‹ L'AmériqueChapitre 59 sur 113 · GOLFE · texte numérisé non relu

GOLFE

Golfe de Carthagène.

atteignent un mètre de longueur, disparaissent dans les herbes sèches à votre approche, ou bien vous regardent avec des yeux étonnés, pour détaler au moindre mouvement.

» Nos bagages sont débarqués. On nous conduit à la douane, grand bâtiment en planches, où quatre à cinq employés crasseux et fainéants inspirent, dès le début, la plus fâcheuse idée de l'administration néo-grenadine. Est-ce à ce climat de salamandre qu'il faut attribuer la dépression des forces physiques, intellectuelles et morales de ces tristes fonctionnaires? Pendant huit mortelles heures nous attendons qu'il plaise à ces messieurs de fracturer nos caisses et de daigner recevoir notre argent. Les tarifs de douane en Colombie sont absolument draconiens. Il est alloué à chaque

voyageur 75 kilogr. de franchise, après quoi la taxe est de 2 fr. 25 c. par Idlogr, d'excédent, emballage compris. Un honorable négociant de Médellin, M, Prosper Reslrepo^ paya sous nos yeux plus de 1 200 fr. de droits de douane pour quelques objets rapportés d'Europe, à son usage personnel, et que l'emballeur avait renfermés dans des caisses trop lourdes. Les agents diplomatiques sont exempts de cette taxe. Deux passagers venus avec nous d'Europe,

Sa ba ai lia, B^rranquilla, bûochëB û& la Ma^dFikuà.

M. OXeary, consul d*Angleterre, et M* de Montbrun, clianceber de la légation de France à Bogota, bénéiîciferent do ces dispositions, qui ne s'étendirent pas jusqu'à moi. Malgré rexhibition de mon passe-port diplomatique, je dus payer 300 fr. d'excédent pour des papiers d'herbier, hoîtes en zinc, ûacons pour insectes, objets de campement, dont aucun cependant ne pouvait être considéré comme article de commerce. On m'apprit plus tard qu'il est avec le fisc des accommodements, et que quelques pièces d'or adroitement glissées dans la main de ces dragons des Hespérides auraient désarmé leurs rigueurs.

» A trois heures de raprès-midi, nous montons dans le train pour Barranquilla, après avoir payé 25 francs pour le court trajet que nous allons faire. La locomotive, construite dans TAmérique du Nord, est de forme bizarre ; les wagons sont à jour, comme il convient pour des pays chauds, et la voie est d'une solidité douteuse. On traverse d'abord des lagunes inondées plantées de manglares ou forêts basses de mangliers. Des légions de grands échassiers (garzas ou hérons blancs) nous regardent tranquillement, perchés sur « leurs longs pieds. » Le mancenÛlier abonde sur cette plage; des césalpiniées, des mimosées se couvrent de houppes dorées, et les grosses touffes de Y Acrostickum aureum^ à feuilles longues de trois mètres, font saillie audessus des eaux noires.

)) Barranquilla s'annonce par quelques champs de coton, de grands pâturages de Panicum, quelques groupes de cocotiers et des cabanes qui se rapprochent. A l'entrée en gare, nous sommes assaillis par une population multicolore, sale, bruyante, qui rappelle celle des ports de l'Italie par son empressement indiscret autour des passagers. La gare de Barranquilla est à l'une des extrémités de la ville, dont on n'atteint pas le centre à moins d'une demi-heure de marche dans une poussière atroce, qui nous brûle la gorge. Cette journée d'ennuis de toutes sortes nous a fatigués outre mesure, et la satisfaction de toucher enfin la terre ferme est bien mitigée par ce commencement de tribulations. On nous conduit à une sorte d'auberge décorée pompeusement du nom A' hôtel Finances y et située en face de l'église. Notre amphitryon est digne d'une étude particulière. Il a vu tout l'univers el « mille autres lieux, » et s'est établi par philanthropie dans cette ville torride et malsaine. Son cœur est plein de tendresses pour ses compatriotes... moyennant finances. Pour quelques piastres fortes {pesos fuertes) il pousse l'obligeance jusqu'à vous fournir une salle blanchie à la chaux, quatre poteaux de bois sur lesquels est tendue une peau de bœuf couverte d'un drap, une cuvette ébréchée et un torchon « jadis blanc. » La nourriture est à l'avenant. Le riz, les patates, la yuca {mainhot utilissima)^ la viande

sédiéCj on font les principaux éléments, et les ragoûts sont tous rehaussés d'une dose de piment {ajf) à faire revenir les morts. La sauce est invariablement d'un jaune safran produit par la graine du Bixa oceilona, nommé en Colombie achiate et usité par tout le pays. Quaot à la propreté, elle ii*est pas douteuse; elle est absente.

» Barranquilla est situé près de la rive gauche du Magdaléna, non loin de l'embouchure de ce fleuve, et par ODZç degrés de latitude nord. Un canal ou dique de quelques kilomètres de longueur joint le port au lit même du Oeuve, à travers des prairies inondées, couvertes de grandes graminées où Ton voit des vaches pâturer en liberté avec de l'eau jusqu^aux naseaux. La chaleur est très élevée. La moyenne annuelle est de 32 degrés^ et les maxima de température, joints à Tardeur du soleil, donnent lieu à des insolations et à des maladies souvent fatales. Dans le milieu du jour on ne rencontre dans les rues que des chiens ou des,,. Français, comme au Caire. Nous avons au loin cette réputation de salamandres, on ne sait comment justifiée* Les rues sont trop larges ; de pavé nuUe part ; mais une poussière ou une booe où Fou enfonce jusqu'aux genoux, suivant qu'il fait sec ou qu'il pleut* Dans le centre commercial ou cité proprement dite, les maisons sont pourvues d'un étage servant à rhabitation, et le rez-de-cbaussée, très vaste, à jour, soutenu par des colonnes de bois, sert d'entrepôt pour les marchandises. Ces vastes magasins sont un résumé de la vie matérielle en Colombie* La spécialité de chaque négociant est de vendre de tout. On trouve chez lui du fll et des aiguilles, des machines à vajïeur, de la farine, du drap, des souliers, des bijoux, de la poudre et des baUcs pour alimenter les révolutions, delà librairie et du savon ; on y fait la banque, on y agiote sur toutes choses; on est courrier d'état, apothicaire, consul, et le soir homme du monde avec toutes les ressources que la civilisation peut apporter si loin. Chacun de ces irade-gentiemen parle cinq ou six langues. Ils sont obligés de tout savoir, de tout acheter, de tout vendre» Leur existence est fiévreuse et cependant leurs aflaires admirablemeni ordonnées. Pour

objectif ils ont Tespoir de faire fortune en dix ou quinze ans, de céder leur fonds à bon prix à quelque successeur entreprenant comme eux, et de venir vivre à Paris, pour eux le véritable Eldorado. » Ed. André,

V Amérique équinoxiale,

{Le Tour du Monde, deuxième semestre; 1877. Hachette.)

ftalnce-llartlie.

« Sainte-Marthe est située dans un paradis terrestre. Assise au bord d'une plage qui se déploie en forme de conque marine, elle groupe ses maisons blanches sous le feuillage des pahniers et rayonne au soleil comme un diamant enchâssé dans une émeraude. Autour de la ville, la plaine, s'arrondissant en un vaste cirque, se relève en molles ondulations vers la base des montagnes. Celles-ci étagent Tun au-dessus de l'autre leurs gigantesques gradins diversement nuancés par la végétation qui les recouvre et l'air transparent dont l'azur s'épaissit autour des hautes cimes; des nuées s'effrangent en longues traînées blanches dans les vallées supérieures, s'enroulent en écharpes sur les sommets, et de cet amoncellement de nuées, de pics, de montagnes de toute forme, jaillit la superbe Horqueta, dont le double cône, dressé au-dessus de l'horizon, semble régner sur l'espace immense. Les énormes contre-forts sur lesquels s'appuie le pic à deux têtes projettent à droite et à gauche deux chaînes de montagnes qui se recourbent autour de la plaine de Sainte-Marthe, abaissent, par une succession de chutes gracieuses, la longue arête de leurs cimes, et, de chaque côté du port, vont plonger dans la mer leurs hardis promontoires portant chacun une forteresse minée. Ainsi la plaine semble soulevée entre les bras du géant Horqueta et doucement inclinée comme une corbeille de feuillage vers les flots éblouissants de lumière. Le promontoire du nord se continue par une chaîne sous-marine et se redresse au-dessus de l'eau pour former le Morillon et le Morro, îles rocheuses qui servent de brises-lames au port. L'ensemble du paysage enfermé dans cette enceinte est

d'une hannoiiie indescrîpUble : tout est rhytlimique dans ce monde à part, limité vers le continent, mais ouvert du côté de l'infini des eaux; tout semble avoir suivi la même loi d'ondulation, depuis les hautes montagnes aux cimes arrondies jusqu'aux lignes d'écume faiblemeut tracées sur le sable. Aussi qu'il est doux de contempler cet admirable tal)leau I On regarde, on regarde sans cesse, et on ne sent point les heiires s'envoler. Le soir surtout, quand le bord inférieur du soleil commence à plon|afer dans la mer et que Teau tranquille vient soupirer au pied des falaises, la plaine verte, les allées obscures de la Sierra, les nuages roses et les sommets lointains^ saupoudrés d'une poussière de feUj présentent un spectacle si beau qu'on cesse de vivre par la pensée et qu'on ne sent plus que la volupté de voir. Ceux qui ont eu le bonheur d'avoir sous les yeux ce paysage grandiose ne l'oublient jamais. Un de mes amis grenadins, auquel^ avant d'aller à Sainte-Marthe, j'avais demandé quelques renseignements^ ne put me répondre que par un sourire de regret et par ce mot ; hélîis I

<( L'intérieur de la viUe ne s'harmonise pas avec la magniflcence de la nature qui Tenvironoe'. Sainte-Marthe

1« K Dè^ que lesyeiu AlMndoDtieat r«ciiemble da [««jfMgo «t oe »*all«eJiotit

■ ptus qu'à U Tille de SaoU-Uvilu^ oetle ^Hït perd toUlemenl le clinrrnâ rfatt « lui prêts réloigoemeiit, csr les oiuMni, rédiules i on rex-de ohâu«toAn t»u n«

■ dépassant pas on éUm^ et éeraiéai mmu d« lourdes foiiuras «n tuilft, ont peu d'appanoea à réxiéneor,^ A l'êpoqam oft j*»rnvAl,... atifrun Uutlfïâu n'éliit à U tète dTitfte iodnalria de qiieJ<iae îm^tUtnui , [« classe ouvrière, te fivnieiità eerteioês fabrieatiaat, n*; ai ^nre qae des objets j^tiJki ■■ Asssi tootes !*• Csmillo» 'i <;s

■ ne «e fterraieDl^l^ goAra poer se vètir^ pour msubter leur» mumm^ ti y « établir un p«a de coouct, que de choses apportées 4e l'étfângsr. • (' valier LE MorK * '* .--^-- -.- - -*

f SMDte-

Sainte-Marlbc.

est le premier établissement que les Espagnols aient fondé sur la côte-ferme grenadine, et, malgré Tancienneté de cette origine, malgré son excellent port et son titre de capitale du Magdalena, malgré la splendeur que Tavenir lui réserve sans doute, elle compte au plus une population de 4000 habitants. Les rues, larges et coupées à angles droits, comme celles de toutes les cités âgées de moins de quatre siècles, n*ont jamais été pavées; pendant les jours de forte brise, elles n'offrent à la vue qu'une perspective de tourbillons de sable où le passant n'ose pas s'aventurer. Les maisons sont en général basses et mal construites ; dans les faubourgs, elles ne sont même que de simples cabanes en pieux et en terre; les toits, en feuilles de palmiers, sont peuplés de scorpions et d'araignées innombrables. En 1825, trois siècles après la fondation de Sainte-Marthe, un tremblement de terre renversa plus de cinq cents maisons, lézarda la cathédrale et les quatre églises. Depuis cette époque, les monceaux de briques et de plâtras n'ont pas été déblayés, les ruines n'ont pas été consolidées, les lézardes bâillent de plus en plus ; seulement le temps a décoré d'arbustes les murailles pendantes, et sur la haute coupole d'Iglesia-Mayor tressé une verte guirlande toute bariolée de fleurs jaunes et rouges. Dans cette ville, encore aussi délabrée que le lendemain du tremblement de terre, je ne vis qu'une maisonnette neuve et les fondements d'un édifice inachevé qui devait servir à

■ port le plus important de la Nouvelle-Grenade, et le point de départ de cette

■ navigation de la Magdalena qui occupe dix navires à vapeur, des milliers de a bongoSt et qui porte les produits européens jusqu'à deux cent cinquante lieues

• dans les terres, à travers des vallées splendides, des forêts de quinquina et de > bois de teinture. Je m'attendais donc à une certaine activité et aux allures or- » dinaires d'une ville marchande. Il n'y avait pas un navire dans le port ; les B maisons elles-mêmes paraissaient endormies dans un berceau de cactus à ra- 9 quettes protégé par de larges têtes de palmiers. Il se fit cependant un certain » mouvement à notre arrivée, mais seulement autour du steamer, 11 fut entouré » en un clin d'œil de bateaux chargés de fruits énormes. Je vis alors les premiers » échantillons de ces pirogues indiennes creusées dans un tronc d'arbre, longues, I étroites, presque cylindriques, dont je devais faire plus tard un si fréquent » usage sur les cours d'eau de l'Amérique centrale, et qui, manœuvrées par des » espèces de démons presque nus, armés de palettes ressemblant à des nageoires

• de requins, bravent les rapides des fleuves, résistent aux tempêtes, remontent

• les courants les plus impétueux et font pénétrer nos produits, nos idées et notre

• influence dans les ic;j:i')ns centrales les plus inaccessibles...» (Félix Belly, A travers l'Amérique centrale.)

un grand collège provincial. La demeure du plus riche commerçant de la ville, jadis véritable palais, ii*offre plus, du côté de la mer, qu'un ensemble de ruines ; des murs chancelants entourent le jardin rempli de déhris amoncelés ; des fûts de colonnefg^ des cbapitf^aux jonchent le sol ; des arbres épineux croissent au milieu des pierres.

n Les grands navires d*Europe et des Elals-Unis mouillent à 1 kilomètre plus au nord, au fond même de Tanse et au pied du promontoire qui la protège contre les vents du nord et les vents d'est. La plage qui s'étend entre le port et la vOle est bordée d'un côté par la mer, de l'autre par des salines, quelquefois inondées. Le soir, elle sert de promenade à toute la population, et les piétons, les cavaliers, les voitures la parcourent en tout sens, La douane, un entrepôt ruiné, une jetée, quelques tentes de feuillage dressées au-dessus des ballots de marchandises, sont les seules constructions élevées sur le port, qui, loin d'apparaître comme un centre d*activilé, semble plutôt un lieu de plaisir. A tout instant du jour, des nageurs blancs et noirs plongent du haut de la jetée, s'ébattent comme des tritons autour des navires et changent Feau bleue en une vaste étendue d'écume; les samèos oisifs, restés sur la rive, et les matelots appuyés contre le bordage de navires, jugent des exploits des nageurs, et, par de longs applaudissements, rendent hommage au plus habile * . w

Elisée Rkclus, Voyage à la Sierra-Nevada de Samte- Marthe,

(Paria^ 1831^ in-lS, HactieUe. — Publié dans ]a Hevue des Dmx-Mondm dea \*^ décembre 1^59^ !■«■ féTrler, IS mars,

rendent b

1. Ces zamboa ou tamboa font preuve d^^une agilité et d'une audace qui pa< raîLraieot iocroyiables, ai elles n'étaient attestées par de sérieux témoignantes. M. Ëtieée Reclim parle dana un autre chapitre de» baigneur» de la rade de RlO'Hacha qui preuaieat leurs ébal*^ eu riaol, Jusque soua le ventre et k In fçaeule dea requins ; M, le ducleur SatTrny {Vaynge à ta Noiiw>lt-Oi't'muh)^K été témoin de» mém&A bravades dana la r&de do S&iote Marthe. Nous «iteronB à ce sujet le pas^sage suivanl;^ emprunté à l'ouvrage de M. le chevalier Le Mayne ■ur IflL NouveTle-Qrenade. La acèue se pasfrs à Sainte-Marthe :

• C'eet au milieu des ruine» de j'muden fort, situé au bord de la mer que a se beaait de grnnd nmliE} le prineip&l marché de fruita, de lé grumes, de poiâ- ■ sons et de viandes de boucherie. Une grande {{uantité de raquiisB râduient tou- > joun Le long de la plage^ attirés qa'iU étuent par les odeurs fétides qu'ex^^bf

Eies Indiens CkMMtres.

« Pour contempler les Goajires* dans toute leur pittoresque beauté, il faut se rendre le matin à l'embouchure du Rio-de-Hacha, située, selon les saisons, à un jet de pierre ou bien à 1 ou même 2 kilomètres à Test de la cité. C'est là, dans le bassin toujours changeant formé par le mélange des eaux douces et des eaux salées qu'une grande partie de la population rio-hachère prend chaque jour ses ébats ; cette agglomération des deux sexes dans le même bassin est à peu près inévitable, car en amont de l'embouchure les crocodiles infestent la rivière, et dans la mer, où le voisinage des requins,' sans être dangereux, n'est cependant point agréable, les méduses ou orties de mer changeraient souvent le bain en un véritable martyre.

)) Le fleuve, parfaitement parallèle au rivage de l'Océan sur une longueur de plusieurs kilomètres, n'est séparé de la côte que par une étroite levée de sable et de coquillages, au-dessus de laquelle les vagues viennent à chaque instant

9 lait le marché et par les épaves de toute espèce de denrées qu'on en rejetait

> dans la mer ; rien en cela d'extraordinaire, mais beaucoup de jeunes nègres

• hardis tiraient parti de leur habileté comme nageurs pour soutirer quelques

• pièces de monnaie aux ppomeneurs et surtout aux étrangers, en leur donnant

• le spectacle d'une chasse aux voraces cétacés. Eu effet, deux de ces gamins à a qui j'accordai, sur leurs instances, une rétribution de quelques réaux pour la

• prouesse qu'ils me promettaient, piquèrent immédiatement une tète dans la

• mer, oii ils ne tardèrent pas à attirer vers eux un requin que je distinguai

> parfaitement et qui paraissait être sur le point de les atteindre, lorsqu'ils plon-

> gèrent tout à coup au-dessous de l'animal, et, en revenant sur l'eau, lui appli- » quèrent dans les flancs de rudes coups de pied qui le mirent en fuite très rapi-

> dément. >

1. Le port de Rio-Hacha est situé à 40 lieues environ au nord-est de Santa- Martha. Malgré le peu de sécurité qu'il offre aux grands navires, il fait avec l'étranger un commerce plus important que cette dernière ville. Les produits d'exportation sont le sel, le café, le tabac, les cuirs, bois de teinture et les graines de dividivi, employées en Europe pour le tannage. La plus grande partie de ces marchandises sont apportées par les Indiens, et, en particulier, par les Goajires. Ceux-ci occupent, à droite du Kio-Hacha, un territoire long de 220 kilomètres, d'une superficie de 15 000 kilomètres carrés, couvert de savanes, de lagunes, de furets de mancenilliers, de manglierset d'arbres épineux. Les Goajires se livrent activement au commerce, et, suivant les saisons, recueillent les graines, chassent dans leurs forêts, pèchent les dorades et les tortues de leurs baies, ou paissent leurs troupeaux. Tantôt ils campent en plein air, tantôt ils s'abritent dans leurs misérables ranchos. ■ Les hommes, dit M. B. Reclus, plantent quatre pieux en terre, les femmes entrelacent au-dessus des branchages en guise de toit, les enfants renversent la pirogue sous laquelle la famille entière doit passer la nuit, étendue sur le sable blanc. •

AMÉRIQUE DU SUD. 383 r

épancher dans le courant un peu de leur écume. Cette levée, que les chocs successifs des flots affermissent comme une muraille, est le chemin que suivent les longues caravanes des Goajires qui viennent approvisionner la ville de bestiaux, de viande, de poissons, de tortues, de bois, de charbon, et apportent des marchandises diverses, bois de teinture, sel, graines de dividivi. De loin, cette interminable file d'hommes et d'animaux, composée souvent de plusieurs milliers d'individus et s'avançant sur une étroite langue de sable qui se renfle à peine au-dessus des vagues bondissantes, présente l'aspect le plus fantastique : on dirait un peuple en marche à la surface des eaux. C'est surtout à l'embouchure même, là où les flots de la mer et le courant du fleuve se brisent sur la barre qu'il faut observer le passage des Goajires. Les chevaux s'arrêtent, l'œil hagard, la crinière en désordre, et flairent longuement l'eau écumeuse ; les femmes, drapées dans leurs manteaux bleus et coifl'ées d'un vaste diapeau de paille à glands de coton rouge, ramènent leurs pieds sur la selle de leur monture et s'assoient à la turque en élevant leiu's enfants dans leurs bras ; les chefs de famille et les vieillards relèvent leurs vêtements, et, tenant d'une main l'arc ou le fusil, de l'autre la brjde du cheval effaré, l'entraînent au milieu du courant, dont les remous rapides tourbillonnent autour d'eux; les jeunes gens, plus décents que les Rio-Hachères soi-disant civilisés, se nouent une ceinture autour des reins, plongent d'un bond superbe dans le fleuve et nagent impassibles à travers la foule hurlante des négrillons ; d'autres luttent avec les taureaux effrayés ou les ânes rétifs qui ne veulent pas traverser la ligne des brisants. Au-delà de cette scène, éclairée par la liunière si éblouissante et si vive de la zone torride, s'étend la surface illimitée de la mer bleue; dans le lointain apparaissent la vieille forteresse ruinée, les maisons de Rio- Hacha, ombragées çà et là par des bouquets de cocotiers, puis les montagnes bleues de la sierra et ses glaciers, qui se détachent sur le ciel comme une dentelle tra)isparente. Le soir, les caravanes franchissent de nouveau le fleuve pour aller passer la nuit dans leurs ranchos épars

» Les Goajires sont admirablement beaux, et je ne crois pas que dans toute rAmérique on puisse trouver des aborigènes ayant le regard plus fier, la démarche plus imposante et les formes plus sculpturales. Les hommes, toujours drapés à la manière des empereurs romains dans leur manteau multicolore attaché par une ceinture bariolée, ont en général la figure ronde comme le soleil, dont leurs frères, les Muyscas, se disaient les descendants; ils regardent presque toujours en face d'un air de défi sauvage, et leur lèvre inférieure est relevée par un sourire sardonique. Ds sont forts et gracieux, très habiles à tous les exercices du corps. Leur teint dans la jeunesse est d'un rouge brique beaucoup plus clair que celui des Indiens de San-Blas et des côtes de l'Amérique centrale; mais il noircit avec Tâge, et dans la vieillesse U ressemble à peu près à la belle couleur de l'acajou. Autour de leurs cheveux noirs tombant en larges boucles sur leurs épaules, ils enroulent gracieusement une liane de convolvulus, ou bien attachent des plumes d'aigle ou de toucan, retenues par un simple diadème en fibres de bois tressées ; leurs figures sont rarement tatouées, parfois quelques lignes arrondies sont gravées sur leurs bras et leurs jambes. Les femmes, moins ornées que leurs maris et vêtues de manteaux aux couleurs moins riches, ont sans exception et jusque dans la vieillesse la plus avancée des formes d'une admirable fermeté et d'une grande perfection de contours; leur démarche est vraiment celle de la déesse, ou plutôt celle de la femme qui vit dans la libre nature, et dont la beauté, caressée par le soleil, se développe sans entraves. Leurs traits, qui ressemblent à ceux des belles Irlandaises, sont malheureusement défigurés par des bariolages tracés sur les joues et le nez au moyen du roucou, et qui simulent assez bien les besicles de nos bisaïeules ; mais, en dépit de ces grandes taches rouges, les sauvages filles du désert n'en frappent pas moins par leur fière et rayonnante beauté, surtout quand elles lancent leurs chevaux rapides à travers la plaine et que le vent rejette en arrière leur longue chevelure

» Dans mes promenades le long des plages de la Goajire,

AMÉRTOUE DU SUD,

3tS

la Goajîre , je passai plusieurs fois à côté d'hommes , en apparence sans vie, étendus sur le sable et veiEés par des femmes qui s'occupaient tranquillement à tisser des filets ou à tresser des chapeaux. Je crus d*abord que ces corps imniûbiles étaient des cada%Tes auprès desquels on avait placé des gardiennes pour chasser les caricaris et les vautours; mais nne des femmes, qui savait un peu d'espagnol, me fit comprendre que son mari était non pas mort, mEus ivre-mort depuis k veille. « C'est hier qull a vendu son bois du Brésil, ttajouta-t-elle d'un air confiant. Les voluptés qoe procure llvresse sont si grandement appréciées que la femme sent augmenter son respect aiTeetuenx pour son mari plongé dans cette fatale béatitude; elle s*agenouiUe à côté de sa tête, écarte les marin^ouins qui pourraient troubler son lourd sommeil, rafraîcliit son front en l'éventant avec nne aile d'aigle^ dans une circonstance analogue, elle peut à son tour avoir besoin d'être veillée de la môme manière. A la conclusion de tout marché, le traitant riohachère liwe au vendeur goajire nne on plusieurs jarres d'eau-de*vie garantie pure, mais fortement mélangée d'eau. L'Indien emporte dans son rancho la liqueur précieuse, et boit à même jusqu'à ce qu'il tombe en râlant sur le sable. On raconte qu'un navire ctiargé de rhum ayant fait côte sur les récifs de Punta-Gallinas, la nouvelle se répandit immédiatement dans toute la péninsule, et pendant quelques jours la nation tout entière fut plongée dans la plus complète ivresse. Pins d'nne fois des surons d'acide sulfurique, bus avec la même avidité que du rhum, ont causé la mort d*on pécheur endurci, »

Éhsée Reclus.

I^es fêtes relisleuses à Bogola^,

« Le nombre des fêles d'église est coosidérable à Bogota; mais les époques des plus grandes cérémonies religieuses

1. Lm capiLdlii da la Noa?eIle-Grenade« Bogota (41 OOD tiAbitaDl»), une des p\a% belte» villca de rAiiiâriqu« da Sad, est située b SG4S mètres d'&llitude fc

ÂllËR[QUB,

sont celles de la Semaine Sainte, de Pâques, delà Fête-Dieu et de Noël. Pendant les trois jours de la Semaine Sainte, les autorités de la ville réunies en corps, et presque tous les autres habitants, pour remplir réellement un devoir de piété, ou pour satisfaire seulement la coutume, vont, en vêtement de deuil, visiter successivement chaque église, où est élevé, avec un grand appareil lugubre, un monument qui simule le Saint-Sépulcre ; on rencontre alors dans les églises, surtout le soir, lorsqu'elles ne sont plus éclairées que par quelques flambeaux, et restent dans une demi-obscurité, une quantité de gens qui, nus jusqu'à la ceinture, se meurtrissent ou se déchirent la poitrine et le dos avec des disciplines. J'ai même vu quelques-uns de ces fanatiques qui étaient, sinon cloués, du moins attachés sur des croix dans la position du Christ pendant son dernier supplice. Dans la journée du Samedi Saint est ménagé pour le peuple un divertissement dont, du reste, nous avions des analogues autrefois en Europe; dès le matin, des mannequins figurant Judas ou Satan sont suspendus dans différents endroits de la ville, notamment au-dessus des portes des églises principales, et, aussitôt qu'a été entonné à l'office du jour le Gloria in excelsis^ ils sont, au bruit des pétards et des cloches, descendus et abandonnés au peuple qui, après les avoir traînés avec force outrages dans les rues, finit par en faire d'autant plus facilement des feux de joie, qu'ils sont ordinairement farcies de matières inflammables et de pièces d'artifice * .

la base occidentale des deux montagnes de Guadalupe et de Monserrate. L'emplacement avait été bien choisi ; le fondateur, Ximenès de Quesada (1538) y trouvait en même temps une bonne position stratégique contre l'ennemi, un V aste sol propre à toutes les denrées alimentaires, une température modérée, e t le point central d'un immense empire baigné par les deux Océans. Les rues sont bien percées, à angles droits ; les maisons, élégamment bâties, renferment e n général à l'intérieur des patios remplis de fleurs et d'arbustes. On n'y trouve que des petites fabriques de meubles et d'objets d'utilité commune, aucune grande industrie. Une seule route commerciale, mal entretenue, rattache cette ville au Rio Magdalena, en face de Honda. Un chemin d8 fer doit étrs construit prochainement de Bogota à Facatativa sur la route du Ma};dalena.

1. On peut lire dans le Tour du Monde (!•' semestre 1863), la très piquante description de la grande procession de Cuzco décrite par M. Paul Marcoy. ( Voyage de l'Atlantique au Pacifique.) M. de Gabriac donne, sur sa visite à la cathédrale de Santa-Martha, les détails qui suivent : c L'in- • térieur de l'église est surchargé d'ornementations où la saleté le dispute à la

)) La Fête-Dieu et celle de Pâques sont celles qu'on célèbre avec le plus de pompe au dehors par des processions auxquelles un mélange du profane avec les choses sacrées donne un cachet particulier d'originalité ; c'est ainsi qu'on voit figurer en tête de ces processions des troupes d'Indiens ou d'autres individus qui, sous des costumes d'indigènes primitifs, de diables, etc., se livrent, au son d'instruments discordants, à des danses grotesques ; que des chars, traînés à bras, portent des personnages et des enfants qui forment des groupes allégoriques dont les sujets sont tirés de l'Ancien et du Nouveau-Testament ; que des statues peintes et représentant des scènes de la Passion, sont, au moyen d'énormes brancards, portées sur les épaules d'hommes vêtus en pénitents et dont quelquefois, m'a-t-on dit, plusieurs appartenant à la haute classe de la société , cherchent à expier des fautes par ce pénible travail de la journée.

» La fête de Noël n'est pas bornée aux réjouissances

habituelles qui se mêlent, dans la journée, aux cérémonies religieuses ; elle est, en outre, une occasion de divertissements qui ne cessent qu'au bout d'une quinzaine de jours, à l'époque de l'Epiphanie. D'abord, dès la veille, des autels sont, dans maintes églises, disposés pour ce qu'on appelle dans le pays un nacimiento^ c'est-à-dire pour reproduire, au milieu de décorations de théâtre et au moyen de petites figures de bois, de cire ou de carton, les circonstances qui se rattachent à la naissance du Sauveur. Quelques particuliers s'amusent, de leur côté, à donner chez eux un pareil spectacle et y dépensent de grosses sommes, stimulés qu'ils sont par le désir de se surpasser l'un l'autre dans le luxe et la variété de leurs expositions. La partie capitale du tableau se compose de l'étable avec ses animaux, de la Sainte Famille, des bergers et des mages en adoration devant l'En-

» dorure. Mais ce qui nous frappa davantage dans la cathédrale de Santa

• Martha, ce furent les vêtements dont sont affublés la Vierge, saint Joseph et

• l'enfant Jésus. En face du maitre-autel, sur une estrade, se trouve une

■ madone vêtue d'une robe de brocart, garnie d'une crinoline phénoménale et a d'une queue à désespérer vingt reines; elle tient à la main un mouchoir de a fausse dentelle, un flacon d'odeur, des rubans roses, et un grelot en argent

■ pour amuser son divin fils. ■ (Comlo de Gabriac, Promenade à travers V Amérique du Sud; Paris, lâ68, in-8% Lévy.)

fant divin ou en marche pour venir l'adorer ; assez souvent, dans ce dernier cas^ sans doute afin que le spectateur ne puisse pas se tromper sur le rôle qui est assigné aux figures représentant les mages, chacune d'elles tient à la main un cordon qui aboutit aux rayons de Tétoile qui les précède et les guide. Dans les maisons des particuliers, les accessoires dont l'objet principal est accompagné, offrent un véritable attrait à la curiosité, parla réunion de tout ce que le caprice le plus bizarre peut s'évertuer à aller chercher de marionnettes ou de pièces à mécanique dans un magasin de jouets d'enfants. Ainsi, par exemple, en sus du tableau obligé de la naissance de Jésus-Christ, ici, ce sont d'autres scènes de sa vie, depuis la fuite en Egypte jusqu'à sa mort sur la croix ; là, c'est le diable qui apparaît et disparait par une trappe; là, c'est un ermitage avec un capucin qui y apporte une fillette à demi cachée dans une botte de paille; plus loin, ce sont des processions, des villageois qui se livrent à la danse, des artisans qui travaillent, de petits bonshommes à la tournure et au visage grotesque, des bateaux qui parcourent des rivières, voire même des chemins de fer avec des trains en activité; enfin, pour donner une dernière idée du degré auquel sont poussées les fantaisies excentriques des décorateurs, j'ajouterai que je me souviens d'avoir vu une fois parmi le cortège des mages, et comme eux tenant le fil conducteur à la main, un Bonaparte fort reconnaissable à sa redingote grise et à son célèbre petit chapeau. »

Le Chevalier A. Le Moyne, La Nouvelle-Grenade.

(Paris, 1880, 2 vol. in-lS, Quantin.)

3« BIBLIOGRAPHIE Colombie ou Nouvelle-Grenade.

Cadena. Anales diplomaticos de Colombia, — (Bogota, 1878.) De Gabriac. Promenade à travers F Amérique du Sud. — (Paris, 1868, in-8».J EsGOERRA. Diccionario jeog. de los Est.- un. de Colombia. — (Bogota, 1879.) Etienne. Nouvelle-Grenade, — (Genève, 1887.) Hall. Colombia^ its présents state^ etc. — (Philadelphia, 1871.) HuMBOLDT (de) et BoNPLAMD. Voyaçes aux régions équinoxiales du Nouveau Continent. — (Paris, ISiÔ-Slj 13 vol. in-8.)

AMÉRIOUK BU SUD.

Lï MoïME. La NouoeHaGret}tide. - [Paris, 13S9. 8 vol. in-IS, QimnlinO Mahcoy (Paal). Vof^ûge à travers l'Amérique du Sud. — (Pétris, 1882» 2 vol.) Lcnoumand, Flohy, Venoo^chea, Expiorattùn des mines de cuivre de Campente fn>. — (Paris, 1HS,1.) PpREtH*, Les Etais- Unix df Colombie, — (Paris. 1883.) Pc Rcz (F.). GéoQ.fltica y poUt. de los Est. UniiLde Columùia. (Bogota, 1S83.) PowLES. Nem-Grenada. — (London, io-8', i863.)

Reclus (El.). Vmj. à ta S'^A^evada de Sainte-Marthe. — (Pans, ISSl, în-lS.) Rolland. Za Nouoftile-Grennde* — (Avipion, 1876^ in-8'*) SiEVKRB. Hei&ff in der Sierra-Netada. — (Leipzig* 18S7, in 8".) EouLLiN. Bistoirs natureiff ft.iûuv^viirsdevotinffe. — (Paris, in-i», sans <3ato*)

André. £Um^-j^ut >?V"'noJ^^'«'^- — {Tour du Afomfe, lST7»187fi, 1879,) BnuYCREH* Les m. d'areld'arg. de la Colombie. — {Soc.deqéog.d'Antieys.iSS^.) Bbdssolet. Sit. comruerc. de Puertû-Cahello et Êarunquiita. {Jieif. mar., iS16.) CBAFFA74JON. IJOrénoq\L€, — (Paria^ 1873» in-l2.)

Cor NETTE {P.). Lettres sur la Colombie.— {N. ann. àmvoy.,jsinv. et fëv. Î85!S).) Chevaux ( J.). Vofjnqes à travers la Nouvelle-Grenade.— i Tour dn Mtmfh, \ 883.) De Fontpertl'is, LWmérîgue tatine. — [Journal des Ecmomi^tea, I8SI.) Loua (T,)* Statistique de ta Colombie, —{J"^ de la Soc. stati^t. de Paris, 1S77.)

I Hettner. Bihlioffr. de la Sierra-Nevada . — (MittheiL^ 1S85.}

I — Beiseti iti Coiumbim. — (Leipzig, 1SS8.)

' — Carte de la Cordillère de Bogota. — (Golhft, 18tï2, i feuilles t/fîOOf>nO.J Launay |de). Les richesses minérale* de ta Colombie. — {Ann. desminf'i, 1895.) Lemos. Compflndio de geogr, de la CotomhUu — (Medu^'lHin. 1887, in-S"»,! Mabcov (P.) De Vocmu PÀcif. à focéan Atlant. — {T. du Monde, 186S, lS68.) Nadaillac. Les anc* popuL de la Colombie. — (Pari-i. I38îj. in -fi*.) NiTNEz et Jahay. La liépubl. de Cohmbie. — {Brusdlei». 1S93,) ~ Descr, àist. ffeogr. y poUtica de Cotomùia. — i,Bogûla, 18*7, in-S«.) Ricoo E (Ga m i 1 1 e). Quatre mois à San ta-Marta . — {Nou v . ann. de my. » oct. 1865.) Safpbay (Dp). Voyage à la Nouvelle-Qrenade. ~\Tour du Monde, Ï873.V Simon» (F.-A,). Sierra- Nevada de Santa-Marla-Goajira-Pfninsulti. — {PrO' eeed, of Roy. Geogr. Soc., 1381-85,?

Verûara Veuiaco. Nueva geograâa de Colombia. — (Bogotat 180S, ia-8'.) Whitk. Noies on the Central Promnces Colombia. — (Proceed. of ROfgé Géogr, Soc. for 1S83.)

Page 1