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i 1. n.r Jenni Studio.
LA NOUVELLE-ORLÉANS. Le Roi du Carnaval. — Le carnaval de la Nouvelle-Orléans, célébré en grande pompe
le jour du Mardi-Gras, est renommé. Le Roi du Carnaval, escorté de vassaux, prend possession de la ville en fêle.
Planche 12g.
i 1. Washbum. Cl. Jenni Siudio.
ROIS DE CARNAVAL. — Chaqueannée, on élit un nouveau Roi qu'un char rehaussé d'or promène pompeusemenl h Lravers les rues de la ville, vêtu d'un brillant costume moyenâgeux.
Cl. G. Moses -
REINES DE CARNAVAL. — A l'inverse de la galante coutume française qui assure toute l'autorité souveraine a ces Reines d'un jour, les Reines américaines cèdent le pas au Roi et leur trône est moins haut que celui de leur époux.
Planche i3o.
autre nation le moindre parti pris en faveur de la mienne. Il me semble que le maximum d'indulgence qu'on puisse dans ce cas se permettre envers soi-même, c'est d'être le plus juste possible vis-à-vis des autres.
Mais j'ai eu trop souvent l'occasion, au cours ^de ce voyage, de constater notre infériorité matérielle vis-à-vis des Américains pour ne pas noter avec joie les faits qui rétablissent — par d'autres points — l'équilibre.
Les Anglo- Saxons ont l'air un peu dépaysés sous le climat de la Louisiane du Sud. Et, je vous l'ai dit, la nature et les Créoles sont en train de procéder à leur adaptation.
Ce qui fait donc surtout de la Nouvelle- Orléans une ville délicieusement habitable, peut-être unique aux États-Unis, c'est ce qu'il reste de vivace dans l'élément français, ou plutôt dans l'élément créole, car aux Français est venue, il y a cent dix ans, se joindre et s'amalgamer une colonie espagnole très distinguée, qui ne le cède en rien à la nôtre : c'est de la fusion des deux races qu'est fait à présent le monde créole, poli, séduisant et grand seigneur, de la Nouvelle- Orléans.
Je l'ai bien perçu aux réceptions que j'ai suivies rue d'Orléans, chez l'une des Créoles les plus charmantes et le plus recherchées de la ville, Mme Fernand May. Elle est Espagnole par son père, le Dr Castellanos, Française par sa mère, et mariée à un jeune et intelligent Canadien français, qui, en quelques années, a su édifier une jolie fortune dans le commerce des étoffes. Sa petite maison de la rue d'Orléans est. quand elle le veut, le rendez-
vous de la fine fleur de la jeunesse louisianaise. Avec sa beauté élégante et prospère, sa gaîté naturelle et son fin esprit sans méchanceté, son rire accueillant et communicatif, elle attire autour d'elle tout ce que la Nouvelle- Orléans compte de gracieuses jeunes filles et de femmes brillantes. Elle a, d'ailleurs, cinq sœurs aussi jolies, de charmes et de talents différents, sans lesquelles il n'est pas de réunion mondaine. Un après-midi, j'ai compté là cinquante jeunes filles ou jeunes femmes en toilettes claires, élégantes, d'un goût très sûr, qui me créèrent la vision lointaine d'un bal blanc parisien et endormirent comme par enchantement ma nostalgie. On reconnaissait du premier coup d'œil celles où le sang français dominait, étant plus vives, plus rieuses ; les Espagnoles d'origine, plus brunes, l'œil plus sombre, le duvet des lèvres plus marqué ; les Anglaises, plus tranquilles, plus posées, mais souriantes aussi, d'un teint plus rose, aux yeux plus clairs.
Le délicieux total d'attraits que cette fraîcheur animée, ces gazouillis de printemps, ces sourires et ces rires innocents, ces regards curieux, cet élan contenu, l'élasticité de ces corps vierges si pleins de grâce ! Les après-midi, les hommes sont à leurs affaires, même ici, et c'est un événement quand on voit arriver une redingote parmi les tulles et les dentelles ! Ce jour-là, j'étais seul d'homme dans ce préâu ! Je m'amusais aux questions qu'on me posait sur la France, sur Paris, sur Edmond Rostand.
Pour faire une expérience, je me mis à défendre les nègres. Ce fut une clameur d'indignation! L'unanimité se fit aussitôt
contre moi. Les jolies bouches cessèrent de croquer les bonbons et les lèvres se retirèrent des coupes glacées.
« Vous ne les connaissez pas... Venez seulement habiter un an ici, vous verrez!... »
J'essayai de raisonner. Je venais d'arriver en Louisiane.
Je crus qu'il se mêlait à cette antipathie une vieille rancune politique contre les États du Nord et l'émancipation. Il ne me paraissait pas possible que tous ces jeunes cœurs fussent fermés à la justice et à la bonté.
Je tentai de discuter, avec des arguments sentimentaux. Rien n'y fit.
« Quelle horreur ! » me criait- on.
Je fus très frappé de la sincérité et de l'ardeur unanime des convictions. Il devait y avoir quelque chose que nous ignorions et qu'il me faudrait étudier de près.
C'est chez Mme Fernand May et de sa bouche même que j'obtins cette exquise définition de la Créole :
« Une Créole, c'est une gentille petite femme qui aurait bien voulu naître en France et que son père et sa mère ont commandée en Amérique ! »