Mounds BuilderSf constracteura de monts
2. Les travaux sur les origines américaines abondent depuis Humboldt, qui est le véritable et puissant initiateur de nés études toutes modernes, et dont on a pu dire spirituellement qu'il avait découvert rAmérique une seconde fois. Outre les ouvrages spéciaux, que nous indiquons dans la Bibliographie, on peut consulter les nombreux mémoires insérés dans la Bévue d'anthropologie^ et les excellents résumés de M. Vivien de Saint-Martin dans les différentes livraisons de V Année géographique (Paris, Hachette, 1862-78). M. E. Beauvois a constaté, dans ses travaux sur les Colonies européennes d'Amérique avant Colomb, r existence de quatre colonies distinctes : la Grande Islande du dixième an quatorzième siècle (Nouveau- Brunswick et Nouvelle-Ecosse] ; le ^oéfn/and (dixième siècle): le Vinland (nord-est des Etats-Unis actuels); le Norambègue (baie de Fundy).
Mounds Builders sur les bords de la rivière Waleree, près de Gamden, et dans la région montagneuse de la Caroline du Nord... On trouve des mounds sur les bords du lac Huron, près des sources de la rivière Saint-Clair; à Ottawa, dans le Micbi^^an, à Mackinaw, à Beaver-Harbor, sur le lac du même nom, et Tun des mounds les plus riches en débris humains ou autres est celui de la Rivière-Rouge, situé sur le cours d'eau qui porte ce nom, à environ deux lieues de la ville de Détroit. Il mesure actuellement 20 pieds de hauteur et doit avoir eu originairement 200 pieds de large sur 300 de long. Il est entouré de plusieurs mounds d'une moindre dimension, et dont l'exploration a été remarquable par la découverte de tibias humains extrêmement aplatis.
« Plusieurs des mounds que l'on rencontre dans
l'Etat de Wisconsin ont donné lieu, par la forme particulière et fantastique qu'ils affectent, de croire qu'ils n'appartenaient pas au môme peuple que celui qui occupait les vallées plus méridionales. Au lieu de la pyramide ou du cercle, qui est le type ordinaire de ces constructions, celles du Wisconsin reproduisent, pour la plupart, la figure d'un animal, d'un oiseau ou mêmed'unhonime... Dans l'Ohio, les mounds le Grand serpent et V Alligator prouvent que les formes animales n'étaient pas inconnues aux habitants de cette dernière région. Son nom même indique très bien ce qu'est la forme du premier de ces mounds; la tête du serpent y est figurée par la crête d'une colline, et son corps par des ondulations gracieuses qui se déploient sur une longueur de 700 pieds, en se terminant à la queue par un triple repli . VA lligator n'est pas moins remarquable par l'habile et scrupuleuse reproduction des formes du hideux saurien dont il porte le nom. Quelquefois les mounds empruntent la forme d'animaux disparus ou inconnus, tel, par exemple, celui qui figure un animal fantastique ayant une tête ressemblant à celle d'un singe, un corps long de 160 pieds et une queue de 325 pieds, qui décrit un demi-cercle. Mais le plus remarquable exemple de cette sorte de mounds est assurément le gros éléphant qui se dresse à quelques milles au-dessus de l'embouchure du Wisconsin; c'est une représentation si fidèle des formes
de cet animal que ses constructeurs devaient être nécessairement très familiers avec sa vue et ses traits, de même que le choix qu'ils ont fait d'un éléphant suggère l'idée qu'ils étaient d'origine asiatique ou bien contemporains du mastodonte américain.
« Le site sur lequel s'élève aujourd'hui une des Reines
de r Ouest, la grande ville de Saint-Louis, était jadis recouvert de mounds, dont un avait 35 pieds de haut, et c'est dans un groupe qui en embrasse environ une soixantaine que se dresse, dans le voisinage de Saint-Louis, l'œuvre la plus magnifique des Mounds Builders, la grande pyramide tronquée de Cakokia, qui déploie son énorme masse quadrangulaire sur des côtés longs respectivement de 500 et 700 pieds. Elle se couronne, au sommet, d'une terrasse de 200 pieds de large sur 450 de long, que surmonte elle-même un petit mound conique haut d'environ 10 pieds. Le docteur Forster ne doute pas que cette terrasse ne supportât un vaste temple.
(( Les travaux militaires que les Mounds Builders ont élevés sur divers points du vaste territoire qu'ils occupaient révèlent un état de civilisation assez avancé... Ces travaux sont de deux sortes : les enceintes fortifiées proprement dites et les mounds fortifiés, qui servaient d'observatoires ou d'avant-postes : ceux-ci sont répandus tout le long des cours d'eau ; on en rencontre non seulement sur l'Ohio et le Mississipi, mais encore sur leurs affluents ^.. »
Ad.-F. DE FONTPERTDIS,
Le peuple des Mounds et ses monuments.
{Revue de géographie, avril-août 1881.)
Le peuple des Moands n*a laissé aucun témoignage précis de son antiquité : « leur histoire, dit M. Short, est un livre scellé, et la date même » approximative de leur apparition dans le bassin du Mississipi est aussi » incertaine que celle de la première origine de Thomme. » Des fouilles entreprises dans l'Iowa ont livré des échantillons curieux de leur industrie ; des haches de cuivre enveloppées dans un tissu, des pipes en pierre revêtues de sculptures représentant divers animaux, des coquilles marines, des débris humains, des tablettes d'ardoise carbonifère recouvertes d'une
1. Suivant MM. Squier et Davis, les mounds du bassin de TOhio dateraient de mille ans environ. On ne rencontre pas moins de dix mille de ces monti> cules artificiels dans le bassin du Mississipi.
quantité de figures et de dessins hiéroglyphiques. Dans le Tennessee, le mont funéraire ou tumulus de Brentvood renfermait une centaine de squelettes, ensevelis pour la plupart dans des cercueils de pierre. D'autres tertres funéraires cachaient des sarcophages, des poteries en argile, peintes en ocre rou^e, des jarres, et beaucoup de vases aux formes souvent étranges, mais artistiques. Les Mounds Builders étaient un peuple agricole ; ils cultivaient les terres voisines du Wisconsin et du Missouri ; ils exploitaient les mines, ainsi que l'attestent les anciens travaux souterrains de la région du lac Supérieur.
On est moins bien renseigne sur la religion, les mœurs, les coutumes, les lois des Mounds Builders ^ ; et c'est en ces matières surtout que les conjectures et les affirmations des savants doivent être accueillies avec quelque défiance.
Un Américain, M. Lucien Karr, aide-curateur au musée Peabody, à Cambridge (Massachusets), va jusqu'à nier l'existence de ces prétendus fondateurs d'une antiçiue civilisation dans le Nouveau-Monde. Il attribue aux mounds une origine moderne. Ceux qui les ont élevés, suivant lui, sont les ancêtres des Indiens actuels, qui étaient comme eux des pêcheurs, des chasseurs, et aussi des agriculteurs. C'est à eux que les premiers colons de race blanche eurent recours pour avoir du grain sans lequel ils seraient morts de faim. Les mounds, élevés en commun par une multitude réunie, étaient des sépultures, ou le piédestal sur lequel étaient bâtis les villages, entourés de palissades. Les rapports des anciens voyageurs qui ont pu assister à la construction des mounds, les traditions des tribus et les objets trouvés dans les fouilles attestent que les mounds sont l'œuvre des Indiens. {The Mounds of the Mississipi Valley historically considered,)
Les congrès des Américanistes, qui siègent annuellement et alternativement dans Tune des grandes villes d'Europe, recherchent avec ardeur la vérité sur ces origines obscures. Le Congrès de 1890 s'est tenu à Paris, en l'hôtel de la Société de géographie, sous la présidence de M. de Quatrefages, l'éminent professeur d'anthropologie au Muséum d'histoire naturelle, et président de la Société de géographie de Paris. Les recherches entreprises dans le sol du continent américain contribuent à enrichir cette science nouvelle, dont les premières bases ont été posées au Congrès de Nancv.
Grâce à la munificence de M°»« Mary Hemenway, de Boston, une
(1) « Les tribus vaincues par les Espagnols (Kachiquels, Quiches, Lacan- » dons, Tchèques, Zutugiles, Mosquitos, etc., etc.), séparées par vingt idiomes » et par des dissensions séculaires, n'étaient pas les possesseurs primitifs du » sol. Elles avaient été précédées, à une époque inconnue, par des popula- » tions supérieures dont nous ne savons rien, si ce n'est qu'elles avaient une » architecture grandiose, des temples et des palais superbes, des obélisques, » des statues, des objets d'art, et une écriture hiéroglyphique analogue à ctlle » de l'Egypte, mais indéchiffrable. La critique moderne s'est beaucoup » occupée de ces monuments, sans parvenir à percer le mystère de leur » origine. Nous connaissons dans tous leurs détails, grâce à la gravure et à la » photographie, les ruines de Copan, d'Uxmal, de Quiche, de Mittla, de )• Palenqué surtout, dans le Yucatan, que le savant M. Jomard appelait la » Thèbes américaine ; mais leur secret historique est resté enseveli sous des « forêts impénétrables, avec les générations successives dont elles attestent la » grandeur. « (Félix Bellt, A travers l'Amérique centrale,)
ntnde expédition archéologiqae, commencée en 1887, sons la direction de M. F. Hamilton Cushing, dans FArizona et le Nonvean-Mexique, a mis an jour, à la snite de fouilles savantes, des restes de cités indiennes, citadelles, temples, tombeanx, cananx, sqnelettes, armes, ustensiles, poteries, bijoux, etc.
Antâciiiités de Tola el de Comalcaleo.
Les ToUèques appartiennent à cette race nahua qui, du yii« au xiv« siècle, envahit le Mexique et TAmérique centrale. Ils étaient blancs, barbus, de haute stature; leurs mœurs étaient douces, ils nUmmolaient pas de victimes humaines à leurs divinités, le soleil et la lune. Ils couvrireot le Mexique de villes et de monuments grandioses, et, après quatre siècles de prospérité et d^éclat, disparurent comme par un coup de foudre. « Vers le milieu du xi« siècle, plusieurs années d'inondations, » de sécheresses et de gelées intenses amenèrent d'épouvantables famines » suivies de peste. Les ennemis du dehors et les grands vassaux profi- » tèrent de ces fatales circonstances pour renverser Tempire ; une guerre » d'extermination s'ensuivit, dura trois ans, et acheva de décimer ce » malheureux peuple. »
« Nous sommes à Tula*, sur l'emplacement de Tancienne capitale toltèque. Les antiquités qu'on rencontre à chaque pas dans le village nous offrent assez de témoignages de cette curieuse civilisation. La plus petite et la plus intéressante de ces antiquités est ime large coquille perlière sculptée, qui représente un chef toltèque avec tous ses attributs et ressemble aux sculptures de la pierre de Tizoc à Mexico, mais plus encore à certains bas-reliefs de Palenqué et d'Ocosingo dans l'Etat de Chiapas. En pleine rue, contre une muraille, je trouve un grand anneau de pierre sculpté, il a 1",95 de diamètre ; le trou central a O'^jaT. C'était, à n'en pas douter, l'un des anneaux enclavés dans les murailles du premier jeu de paume, tlachtli^ créé sur l'Anahuac, jeu transmis par les ToUèques, non seulement aux Aztecs, car il existait à Mexico, mais transporté par eux dans leTabasco à Uxmal, où l'on en retrouve l'édifice, et à Chichenitza, où un autre anneau semblable, quoique de sculptures différentes, est encore en place. Les historiens nous parlent de
1. Tula est située à 20 lieues au nord de Mexico. Le chemia de fer qui part de la capitale s'arrête actuellement à Huehuetoca, d'où une diligence conduit à Tula, dans la province d'Hidalgo.
n LECTURES ET ANALYSES DE GÉOGRAPHIE.
ce jeunational dans tous ses détails et nous racontent que le joueur assez heureux pour faire passer ses paumes au travers de Tanneau central avait le droit de dépouiller les assistants de leurs vêtements et de leurs bijoux ; de sorte qu'au moment où la balle passait, c'était une débandade générale, suivie d'une poursuite ardente de la part du vainqueur, aux rires et aux applaudissements de la foule.
» Sur la place nous remarquons un inmiense fût de colonne couché; il est en deux morceaux de basalte fort dur, couverts de lignes courbes, de palmes et de sculptures bizarres. Un autre fût avec son chapiteau, de même matière, ressemble tellement à un chapiteau dorique que Ton n'ose lui attribuer une origine indienne.... Nous voyons sur la même place trois parties de cariatides, deux debout et l'autre couchée. L'une d'elles a une hauteur de 2",i8, le diamètre des jambes est de 0",80, la longueur des pieds de 1",20.
»... Ces grandes pièces faisaient, dit-on, partie du temple de la Rana, le temple de la Grenouille, dont parle l'historien Veytia. Il aurait été construit sous le règne de Mitl, empereur toltèque, qui, jaloux de la prospérité de Teotihuacan, une de ses villes de province, avait résolu d'attirer à Tula les nombreux pèlerins qui se rendaient en foule à la ville sainte de l'Anahuac. Ce temple, construit en pierres magnifiquement taillées, avait la forme d'un carré long; à l'intérieur, le toit était fait de pierres polies et bien ajustées, qui, se rapprochant les unes des autres, se réunissaient dans le haut, et formaient comme une espèce de voûte. Au dedans se trouvait un piédestal sculpté avec le plus grand soin et sur lequel on plaçait la statue de la déesse; elle était en or massif, couverte d'émeraudes et artistement travaillée
)) A notre arrivée dans l'état de Tabasco, nous sommes accueillis par des récits merveilleux au sujet des ruines; les restes en sont immenses, et les pyramides sur lesquelles s'élevaient les palais sont si nombreuses qu'on a désigné sous le nom de Cordillero (les Cordillères) l'emplacement qu'elles occupent. On en compte un millier, me dit-on, de toutes hauteurs, et elles s'étendent dans une direction
AMÉRIQUE. ' i3
nord-est à partir de Comalcalco, traversentla lagune vers le Bellote, et arrivent jusqu'à la mer sur une ligne de vingt kilomètres. Les ruines se trouvent à 3 kilomètres à Test
sur la rive droite de la rivière Nous gravissons avec
peine les flancs glissants de la pyramide pour atteindre le large plateau qui la surmonte. Là, je ne saurais décrire l'étonnement, l'enthousiasme, le saisissement qui s'emparent de moi. Tout est si en dehors des choses que j'attendais I tout est si neuf ! si étrange! Je me trouve en effet en présence de ruines gigantesques, du même style que celles de Palenqué, mais plus grandes. Cette pyramide a 285 mètres de base sur 30 à 35 de hauteur; elle est oblongue, surmontée d'un vaste plateau où s'élevaient les palais indiens ; elle est bâtie en briques cuites et en terre. Pensez à des milliers de pyramides composées des mêmes matériaux et vous jugerez du travail incroyable que nécessita leur construction ! En dehors de ces masses écroulées, ruines informes qui ne disent rien, le premier édifice qui fixe mes regards est une tour carrée couronnée d'arbres comme la tour de Palenqué % avec des intérieurs semblables. Tout auprès
1. Durant ce même voyage, M. Charnay a visité de nouveau les ruines de Palenqué, situées dans la province de Chiapas : ■ Plus jeune, écrit-il, j'avais trouvé l'édifice modeste ; j y retourne presque vieux, et je le trouve grandiose. Une courte promenade aux environs, au milieu de ce qui reste encore de ruines debout, me pénètre d'admiration. Ce palais massif, ces temples, ces pyramides de toutes hauteurs sont plus que majestueux, ils semblent effrayants... > Ces ruines ont été souvent décrites, notamment par l'abbé Brasseur de Bourbourg; un des premiers voyageurs qui les ont découvertes et fouillées fut Waldeck dont Thistoire tient du roman.
« En 1822, après avoir publié la relation d'Antonio del Rio sur Palenqué,
• surnommée la Tbèbes américaine, Waldeck voulut connaître par lui-même
• les ruines du Mexique et s'installa bravement avec une famille indigène au
■ milieu des décombres de la vieille Palenqué. Ses recherches furent patientes » et scrupuleuses. 11 revint en France, chargé de dessins, de cartons, de
• tableaux, de notes, songeant à l'honneur que ses découvertes allaient lui
> valoir ; mais bientôt arrivèrent les désillusions. Les libraires ne voyaient » pas un filon d'acheteurs possible pour une publication d'un pareil ordre ;
■ rarchéologie américaine n'était pas classée; 1 Académie elle-même ne pos- » sédait pas un seul savant capable de patronner l'œuvre ; bref, l'immense » travail demeurait en manuscrit. Waldeck ne parvint à triompher de l'in- B différence des libraires et de l'administration qu'à l'&ge de quatre-vingt-
■ treize ans ! Heureusement la nature lui permit d'être centenaire et de jouit I quelque peu de ses succès tardifs. Il mourut à cent neuf ans, n'ayant guère
■ qu'une infirmité : la surdité. A cent trois ans, il envoyait encore des tableaux
> au Sulon 1 On se rappellera longtemps ce robuste vieillard à la barbe blanche, » au teint coloré, aux yeux vifs, presque passionûés, alors qu'il était presque » centenaire! il se tenait droit, bien ferme dans sa haute taille en face des
■ débris du siècle dont il était vainqueur. Il chargeait sa pslette de tons
sont d*autres décombres, et plus au sud une partie du grand palais qui occupait l'esplanade. Il n'en reste que peu de chose, un fragment de 15 mètres environ, composé de deux grandes salles parallèles, qui nous fait connaîj^ l'architecture et la disposition de l'édifice. Nous retrouvons de plus toute la base des murailles de la façade orientale et nous pouvons rétablir le plan de l'édifice dans son entier. Le mur de l'extrémité sud est complet, et l'on voit encore aussi vive que jadis la peinture rouge jaunâtre dont il était couvert. Ce palais, composé comme le palais du gouverneur à Uxmal, d'une double travée d'appartements,
avait une longueur de 71 ",55 Il est construit de
briques cuites, rouges et minces, et d'un épais mortier de chaux tirée des coquilles des lagunes. Le bas de la muraille était nu, couvert de stuc poli, et, autant qu'on en peut juger, sans ornement, mais la frise qui constituait le toit était d'une richesse extraordinaire, si l'on s'en rapporte aux fragments disséminés çà et là Des espèces d'hiéroglyphes énormes, modelés dans le ciment, faisaient si bien corps avec la muraille, que des fragments de toutes grandeurs s'en écroulèrent sans se rompre. C'est à cette solidité que nous devons la conservation d'un bas-relief provenant de la tour occidentale et dont on
ne peut qu'admirer le modelé magnifique Tout
près de cette pyramide, nous en visitâmes d'autres moins importantes qui font partie de la même cordillère ; sur toutes comme sur la première, nous trouvâmes des ruines amoncelées, restes de murailles intérieures écroulées, fragments d'ornementation, briques énormes, palais, temples ou demeures des grands. »
Désiré Charnay * , Mes découvertes au Mexique.
Tour du Monde (1" semestre, 1882), Paris, Hachette.
• jeunes et frais, car il était resté jeune de goût et d'esprit. Un soir, dans une
• réunion d'américanistes, il nous offrit au dessert une chanson, qu'il disait
• avec l'accent d'un vieillard qui n'a pas perdu la mémoire des riants souve- > nirs d'un autre âge. Je voulus le reconduire chez lui; il s'y opposa, et,
• pour me prouver qu'un homme de sa trempe n'avait pas besoin ae guide,
• il ût signe à un omnibus et monta sur l'impériale. Il avait alors cent
• un ansl ■ Richard Cortambert {Revue de géographie^ novembre 1880). 1. M. Désiré Charnay se trouvait il y a une vingtaine d'années à la biblio-
AMÉRIQUB. 15
A 8 lieues nord-est de Mexico se troure le village de San-Juan, bâti sur remplacement de Téolibuacan, la Cité des Dieux. Au centre de la plaine oi^i elle s'élevait se voient encore deux pyramides immenses, jadis dédiées au soleil et à la lune.
^ Sur le plan supérieur de ces deux pyramides s'élevaient deux
» temples superbes oii les prêtres des temps antiques sacrifiaient
» aux astres du jour et de la nuit. On voit encore des débris de
» celui de la lune; de celui du soleil il ne reste plus qu'une sur-
» face nue et solitaire. Mais, sur cette arène déserte, le voyageur
» qui s'est senti le courage do la gravir contemple avec admi-
• ration le magnifique panorama qui s'offre à ses reganls ; » au delà d'Otompan, la chaîne majestueuse de la MatlaU » cuéyé déroule du nord au sud ses belles vallées et ses co- » teaux couverts d'une éternelle verdure; au midi, les riches » campagnes de Chalco terminées par les monts de porphyre
• qui servent de gradins au Popocatepetl, puis en tournant au
• sud et à l'ouest, la vallée d'Anahuac avec ses grands lacs, » ses cités assises sur les eaux, effacées dans leur splendeur » antique par leur fière rivale, Mexico-Tenochtitlan, qui rap- » pelle, dans les siècles modernes, les derniers efforts de la » puissance des Nahoas. Au pied des deux pyramides du » soleil et de la lune s'étend tout un système de pyramides » plus petites (tumuli)^ semblables à ceux qu'on voit partout » dans l'Amérique septentrionale, de 9 à 10 mètres d'éléva- » tion. Ces monuments, au nombre de plusieurs centaines, » sont disposés exactement, suivant la direction des parallèles
thèqne de la Nouvelle-Orléans ; il y demanda communicaUon de quelques ouvrages de littérature et d'histoire. On lui apporta le livre de Stephens et de Gathervood sur les ruines du Yucatan. 11 n'avait jamais entendu parler do cen grands édifices enfouis dans les profondeurs des forêts du Nouveau -Monde, et qui sont presque aussi vastes que les palais de rAss\Tie et de l'Inde. « Je fus enthousiasmé, dit M. Charnay lui-même, je relus dix fois, vin^t fois l'ouvrage, et je m'écriai avec la conviction d'une grande œuvre à accomplir : J'irai là! » Le jeune voyageur tint parole, et le plus souvent, s'ouvrant un passage & travers les jungles, photographia la plupart des vieux éditicesdu Yucatan. Son succès auprt^s du monde savant fut considérable. Les troubles du Mexique l'empêchèrent malheureusement d'organiser tout de suite une expédition pour continuer ses fouilles. Enfin, 25 ans plus tard, en 1S80, l'ordre régnant au Mexiano, M. Charnay fut chargé d'une mission ofticielle; une subvention lui fut «ceoroée, et cette somme fut bientôt triplée par la générosité d'un citoyen des Etals-Unis, M. Lorillard. L'explorateur poursuit ses recherches avec persévérance et suocôs. Il a découvert plusieurs cimetières indiens dans les environs de Mexico, et exhumé des vases, des urnes, des cr&nes, au péril de sa vif>, en butte aux vengeances des Indiens et aux rigueurs du froid dans des régions situées à plus de 4,000 mètres d'altitude. Les collections réunies par notre vaillant compatriote enrichiront la science, et aideront puissamment à reconstituer l'histoire des Toltèques et des Aztèques.
» et des méridiens, en avenues d'une grande largeur, abou- » tissant aux quatre faces des pyramides principales. Toute S) cette plaine portait chez les Mexicains le nom de Micaotli , le » Chemin des Morts. Ces monuments imposants, considérés )> comme les plus anciens du Mexique, avaient été érigés pour » servir de tombeaux. » Brasseur de Bourbodrg*,
Histoire des nations civilisées du Mexique avant Colomb.
(Paris, 1857-59, 4 vol. in-8*. Bertrand.)
Ii*aiicienne forteresse de Sacsahuaman* à CuBco (Pérou).
« Je ne saurais terminer ces observations sans dire quelque chose de la grande forteresse de Sacsahuaman qui commandait la ville de Cuzco'. C'était là la citadelle des maîtres, le travail de trois règnes, et les chroniqueurs n*en parlaient que comme de la huitième merveille du monde. Cette forteresse s'élève sur le promontoire hardi qui s'avance dans la vallée de Cuzco, entre les deux cours d'eau d'Huatenay et du Rodadero. Les fortifications consistent en trois lignes de murailles massives, portant chacune une terrasse et un parapet. Ces murailles sont presque parallèles et ont des angles extérieurs et rentrants presque réguliers sur la longueur conservée de 1,800 pieds. La première, ou la muraille extérieure, a actuellement une hauteur moyenne de 25 pieds ; la seconde, située à 30 pieds environ en arrière de la première, a une hauteur de 18 pieds; la troisième muraille se trouve à 18 pieds environ de la seconde, et la partie
1. M. Tabbé Ch. Etienne Brasseur de Bourbourg, voyageur et historien français, né à Bourbourg (Nord), en 1814, mort à Nice en 1874, ancien aumônier de la légation de France au Mexique, et administrateur ecclésiastique des Indiens de RAbinal (Guatemala), prit une part active aux travaux de la commission scientifique française du Mexique. On lui doit surtout des ouvrages considérables sur l'histoire et les antiquités américaines. — (V. la Bibliographie.)
2. L'ancienne capitale des Incas, Cuzco, était située, comme la ville actuelle de ce nom, au nord du bassin du Titicaca (Pérou), dans un des bolsones (ravins ou vallons^ les plus encaissés des Andes. M. Squier a relevé le plan des imposantes ruines de la grande cité des Incas ; il a retrouvé les vestiges du temple du soleil, du couvent des Vestales, des palais d'Yupanqui et de l'inca Rocca, et du palais de Manco-Capac lui-même. Les Incas avaient soigneusement fortifié les cols qui conduisaient à la capitale; nous citons la description de la plus formidal^le de ces citadelles.
t8 LECTURES ET ANALYSES DE GÉOGRAPHIE.
la plus élevée a 14 pieds. L'élévation totale des murailles est donc d'environ 57 pieds
)) Les pierres qui les composent sont des blocs massifs d'un calcaire bleu, inégaux comme forme et comme granr deur, mais parfaitement joints, le tout formant, sans aucun doute, le spécimen le plus grandiose de toute l'Amérique, sinon du monde, de ce qu'on appelle le style cydopéen. La muraille extérieure est très massive. Chaque saillant se termine par un immense bloc de pierre parfois de la hauteur de la terrasse qu'il supporte, mais en général servant de base à un ou plusieurs autres blocs moins grands que lui. L'une de ces pierres a 27 pieds de long sur 14 de large et 12 d'épaisseur. Toutes sont légèrement bombées au milieu de la face extérieure, mais taillées tout droit vers les joints, comme on le voit dans quelques-uns des palais florentins. Elles s'unissent les unes aux autres avec une exactitude remarquable. Les murailles intérieures sont en pierres moins grandes et plus régulières.
» Chaque muraille porte une terrasse ou plate-forme dont le sommet était autrefois couronné d'un parapet. Les chroniqueurs ne parlent que de trois portes, mais il y en avait cinq en tout. L'entrée principale occupait à peu près le milieu de la ligne de murailles où un saillant avait été omis. Au milieu, du côté gauche de cet espace se trouvait et se trouve encore, entre deux énormes blocs de pierre, ime ouverture large de 4 pieds qui conduisait par des marches sur la première terrasse. L'entrée à travers la seconde muraille est plus compliquée, elle s'ouvre contre un mur transversal que les marches tournent à angles droits pour atteindre la seconde terrasse. La troisième muraille offre une double entrée, dont l'une est simple comme celle de la première muraille, l'autre semblable à celle qui traverse la seconde. Les entrées secondaires, à droite et à gauche, sont de shnples ouvertures qui ne se trouvent pas placées symétriquement. D'après les chroniqueurs, ces différentes portes ou entrées étaient closes par des blocs ou tables de pierre fermant hermétiquement, et, en effet, nous trouvons encore des dalles de cette espèce. »
AMÉRIOUK. i^
» Les pierres avec lesquelles cette forteresse a été construite sont du calcaire, et il s'en trouve encore des masses gisant tant dans l'enceinte même de ces murailles que sur le plateau, au delà de la forteresse. Il est plus que probable qu'une partie des pierres qui entrent dans la construction de la forteresse ont été prises dans leur position naturelle près de l'endroit où elles se trouvent maintenant ; mais ce qu'il y a de certain, c'est que la plupart ont été apportées des carrières de roche calcaire, sur le bord du plateau supérieur, n existe encore deux routes distinctes, bien tracées, qui mènent à ces carrières. Des blocs tout taillés se trouvent des deux côtés de ces routes, et d'autres encombrent les carrières mêmes. La grande piedra cansada ou sayacusca qui, suivant Garcilasso et d'autres^ ne put être déplacée que par les efforts de vingt mille hommes et, qui, en s'échappant, tua trois cents ouvriers, est une masse énorme d'un poids de 1,000 tonnes au moins, et n'a assurément jamais été remuée par des mains humaines. La surface supérieure de ce bloc a été taillée, comme celle de la plupart des roches qui couvrent le plateau, en sortes de sièges et de récipients de tous genres. Les côtés sont creusés en niches et en escaliers. Le tout forme un labyrinthe de sculptures incompréhensibles, d'un travail achevé, quoique inutile.
» La forteresse de Cuzco est commandée presque entièrement par les hauteurs du Rodadero, et entièrement parla colline adjacente de Contuta. Il n'y a cependant point de doute qu'elle ne fût imprenable par l'art militaire en usage de son temps. » E. G. Squier*,
Quelques remarques sur la géog, et les mon, du Pérou.
{Bulletin de la Société de géographie de Paris, janvier 1868.)
1. M. Squier (Ephraîm-Georges), voyageur et antiquaire américain, est né à Bethléem (Etat de New- York), en i8il. Dès 1842, il explora les antiquités indiennes de la vallée du Mississipi, prit part à l'expédition archéologique de Davy, étudia les monuments anciens du Nicaragua, etc. Il a publié dans de nombreux mémoires les résultats do ses découvertes.
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t. -■:\',,c. — Farlî
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1. L.*ln»tltat Smlthsoafen. — Les recherches sur les origines américaines ont leur principal foyer dàrin l'Institut Smtthsonien de Washington. Un riche et savant anglais, James Smithson, qui n'avait jamais mis le pied en Amérique, légua en mourant (1829j son immense fortune à son neveu, à condition que si c(;lui-ci mourait sans enfants, cette fortune reviendrait au gouvernement des Etats-Unis pour la fondation d'un établissement destiné à l'accrois- •>ement et à la propagation du savoir parmi les hommes. Le neveu mourut à Pise, le 5 juin 1835, sans laisser de postérité. Un procès s'engagea à la cour de la Chancellerie, à Londres; le gouvernement des États-Unis, en 1838, fat mis en possession du legs qui s'élevait à 2.833.429 fr., 60 c; quand le Congrès se décida enfin à l'accepter en 1846, les intérêts accumulés avaient accra le capital primitif de 1.331.709 fr. 70 c. Après de longues délibérations, un conseil d'administration composé de membres du congrès, notables et hauts fonctionnaires, décida d'employer ce capital à la création d'une bibliothèque, d'un musée des sciences, et à l'encouragement de recherches scientiQques originales; un édifice grandiose fut élevé à Washington dans ce but, et reçnt le nom d'institut Sraithsonien {the Smithsonian institute). On pense bien que la science américaine y tient la plus grande place. On y trouve, entre autres, une exposition de la flore et de la faune du Nouveau-Monde anciennes et modernes. « La portion vraiment curieuse de cet institut, c'est la collection de tout ce qui
• a trait à l'histoire de l'Amérique dans les temps reculés Géologues, philo-
■ logues, antiquaires ont l'esprit fort en trayail sur cette question : Quelle est
■ l'origine des Américains et quelle était leur oiTilisation? Les brochures suo-
• cèdent aux brochures, les livres aux livres, mais la quesUmi ne s'éolaircit
• guère. Le savant directeur du musée que j'intonroge à ee sajet, m'avoue atee
• tristesse que plus on cherche, moins on trouve^ «t qve plot les étades eont approfondies, moins les résultsts sont eertaiiw. Je oomùnaàÊ qo» eet étadei passionnent les savants américaine, ear moi, èkruger «t pntot. Je m eaelM rien qui mette davantage l'imaginatioil «n èf^ «h» •■«• Mai ni— yriuiHim
■ et divinatoire du vieux monda. » (OthiaiB i Mondes., 15 mars 1882.)
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