BOSTON
Boston. — La capitale puritaine. — Voirie lamentable. — L'influence anglaise. — Un port lointain. — Atmosphère intellectuelle. La bibliothèque, asile de paix. — Un commerce prospère : la librairie. — Photographies de ruines antiques. — Bienfaisance de ce tableau. — Un spectacle extraordinaire. — Des Américains qui ne bougent pas. — Hôtels inhospitaliers. — Après onze heures du soir, on peut mourir de faim. — Un cimetière parmi des banques. — Quelques écoles. — Pour gagner sa vie. — Élèves de quarante ans. — Un Institut de cuisine. — Métier fructueux. — Fiancées millionnaires devant les fourneaux. — Les chefs des transatlantiques français enseignent la cuisine aux jeunes Yankees. — Écoles de langues, de machine à écrire, de sténographie. — Cours de bactériologie pour ménagères. — Femmes aux grands pieds. — L'Institut technologique. — Un lauréat de l'École des Beaux-Arts, professeur d'architecture à Boston. — Cinq écoles dans une. — Pédagogie pratique. — L' ingénieur-ouvrier . — Le Conservatoire de musique le plus grand du monde! — ■ La leçon d'opéra. — Il signor Bimboni. — Dix-huit classes de piano. — Virtuoses accordeurs. — Treize classes d'orgue. — Orgues électriques. — Cours de journalisme musical. — Diplômes de critique. — La biologie, la trigonométrie, la chimie, le droit, l'éthique, etc., nécessaires aux professeurs de chant. — Elsas et Carmens surveillées. — École normale de gymnastique pour jeunes filles. — La danse esthétique. — L'athlétisme.
our changer un peu de milieu et de point de vue, je suis venu passer quelques jours à Boston.
Ce qui m'y attirait, ou du moins ce qui stimulait ma curiosité, c'était ce qu'on m'avait dit de la capitale de la Nouvelle - Angleterre : ville angla ise, puritaine, intellectuelle et ennuyeuse.
Je m'imaginais donc échouer dans une ville morte, morne, sévère, religieuse et fermée, et je fus assez surpris d'arriver dans du bruit, des tramways innombrables, des maisons de dix ou quinze étages, des hôtels admirablement agencés, luxueux et grouillants, tout comme à
New- York ou presque. La neige avait tombé ; le dégel venu, les rues étaient absolument impraticables, et Boston m' apparut d'abord comme un cloaque. Pour traverser les chaussées les plus fréquentées, j'avais de la boue glacée jusqu'aux genoux, et cela dura trois jours !
Je m'étonnais d'une telle incurie municipale. C'est qu'il n'y a pas d'ordre en Amérique. Cela est visible en tout. Les choses marchent on ne sait comment, sous l'impulsion d'une énergie éparse et continue ; mais d'ordre régulier, de méthode permanente et suivie, point de trace. Comment expliquer autrement qu'en plein centre d'une ville de 600.000 âmes les rues restent pendant trois jours pareilles à des bourbiers de village abandonné ?
Malgré leur saleté, les rues étaient pleines de monde. Peut-être en effet, selon l'opinion courante, voit- on ici plus de types anglais qu'ailleurs. Boston passe pour une réduction de Londres. On dit l'accent des gens plus recherché, plus proche de l'accent anglais. C'est la ville aristocratique et traditionnelle par excellence ! Mais tout cela est bien peu perceptible à l'étranger qui débarque et ne veut pas s'en rapporter à son Baedeker.
Le commerce du port de Boston est de plus d'un milliard de francs ! Les maisons de banque sont nombreuses, les millionnaires abondants. Pourtant, le port est invisible : l'on peut demeurer un mois dans la ville, la traverser en tous sens, on ne l'aperçoit pas. Il faut y aller exprès, et c'est très loin. De sorte que les premières choses qu'on vous montre quand vous arrivez à Boston, c'est la bibliothèque publique, qui est très belle, et les musées. De là sans doute sa réputation d'Athènes du Nord ! Une justice à rendre encore, en passant, à Boston, c'est qu'en effet on semble y faire moins de cas de l'argent qu'à New- York. Les hommes de valeur, les professeurs distingués, les artistes, les « intellectuels » pour tout dire, y sont plus considérés que partout ailleurs, Washington excepté. J'y ai, pour ma part, constaté une curiosité vraie pour les spéculations de l'esprit, du côté des hommes comme du côté des femmes. Cela vient- il du voisinage de l'Université de Harvard, ou vraiment de la tendance d'esprits plus affinés?... En tout cas, un fait est indiscutable : Boston, c'est la ville d'Amérique où l'on vend le plus de livres, et les librairies y font des affaires d'or.
La bibliothèque est située sur l'un des côtés d'une vaste place carrée entourée de monuments et de maisons de styles divers d'un effet joli et surprenant. Il semble que l'on s'y trouve au milieu d'une exposition d'architectures rétrospectives, où l'on aurait mêlé du gothique balbutiant, du normand, du roman inachevé, de la Renaissance et du moderne de toutes sortes d'inspirations.
La bibliothèque elle-même, imitée de celle de Sainte- Geneviève de Paris, est un peu trop basse pour l'emplacement qu'elle occupe, — on la dirait inachevée. Mais le vestibule et l'escalier à double révolution sont très jolis, tout en marbre jaune veiné de noir, — les marches, les colonnes et les murs. C'est cet escalier qui fut décoré par Puvis de Chavannes d'une dizaine d'allégories nobles et pures. En visitant cette bibliothèque, j'ai goûté mes premiers moments de paix depuis mon arrivée en Amérique. Mais Puvis de Chavannes est presque seul, là.
J'ai vu encore une reproduction en marbre de la Vénus de Médicis, et, dans une salle, de belles photographies des monuments romains de France, d'Allemagne, d'Autriche et d'Italie. Gâtés que nous sommes par nos musées et nos monuments, nous n'en apprécions vraiment la valeur que dans ce pays. Le Français le plus insensible à l'art ne résisterait pas à la joie qu'on ressent, après deux mois de séjour dans le bruit du fer et dans la foule affairée, à entendre soudain une belle phrase de musique et à contempler des ruines ! Ces simples photographies de la Maison Carrée de Nîmes, de la voie Appienne, du Colisée, du Forum, calment
vos nerfs et mettent du soleil autour de vous. Quelle sensation délicieuse que de retrouver ces ruines inutiles, thermes de Caracalla, aqueduc de Claude, temple de Castor et Pollux ! Castor et Pollux!... c'est une douceur. Et l'on a envie de remercier les gens qui ont pensé à mettre là ces choses, — comme dans le désert on sait gré à ceux qui abritèrent la source sous les feuilles et les pierres et qui y laissèrent un gobelet de terre pour qu'on puisse y boire après eux.
Quand, depuis deux mois, on passe soimême son temps dans les rues, les wagons, les salons, les bureaux d'affaires, partout enfin où l'Américain travaille, et qu'on arrive dans une bibliothèque, on éprouve une sensation d'imprévu extraordinaire :
celle d'Américains qui ne bougent pas, qui n'agissent pas. Ils sont là, assis tranquillement, comme vous et moi, devant des tables, — et lisent. On a envie de leur demander s'ils sont bien des Américains et pourquoi ils perdent ainsi leur temps.
Et quelle bonne volonté pour apprendre et comprendre ! Dans un couloir, je vois cinq ou six dames assises sur des chaises, les yeux fixés sur une corniche à fresque de Sargent, et tenant à la main une longue brochure explicative du sens de la peinture et des personnages. Et quand je repasse au même endroit, une demi- heure après, elles y sont encore.
Boston L'hiver est une mauvaise sail'hiver son p0ur apprendre à aimer les villes américaines. Il y fait si froid, dans ces États du Nord, le climat y est si hostile, si humide, si changeant et si traître, et le seul ornement des villes,
leurs parcs, est aboli par la neige et le gel.
Si le vent souffle dans ces longues rues droites, pas d'abri miséricordieux, — c'est le froid mortel et coupant, acide, qui traverse les vêtements les plus chauds et vous glace le sang dans les membres. Aussi faut-il voir les gens, le soir, se presser, courir, rasant les murs, serrés, enfouis dans leurs pardessus. La sortie des théâtres est morne. Pas de café où se réfugier et se réchauffer avant de rentrer ; car il est défendu de servir aucune autre boisson que de l'eau après onze heures du soir. Un hôtel ou deux tiennent tout de même leur porte ouverte après le théâtre. Mais, si l'on entre, il faut manger, et il n'est que dix heures et demie ! On se couche tôt en Amérique, et les soupeurs sont rares,
On ne sait donc où aller le soir, après son dîner, si le théâtre ne vous attire pas. Et si le spectacle finit à dix heures et demie ou onze heures moins un quart, on trouve qu'il est encore trop tôt pour rentrer. Malgré le froid, je me promenais donc chaque soir autour d'une espèce d'esplanade immense plantée d'arbres et coupée d'étangs glacés où l'on patine le jour. Ou bien je remontais la rue principale, Tremont, jusqu'à un cimetière fermé, juste au milieu de la ville, en plein cœur de Boston, comme celui de Trinity Church, à New- York. Ce cimetière est entouré, au sens étroit du mot, par des maisons de dix ou douze étages et bordé par le trottoir. En face, des magasins de toutes sortes. Les pauvres morts qu'on a amenés là pour l'inexorable sommeil ne jouissent même pas de leur dernier repos ! Les passants jettent, à travers la grille basse, des allumettes et des bouts de cigares. Cet endroit
univers «a^
si triste, où les inscriptions parlent d'énergies défuntes et d'héroïsmes, la vie d'affaires de chaque jour le banalise et le trouble. On voudrait conduire autre part, dans les champs solitaires, loin des tramways et de l'électricité, les pauvres morts américains qui ont tant peiné pendant leur vie...
Il y a, à Boston, plus de six cents écoles, en y comprenant les grandes et les petites, les pauvres et les riches. Dans le tas, j'en ai choisi quelques-unes parmi celles qui me paraissaient les plus originales, et je suis allé les voir. Ces renseignements rapides et fragmentaires vous donneront une idée à la fois de l'activité des esprits, — surtout des esprits des femmes, — de l'ingéniosité de la charité et du sens des réalités pratiques qui accompagnent toujours chez ce peuple les initiatives les plus désintéressées.
La première école que j'ai vue, c'est une école où l'on apprend à des femmes de tous âges les moyens de gagner leur vie. Elle s' appelle Wome/i' s Educational and Industriel! Union.
Dans une maison quelconque d'une rue centrale, on a loué quelques pièces, on y a mis des tables et des chaises; on a distribué des prospectus, et les femmes sont venues. J'en ai vu d'une quarantaine d'années qui apprenaient à faire des chapeaux. Une négresse s'essayait à reproduire sur une feuille de papier des dessins de broderie ; une jeune fille de quatorze ans étendait des couleurs au lavis sur un album. Il y a des cours de couture, de modes et de dessin : cela s'appelle le département des « arts industriels ». Une chose étonne : l'œuvre n'est pas gratuite. Les femmes qui viennent là doivent
payer leur apprentissage : 10 dollars par terme de 24 leçons chacun, soit 150 francs pour obtenir, au bout de l'année, un certificat de bonnes études.
Il y a un deuxième département dans l'institution, celui de la « vente des travaux ». Toutes les femmes qui travaillent chez elles à des ouvrages de couture, de broderie, de modes, de n'importe quoi, peuvent les envoyer là ; on les expose dans une sorte de magasin, et on essaye de les vendre aux clientes qu'on y attire. Nous connaissons cela en France. Une excellente femme, bien regrettée, Mme Louise Koppe, créa un comptoir de ce genre à Paris, il y a quinze ans. Seulement, ici, on retient 10 p. 100 sur le prix de la vente. On y reçoit aussi des commandes.
L'année dernière, l'œuvre a vendu pour plus de 16.000 dollars de travaux, soit plus de 80.000 francs.
Le troisième département de l' Union est celui des « provisions de bouche ». L' Union reçoit et vend les confitures, les gâteaux, les conserves de toutes sortes que lui apportent des femmes qui les ont préparés elles-mêmes ou avec l'aide de leurs enfants. La vente s'élève, en moyenne, à 40.000 dollars (200.000 francs).
Un salon de lunch et un salon de thé sont installés dans la maison et tenus par des employées de l'œuvre. On y fait par an pour 37.000 dollars d'affaires, près de 200.000 francs !
Le budget total de l'œuvre a monté à 835.000 francs !
l'institut La deuxième école que j'ai de cuisine vue, c'est un institut de cuisine. Une femme a loué quelques cham-
LA BIBLIOTHÈQUE. - Les Bostoniens ont voulu pour décorer l'escalier de leur bibliothèque le plus grand peintre moderne, et ils ont choisi Puvis de Chavannes. Les toiles du maître sont encadrées de marbre.
LA BIBLIOTHÈQUE. — La bibliothèque publique de Boston s'aperçoit au centre de la photographie. Elle a coûté 13 millions. Sa façade est copiée sur celle de la bibliothèque Sainte-Geneviève à Paris. A droite', New Old South Church.
Planche yb.
ÉCOLE DE CUISINE. — On apprend à l'école de Cuisine non seulement ;'i cuire les rôlis el à faire les soupes, mais aussi à connaître la valeur nutritive des aliments, la manière de dresser le couvert, et de servir à table.
ÉCOLE DE CUISINE. — L'école de Cuisine de Boston est un Institut pratique. On y reçoit les jeunes tilles des champs qui veulent apprendre à servir et les filles de millionnaires qui désirent savoir commander.
Planche 76.
bres dans une maison quelconque, a fait imprimer de luxueux prospectus sur un simili- papier de Hollande, et voilà un institut fondé. La présidente — miss Farmer — est une femme d'une quarantaine d'années, très vive, blonde, avec un binocle d'or qui rutile sur son nez, un gentil petit bonnet de dentelle sur ses cheveux, une veste de piqué blanc et un tablier blanc. Elle m'explique son organisation, qui est bien simple.
Des filles d'Irlande arrivent de leur pays ne sachant rien et veulent se placer.
Moyennant 3 ou 4 dollars, miss Farmer les admet à la cuisine pendant une douzaine de jours, et elles en sortent cuisinières. Ce n'est pas tout : elle leur apprend aussi à servir à table, leur enseigne qu'il faut avoir les dents propres, les ongles nets, les cheveux soignés, et comment on ramasse les miettes, etc., etc..
Mais l'institut est fondé pour un autre but : celui d'apprendre aux jeunes filles de la bourgeoisie et du monde à faire ellesmêmes la cuisine et à tenir une maison. Et elles y viennent par groupes de huit, chaque groupe constituant une classe.
Elles payent 1 dollar ou 1 dollar et demi par leçon. Il y a six cours de dix leçons chacun.
J'ai vu ces jeunes filles avec leur bonnet et leur tablier, qu'elles mettent en entrant. Elles paraissaient s'amuser énormément à ce petit jeu de ménage.
« Elles viennent ici dès qu'elles sont fiancées, me dit miss Farmer. Et, voyezvous, elles mettent elles-mêmes la main à la pâte, se préparent leur lunch, le servent à tour de rôle, et le mangent. Il n'y pas de meilleure leçon. »
Je demande à miss Farmer si ses soixante leçons sont suivies jusqu'au bout par ses élèves?
« La plupart les suivent, me répondelle. C'est qu'il y a des choses à apprendre ! Dans le premier cours, on enseigne à faire le feu, à se servir du fourneau à gaz, à faire cuire des pommes de terre et des œufs, à rôtir du pain, des pommes, à filtrer le café, à faire le pain, les soupes simples, quelques puddings. Le second et le troisième cours sont pour la cuisine plus compliquée. Le quatrième est pour les plats friands, les salades et les desserts. Dans le cinquième, on apprend à servir ; car pour commander il faut savoir exécuter : mes élèves savent donc nettoyer les tables, polir les planchers, balayer et épousseter, faire les boules de beurre, arranger les plats, les tasses, les verres dans les armoires, nettoyer l'argenterie, dresser l'ornementation des tables pour tous les genres de service, faire le thé russe, le thé anglais, le thé glacé, servir les invités, préparer les sandwiches, choisir les différents vins et les liqueurs — en un mot le service à la française. Le sixième cours enseigne la cuisine pour les infirmières. Je vais avec les élèves dans un hôpital, et je leur fais au besoin la démonstration dans les salles de malades. Enfin je les habitue à faire le marché, à acheter leurs provisions dans les magasins. Elles savent ainsi le prix des choses. De temps en temps, des chefs cuisiniers français viennent m' assister : ceux des meilleurs hôtels de Boston, et quelquefois le chef d'un transatlantique français; celui de la Touraine, par exemple, est venu plusieurs fois de New- York, lors de ses voyages,
donner des leçons à mes jeunes filles.
Une autre école plus importante, et qui se rapproche des deux premières par quelques points, s'appelle le Simmons Collège.
Dans la pensée du fondateur, l'institution est créée pour donner aux femmes l'instruction d'art, de science ou d'industrie nécessaire pour lui assurer un gagnepain.
A cet effet, quatre cours ou départements sont prévus : le département de F « économie domestique », celui des « travaux de secrétariat », celui des « bibliothécaires », enfin le département « scientifique ».
Chaque cours doit durer quatre ans.
Cela paraît au premier abord un peu long... Mais les programmes sont chargés ! Jugez- en.
Pour faire une ménagère, une intendante, une économe ou une infirmière, ou un professeur d'économie domestique, il faut d'abord se présenter avec des certificats d'études préalables sérieuses ; puis suivre pendant quatre ans des cours de physique, de cuisine, de français, d'allemand, d'histoire, de mathématiques, de gymnastique, de chimie, de biologie, de physiologie, d'architecture et de décoration, de couture, de bactériologie, de chimie alimentaire, de diététique, de sociologie, d'hygiène, de comptabilité et de marché !
Si elle veut se lancer dans la voie du secrétariat, la jeune fille devra apprendre pendant quatre ans la sténographie, la machine à écrire, l'anglais, le français, l'allemand ou l'espagnol, l'histoire, l'hygiène, la gymnastique et la législation des affaires.
Si c'est bibliothécaire qu'elle veut devenir, elle prendra des leçons d'écriture, de machine à écrire, de catalogage, d'anglais, de français, d'allemand, d'hygiène, de physique, de gymnastique, de bibliographie, d'histoire, d'actualité, de classement de bibliothèque.
Le prix des leçons, dans chaque cours, est de 100 dollars par année. Mais, si on n'en veut que pour 8 dollars, on n'assistera aux cours qu'une heure par semaine.
Comme tout cela est commercialement compris, comme c'est pratique !
Les élèves n'ont le droit d'habiter que dans des locaux acceptés par la doyenne du collège. Et le collège offre, dans des bâtiments construits exprès, des appartements disposés pour deux étudiantes et consistant en une chambre à coucher, un cabinet de travail et une salle de bain. Le prix en varie de 1.200 à 1.800 francs l'an, selon l'étage et la situation.
Le collège reçoit déjà 140 élèves.
Les élèves sont, en général, des filles de commerçants, d'employés de toutes classes; mais il s'y mêle des jeunes filles riches : celle du plus riche millionnaire de Boston, miss Whitney, a suivi les cours d'économie domestique.
L'installation n'a rien de notable. En passant, je vois des jeunes filles en train de tapoter sur des machines Remington, d'autres qui classent soigneusement des fiches de catalogue dans des boîtes. La cuisine seule est amusante. Il y a là une douzaine de jeunes filles coiffées de bonnets de police en piqué blanc, avec un tablier blanc épingle au haut du corsage ; elles rient gaiement, de leurs voix claires, en buvant du thé et en suçant des crèmes et
des glaces qu'elles viennent de faire ellesmêmes.
Ce qui me frappe toujours chez les jeunes filles américaines, c'est justement cette aisance, ce naturel, cette absence de timidité, sans pourtant l'ombre d'effronterie, qui désarment complètement l'ironie et la blague. On chercherait en vain des créatures d'allure plus libre, des figures plus fraîches et des manières plus naturelles. Il est vrai aussi qu'elles ont les pieds grands ; mais on m'assure qu'elles sont un peu snobs et que, pour imiter les étudiants mâles, elles se chaussent, par mode, de ces larges et affreuses bottines à semelle débordante, qui donnent une démarche de canard !
L'institut o o o J'ai encore visité trois technologique autres écoles à Boston.
D'abord l'Institut technologique, où m'a conduit M. Despradelles, jeune architecte français qui y enseigne l'architecture. C'est un artiste de haute valeur, élève renommé de l'École des Beaux- Arts, qui répand en Amérique les traditions de notre art national avec une autorité, une probité, une compétence que nous voudrions trouver chez tous ceux de nos compatriotes qui prétendent représenter la France à l'étranger ! Pauvre France !
L'Institut technologique de Boston est une machine colossale. Il renferme et résume à lui seul notre École des ponts et chaussées, l'École polytechnique (moins les militaires), l'École des mines, l'École centrale, le Conservatoire des arts et métiers et l'École d'architecture ! Ceux qui ont quelque idée de nos écoles spéciales françaises pourront se représenter
l'importance d'un établissement qui les réunit toutes ! Pour moi, je n'ai aucune compétence pour les analyser, encore moins pour les critiquer. Les programmes qu'on m'a montrés paraissent très complets. Mais qu'est-ce qu'un programme?
Des mots. Ce qu'il conviendrait d'étudier, c'est l'application de ces programmes, c'est l'esprit de l'enseignement. Et cette étude nous révélerait peut-être comment des hommes moins savants que nous, et d'une culture en tout cas moins générale et moins étendue, arrivent à dépasser de si loin, dans le domaine de l'invention, les meilleurs de nos ingénieurs et les plus industrieux de nos ouvriers.
Il y a justement un des aspects de l'enseignement que l'on donne à l'Institut technologique que j'ai pu saisir et qui m'a frappé : c'est le côté pratique des études et des expériences. En Amérique, un ingénieur n'est pas un clubman aux mains blanches qui n'a travaillé que sur le papier : c'est à la fois un homme qui pourrait passer pour un « monsieur » et un contremaître. Il a étudié la science des chiffres et les théories scientifiques, mais il a aussi mis la main à la pâte, et, aux yeux de ses compatriotes, il ne serait qu'un ingénieur de carton s'il ne savait pas river un écrou ou faire tirer un poêle ! C'est peut-être dans le caractère à la fois théorique et pratique de cette éducation qu'est le secret qui nous échappe.
Le professeur de mécanique appliquée m'a fait parcourir tous ses ateliers et m'en a expliqué le fonctionnement, dont il est fier. M. Lanza enseigne à ses élèves, par exemple, toute la théorie de la résistance des corps; il les dresse aux calculs les plus
transcendants, et, quand ils n'ont rien à apprendre de la théorie, il les mène devant des machines spéciales, de vraies machines, compliquées et coûteuses, qu'il renouvelle constamment, qu'il a fait construire en vue des démonstrations, et il leur montre la torsion d'une énorme barre de fer ou le brisement d'une poutre de bois de 20 centimètres d'épaisseur sous la pression effective d'un poids. Dans une cour, il a fait bâtir une voûte de briques cintrée ; puis il a fait installer, à côté et au-dessus, une machine à pression de 200 tonnes, qui, depuis deux ans, pèse sur la construction de briques. L'expérience doit vérifier bientôt un problème compliqué de résistance et de durée. D'autres machines encore expérimentent sous les yeux des élèves la force de l'air comprimé, la force hydraulique, la résistance des courroies de transmission, la pression des gaz. Il y a des chaudières qui servent aux expériences d'économie de vapeur, il y a d'authentiques freins Westinghouse qu'on éprouvera réellement... et j'en oublie certainement ! Dans toutes les branches de l'enseignement, la méthode est la même . Dans le cours des ingénieurs électriciens, il y a une centaine de machines de toute sorte, les derniers modèles brevetés dans le monde entier, et qui seront remplacées dès que d'autres plus perfectionnées les auront détrônées : cela coûte par an des centaines de mille francs à l'Institut. Vous trouverez la même abondance, le même souci de nouveauté dans tous les laboratoires de chimie, de physique, de biologie, de géologie, de minéralogie.
J'aime cet enseignement réaliste. Je le crois plus fécond que l'autre. Il ne con-
duit pas nécessairement à de grandes découvertes scientifiques, mais il paraît souverain dans les applications. Il y a toute une famille d'esprits qui ont besoin de voir pour comprendre, et pour lesquels les chiffres sont de la métaphysique, et les théories, de la littérature. Il leur faut des abstractions vérifiées par des réalités palpables. Ils ne comprennent qu'avec leurs yeux. N'est-ce pas là ce qui explique que, même chez nous, tant d'inventions industrielles pratiques ont été faites par des ouvriers ou des contremaîtres, et non par des ingénieurs ?
Quoi qu'il en soit, voilà une école scientifique comme j'en eusse souhaité une pour moi-même, au temps où, par des méthodes ingrates, on me fit haïr les chiffres et les sciences, quand j'aurais pu si bien les aimer.
conservatoire Nous allons maintenant de musique o o au Conservatoire de musique de la Nouvelle- Angleterre, « le plus grand du monde », me dit un fonctionnaire de l'immeuble.
Il est à deux pas de l'Institut technologique. Et je crains, avant d'y entrer, que les méthodes que je viens de relater, si vraies pour l'industrie, n'aient pénétré ici — où elles deviendraient fausses !
En tout cas, ce n'est pas dans la classe d'opéra qu'il y aurait quelque danger de les voir s'insinuer. Le maître de cette classe est le signor Bimboni, un petit homme tout en cheveux éparpillés et dressés sur la tête, l'Italien symbolique, exubérant et démonstratif. Quand nous entrons dans sa classe, il est en train d'accompagner un élève qui chante un air
INSTITUT TECHNOLOGIQUE. - Cet Institut résume nos cinq grandes écoles techniques : Polytechnique, les Pouls et Chaussées, l'Ecole des Mines, l'École centrale et l'Ecole d'Architecture.
INSTITUT TECHNOLOGIQUE. — Le Laboratoire. — Celle école csl pourvue d'un matériel scientifique complet. Lu photographie ne montre qu'une partie du Laboratoire, celle réservée aux analyses de l'eau.
Planche 77.
ECOLE NORMALE DE GYMNASTIQUE DE BOSTON. — Dans cette école on forme les futurs professeurs femmi s
représentent une leçon de danse esthétique. Celles du bas montrent, à côté d'une pose d'équilibre, la mise en gar
ae pour tous les États-Unis. Les photographies supérieures sonl des instantanés d'une partie de hockey. Celles du milieu une. La pratique de ces mouvements donne à la jeune Qlle américaine une souplesse et une aisance admirables.
Planches 78-79.
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l'n NCHE bo.
italien; sur le piano, toutes les partitions de Verdi. L'élève est blond et porte des lunettes d'or. Le professeur le stimule, essaye de lui infuser de la chaleur. Une petite scène se dresse contre le mur, où deux ou trois personnages peuvent évoluer. Dessus, il y a un casque, un sabre de bois, un tambourin et, sur une chaise, un vieux domino bleu fripé.
Le signor Oreste Bimboni nous accompagne aimablement à travers les couloirs et les classes. Il nous montre avec fierté la quantité vraiment énorme de pianos et d'orgues à soufflet que renferme l'établissement. Il y en a partout, une centaine pour le moins. On ne sait où les mettre. Dans chaque détour de couloir, j'en vois deux ou trois serrés les uns contre les autres, dans les angles, sur les paliers, partout. Les classes de piano sont nombreuses : dix- huit professeurs les dirigent. Dans chaque classe, deux pianos. Un peu partout, j'en trouve de démontés, en quantité. Un immense tas de cordes métalliques, de boyaux et de petits marteaux de feutre, s'élève dans un coin. Je m'enquiers de leur usage. Ils servent à des leçons de choses : les élèves démontent et remontent les pianos pour bien en connaître la structure et apprendre à les accorder eux-mêmes. Les programmes d'études comprennent ces exercices obligatoires !
Il y a douze orgues à tuyaux dans les classes et un grand orgue — « ce qui est plus du double — dit la brochure qu'on m'a remise — du nombre d'orgues réunies sous n'importe quel autre toit dans le monde ». Ces orgues marchent à l'électricité, c'est-à-dire que l'air introduit dans l'immeuble pour la ventilation est
repris, au moyen d'appareils ingénieux, pour actionner les soufflets des instruments. Nous ouvrons quelques portes; devant un orgue aux longs tuyaux dorés, un jeune nègre s'escrime avec ardeur de ses mains et de ses pieds agiles ; dans une salle à côté, c'est une jeune fille à lunettes qui joue un air lent et religieux.
Le Conservatoire contient 80 professeurs, dont 18 de piano, 2 d'orgue, 14 de chant, 4 d'opéra, de mimique, de danse et d'escrime ; 3 de langues (italien, allemand, français), — le professeur de français est naturellement un Allemand, comme presque partout en Amérique, — 5 de violon, violoncelle et contrebasse ; 8 d'instruments à vent ; les autres sont des professeurs de composition, de solfège, de littérature, de rhétorique, d'histoire, d'interprétation artistique, de développement de la voix parlée.
Il y a un cours de journalisme musical, de critique et de littérature musicales. Ce cours, dit le programme, comprend la connaissance générale de tous les chefsd'œuvre du répertoire classique, la connaissance pratique des instruments de l'orchestre et de leur usage dans les œuvres modernes ; la compréhension des différentes écoles de composition et la technique des exécutions ; des exercices pratiques de critique et d'études, et toute la routine du travail journalistique. Ce n'est pas pour dire du mal de mes confrères européens, mais je crois qu'il y a là une idée, l'élaboration des compétences. Devenir compétent, quel rêve ! Je sais bien qu'il ne suffit pas de savoir faire l'anatomie d'un piano pour jouer dans le sentiment une sonate de Chopin, ni de savoir lire une
partition à livre ouvert pour juger de la valeur dramatique d'une simple phrase musicale ; mais enfin ce serait quelque chose, dans l'anarchie où nous vivons, que de connaître un tantinet des œuvres du passé avant de juger celles du présent. Et puis, voyez quelle autorité ! On sort de là avec un brevet de critique, presque de professeur de goût... Et — côté pratique — on trouve immédiatement un emploi.
« Car il y a, dit la brochure, des demandes croissantes de critiques musicaux expérimentés dans toutes les villes des États Unis. Quelques-unes d'entre elles, même parmi les plus grandes, sont à présent très pauvres à cet égard, les besoins étant beaucoup plus grands que les offres. »
Pour obtenir un diplôme de gradué du Conservatoire, ou de professeur, d'autres cours, outre les cours ordinaires, sont ouverts aux postulants, à l'Université de Boston. Ce sont ceux de langues modernes et anciennes, mathématiques et sciences naturelles, géométrie, trigonométrie, physique, chimie, biologie, histoire, littérature, droit, économie politique, psychologie, logique, théorie de la connaissance, principes de métaphysique, éthique.
Comme on le voit, le programme est assez complet... Je voudrais bien savoir ce qu'en pensent nos professeurs de contrepoint !
Le Conservatoire est très peuplé : 2.000 élèves ! Parmi ces 2.000 élèves, la plus grande partie n'est composée, naturellement, que d'amateurs. Les cours sont payants. La moyenne des prix est de 250 dollars (1.250 francs) par année, sans compter les leçons particulières. Les femmes sont reçues dans toutes les classes:
il y en a beaucoup dans les classes de violon. Il y en a même dans les classes de piston et de trombone.
Le budget du Conservatoire est de 300.000 dollars (1.500.000 francs). L'immeuble a coûté 600.000 dollars (3 millions). Il a été bâti en un an. Il est fort bien aménagé, en vérité. Il comprend un magasin d'instruments et un comptoir de musique. Postes, télégraphe et téléphone au rez-de-chaussée !
A proximité du Conservatoire, trois grands bâtiments ont été construits, — à l'épreuve du feu, fire-proof, — pour loger les élèves femmes dont les parents ne résident pas à Boston. Des chambres meublées, avec salle de bain, sont à leur disposition, à raison de 40 à 60 francs par semaine. Les bâtiments renferment des salles à manger, des salons de réception, une infirmerie.
Les élèves femmes qui n'habitent pas ces bâtiments sont tenues de justifier qu'elles habitent avec leurs parents, ou dans des familles strictement « privées », où elles sont pourvues du logement et de la table.
Et c'est ainsi que se forment, pour l'édification de la vieille Europe, les pures Elsas américaines! Mais où entraîne- 1- on Carmen et Aïda?
école normale L'État a fondé en de gymnastique France, à Joinville, une école de gymnastique qui pourvoit l'armée française de professeurs et de moniteurs. Et nous considérons cela comme un luxe peut-être inutile. Une dame de Boston a fondé toute seule, de sa propre volonté et de son initiative, une
école normale de gymnastique pour jeunes filles. Il y a là quatre-vingts jeunes Américaines, sorties des hautes écoles, âgées par conséquent de dix- neuf à vingt ans, qui ont décidé de passer deux ans à apprendre la science des mouvements et des sports pour aller la répandre à travers l'Amérique. Vingt professeurs sont attachés à l'institution. Les élèves payent 750 francs par an pour l'enseignement seul, plus une centaine de francs pour les livres et les instruments de dissection (sic), 50 francs de vêtements spéciaux et 11 fr. 25 de chaussures.
Je suis arrivé pendant une leçon. Au milieu d'une grande salle garnie de tous les appareils possibles de gymnastique, une quarantaine de jeunes filles, âgées de vingt à vingt- trois ans, habillées d'amples costumes de bicyclistes bleu- marine, grimpaient à des cordes, escaladaient des échelles ou sautaient par- dessus des chevaux en bois. Puis, alignées sur deux rangs, elles obéissaient à la voix frêle, mais impérative, d'une monitrice, levaient les bras, les étendaient, fléchissaient sur leurs genoux, se courbaient, se redressaient, tournaient la tête, marchaient au pas, d'un pas rigide et net comme celui des soldats allemands, et s'arrêtaient court, les pieds joints.
Il y en avait, parmi elles, de jolies, et toutes étaient fraîches.
Puis ce fut le cours de « danse esthétique ». Un jeune homme se mit au piano sur une estrade et joua une sorte de valse lente. La monitrice indiquait les mouvements que les élèves imitaient : c'étaient des mouvements arrondis des bras, des jambes, en avant, en arrière, des ronds
de jambes gracieux, des inclinations du buste à la manière des ballerines ; une danse souple avec des pas de polka très dessinés et des gestes en amphore qui semblaient suivre la musique.
Je demandai si on enseignait la « danse esthétique » dans les collèges de jeunes filles?
« Dans tous à présent, » me fut- il répondu.
Je m'informai du sens et de l'utilité de cette classe.
« C'est une application de la gymnastique, me dit- on, pour enseigner la coordination des mouvements et le sens du rythme. Les mouvements sont plus compliqués, moins localisés, plus affinés que dans la gymnastique proprement dite.
Les résultats pratiques obtenus sont la grâce, l'aisance des gestes et du port, avec une augmentation considérable de l'endurance.
— Et quel est le programme de vos cours ? »
L'aimable dame qui me renseignait envoya chercher une brochure et me la tendit. J'y lus :
Première année : Physique, avec démonstrations, 30 heures. — ■ Chimie, avec travaux de laboratoire, 45 heures. — Histologie et physiologie, avec laboratoire, 45 heures. — Théorie de la gymnastique, 100 heures. — Anatomie descriptive, 86 heures. — Accidents, avec instruction pratique de pansement et de bandage, 15 heures. — Instruction gymnastique, quotidienne. — Cours quotidien d'enseignement. — Gymnastique corrective et cours de massage, 45 heures. — Jeux gymnastiques, 45 heures. — Enseignement de la danse esthétique, 30 heures. — Natation, 12 heures.
Le programme de la deuxième année ne diffère de celui de la première année que par la répartition des heures et l'ad-
dition de quelques cours nouveaux :
anthropométrie, symptomatologie, psychologie et escrime.
Je lus ces programmes avec un peu d'étonnement. Était- il possible qu'il fallût étudier tant de choses pour enseigner à se mouvoir et à développer les corps ?
« Toutes ces études se justifient fort bien. La chimie est une préparation à l'étude de la physiologie, et il faut savoir la physiologie en détail si l'on veut enseigner intelligemment la gymnastique. Aussi nos cours sont- ils très complets. »
Qu'on en juge.
Dans le laboratoire, on étudie au microscope l'histologie de l'épithélium, des cartilages, des tissus et des os, les éléments constitutifs du sang et de la lymphe. On dissèque des animaux; on fait Postéologie de l'épine dorsale, du crâne, du thorax, des pieds et des mains. On étudie le fonctionnement du cœur, des artères, des veines, des organes de la nutrition, de la digestion, de la respiration, le système nerveux, la sécrétion et l'excrétion.
On estime que les élèves ont besoin de savoir comment redresser une formation anormale du corps par des exercices et des massages, comment l'éviter par l'usage exclusif des mouvements naturels ; comment se comportent les muscles et les organes durant les exercices ; et c'est pour cela que l'anatomie, l'histologie et la physiologie leur sont enseignées. On les conduit dans des hôpitaux d'enfants pour la démonstration clinique des difformités et leur traitement. Dans les cours d'hygiène, on leur enseigne l'hygiène de l'habillement et des bains, les précautions à prendre contre les rhumes et autres maladies
inflammatoires ; on leur parle de la nourriture, de la fatigue, du repos et du sommeil.
Il faut aussi que les futurs professeurs soient aptes à juger rapidement des symptômes de maladie qui peuvent atteindre leurs élèves, et même à décider si elles doivent ou non se livrer à tel ou tel sport, sauf à en référer à un médecin dans les cas douteux. Et c'est pourquoi on leur enseigne à distinguer entre les maladies aiguës et chroniques, on leur explique les maladies constitutionnelles, le rhumatisme chronique, musculaire, la goutte, le diabète, le rachitisme, l'obésité, la tuberculose, les maladies plus communes du système respiratoire, digestif, vasculaire et urinaire, les signes de l'anémie primaire et secondaire, les maladies des pelvic organs.
Pour compléter leurs études, elles vont à tour de rôle dans les écoles de Boston ou des environs et sur les pelouses de jeux et font les cours elles-mêmes, sous la surveillance et la critique pédagogique des maîtres.
L'étude de la psychologie les initiera à la vie mentale, les entraînera à des habitudes d'observation et d'analyse, nécessaires à l'art d'enseigner.
Il y a aussi le cours d'athlétisme, c'est-àdire de sport. On conduit les élèves chaque semaine dans un champ de jeux, près d'une rivière, et on les entraîne à tous les sports possibles : le canotage, le tennis, le hockey, le basket- bail, etc., etc., de façon à les familiariser d'abord personnellement avec tous ces sports, et ensuite à leur permettre de les installer partout où elles seront appelées à enseigner. Elles
ht, I I- Mar, Boston.
LA BIBLIOTHEQUE. — Une salle de lecture. -- Un ingénieux système de fiches et de câbles transmetteurs permet d'obtenir, en moins de cinq minutes, n'importe quel ouvrage, parmi les 90.000 qui composent le catalogue.
Planche Si
BOSTON. - - Vue générale. — La capitale du Massachusets est une des plus vieilles villes des Etats-Unis. Elle compte H.'Wi.OOO habitants et passe pour la ville la plus cultivée de l'Amérique du Nord.
MONUMENT DIT DU « MASSACRE ». — Elevé U la UN PROJET de monumenl grandiose à élever à la mémoire des Américains tués en 1770 par la garde anglaise. gloire de l'Amérique sur le bord du lac Michigan.
Planche 82.
apprendront les lois qui régissent les matches intercollégiaux, les modes d'entraînement et d'organisation de l'athlétisme en général.
J'ai dit plus haut que, pour être admis à l'École normale de gymnastique de Boston, il fallait justifier d'une éducation générale équivalente à celle qui est requise pour la graduation dans les hautes écoles d'où on sort généralement à dix- huit ans. De plus, chaque postulante doit se soumettre à un examen physique. La moindre infirmité, la moindre maladie, le moindre désordre de santé est un cas d'exclusion. Enfin, elle doit passer au service d'anthropométrie pour y être mensurée. Les appareils dont on se sert là, comme dans tous les gymnases américains, sont des appareils français, très ingénieux, inventés et fabriqués par Demény. Ils tracent la forme totale du corps humain, depuis la tête jusqu'aux pieds ; ils mesurent et dessinent la force de respiration et d'inspiration,
la largeur et l'épaisseur "du corps. Les schémas d'entrée sont comparés de temps en temps avec les schémas successifs. On y voit, par conséquent, à 1 millimètre près, les progrès ou les déperditions, ce qui permet d'en rechercher les causes et, s'il y a lieu, de les combattre.
Depuis dix ans, l'école a formé 260 professeurs femmes, qui sont aujourd'hui répandues à travers tous les États-Unis d'Amérique, où elles enseignent la force et l'agilité, la souplesse et la grâce à des milliers de jeunes filles.
Et voilà.
J'avais épuisé tous les renseignements possibles. Les exercices étaient terminés.
L'œil brillant, la joue en feu, le front mouillé de sueur, la bouche entr' ouverte dans un joli sourire de contentement et de santé, les jeunes futures maîtresses, d'un pas agile, couraient vers la douche, où mes yeux les quittèrent.
Une maison de correction pour les alcooliques. — A Foxboro. — Cure mentale et cure physique. — La gymnastique suédoise. — Le théâtre de détenus. — Sourds-muets alcooliques. — Le puritanisme. — La Nouvelle- Angleterre. — Difficulté de se jrocurer de la bière ou du vin. — Discipline exagérée. — Le mauvais hôtelier. — Voyageur affamé. — La salle à manger est fermée. — Défense de siffler dans les rues, de parler haut et de rire. — Les lois bleues. — Condamnations invraisemblables. — L'homme tombé à l'eau. — Défense d'allumer du feu le dimanche. — Défense de fumer dans les rues. — Le fouet public. — Culte exaspéré de la volonté. — L'œuvre admirable des premiers colons puritains. — Luttons
contre le diable.
gagne, à une heure de
J Boston, une petite bour-
gabe qui s'appelle Foxci oro. C'est là que l'État envoie, dans un asile spécial nouvellement installé, les ivrognes invétérés, après plusieurs condamnations préalables .
On les appelle : dipsomaniacs et inebriates. On m'avait dit que l'établissement de Foxboro était le plus nouveau, le dernier cri de la correction et du redressement scientifique, et j'ai voulu voir Foxboro.
Au milieu d'une vaste plaine solitaire, maintenant couverte de neige, s'élèvent cinq ou six bâtiments de briques rouges, précédés d'une construction en bois, plus petite, qui renferme les bureaux de l' administration.
L'un des médecins de l'établissement me guide.
Il me montre d'abord la salle à man-
ger avec ses dix longues tables, la boulangerie, la blanchisserie mécanique ; dans ce département, les professionnels sont aidés par les détenus, que l'on reconnaît tout de suite à leur air méfiant et sombre.
Comme je n'aperçois ni geôle ni barrière, je m'en étonne.
« Nous ne tenons nos malades sous clef que le premier mois, me dit mon guide. Passé ce délai, en dehors des exercices obligatoires, ils peuvent circuler librement dans l'asile et ses dépendances, sur parole. Ils nous donnent leur parole d'honneur qu'ils ne s'évaderont pas, et cela suffît.
— Aucun ne s'échappe jamais?
— Si, quelquefois. Mais souvent "ils reviennent d'eux-mêmes. On n'envoie ici que les malades qui sont susceptibles de guérison. Les autres sont reçus dans les asiles d' « insanes ». C'est très utile pour le progrès et l'émulation des autres. Autrement, les mauvais découragent les bons.
— Combien de temps les conservezvous ici?
— Ils sont envoyés pour deux ans par les juges. Mais si nous constatons qu'après un an, par exemple, ils sont guéris ou à peu près, nous pouvons, sur leur demande et celle de leur famille, leur donner la liberté conditionnelle. A la première faute connue, ils sont réintégrés avec augmentation de peine. Nous sommes fréquemment obligés derésister, dansl'intérêtmêmedes malades, aux sollicitations quelquefois pathétiques de leurs parents ou amis qui demandent prématurément leur liberté. Il y a de bonnes natures qu'un très court séjour ici, l'hygiène, l'exercice, paraissent avoir guéries comme par enchantement. Mais il faut se méfier, car la cure souvent n'est qu'apparente, et ils perdraient bien vite, à l'air libre, tout le bénéfice de notre traitement.
« Le temps nécessaire pour guérir un dipsomane est variable. La volonté l'a quitté, le contrôle sur soi-même n'existe plus, et sans doute un contrôle étranger est nécessaire. Mais il faut aussi lui laisser une certaine liberté. Sa coopération est indispensable à la guérison. C'est pour cela que, au bout d'un mois, nous lui donnons le droit de se promener librement dans l'asile et à travers les pelouses.
— En somme, quel traitement suivent- ils ?
— Quand ils arrivent, le premier soin est de leur donner un bain et de les mettre au lit. Puis on les purge et on leur administre du bromure. Comme ils ont tous l'estomac fatigué, nous leur ordonnons la diète. Ils ne boivent que du lait pendant deux ou quatre semaines, ou même davantage, selon leur état, car très souvent,
quand nous les recueillons, ils n'ont pas mangé depuis quinze jours. Ils ne vivaient que d'alcool.
« Le traitement proprement dit commence seulement lorsque l'appétit leur est revenu et qu'ils sont dispos.
— Mais quel est- il, ce traitement ? »
Et le jeune médecin m'explique ceci :
L'alcoolique est un malade, qui s'est peu à peu empoisonné et qui a besoin de remettre son corps à neuf ; mais il est aussi un malade qui a perdu le sens desa volonté, de sa dignité et la faculté de l'attention. Il faut donc lui faire suivre un double traitement, ou du moins un traitement qui le cure mentalement et physiquement.
« Pour le corps, j'ai énoncé les premiers soins qu'on lui donne. Sitôt debout, durant les saisons propices, il travaille à la ferme de l'hôpital, sous la direction d'un surveillant. Il laboure, bêche, apporte le fumier, sème, plante, coupe les arbres, sarcle, ratisse, cueille les fruits, soigne les étables, ramasse les œufs, etc. L'hiver, il travaille à l'intérieur de l'hôpital aux choses de son métier, ou bien, s'il n'en a pas, il fabrique des balais. Il est tenu de se lever à six heures et demie du matin, de prendre ses repas à des heures régulières et de se coucher à neuf heures, car à cet instant toutes les lumières s'éteignent. De plus, une heure par jour on l'oblige à faire de la gymnastique suédoise, systématique et progressive. Le professeur, M. Ernest Hermann, mensure chaque malade, un médecin l'ausculte, une fiche est dressée à son nom. On a l'indication de la largeur de sa poitrine, de la dimension de ses bras, de ses jambes, de
ses muscles, afin de pouvoir en suivre les progrès. »
gymnastique Cette gymnastique suésuédoise o o d0ise est, en somme, le clou du système. On est convaincu, à Foxboro, que l'effort répété, l'attention soutenue, nécessaire pour les exercices, va redonner au malade la volonté, la présence d'esprit, la perception nette des choses, le contrôle de soi qu'il avait perdus et sans lesquels il ne pourrait lutter contre son vice... Et si, peu à peu, il redevient fort, adroit, rapide, son orgueil renaîtra, la notion de ses devoirs envers soi- même, envers les siens, envers la société, sera restaurée en lui. Il aura l'énergie d'éviter les mauvaises fréquentations et de fuir les tentations. C'est à cela, c'est à l'action de l'exercice physique que l'hôpital de Foxboro attribue la plus grande part des cures qu'il a faites.
Quelle est la somme de vérité contenue dans cette théorie? La privation de boisson pendant deux ans, le plein air, l'hygiène, ne sont-ils pas les facteurs les plus importants de la cure ?
Je livre ce problème intéressant à nos spécialistes de Sainte- Anne etdeCharenton, où Ton traite les alcooliques comme des fous.
Mon guide me dit :
« Si vous voulez assister à un exercice, je vais vous conduire dans la salle de gymnastique ; c'est l'heure. »
Il me dirige vers une vaste salle remplie d'agrès, de cordes, d'échelles, de massues, de tremplins, de saute- mouton, de balles, etc. Au fond, une petite scène se dresse. C'est là que, de temps en temps, les
malades jouent des pièces et chantent entre eux, ou bien que des personnes dévouées leur font des lectures et des conférences. Les décors, — il faut les voir ! — ont été peints par les alcooliques euxmêmes.
Mais voici la classe qui commence. Une trentaine d'hommes de tous âges, depuis vingt ans jusqu'à soixante, entrent au pas, tête nue, se mettent sur trois rangs et demeurent immobiles. Ils sont vêtus uniformément d'une vareuse grise et d'un pantalon gris retenu à la taille par une ceinture noire, et chaussés de pantoufles noires à semelles de caoutchouc.
Pauvres gens ! Je me surprends à les plaindre... Un instant je me demande pourquoi — si c'est de les voir malades, ou de les deviner humiliés. Les voilà qui obéissent docilement aux commandements impératifs, rapides et entraînants du professeur, les vieux comme les jeunes. Ils renversent la tête en arrière, bombent la poitrine et respirent largement ; ils essayent de se tenir sur une jambe, puis sur l'autre ; certains n'y arrivent qu'au prix de grands efforts, qui les essoufflent et les font suer tout de suite. Je conserve devant les yeux le portrait d'un homme d'une soixantaine d'années, fort, chauve, à la grosse moustache grise, et qui peinait consciencieusement : « Une, deux ! Une, deux ! » Et le médecin me dit que c'est un ancien capitaine de pompiers du Massachusetts, tombé là et qui voudrait tant se guérir !
A côté de lui, un jeune homme de vingt ans peut-être, la face rasée, maigre, garde sur les lèvres une sorte de vague sourire hébété, et manœuvre avec difficulté.
FOXBORO. — Vue générale. — Foxboro est un asile d'alcooliques, situé près de Boston. Là sont envoyés, outre les volontaires, les récidivistes de l'alcoolisme condamnés par les juges à deux ans de traitement.
FOXBORO. - En haut: le gymnase où les alcooliques vont faire leurs exercices journaliers. Une petite scène se dresse au fond. En Las,;) gauche : une salle de bains el de douches. .1 di-oilc : une chambre de malade.
Planche Si.
Planche 84.
UN JOUEUR DE FOOTBALL. — Le football, tel qu'il se pratique aux États-Unis, est un jeu extrêmement brutal qui oblige les partenaires à se protéger la tête, la bouche et le nez avec un casque en cuir bouilli.
Pl.ANCHK 85.
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Huni m 86
La plupart sont coiffés correctement, la raie bien droite, les cheveux bien aplatis, avec une mine sérieuse et grave d'Anglais. L'un surtout, avec sa moustache blonde et ses yeux bleus, a un air de distinction parfaite. Je demande quel fut l'état social de la plupart de ces pauvres gens. Il y a de tout : un médecin militaire, des photographes, un clergyman, des ingénieurs, des épiciers, des cordonniers, des perruquiers, des employés, un journaliste, etc., etc. Et tous tâchent de leur mieux à obéir aux commandements. A présent, allongés à terre, ils essayent de faire des rétablissements sur les mains ; puis je les vois encore qui courent comme des gamins après un ballon qu'ils doivent faire passer entre leurs jambes et se transmettre de l'un à l'autre pour le conduire le plus vite possible à l'extrémité de la salle. Et ils se dépêchent ! Et ils s'amusent ! Car ici il y a du sport, et, en eux, le goût sportif de la race se réveille.
Bientôt ils n'en peuvent plus, le professeur les arrête par ces mots :
« Thank you very much, gentlemen! »
Et les voilà courant, en sueur, vers la douche. Là, dans un vestiaire bien aménagé, ils se déshabillent en hâte; la piscine s'emplit soudain de vapeur chaude, pour éviter les refroidissements, et les trente dipsomaniaques se dressent chacun sous une douche d'eau froide qui leur cingle la peau. On entend des cris: cesontlesnerveuxquine peuvent s'habituer à l'eau froide. Quelques minutes se passent, et dehors je retrouve certains d'entre eux disséminés librement sur la pelouse, vêtus de leurs habits de ville, fumant leur pipe ou leur cigarette, roses et frais comme de braves bourgeois.
Nous continuons notre visite par les dortoirs de quinze lits, de huit lits, les chambres spéciales pour un seul malade, car il y a des pensionnaire^ libres, des gens qui demandent spontanément à entrer à Foxboro! Mais comme on ne peut les y admettre qu'après une condamnation, eux ou leurs parents vont solliciter du juge compétent un jugement qui leur permette de s'y faire recevoir.
« Ce sont des gens faibles, me dit le docteur, et qui n'ont pas assez de volonté pour lutter seuls contre leur vice, mais à qui il reste assez de conscience pour vouloir s'en défaire et qui ont besoin d'un entraînement et d'une surveillance. En entrant, ils versent un cautionnement de 500 dollars (2.500 francs), qui est perdu pour eux s'ils se sauvent. »
Je m'informe si jamais il entre de l'alcool à Foxboro.
« Il y en a qui réussissent à s'en procurer, je ne sais comment. Mais, quand on les prend, on les remet sous clef, et la promenade leur est défendue. »
Les couloirs et toutes les pièces sont chauffés à la vapeur sèche.
Nous traversons des salles de conversation où des malades se tiennent assis sur des chaises, causant entre eux, jouant aux échecs, aux cartes, ou lisant. Sur les murs, on a collé des maximes imprimées en gros caractères :
N'estime jamais comme à ton avantage quelque chose qui te ferait manquer à ta parole et au respect de toi-même. Marc-Aurèle.
Il n'y a rien à chercher dans la vie que le caractère et la probité. Cicéron.
— Malgré ces bons avis, y en a-t-il qui
se refusent à travailler ou à se plier aux exercices ?
— Cela arrive, mais assez rarement.
Quand le cas se présente, on met les paresseux à l'infirmerie, et on leur applique le régime du lait pour toute nourriture. Ils ne résistent pas longtemps !
— Et quel est leur régime ordinaire ?
— L'été, beaucoup de légumes et du lait en abondance ; l'hiver, de la viande, du pain et de l'eau de source ; du café le matin et du poisson le vendredi.
— Voilà donc toute la cure ? demandai-je au jeune docteur.
— Oui. Il faut y ajouter, pourtant, la lecture. Nous avons installé à cette fin des bibliothèques dans chaque salle commune. Nous jugeons nécessaire de distraire le plus possible les malades de la pensée de leur ancien vice et de leur éviter les conversations dégradantes que ces cerveaux affaiblis ne pourraient manquer d'avoir entre eux. De plus, l'habitude de lire, si nous réussissons à la leur donner, sera une arme puissante contre le désir de boire, quand le malade aura quitté l'hôpital...
— Je me permets d'en douter, fis-je.
— Nous devons l'essayer quand même, répondit le jeune savant. Mais ils ont aussi d'autres distractions : leur théâtre, par exemple. Cinq ou six fois par mois, il y a des dames de bonne volonté qui viennent leur donner des séances musicales de
piano, de violon, de chant, ou bien leur faire des conférences. Une dame leur a fait le récit des beautés de l'Exposition de Paris en 1900, en l'accompagnant de projections ; une autre a parlé de son voyage à bicyclette sur les côtes de la Méditerranée et dans la France centrale; il vient aussi des mandolinistes, des ventriloques et des escamoteurs. Le dimanche, il y a une prédication.
— Et finalement, quels sont vos résultats?
— Voici nos statistiques dernières : sur 324 pensionnaires mis en liberté, nous en avons eu l'année dernière 117 qui paraissaient devenus entièrement abstinents, soit 36 p. 100 ; 129 qui boivent comme auparavant, soit 39 p. 100 ; 36 qui sont en progrès et boivent moins, soit 11p. 100 ; il y en a 36 dont nous avons perdu la trace et 6 qui sont morts dans l'année. »
Notre tournée et mon enquête étaient terminées. Mon guide me reconduisait à travers les pelouses couvertes de neige, dans le froid du crépuscule qui tombait brusquement. Nous croisâmes trois personnes, dont l'une portait des lunettes d'or :
« Celui-ci est un de vos confrères, me dit le médecin, un journaliste des environs ; les deux autres sont des sourdsmuets. Tous trois sont des alcooliques. »
Que pouvaient- ils bien se dire ?