrés dansAct DATigaiion «ur le Hio-Maj^dalema ; ■ Nous aviùna toujaur», avisât de I drË^aer nos lentes, à faire déloger le* caîmatm, que hoos trouvions quelquea fois réuniB au nombre do trente on quarante. Noms avion» rttcontiu que^ pour
■ mous en débarr&sâee'} dqqû n'avions pas mbsotument besoin de leur Ur^r de»
■ coups de fusil^ altcndu qu'au açul brait de aos volx^ au moment de notre &r' 1 tivèe, ila n'en ailaîenl re^jif^orr Teaa. A forcfl d'en vùir, nous avions ùm par > connaitre si bien lenrs nabiliides de locomuLion et par les prendre en tel mét pris hora de l oau.quo, lorsqu'il y avait parmi eux quelques relardalaires en- V iâléa qui ne paraissaient pas disposés à nous céder la place^ nous ne craîi gnions pas^ cojnme amiiBenient;, de nous ea approcher par deniâre^ et de ioi
■ cliasser devant nous en Jeur appliquant doft coups de bÂLon sur la queua. Il
■ est curieux de voir ces animaux hideux, ûLendussur le sable^ se chauUant au
■ soleil «t tenant béante leur énorme gueule & dauble rangée de Formidablai
■ dents et quMs referment de temps en temps pour avaler leamonches qu'y ai>
■ llrent les parties charnue» de leur m&cboire inférleofe et l'odeur du rnusû qui
■ accompagne leur respiration^ Telles sodL leur Jmmobililà eL rinsensibilitè de
■ leur corp» èratlleax, que ewiivent ils lônl couverte d'oiseaux aquatiques qui » Jes prennent pour perchoir^ comme ua tronc d'&rbre. Leur longueur ordi- B oaira varie entre 10 et 15 pieds ; on dit que quelques-uns atteignent et dé- » puassent même la taille de £0 pieds, tje catnTa:ri épreuve tant de dîfûoulLéa
■ et met tant de lenteur à se retourner quand il est h terre, qu'il y attaque ra-
■ rentent l'homme, à tnoina d» l'y trouver eudurrni ; mai s dans l'eau, san prlB-> t cipal domami^ il est d'une féracilé et d'une burdicssâ qui le rendent excei- 1 Bivement redoutable pour les gens qai commettent l'imprudence de p'y baigner • et pour Jes bestiaux qui vont y boire. ..< t
Le chevalier A, Le MDYc«e» La Nouveîfe- Grenade.
(Paris, tSSOi deux vaL in-tS, Ou«titin,l
vateiir pénétrant des causes maltiples qui ont amené la catastrophe et la débâcle finales :
a La locomotive a sifflé : — Vous montez en wagon sans avoir pris de billet; mais, dès que le train est en marche, un Individu porteur d*une sacoche, les reins sanglés d*une large ceinture d'où émerge un revolver, parcourt le couloir central. Ce personnage rébarbatif n'est autre que le contrôleur; 24 piastres, soit 120 francs, tel est le prix qu'il réclame pour un trajet de 70 kilomètres; de tarif point; de reçu aucun; discuter est dangereux, paraît-il.
» Les compartiments sont d'ailleurs assez propres et bien aménagés pour la chaleur. La ligne suit tout le bassin du Ghagres et longe le tracé du canal. A peine a-t-on dépassé Christophe Colomb qu'on l'aperçoit enfin, ce fameux canal, à son embouchure dans la baie d'Aspinwall; il nous semble plus large que celui de Suez et tout à fait majestueux. Malheureusement, au bout de 3 kilomètres, c'est-à-dire dès que cesse la plaine, la tranchée s'arrête et les chantiers commencent Au moment où je parle, nous avons sous les yeux
un spectacle fort intéressant. Une véritable fourmilière d'ouvriers, où dominaient les magnifiques nègres de la Jamaïque, s*agitait en tous sens, piochant, poussant des brouettes, chargeant des wagonnets, groupés autour des excavateurs, des perforateurs, des dragues. Au centre de chaque chantier, des baraquements destinés au personnel, et l'inévitable Chinois, marchand de thé et d'autres boissons inofPensives, chez lequel viennent se fondre les piastres si durement gagnées. Dans les entreprises importantes qui occupent 3 ou 4000 hommes, ce groupement forme un village et le train s'y arrête. De gare, pas l'ombre; on stoppe deux minutes, on lance vos bagages sur le sol et on repart; vous avez juste le temps de descendre. Le train est déjà hors de vue lorsque vous êtes rentré en possession de votre malle, qui a roulé au bas d'un talus, et votre sac de nuit, qui a échoué dans la vase sans que vous puissiez avoir la consolation suprême de coucher une réclamation inutile sur un registre ad hoc.
Le railway ne quitte pas la forêt vierge, admirable décor de féerie; végétation luxuriante, rivière qui coule sous une voûte impénétrable de feuillage et de liane, oiseaux dont le ramage ne répond pas au superbe plumage. Des caïmans, vautrés sur le bord des marais, nous regardent passer sans nous faire l'honneur d'un mouvement de curiosité, et sans
AMÉIIIQUE CENTRALE.
paraître se souder de l'altenlioa avec laquelle nous contemplons leurs vilaines frimousses.
» A la Culeljpa, changement à voe. Une immense montagne de granit barre la route. C'est là que convergent tous les efforts de la bataille livrée à la nature. Les perforateurs l'attaquent avec rage, pendant que de nombreuses équipes de travailleurs s'acharnent contre elle; nous savons maintenant, hélas! comment le combat a Uni, mais à cette époque on ne pouvait prévoir qui, de Tobslacle ou de rhomme, serait victorieux. Après un long tunnel, nous retrouvons la même forêt^ le môme passage, les mêmes exhalaisons paludéennes que nous venons de traverser : ouvrir les yeux et se boucher le ne2, telle est lattitude dont il convient au voyageur de ne pas
se départir ».
Paul MlMANBK,
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