‹ L'AmériqueChapitre 90 sur 113 · NOTIONS HISTORIQUES · texte numérisé non relu

NOTIONS HISTORIQUES

Jaan Diaz de Solis fut le premier européen qui découvrit le Rio de U Plata. Placé à la tète des entreprises maritimes de l'Espagne, en qualité de piloto tnayor, après la mort au célèbre Amerigo Vespucci, il reçu ea 1514^ la mis-ion de rechercher, au sud de l'Amérique, un passage vers l'ouest. La découverte de l'océan Pacifique par Nunez de Baiboa 1513) avait démontré l'existence d'une mer occidentale ouverte. Solis longea la côte du Brésil, atteignit les lies de los Lobos et le golfe de Maldonado et s'arrêta à i'emboucbure du Rio de la Plata. A son aspect troublé et à son goût il reconnut que cette eau n'appartenait plus à TOcéan, et il lai donna le nom de Mar Duke (mer douce]. 11 s'engagea dans le vaste estuaire, aperçut sur la rive des huttes, puis des indigènes. Ceux-ci étaieiît des Gharruas sauvages; à l'approche du navire, ils brandirent leurs armes d*an

par restancia est désiré sous le nom de suerte (du mot sort, parce qu'au commencement, sans doute, les lots de concessions furent tirés au sort). Au bàtimcint principal de Testanoia, résidence du maître, est quelquefois annexée aoè pulperia (boutique), où se vendent les denrées et objets de première utilité. Le corral (pluriel corrales) est une grande enceinte entourée ae pieux solides, enfoncés dans le «ol, tout près les uns des autres; on y enferme le bétail, les Tolailles. Les troupeaux sont gouvernés par les peones (valets de ferme), toujours à cheval. Les uns, — ce sont les mieux payés, — faisant leur service flur des potros (chevaux neufs, poulains non dressés), les autres sur dea mansos (chevaux maniables), lis sont surveillés par les contre-mai très {capataz), €t les capataz par le majordomo (majordome). L'ensemble des peones forme la peonada. Quant au gaucho, c'est le bandit de la Plata, l'homme errant et vagabond qui vit sans rion fiiire, et ne possède (jue son cheval et ses vêtexnents; il est presque toujours en guerre avec la justice pour ses rapines, ses violences ou ses meurtres. On désigne donc improprement les peones sous le nom de gauchos. Le novil/o est le bœuf de travail dompté; le dompteur Idom- <idor), est armé des bolas, trois boules en pierre, en bois, ou en plomb, attachées ensemble par une courroie de cuir; et il lance le laxo, long de 10 mètres, et composé d'une corde de deux cuirs bien tressés et terminés par un anneau de fer pour saisir le bœuf et le cheval enchniné par le nœud coulant. Le lanceur [eniazador), le manieur de bolas {boleeulor) conduisent les animaux dans les mataderos (abattoirs des vilk.s) ou dans les saladeros. Le saladero est l'usine où l'on abat le bétail en masse, où l'on sale les peaux et la viande, où l'on recueille la graisse, les os, le crin et tous les autres produits animaux pour l'exportation. Jadis, après les tueries {matanzas), on abandonnait les cadavres dans la plaine et on se contentait d'enlever le cuir. Quand les desoHadores (écorclieurs) ont dépouillé les animaux, on fait sécher la viande dans le tendal (enclos) sur des perches horizontales, où elle est étendue. Les barracas sont de grandes cours, entourées de murs, où s'élèvent des hangars et magasins propres à renfermer les cuirs secs, les laines, les crins, etc., qu'on y met en . dépôt sous la garde du barraquero. Les cuirs secs et les viandes portant la marque de leur propriétaire sont examinés par les agents de l'autorité postés dans les tab'adas, bureaux de vérification établis en plein air à une certaine distance des villes; et le charretier reçoit un bulletin 'guia) qui lui sert de laisser-passer. Souvent les achats se font dans les tabladas, et un expert (le comprador de guanado^ acheteur de bétail) y sert d'intermédiaire entre les estancieros (patrons des estancias) et les directeurs des saladeros. Le poncho, lait de laine de guanaque, est le vêtement principal du gaucho ; le palençue est la barricade où on attache le cheval; une troupe de juments dressées est une manada, la jument qui dirige les autres est la madrina (marraine); quand ou part en voyage, les chevaux de relais qu'on enmène forment la tropiUa. Faire le rodeo, c'est assembler les diverses troupes d'animaux en un seul point, à di • époques déterminées. Cet assemblage se fait dans un oppace dos, nommé mangucira.

air menaçant. Solis se méprit sur te sens de ces signes, et crut y voir une invitation de débarquer. Il pNS^^a dans un cunot avec mielques matelots et desc^endit sur le rivage. Les Indiens cachés dans un lourré le^ percèrent de leurs ilècbes, leur couuèreoi la tète et miUiièrenl leurs cadavres. Le navire de Sofia Et feu sur les indigènes et les mit en fuite, mais ijuitU le fleuve et rega^^na l'Espagne.

Une deuxième expédition dirigée par Diego Garcia et Sébastien Cabot passé au service de TKspîrgue (1527-1530), essaya vainement de fonder un établiFSenient à Espîrilti-Saiilo, snr un bras du ParEina. Les Indiens le détruisirent. — ÎJûe lioisième» souâ la conduite de don Pedro de .Vkadoza (1535-15^7), livra de furieui combats atii Quérandis, et coûta h vie à 2000 Êuro[iéen3€t au chef de la missitin. AyoliB fonda en 15:i6 îa pre- Bniêre colonie espagnole au ParagUriy, et Irak en fut le premier gonverneur. Du l'a ut la période qui suit, s'élevèrent successivement â[jnls->bria de Boeuos-Avres, Santiago del Estero (i55â), Tncninan (IStiâ), Cordoba (1573), Sâlto (13S3), Bioja et Jujuy (1593). En ISIO, le peuple argentin abolit la vice-royauté espagnole et procltima son indépendance; les victoires du général San- Martin rafOmièreuL Une gnerre civile, provoquée par les anibilioos riviilea des gétiérauji argentins, ensauglanlii pendant quinze ans la péninsule; raaarchie tiboufitau despotisme de Ru=as qui fut renversé^ après dii-sept ans d^une dictature sanguinaire i, par Urniiiza (1852). Celui-ci convoqna une assemblée nationale qui dota le pays dune constitution libérale et proiiiiitna la liberté de navigation dans les eani argentines pour tons les pavillons. Sous les présidences du général ^Mitre^ de don Faustino Sarmiento. du dorteur Avellaneda, du général Ki>ca, malgré de nouveau! troubles, la républifue n'a pas cessé de progresser. Elle fît belle figure â l'Eiposition universelle de 1BS9, à Paris, \1iiis en 1890-0», â la suite Cnne crise poliliqtie cl fin-incièrè plus uiguô que les précédentes, survint un brusque ralentissement dans celte pruspi^rité. Les im|>ortations^ en 1891, diminnèreui en 3 mois de llti millions de francs» corn [tarées au premier trimeafre de 1890, sur un tolal de 214 millions. Le g<iuverDement central et les provinces sont accablés sous le poids de dettes énormes. La révolution [lolitinue a diminué la sêcurilè, accru la cherté de la vie et porti un coup terrible à l'émigriitiou. En 1SR9, le nomtkre des immtgrauis avait été de 260nno, le nombre des émii^ranta de 40 000; en 1890, on n'a compté que lâlttOO immigrtints et 71 000 ont quitté le territoire.

l^raversée de la Cordillère des jinde*.

Si ban te et si large que soit la barrière des Andes» il est moins dififile de îa francbir qn oi ne croit» et de nchinbreux passages à Iruvei^ les

t. Roias. ni en 1703. éleva au milieu des gmuchoB, peissA ia vîo à cheval et les arme!» à ta mam^ Ce hardi cher do biiDde ota. (ealr tète aui c:nib(nr>Lâ de Frikiii» cL d'An^telerre, et fut atis»! tiabile dans fl& politiquâ G3it€:ràcii<rn que féroce d&oa ses pmcédés da ^auTemeamot. il ûi périr> dit-on, plus de vmgl-dûux

chaînes mettent en communication le Chili, la Bolivie et les provinces argentines. M. Martin de Moussy n'en cite pas moins de trente-deux, plus ou moins connues, sans parler de ceux qui restent encore un secret parmi les muletiers et les contrebandiers des Andes. Les principaux sont les passages de Antuco (2100 mX qui conduit deConcepcion à Mendoza; de Phinchon (3000 m.), de Taica a Curico; le coi de las Hamas (2800 m.) ; le cul de Portillo, qui s élève Jusqu'à 4427 m.; la passe de la Cumbre, grande route de la Plata au Chili (2900 m.); le col de los Patos, entre Saint-Juan et Valparaiso; les cols de Gopiapo et Pircas-Negras; le passage du Despoblado, de Salta à Cobijo, etc., etc. Malgré la hauteur des plateaux, le transit est actif; beaucoup de cols sont franchissables toute Tannée. Ce qui rend surtout les voyages difficiles et parfois dangereux, c'est le mauvais temps et le changement des saisons; c'est aussi le manque absolu de maisons de refuge. « Les passages des Alpes, écrit le M docteur Martin de Moussy, sont vingt fois plus difficiles et plus pé- » rilleux; mais il y a là des routes entretenues, des poteaux, des piliers » de pierre pour se reconnaître au milieu des neiges, des maisons, des » hospices où Ton peut s'abriter. Dans les Andes, ou voyage à la grâce » de Dieu, avec la voûte du ciel pour toit, un petit mur en pierres sèches, » que Ton se cunstruil opposé au vent, pour abri, l'eau du torrent pour » nourriture, et le maigre fourrage des quebradas^ pour refaire les mu- » lets fatigués. Si l'on veut se faire une idée des plateaux des Andes, » que l'on se figure avoir 30 lieues à parcourir dans les plaines de la » Brie, par une belle gelée d'hiver, une brise fraîche du nord, le ther- » momètre à 10 ou 15 degrés au-dessous de zéro la nuit, et ni maisons, » ni arbres, ni plis de terrains pour s'abriter : voilà la Cordillère pen- » danl 7 mois de l'année, du 29» au 32» degré. »

On attribue à un des derniers Incas souverains du Pérou, Yupaoqni, la construction d'un chemin dans la Cordillère de Gupiapo. Nulle trace de cette route ne subsiste; cependant on rencontre en divers endroits des Andes des mines grossières et étendues, de vieilles murailles en pierres sèches, ré|i;ulièrement construites (/es tambillitos), q\ii sont vraisemolablement les débris des anciennes portes et des magasins construits sous la domination des Incas. C'est par l'ancienne route royale de la Prena de Jujuy, que les Argentins conduisent leurs troupeaux de chevaux et de mulets au Pérou, par des altitudes qui atteignent 4000 et 4500 mètres. Les pentes sont vertigineuses, les torrents qui longent les quebradas rapides et perfides, pas toujours guéables : il faut souvent les franchir sur des passerelles fragiles, formées de troncs d'arbres, munies de câbles en guise de garde-fous, et suspendues au-dessus de l'abîme. Parfois la traversée s'opère à l'aide d'un câble, le long duquel glisse une poulie qui supporte un hamac de cuir où le voyageur s'enferme.

0 Les Andes ne se peuvent franchir qu'à Taide de mulets.

mille personnes, poussa Torgueil jusqu'à faire donner son nom à un mois de l'année et exigea que les liabitants de Buenos-Ayres saluassent son portrait. Un jour, sa fille Mauuelita ayant été raillée par quelques dames de la ville, iî les força à s'alleler a une voiture, où sa ûUe monta, et il la fil ainsi traîner à travers les priiuMpales rues de la capitale.

1. Les quebradas sont les gorj^os ou vallées encaissées de la région des Andes.

hiverner dans les chanips de luzerne {jjotreros de aifalfa) que Von cultive eu grand sur la lisière des Andes, et pendant la saison favorable, on leur fait faire deux ou trois voyages^ selon les distances. Une troupe se <>ompose de trente à quarante animaux chargés, jamais plus, car alors elle deviendrait trop difficile à conduire» En outre, il y a un tiers en sus de Le les de recfiange. On eiBploie deux muletiers chefs {eapataces) comme direcLeui^de la troupe, et un peon ou conducteur, pour huit mules ; on aide pour quatre peones^ afin de leur donner la main ao hesoin, et généralemeût un enfatit qui conduit la jument chef de file {madrma) ; celle-ci, une clocliette au cou, luarclie en avant, ei toutes les mules la suivent d'instinct. Inutile de dire que tous ces hommes soDt montés et portent avec eux les vivres nécessaires pour un voyage qui n est jamais de moins de quatre-vingts lieues, et qui va quelquefois jusqu'à deux cents et plus. Les troupes j ainsi chargées, font en moyenne dix lieot^s par jours, quelquefois plus lorsqu'il faut arriver à une lialte obligée, c'està-dire à un endroit où Ton trouve de Feau, du lioiset du pàtm^age.

n Les muletiers se lèvent h Taube; ils vont rassembler les animaux, installent les bats et commencent à charger. Cette opération est toujours longue et difficile, surtout au commencement du voyage. Puis on se met en marche, rarement avant huit ou neuf heures, et Fon ne s'arrête qu*à la couchée. Si les charges se dérangent en route, deux ;jeo»e5S*arrétent, envekqjpent de leur poncho (m;mteau sans mancfies) la tête du millet, et rétablissent l'équilibre avec une sûreté de coup d'œil et une rapidité qui font plaisir à voir, A la lialte, on InslMlle en cercle les bâts proprement arrangés avec les htdlots à côté- On allume le feu; le repasse prépare, maigre chère composée de viandes sèches [ckarqm) que Ton cuit avec du vu. assaisonné de force piment; l'eau du torrent désallère «près; pois chacun s'enveloppant de son poncho et d'une couverture de laine, dort sur la terre nue, s' abritant un peu derrière les ballots* A tour de rôle, chacun surveille les animaux poiu* les empêcher de s'écarter. Rien ne peut donner mie idée de la sobriété et de la force de résis-

lance de ces braves gens ; nous ne parlons pas de leur probité, elle est connue de tout le monde. Impassibles, toujours de bonne humeur, pour un maigre salaire, ils affrontent le mauvais temps, les neiges et tous les dangers sérieux que présentent les passages des Andes. Qu'il sufllse de savoir qu'un voyuge, aller et retour, dans la Cordillère de Copiapo, se paye douze piastres en été et dix-sept eu hiver. 11 est vrai que tous les frais de nourri tore et de séjour sont à la charge du patron ; mais on sait ce qu'est un voyage d'hiver, et les accidents, soit de mort, soit de congélations partielles, n'y sont pas rares. On rencontre dans les provinces des Andes plus d'un individu qui a perdu les doigts des pieds ou des mains, et quelquefois môme un membre entier dans ces traversées.

ïï Les voya,^"eurs marchent un peu plus rapidement et font des traites de douze à vingt lieues, en moyenne treize ou quatorze lieues par jour. Lorsqu'on porte avec soi une tente, un matelas et des vivres, de bons vêtements, le voyage est très supportahle, et l'on ne souffre guère que de l'extrême sécheresse des plateaux, et quelquetbis de Isiptma ou soroehe.

n On donne le nom de puna à cette sensation pénible, à cette anxiété respiratoire que quelques personnes éprouvent lorsqu'elles se trouvent h de grandes hauteurs. Cette sensation est certainement duc à la raréfaction de l'air, car, à 2400 mètres, altitude des plateaux, la colonne barométrique est réduite en moyenne à 0"*,4G0, c'est-à-dire à 300 millimètres de moins qu'au bord de la mer, et il est impossible qu'mfie si énorme différence dans la pression atmosphérique ne prodiuse pas une impression profonde sur l'éœnomie anbnale. Cette impression varie d'ailleurs selon les personnes ; les unes ont la respiration gênée, les autres éprouvent une sorte de nngraine et perdent l'appétit. Beaucoup n^épmuveni rien; mais lorsqu'on veut marcher, presque tout le monde sent une fatigue insolite.

» Les animaux éprouvent égaie m eut cette fatigue de la respiration dans lenr première traversée des Cordillères ; mais ils s'y habituent assez vite, et telle est leur viguem^,

que les mulets en bon état et chargés convenablement ne faiblissent jamais dans les voyages ordinaires. Ils résistent parfaitement aux froids et aux mauvais temps, et si Ton sait les faire reposer avec méthode, leur faire passer Thiver dans de bonnes tnvemadasj c'est-à-dire aux endroits où il y a du bon fourrage, soit naturel soit artificiel, ils se refont parfaitement. C'est pour cela que Ton a multiplié si abondamment les champs de luzerne {alfalfares) dans toutes les provinces des Andes. Pour les voyages de la Cordillère de Copiapo, on a soin de ferrer les mules et même les bœufs, à cause des vastes plateaux pierreux qu'il faut traverser;partout ailleurs on ne les ferre point, la corne de leurs pieds est assez dure pour affronter les passages caillouteux, qui ne sont qu'une exception dans la route.

» Les troupeaux de bœufs que l'on conduit au Chili font en moyenne huit lieues par jour ; on leur fait suivre les quebradas où il y a le plus d'herbe, et rarement le chemin des voyageurs, qui est le plus court, mais presque toujours aussi le moins abondant en pâturages. Ces animaux ne sont expédiés qu'en très bon état ; aussi maigrissent-ils peu en route, à moins que le temps ne soit mauvais; ils se reposent dans les alfalfares du Chili, jusqu'à ce qu'on les vende pour la boucherie. Les moutons ne font en moyenne que quatre lieues par jour, et encore faut-il les faire reposer tous les cinq jours. Il résistent parfaitement au froid et ne souffrent que dans les terrains très pierreux. Dans ce cas, on leur enveloppe quelquefois le sabot dans un morceau de peau pour leur rendre la marche moins douloureuse. Dans la province de Jujuy, pour le commerce avec la Bolivie, on emploie principalement l'âne comme moyen de transport ; cet animal porte en moyenne six ai^robes^ à savoir un peu moins d'une demi-charge de mule, et ne fait pas plus de sept heues par jour. Le lama ne s'emploie que dans la />wwa, c'est-à-dire sur les plateaux ; il porte quatre arrobes (50 kilog.) et fait quatre lieues. C'est le moyen de transport le plus lent, mais le plus économique ; cet animal trouve à vivre là où le mulet et même l'âne mourraient de fniin.

» En résuiTK?, les passages des Andes sont donc plus fatigants parleor longueur que parleurs difûcullés mîitéiîelles ; et il n'y a réellement point de danger quand on les prisse dans la bonne saison et avec les précauLions voulues. Malheureusenient quelques personoes, même babi tuées à ces voyages, deviennent trop hardies et, se hasardant dans des circonstances défavorables, succombent an froid. Lorsqu'une caravane est assaillie par f ouragan sur les plateaux, et qu'on n'a pas le temps de gagner quelque quf^brada^ quelque roche voisine, ce qui arrive presque toujours, car la neige tourbillonne avec tant de violence qu'en un instant tous les sentiers sont eilacés, on s'arrête immédiatement; on empile les charges de manière à former un rempart contre le vent, et on y attache les animaux. Enveloppés de leur mieux, les voyageurs attendent la fin de la tempête; mais la position est fort critique si le mauvais temps se prolonge. Les mules et les chevaux résistent très bien au froid pendant quelque temps si Ton peut leur donner un peu de maïs ; les bœufs se serrent les uns contre les antres et, gelés par groupes, périssent ainsi de froid et de faim ; les moutons, abrités par leur laine^ font meilleure contenance.

» Un jour viendra, où, grâce à Taugmentation de population dans les provinces andines, ces routes, plus fréquentées, offriront des abris aux voyageurs et permettront le passage toute l'année ; car une fois les premiers oura£causde mai et juin passés, le temps est généralement très beau, et le mauvais temps ne se fait sentir qu'à l'entrée de Tété, c'est-à-dire en septembre et en octobre. »

Docteur V. Martin de Moussy, Description géographigue et statistique de la Conféfiéradûn Argentitie,

(3 vol. ihS\ av. aU&s ; Pom, lâôo'4869, F. Uldot.)

L'Amènque du ^mû (Etats-Unis el Canada} est anjon-d'hui sillonnée de cinc] ctiemins de fer traDSCODlineDlaiii. L Amérique du Sud, envahie de pînâ en plus <*baaiie année par na flot de colons qui vont mer dans rinlérieur de innivelles eiploiUlîons agrlcoleSi a dû b€ dedder k unir les deiiï oi'éans pîir-dessws la Cordillère. Le projet du irmismdin enlre- [iùi de CaUao à liio-Jaieiro, est momentaaémeat arrèlé à Orop* — Li

République Argentiae a construit plusieurs voies à travers ses grandes plaines borizuntaies, et les a conduites jusqu'à la base des Cordillères; telle est celle de Buenos-Ayres à Villa Mercedes, San-Louis et Mendoza. De son côté le Chili possédait un chemin de fer allant de Valparaiso i Santiago et Curico, et faisant face au terminus de Mendoza. Mais on ne risquait Tescalade que trois mois par an, à dos de mules, par des altitudes supérieures à 4000 mètres; ou il fallait, pour passer du Chili à Buenos-Ayres, treize à quatorze jours de navigation difficile par le détroit de Magellan.

La traversée de la Cordillère par une voie ferrée fut hardiment résolue. Une distance de 240 kilomètres environ séparait les deux stations de Sanla-Rosa (Chili) et Mendoza (Argentine), Pune et Pautre à 724 et 824 mètres. Par une série de tunnels en hélice, comme ceux du Guthard, par des tranchées énormes, des ponts multipliés, et en recourant au système à crémaillère, on aboutit à Las Cuevas^ à une altitude de 3 100 mètres et à la passe de !a Cumbre^ à 3800 mètres. Par une vertii^ineuse descente, la ligne se reliera à Juncal, première station chilienne. Celte grande voie est une des plus extraordinaires qui aura été exécutée sur le globe. Elle mettra Valparaiso à dix jours de moins de TEurope. Déjà on va de Buenos-Ayres à Mendoza en trente-huit heures : on ira de Buenos-A^res à Valparaiso en quaraute-huit. Cinq compagnies employant des ouvriers italiens, chiliens, autrichiens, se partagent ces gigantesques travaux : on peut espérer que, dans trois ans, la jonction entre les deux Océans sera une fois de plus un fait accompli. Les marchandises échangées entre les deux républiques chilienne et argentine n'auront plus à doubler le cap llorn ; les charbons et les bestiaux, principaux éléments du trafic, assureront aux actionnaires du Transandin des bénéfices appréciables. (Voy. la Uevue Sud-Américaine^ 1889; Revue scientifique^ avril 1892; Nouvelles géographiques ^ octobre 1892.)

lie pampero et les lag^unes.

« Le pampero, qui mugit si souvent dans ces plaines (les pampas *) offre un spectacle encore plus étonnant. On aperçoit au loin, à l'horizon, s'élever une nuée noir-grisâtre, qui monte à vue d'œil. Bientôt cette nuée s'enflamme, et de longs éclairs la sillonnent des zigzags les plus variés. A mesure que la masse sombre s'élève, le tonnerre fait entendre ses roulements lointains. Des tourbillons de poussière, chassés par le vent, viennent se mêler aux nuages sombres. Les animaux, dispersés dans la plaine, commencent à devenir attentifs. On les voit inquiets, regarder la nuée, dresser les oreilles, se rassembler en groupes et enfin s'enfuir devant la tempête hurlante. Non seulement les chevaux, les bestiaux et les moutons, mais encore les cerfs et les au-

1. Le mot pampa vient de la longue quichua et signifie campagne ouverte plaine. *

tmches des parties encore inhabitées, se précipitent en désordre pour échapper à Forage, Us croient pouvoir se sauver, mais Us se tronipeiit. L'orage va plus vite que leurs jambes, il les devance, el bientôt ils sont au milieu de la tempêle qui se décharné sur eux. Les animaux s'arrêtent alors, comprenant leur impuissance h lutter. Ils tournent le dos à la tempête et la laissent passer en s'abandonnant à leur sort. C'est im spectacle comique de voir inmiobiles des centaines de ces animau:jî inondés, les oreilles pendantes et le corps misselanL Ils attendent jusqu'à ce que le nuage crevé soil passé, et le nuage passe ordinairement aussi promptement qu'U arrive. En une demi-beure tout est fini. Le soleil reparait encore plus clair avant son coucber. C'est ordinairement après cinq heures que ces pmnperos se décbaînent sur les pampas^ avec leor accompagnement d'éclairs enflammés et de pluies diluviennes, »

Certaines parties de !a pampa ont un gazon épais et court assez semblahle à celui de nos prairies eurQpéûcines, Mais ce sont des accidents locaui; la vraie pampa n'a pas de verdure.

(( Cependant les lagunes sont très communes dans la pampa du sud-est, principalement dans la province de BQenosrAyres, oi!i on les compte par centaines. Ce sont des cuvettes plates, faibles dépressions du sol, dans lesquelles l'eau de pluie se rassemble, et qu'elle transforme en bassins. Ces bassins, dont quelques-uns seulement ont une étendue comparable à celle d'un petit lac, doivent leur origine à rimperméabiblé du sol. La marne diluvienne plastique el assez dure, qui atteint ordinîdi^ement une épaisseur de quarante à soixante pieds et constitue Je sol des pampas^ ne laisse point fdlrer les eaux. CeDes-ci se réunissent dans les dépressions, où elles restent stagnantes jusqu'à ce tpae révaporation en abaisse peu à peu le niveau, ou les assèche entièrement, ce qui est le cas de beaucoup de petites lagunes. L*eau entraîne naturellement les parties terreuses et légères de la surface du sol au pourtour des lagunes/ Telle est l'origine de la vase noirAtre qui forme le

fond de presque toutes les lagunes. L'évaporation incessante et la capillarité des terres avoisinantes les tiennent toujours humides et leur permettent une évaporation plus riche ; aussi les lagunes sont-elles souvent entourées de surfaces assez étendues d*un épais tapis verdoyant qui opposent unedigue auxdénudations. Les lagunes conservent donc à peu près les mêmes contours, et les plus grandes prennent le caractère de lacs permanents.

» En outre de la ceinture de fraîche verdure, la plupart des lagunes constamment mouillées sont bordées de roseaux très vigoureux et très élevés. Ou y trouve des joncs grêles et élancés de huit à dix pieds, ou des roseaux à larges

feuilles Les cienegas forment une seconde catégorie de

bassins humides dans la pampa. Ce sont de vastes marécages, le plus souvent de forme allongée et couverts d'une épaisse végétation de roseaux. L*eau permanente ne s'y trouve que sur quelques points au milieu, ce sont des parties déprimées de la plaine tranformées en marais, qui prennent le nom de pnjonales. En général Us sont dépourvus d'eau, et ont le plus souvent un sol assez solide, non vaseux, et on peut les parcourir et les traverser sans danger. Là croît

en abondance la belle graminée gynetnum argenteum

Ces endroits humides dans la pampa ne forment qu'une très minime partie de sa surface et n'en modifient qu'accidentellement la physionomie. Dans le nord on parcourt souvent des districts entiers de la pampa absolument dépourvus d'eau, et le voyageur peut marcher des journées entières sans en rencontrer la moindre nappe. »

Docteur H. Burmeister, Description physique de la République Argentine, trad. de l'allemand par M. E. Maupas.

(Paris, 1876, in-S», Savy.)

Eie dompteur (domador) de poulains.

« Les jeunes poulains sont, à l'âge de trois ans, remis au dompteur. Celui-ci est toujours un vrai pampasien, né et élevé dans la pampa, il ne connaît la ville que de nom et

AMÉRIO^E DU SUD.

ne met pied à terre qne pour s'accroupir ou se coucher, jamais pouF marcher; il n'a d'autre bieu que son cheval, d'autre Ût qne sa selle, dont les pièces nonibreiises se divisent et forment un lit très conforlable ; il est le plus souvent nomade, et va à'esiaiœfa en estaneia exercer sa profession ; parlout entoui^é de considération, il est fier de son mérite. Le cheval destiné h être dompté subit, avant de lui être remis, un travail préparatoire : pris en plaine avec les ùolas ouïe (asm} y il est ainsi traîné jusqu'au palenque^ où il reste tout le jour attaché et les pieds entravés; il est lAché de nuit et ramené le lendemain ; quelques jours de ce réf^nme cruel adoucissent on peu son caractère et l'habituent à la présence de l'homme à pied. C'est en elTet un des élonnements de tous les animaux de la pampa que rapparitiou de Vbomme li pied, et même assez tVéquemment les animaux qui fuient devant rhomme à cheval entourent Thomme à pied etTatlaquent jusqu'à mettre sa vie en péril, si la présence d'esprit l'abandonne. L'animal, ainsi un peu calmé, est pris avec deux lassos, Tun jeté au cou et l'autre aux pieds de (hTrîère ; fortement attaché, culliulé et maintenu par plusieurs hommes, il est sanglé, sellé et muselé par le dompteur au moyen d'une corde qui lui serre les narines et passe dans la bouche. Tout ce travail est fait avec nue brutalité excessive; r/est avec des coups violents que rbomme cherche à faire passer dans Tesprit de Tanimal la terreur qui semble remplir le sien. Quand il est moins furieux et déjà terrifié, le dompteur le monte, et, le serrant dans ses jarrets puissants, où une longue habitude a concentré toute la vigueur dont il est capable, il lui prouve sa supériorité par des coups redoublés. Le lasso qui relient les pieds de derrière est alors lâclié et un premier galop essayé, course furibonde d'oti cheval et eavaMer reviennent épuisés au mUieu des vivats. Il reste alors au dompteur à entreprendre quelque longue course de dix ou quinze lieues pour pouvoir livrer au propriétaire un cheval dompté et recevoir sa prime. Ce traitement a pour résultat de rendre tous ces chevaux fort doux, mais presque tous trèsdilTiciles au montoir ; ils se souviennent toujours de leurs premières

relations avec Thomme; une fois montés, ils sont généralement dociles, ignorent le trot, et ne connaissent guère que cette allure commode et monotone vulgairement appelée traquenard^ allure générale à tous les chevaux de la pampa, et qui explique la facilité avec laquelle un Européen, môme fraîchement débarqué, arrive à faire sans fatigue vingt ou trente lieues par jour. »

Ei*e9taiiclero« — > I^a marqfoe.

« La production du lait, fort lucrative dans le voisinage des grandes villes, et principale préoccupation de Téievenr européen, n'est nullement recherchée par l'éleveur ou estanciero de la pampa. C'est à peine si dans une estoncia, riche de plusieurs milliers de vaches, on en trouverait une ou deux habituées à donner du lait pour les besoins de l'habitation; quant au beurre, l'usage et la fabrication en sont peu répandus, et sur la petite quantité que consomment les Européens, une partie est importée du Havre et de Cherbourg ; Testanciero fait peu ou point de cuisine, et n'emploie ni beurre, ni graisse: il se contente d'un rôti copieux sans aucun assaisonnement. Le but de l'éleveur est donc de produire non pas du lait, mais bien du cuir, de la graisse et de la viande, qui, salée et séchée au soleil dans les saladeros, est expédiée au Brésil et à la Havane, où elle fait la nourriture exclusive des nègres *.

Uestanciero, éleveur de bêtes à cornes, est ordinairement un descendant d'Espagnols depuis plusieurs générations établis dans le pays, ayant entrepris cet élevage à une époque où il n'en existait pas d'autre et où le mouton n'avait pas encore conquis droit de cité. Généralement riche, il habite presque toujours la ville et ne s'occupe que superficiellement de l'administration de sa terre, laissant ce soin à ses intendants.

1. L'estancia^ ou terre consacrée à l'élevage, est généralement très étendue, au moins une lieue carrée dans les bons terrains, 2 ou 3 lieues dans les terrains neufs ou médiocres. Il est des esiancias qui couvrent une superûcie de 15 à 20 lieues carrées; on y compte par lieue un maximum de trois mille bêtes à corne. L'industrie pastorale est sûre en même temps que lucrative ; mais elle exige dès le début l'apport d'un capital considérable. Ce capital donne dans les mauvaises aimées un revenu moyen de 20 à 25 »/o dans les régions de pâtuTHges tendres, 12 à 15 dans les autres Cette prospérité, qui ne se dément pas, suffit à expliquer l'indolence et l'indifférence de l'estanciero à l'égard de ses propriétés.

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majordomes et sous-majordomes ; le produit est si abondant et ai sûr qu'il ne fait pas seulement la fortune rapide de ceux-ci, mais qu'il laisse encore des rentes au propriétaire. Cotto insouciance et l'ahsnnce du propriétaire se révèlent dans Taspect même de rhabitation, 11 ne faut pas clierclier ici rien qui ressemble au château d'un riche proprié laire du centre de la France^ ni même h la ferme confortable d'un petit éleveur nocmiind. Un toit de chaume soutenu par quatre murs de boue, une poite basse et pas de fenètreà, un puits sans margelle, un pieu pour y attacher le cheval, c'est là en général tonte r habitation où végète une famille dans les privations et Toisiveté : la Eohriété poussée à ce point n'est plus une vertu, c'est un vice antisocial. Heureusement quelques propriétaires riches semblent voub^ir secout^r cette torpeur par des exemples utiles, et montrer à leurs voisins les avantaR^es de ce bien-être que rbomuie a créé partout oii il s'est établi. On peut déjà citer des élabUssements asseï nombreui oix Ton a éle^^é des maisons luxueuses, créé des jardins, même de la grande culture, et enfermé tout cela au milieu des futaies d'eucalyptus, de saules, de peupliers et de pêchers. Dans une propriété princicre de 4 lienes carrées d'étendue, située à 2S kilomètres de Buenos-Ayres, il existe une forùt de trente ou quarante mille eucalyptus; un parc de 500 hectares a été créé, embelli de toutes les essences d'arbres, de fermes modèles et de tous les enchautemenls de nos grands châteaux français. Malheureusement il n'est pas permis à tout le monde de prendre ainsi la nature corps à corps, de créer des foièts là où elle n'a pas mis un arbre, où tègnent les vents les plus variables, où la sécheresse de l'été amène toute sorte d'insectes destructeurs, où les gelées d'hiver ne respectent rien, où les révolutions détruisent en un jour le travail de plusieurs années; il faut poui- cela des capitaux considéi-ables, un caractèi-e résistant et opiniâtre; mais, pour se procurer un peu de bien-être, il suftjrait de ne pas attendre tout du ciel seul et d'occuper à un travad quelconque les longs loisirs de la vie pastorale.

T» Le chef de l'explùitation, en l'absence du propriétaire, est un majordome, il vit à peu près à la manière de tous les hommes employés au travail de l'établissement, dont le système d'alimentation serait à peine supportable pour un Etiropéen ; il se compose uniquement d*une infusion de thé spécial, connu sous le nom de yerba du Paraguay, qui s'aspire par un tube de métal plongé dans une petite courge sauvage servant

de récipient, et appelée maté * . Prendre le maté constitue le fond de la vie du gaucho et en général de toute personne résidant à la campagne ; il remplace le thé du Russe, le café de TArabe. Souvent les hommes employés dans Vestaneia passent tout le jour sans prendre autre chose que cet aliment débilitant ; le soir seulement, au coucher du soleil, on fait le rôti à la mode nationale, et l'on destine à cet usage une ou deux vaches par jour suivant les besoins de Vestanda. La viande en est distribuée avec libéralité; le cuir étendu sur le sol, étiré par des chevilles enfoncées en terre, est ainsi desséché, la graisse est recueillie dans des vessies, et ces produits vendus en leur temps ; les os seront employés à faire le feu de la cuisine, et le surplus inutilisé blanchit au soleil jusqu'à ce qu'il trouve un emploi ou un acquéreur. Les tètes, dépouillées de cornes, servent de siège ; dans les ranchos ot l'on a quelque prétention au confortable, l'os frontal est garni d'une peau de mouton et devient ainsi un siège un peu moins rébarbatif. »

« L'opération de la marque est un des travaux les

plus rudes auxquels donne lieu l'industrie de la pampa. L'Européen le mieux disposé ne saurait l*aborder ; le gaucho Taccomplit gaîment, sous un soleil tropical, à cheval au milieu de la poussière, sans se donner de repos pendant des heures, sans prendre de nourriture avant la tombée de la nuit. La marque des animaux est un vieil usage de la pampa qui durera encore des siècles. Les propriétés n'étant pas fermées, et, faute de bois ou de fer, ne pouvant l'être qu'à très grand Frais, les animaux sont a])andonnés à eux-mêmes et ne peuvent être matériellement surveillés dans leurs excursions quotidiennes, à plus forte raison lorsqu'une sécheresse prolongée ou une tempête les éloigne pour plusieurs jours et quelquefois plusieurs mois de Vestaneia. 11 est de toute nécessité que dans ces voyages lointains chaque animal porte avec lui son étal civil et la preuve de son origine ; l'usage s'est donc établi d'appliquer à tous une marque à feu sur la cuisse ou sur l'épaule. Chaque estanciero a la sienne, propriété exclusive, inviolable comme toute

l. V. sur le maté, le chapitre du Paraguay.

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autre ; le nomlire en est si gTiind qu*il ti fallu invenler les contorsions de lignes les plus bicarrés pour arriver à n'en pas avoir deux semblaliles, La formalité d'inscriplion à la police étant remplie, Vestanctero peut reprendre partout, où il les rencontre non seulement les animaux sur pied, mais même les cuirs en poils sur les marcbés ; les peines les plus sévères frappent ceux qui s'emparent d'un animal marqué ou colportent, sans kisser-passer du ju£2:e de paix, des cuirs dont la propriété ne leur a pas été régulièrement transmise. Iln*existe pas d*autres moyens de sauvegarder les droits de chacun ; on a vu en eiïet, dans des années de gr^inde sécheresse, jusqu'à deux millions de hétes à cornes réunies dans des plaines de quarante ou cinquante lieues que le lléau n'avait pas atteintes ; sans la marque, ces mélanges seraient inextricables, et, malgré l'habitude de ces animaux de retourner là oh ils ont été élevés, beaucoup seraient perdus pour leurs propriétaires. Ces raisons ont sauvé cet usage, condamné depuis longtemps, car cette brûlure perd la robe des clicvaux en les rendant fort laids, troue les cuirs, qui deviennent Impropres à beaucoup d'usages, ne dispa^ raissant m à la tannerie, ni môme sous le vernis ; de plus le travfiil de la marque est pour Téleveur un des labeurs les plus rudes.

)î Au jour désigné, on se réunit entre voisins ; les troupeaux de chacun ont été visités, et les animaux égarés repris par leurs propriétaires respectifs. Le travaO se fait le plus souvent en liberté ; les animaux sont groupés et entourés d'un cercle d'hommes à cheval armés de lassos* Dès le matin, on tue une jument et on allume un grand feu d'os, les fers y rougissent et sont ensuite trempés dans la graisse huileuse de la jument tuée. Le jeune tcmreau est pomsuivi par le (jaucho à cheval, îe lasso tourbillonne et vient s'abattre autour de son cou. Le cheval d*UT) mouvement souple et vigoureux se raidit des quatre pieds, assujettissant ainsi le lasso sans le rompre; le taureau, les quatre pattes liées, est aussitôt jeté à terre, maintenu sui" le flanc et marqué au fer rouge au milieu des vivats. Cette lutte et ce travail durent à peine un instant, on enduit

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alors la blessure de graisse, et ranimai est lAché ; si le temps est pur et sec, l'air de la pampa cicatrisera cette plaie en quelques jours, et l'on choisit si bien son moment que très peu de bêtes souflRrent ou meurent de cette blessure. La journée se passe ainsi, et un animal est à peine pris que le lasso est déjà envoyé de nouveau avec une telle habileté qu'il est rare que le coup ne porte pas et que l'animal se dérobe.

» La marque n'est pas permise en tout temps ; dans les époques de sécheresse par exemple, comme il est habituel que les animaux quittent leurs querenctas ^ pour aller chercher l'eau et la nourriture qui leur manque, la marque est interdite ; il serait alors trop facile aux propriétaires favorisés d'un cours d'eau de s'approprier tous les animaux égarés ; aussi l'opération a-t-dle lieu presque partout à la même époque, au printemps, alors que les campagnes sont verdoyantes et tous les animaux réunis dans leurs pâturages respectifs, avant que les fortes chaleurs d'été ne la rendent dangereuse en amenant la gangrène sur la blessure profonde que fait nécessairement le fer rouge. »

Emile Daireaux.

La République Argentine possède trente millions de botes à cornes; elle pourrait en nourrir dix fois autant. La valeur d'exportation de ce produit des saladeros s'élève, par an, à 250 millions. A Buenos Ayres, on gaspille la viande; le prix autorise du reste ce gaspillage : le mouton vaut 3 ou 4 francs, le bœuf, 5 ou 6 francs les 25 livres. Encore la viande a-i-eUe subi une hausse de prix depuis la sécheresse de 4874!

« Dès à présent, c'est la Pampa qui approvisionne Rio-de- Janeiro de bétail sur pied, et si la science parvient un jour à résoudre le problème de conserver les viandes abattues, de manière qu'elles puissent supporter de longs transports, les marchés du monde entier deviendront les tributaires de l'Amérique méridionale. Mais tous les efforts tentés pour découvrir un moyen de conserver la viande à l'état frais ont échoué jus-

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