‹ L'AmériqueChapitre 8 sur 113 · I. GÉOGRAPHIE PHYSIQUE · texte numérisé non relu

I. GÉOGRAPHIE PHYSIQUE

Terre-Neuve a une forme triangulaire, allongée parallèlement au littoral du Labrador; les caps Bauld^ Raye et Race en marquent les extrémités nord, sud-ouest et sud-est; le détroit de Belle-hle, souvent bloqué par les glaces, large de 15 à 40 kilomètres, la sépare du Labrador. L'île barre en partie l'entrée de l'immense estuaire de Saint-Laurent. — Sit. astronomique. 46o 15' et 51© 46' de lat. N.; 54o 51' et 62» de Ions:. 0. — Relief da sol. L'ile ne renferme pas de hautes montagnes, mais elle est sillonnée du sud-ouest au nord-est de « rangées » parallèles, massifs grani*i(]ues ou roches siluriennes profondément dl^coupées par la mer, et à l'intérieur par des cluses ou des dépressions lacustres. La chaîne de la Longue-Rangée s'étend à l'ouest le long du détroit de Belle-Isle, depuis la baie de St-George jusqu'au fond de la péninsule dite Petiî-Nurd (hauteur moyenne, 400 m.) ; une autre au centre, le Middle- Range, élève sa plus haute cime, le Peyton, à 500 m. — Cours d'eau. Les pentes du sol s'allongent au nord et à l'est vers l'Atlantique; les lacs, marais, tourbières et rivières couvrent le tiers de l'île. — Le fleuve principal ou fleuve des Exploits (320 kilom.), déversoir d'une chaîne de lacs, forme une série de cascades et de rapides, à travers forêts et landes, et tombe à l'est de la baie de Notre-Dame ; — la Gander coule à l'est dans une creuse vallée; — VHumber écoule à l'ouest, dans la Baie des Iles, les eaux du Grand-Etang, presque aussi vaste et aussi profond que le lac Léman. — Littoral. 11 est profondément déchiqueté au nord et à l'est par les fiords qu'ont creusés les anciens glaciers de l'intérieur et le choc des banquises de glace descendues des mers polaires [Baie-aux- Lièvres, Baie-Blanche, de Notre-Dame, de Bonavista, de la Trinité, de la Conception, de Plaisance, etc. La rencontre des courants, la débâcle des glaces flottantes, l'épaisseur et l'obscurité des brouillards et des brumes, rendent la navigatiun et la pêche dangereuses à l'est de l'île. -- Le climat est froid et humide, les pluies abondantes et souvent glaciales; les rafales d'hiver sont terribles. « Presque de tous les côtés, Terre-

1. Les régions polnres et V archipel arctique américain formeront un chapitre du volume intitulé : l'océanie. — les pôles.

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Ja mer une côte abrupte et formidable. En peu de '^^'*^' rai offre une plus étonnante succession de tableaux

» grdu. fil iises à pic ou surplombantes, arcades dans lesquelles

» s*engouu ie flot, parois inclinées que les vagues remontent en minces » nappes, souffleurs d'où Tean s'élance en ombelles, caps aux musoirs « avancés environnés de brisants, vallées étroites au fond desquelles on '» aperçoit les filets blancs des cascades. En hiver, au printemps, des » glaces bloquent l'entrée des ports; souvent aussi les brouillards en •> défendent l'approche. Même par terre, les voyages sont presque impos- •> sibles, si ce n est par les sentiers qu'ont frayés les caribous, quoique » dans l'intérieur ne se dressent point de montagnes d'une grande éié- » vation : les fiords de la côte, les lacs, les innombrables mares de» » vallées arrêtent partout le voyageur; ces fourrés d'arbustes entre- » mêlés ne sont pas moins difficiles à franchir que les prairies trem- » bl: 't s gonflées de mousse humide, et pendant Tété, saison des » vo;, is, les moustiques tourbillonnent dans l'air en nuages, s'abal- » tant sur le malheureux piéton et lui mettant la figure en sang. » (Elisée Reclus, Géographie universelle, t. XV, p. 639.)

IL GÉOGRAPUIE POLITIQUE.

Historique. L'île de Terre-Neuve [New-Foundland) est la plus vieille des colonies anglaises. Reconnue au onzième siècle par les navigateurs normands sous le nom de Markland, découverte de nouveau en 1497 par Jean Cabot, qui reçut en récompense du roi Henri VU le don de dix livres sterling (230 fr.), fréquentée vers la fin du seizième siècle par plus de 500 navires français, espagnols, portugais, basques, anglais, qui déjà s'y disputaient la p^che, elle fut colonisée et déclarée possession anglaise en 4583 par Gilbert, et de nouveau en 1608 par John Guyas, qui fonda Saint-JeA.n. Les Français la disputèrent et la reprirent plusieurs fois; ils y fondèrent des postes, comme le village de Plaisance, qui fut un des centres.de leurs pêcheries. — En 1713, en cédant l'Ile à l'Angleterre par le traité d'Utrecht, la France s'était réservée la jouissance exclusive de la côte occidentale, dite French Shore (côte française), pour la pêche, avec le droit de séchage sur la terre ferme. Ce privilège, difficile à défendre, a provoqué des conflits incessants, et n est maintenant presque ouvertement violé. (Voy. plus loin, page 26.)

Constitation. Dès 1869, la Chambre des Communes et le Sénat du Dominion avaient voté l'admission de l'Ile de Terre-Neuve au sein de la confédération canadienne, sur la demande même de la législature d& l'île. En réalité, Terre-Neuve forme jusqu'à ce jour un district particulier, administré par un gouverneur que nomme la reine (responsible qovernor), et un parlement local, composé d'une Chambre et d'un Sénat, élu par les habitants. Sont électeurs tous les Terre-Neuviens âgés de vingt-cinq ans^ et dès l'âge de vingt et un ans tous ceux qui sont domiciliés depuis deux ans dans l'Ile. Sont éligibles à la Chambre tous ceux qui ont un revenu égal à 480 piastres ou une propriété évaluée à 2400 piastres. Les membres du Sénat, ou Chambre haute, sont élus à vie par le gouverneur.

La plupart des noms géographiques de l'île portent la marque française. La capitale, Saint-John (Saint-Jean), 28 600 hab., à 3550 kilom. de Liverpool, à 2 640 de Valentia, à 1450 de Québec, est située sur la côte orientale de la presqu'île d'Avalon, au fond d'une baie paisible où on accède par un étroit couloir de rochers [narrows) ; les habitants ne vivent ojac de la pêche et du commerce du poisson. — Harbour-Grace (Havre de

Grâce), 1 000 hab., à Touest de la baie de la ConceptioD, a un port sûr et profond ; Carbonear (Carbonières), 3800 hab.. sur la même baie au nord, est un antre rendez-TOus de pècbe: Hearfs Contenu à Tonest, snr la baie de la Trinité, est le point d^acces des câbles télégraphiques anglais; BonavUta, Fogo, Toulinguet ou Twillingate (4800 hab.)» ouvrent lenrs

Sorts sur les péninsules du nord. An sud de la presqu'île méridionale 'Avaloû, se pressent sur la côte les anciennes colonies françaises : Fortune, la Foile, Port-aux-Basques, et surtout Plaisance, appelée par les Anglais Placentia, ancienne capitale française de l'Ue (400 hab.), rattachée à Saint-Jean par nn chemin de fer. « lin silence lugubre plane aujour- » d*hui snr cette ville, autrefois le dernier rempart de notre domination, » et dont les échos retentirent pendant de longues années du bruit de » nos canons. Bâtie an fond d*une immense baie qui n'a pas moins de n 18 Menés de profondeur, et an pied d'une séné de collines escar- » pées qui abritent sa rade contre tons les vents. Plaisance était vrti- » ment placée pour être nn port militaire de premier ordre. Les événe- » ments le prouvèrent, car jamais elle ne put être prise, et les Anglais » n'y pénétrèrent qu'en vertu des clauses dn traité d*utrecbt. » (Le Temps, 13 août 1891.)

ni. GÉOGRAPHIE ÉCONOMIQUE.

Productions. Le sol est peu cultivable : les arbres sont rares et rabougris; les fruits ne mûrissent pas. « Un acre de mer, disent les habitants, n vaut mille acres de terre. » Les animaux à fourrures, amenés par les débâcles des glaces, ours, morses, n'y sont pas rares. Les caribous et les loups abondent, mais la race des beaux chiens, jadis si estimés, dégénère et tend à disparaître. — On a découvert de la nouille, du fer, du cuivre, du plomb : des capitalistes américains exploitent du cuivre dans la baie de Notre-Dame, aux environs de Tilt-Cove, et du plomb dans la baie de Plaisance. — Mais la grande richesse de Tlle est dans l'industrie de la pèche {morues, harengs, phoques, homards, saumons) : 75 â 80 millions de rrancs de mornes par an. — Commerce (1893). Importations, 7 573000 dollars. Exportations, 6 281 000 dollars. — Chemins de fer. Le parlement a voté le projet d'un réseau de 650 kilom., devant coûter 30 ou 40 millions, pour relier Saint-John à Spread-Eagle-Sparks, sur la côte orientale, avec embranchements à Harbour-Grace, Brigus et Glarke's-Beach ; une autre ligne unit Saint-Jean à la région minière de la baie Notre-Dame. — Télégraphes, 1 800 kilom. Sur les dix câbles transatlantiques du nord, cinq aboutissent à la baie Hearfs-^ontent ; d'autres relient Terre-Neuve au Canada et aux Etats-Unis.

IV. NOTIONS STATISTIQUES Superficie. 110670 kilom. carr. — Population. 200000 hab. (1,9 par kilom. carr. — Recettes (1893). 1854000 dollars. — Dépenses. 2110000 dollars. — Dette. 8256000 dollars.

jMpect pliysiqae de Terre-iVeuwe.

« L'île de Terre-Neuve est située devant Tembouchure du fleuve Saint-Laurent, dont elle fait un lac immense avec

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'deux issues vers TOcéan ; elle a la forme d'un triangle et ne compte pas moins de 400 lieues de côtes, profondes, découpées, surtout dans Test et dans le sud, offrant un nombre considérable de havres ou de baies accessibles à tous les navires. L'aspect de ces côtes est triste et grand dans sa tristesse; les terres sont hautes, grisâtres, sans verdure, et la mer brise avec fureur sur ces falaises désolées. A Tintérieur la nature est belle et sauvage; on trouve de beaux lacs, d'innombrables torrents qui roulent vers la mer, des forêts de sapins et cle bouleaux souvent impénétrables, un sol mouvementé, une végétation puissante, et qui semble pressée de vivre pendant les mois si courts que lui garde l'été ; dès que l'on s'écarte des côtes, on marche en pleine solitude ; partout un silence profond; pas une maison, pas une âme. Le climat est de fer. Les beaux jours sont rares, môme aux mois de juillet et d'août, et le brouillard les obscurcit souvent. Le caractère du pays s'harmonise d'ailleurs avec le ciel qui l'éclairé ; les horizons sont pâles et sévères ; le soleil n'est pas fait pour eux. D'octobre en avril, la terre se couvre de neige, et les baies sont prises par les glaces. En février, la banquise de la mer de Baffin descend, entraînée dans le sud par le courant polaire ; elle rencontre les côtes de Terre-Neuve, s'y brise et forme autour d'elle un dangereux écueil qui subsiste encore dans les premiers jours de juillet ; d'énormes blocs de glace, connus sous le nom d'icebergs, viennent achever l'œuvre de la banquise; les uns s'échouent à l'entrée des havres et parfois les rendent impraticables ; les autres restent en vue des côtes comme pour en défendre l'approche, ou sont poussés vers le large par le courant et par le vent. » X. , Les pêcheries de Terre-Neuve et les traités.

{Revue des Deux-Mondes, 1" nov. 1874.)

Productions.

« La chasse et la pêche font seules diversion à la

monotonie de l'existence. Cerfs caribous, lièvres, outardes, canards, perdrix, courlieux, poil et plume, le chasseur peut tout voir au bout de son fusil, s'il se sent assez de feu sacré pour faire sa trouée dans les halliers qui servent de retraites au gibier. Le pêcheur n'est pas moins favorisé; pour lui, Terre-Neuve est bien véritablement la terre de promission. En quel autre point du globe jouira-t-il du beau spectacle d'un seul coup de seine ramenant jusqu'à dix mille harengs?

2G LECTURES ET ANALYSES DE GjÉOGRAPHIE.

Où verra-t-il ailleurs les homards grouiller sur le fond en telle surabondance qu'un équipage de canot en ramasse aisément de quatre à cinq cents en une heure à marée basse, et cela tout simplement à la main ? S'il dédaigne comme trop faciles ces pêches miraculeuses, il trouvera le long de chaque ruisseau les savantes émotions de la pêche à la ligne et d'abondantes récoltes de truites ou même de saumons. Enfin Terre-Neuve est l'un des derniers points où Ton peut encore avoir la bonne fortune de rencontrer et d'étudier le castor, cet intéressant animal dont le sort lamentable, disait sentencieusement l'abbé Raynal, est fait pour arracher des larmes d'admiration et d'attendrissement au philosophe sensible. » Ed. du Hailly.

{Revue des Dcux-Aîondex^ 15 août 1863.)

lies pêclierles.

Dans nie de Terre-Neuve, une seule industrie jusqu'à ce jour parait possible et fait vivre les habitants, c'est la pèche. Chose bizarre 1 Le peuple qui est propriétaire du sol et souverain dans l'Ile n'a pas le droit d'exercer la pèche, et le peuple qui a perdu cette souveraineté conserve le monopole de la pèche : l'Anglais règne et gouverne î Terre-Neuve, et la France y pèche; telle est la clause formelle de Ttrticle 13 du traité d'Utrccht si^né en 1713, et confirmé par ceux de Paris (1763), de Versailles (1783), d'Amiens (1802), de Paris (1814 et 1815). Ce monopole de la pèche française s'exerce sur tout le littoral de l'ouest, du nord et de l'est, du cap Bonavista jusqu'à la pointe Riche. Le littoral du sud nous est interdit et reste exclusivement aux Anglais. Mais, en fait, la population anglaise se rit des traités, et ses empiétements sur nos côtes, encouragés par le Parlement de Terre- Neuve, ont provoqué maintes fois les réclamations de la France ; des enquêtes ont été faites, les côtes inspectées, mais les négociations restent sans effet, et les pécheurs anglais pèchent et s'installent sans vergogne dans les parages français, sous les canons des croiseurs de notre flotte. « C'est un envahissement en règle. Le jour n'est pas Ioib où » changeront les rôles, et l'on peut prévoir que bientôt, sur la côte » française, les Français seront des intrus i. »

1. En veut-on une preuve éloquente? Une correspondance adressée en mars 1877 de Saint-Jean (Terre-Neuve) au journal anglais le World, renferme le passage suivant :

« Dans son discours d'ouverture de la session législative, le gOBvemeor Glover a annoncé que le gouvernement britannique a autorisé les autorité anglaises de Terre-Neuve à nommer des magistrats dans la portion de la eôte appelée le rivage français. Cette importante concession aura sans doute pour résultat le règlement des droits de pèche français. Jusqu'à présent le goovernement britannique n'avait pas osé nous permettre de nommer des magistrat» dans cette section de l'ile, de peur d'une opposition des Français. Mais Tan^ menlation de la population anglaise dans cette section a eu raison des liési> tations de notre gouvernement, qui ne pouvait laisser 10000 de ses sujets sans protection pour leurs biens et leurs personnes, sans routes et sans écoles.

» Des douaniers anglais seront prochainement installés sur ce même terri-

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