‹ L'Amérique moderneChapitre 43 sur 46 · SANTA BARBARA. — I · texte numérisé non relu

SANTA BARBARA. — I

a ville de Santa Barbara est admirablement silure sur les bords de la côte californienne, au pied des H la baie, un des séjours d'hiver les plus agréables de la Californie. Les missions, la plage et la nc|?s

Photo Putnara et Valentine, Los Anj

de Sainte-Inès qui l'abritent dos vents froids de L'Ouest. C'est, avec San 1 > u- 1; o , dont la photographie en bas cl à droite représente une tlore splendide sont les principaux attraits de cette ville surnommée la Menton d'Amérique.

l'UM HES [62-IÔ3.

CORONADO BEACH. -- La presqu'île de Coronado se trouve à quelques kilomètres de San Diego; c'est un lieu d'excursions très fréquenté. L'hôtel du Coronado, près de l'Océan, est un des plus beaux de la Californie.

Ph ilo C C Pi' ro et Ci . Los Al .

CORONADO BEACH, LA NUIT. — Si l'on revient à la nuit dose de quelque promenade dans les des voisines de la côte, on a le spectacle féerique de l'hôtel illuminé et projetant dans les ténèbres des torrents de lumière électrique.

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aux descendants de ces preux. Que restera-t-il de ces fondateurs de dynastie, dans cent ans? L'Américain n'a pas encore le sens de l'histoire. Il pense trop au présent. Il regrettera plus tard de n'être pas mieux documenté sur ces pionniers de sa richesse et de sa gloire. Car, chose curieuse, aujourd'hui ces héros des futures légendes n'excitent pas de fièvre autour d'eux. Est-ce affectation ? Est-ce indifférence? Est-ce simple distraction ? On ne regarde pas exagérément ce Rockefeller, qui aurait presque pu payer de sa seule bourse nos 5 milliards d'indemnité à la Prusse ! Il va à présent, les mains dans les poches, saluer de vieilles dames à bonnet de dentelle blanche sans brides ; mais c'est à peine si elles font attention à lui. Et je suis sûrement le seul à remarquer ses grosses chaussures, sa chemise plate, son col droit, sa cravate blanche sous son smoking, et son fin sourire de vieux Pierrot. Quand il me tourne le dos, je vois, derrière sa tête, complètement dénudée, de chaque côté de l'occiput, à l'ombre de ses oreilles très séparées du crâne, deux excroissances énormes, monstrueuses, dont je demande la signification aux phrénologues.

Une sauterie s'organise dans un petit salon. Rockefeller, dans l'embrasure de la porte, regarde la danse. Sans perdre mon homme de vue, je fais causer sur lui un de ses amis qui vient de le quitter. Et voici l'ordre de ses confidences :

« Rockefeller doit valoir aujourd'hui 750 millions de dollars (4 milliards 37 millions). Le Standard OU (trust du pétrole) lui rapporte à peu près 25 millions de dollars par an. He is very able, very guick

(il est très habile, très rapide). C'est un homme d'habitudes régulières. Il ira se coucher tout à l'heure, à dix heures sonnant. Chaque année, le troisième jeudi de mai, il part de New- York pour Cleveland, toujours par le même train. Il y demeure jusqu'en septembre, revient à New-York, part pour Lakewood, puis vient par ici, dans l'Ouest.

« Très solide, très résistant, adorant le golf et tous les jeux de plein air, où il se montre infatigable, il a très bon appétit, mange de tout et boit du lait parce qu'il l'aime. Il ne s'intéresse pas du tout aux bâtisses, mais achète des quantités de terrains en droite ligne, d'un seul tenant. Il aime les vues, les sites. C'est un passionné de l'art des jardins, de l'arrangement des arbres, des pelouses, des parterres, des fleurs...

— On le dit avare?

— Avare ? Il a donné 30 millions à l'Université de Chicago, entre autres.

Mais il se refuse aux pourboires, parce qu'il ne trouve pas que ce soit juste. Il paye ce qu'il doit payer, et c'est tout. Il n'aime pas gâcher l'argent, mettant la même réflexion à une dépense de 100 francs qu'à une dépense de 10 millions. Il ne s'occupe presque plus d'affaires. Il a entraîné son fils, qui est très fin (very keen) et qui fera, lui aussi, un « business- man » de première classe.

— On le dit impitoyable en affaires ?

— Il est exact. Ce qui est dû est dû. Il suit son idée, la réalise par tous les moyens. S'il est devenu si riche, c'est un peu la faute des autres. En formant ses trusts, il a toujours offert de ses actions à ceux avec qui il traitait. Eux n'ont pas voulu,

préférant de l'argent. Lui seul avait confiance. Il est payé... »

Dix heures sonnaient dans le grand hall. Je vis Rockefeller vérifier l'heure à sa montre, faire un signe à sa femme, et se diriger vers l'ascenseur

Le lendemain, je pris un cocher pour aller visiter un rancho à Monte Cito. Chemin faisant, il me raconta qu'il avait conduit l'autre dimanche M. John Rockefeller en voiture à l'église et ramené le soir. Il espérait pour sa journée un fort pourboire. Et son étonnement ne tarissait pas de n'avoir touché qu'a quarter {2b cents, 1 fr. 25).

Quel joli pays cela fera plus tard !

quand les routes seront tracées, les villas construites parmi les fleurs bleues des sauges, les manguiers, les goyaviers, les fuchsias, les glycines, les mimosas, les araucarias où grimpent des géraniums, et d'autres arbres inconnus.

Un Français qui habite là et qui est en train de s'enrichir en achetant et en vendant des terrains, M. Dreyfus, me montre un petit musée qu'il a entrepris : pots de terre cuite, colliers de pierres rouges, jaunes, bleues, vases, flèches, et même un rein d'Indien, où le fer rouillé d'une flèche est encore inséré. On a découvert tout cela dans des fouilles.

Sur la plage immense, où viennent mourir les végétations luxuriantes, de jeunes Mexicains dressent pour les jeunes filles américaines de petits chevaux rapides et comme enragés de galop. Audessus de l'eau^des vols de canards qui s'abattent par groupe parmi les algues roses] et lie de vin. On me dit que les pélicans fréquentent ces parages.

De l'autre côté de la plage, vers la ville, des enfants jouent, des ânes gris broutent les joncs. Contre de hauts rochers, comme ceux de Biarritz, la mer vient gémir.

De Santa Barbara à Monterey. — situé dans une baie abritée et chaude, — c'est une succession de criques arrondies, où les pentes des collines et les flots viennent mourir et se joindre. Ou bien des falaises abruptes qui ont laissé choir dans l'eau d'énormes blocs de rochers noirs. Des vaches paissent sur des plateaux. Vues du train, elles ont l'air de brouter la mer. Sur les voies travaillent des terrassiers chinois habillés à l'européenne, la queue de cheveux enroulée sous un chapeau de feutre. On côtoie sans fin l'océan Pacifique. Puis on traverse une petite Suisse aux monts raisonnables, aux vallées vertes peuplées de cochons noirs. Il n'y a pas de routes praticables, excepté sur le parcours du chemin de fer, dont les bicyclistes peuvent longer les abords. Tout le monde va à cheval. D'un village à un autre on peut se risquer dans de petites voitures légères, aux roues très étroites de bois très dur, qui affrontent aisément les ornières.

D'où vient qu'en un pays neuf comme l'Amérique, peuplé de millions de Latins, on soit, malgré tout, forcé de convenir que les mœurs et l' esprit général ne se sont pas latinisés? M. Cambon, l'ambassadeur de France, qui sut faire tant regretter son départ de Washington, soutient, et c'est une de ses thèses favorites, que l'Amérique n'est pas anglo-saxonne, et il donne à l'appui dix raisons qui toutes paraissent excellentes. Mais soutiendrait-il que la morale et les idées des États de l'Est-

Américain, le long de la côte, de New- York au Canada, ne sont pas fortement imprégnées de puritanisme ? On y trouve, certes, beaucoup d'esprits libres ; mais, à New- York même, la presse critique ne dénonçait- elle pas, il y a quelque temps, comme immorale, Magda, une pièce que jouèrent à travers le monde Mme Sarah-Bernhardt et Mme Duse, et que Paris et Berlin vantèrent, au contraire, comme hautement morale et hardiment réformatrice !

Parmi les impressions que reçoit l'étranger qui parcourt l'Amérique, celles que suscitent en lui les mœurs et les idées sont peut-être les plus profondes. Il finira par s'habituer au mouvement et au bruit de la rue, à la froideur et à l'indifférence des gens, à la brutalité des foules, mais il restera plus longtemps en arrêt devant les idées et les mœurs.

Quelle est donc, chez ce peuple indépendant et libre, dont les traditions devraient être si multiples et si contradictoires, la raison de cette sorte de rigueur extérieure, de cette sévérité générale qui pèse sur tout ce qui se voit, de cette obéissance à la règle qui devient à la longue obsédante et hostile ?

Le voyageur étranger qui arrive dans le Massachusetts, le Connecticut ou le Maine, est incapable de discerner dès l'abord les traces de l'esprit puritain. A part le vin ou la bière qu'on se refuse à lui servir le dimanche, ou dans la semaine après onze heures du soir, ou même dans la journée si l'endroit où il se trouve est situé à moins de 100 mètres d'une église ou d'une école, à part cette vexation qu'il finit par admettre en pensant

que c'est une tentative de lutte contre l'alcoolisme, il n'aperçoit rien dans les mœurs ou dans l'aspect des gens qui choque son sentiment de liberté. Mais, s'il fréquente un peu quelques milieux locaux, s'il peut causer librement avec des gens de souche anglaise, il perçoit peu à peu une moralité étrangère à la sienne, une sévérité de paroles et d'idées, un rigorisme, demeurés dans son esprit comme un souvenir historique ou littéraire d'époques abolies...

J'en avais ressenti pour ma part les premiers effets dans une petite ville du Massachusetts, à Northampton, où l'hôtelier, grave et barbu, s'était inexorablement refusé à me donner quoi que ce fût à manger, sous prétexte qu'il était neuf heures du soir.

« La salle à manger est fermée depuis huit heures, se contentait- il de me répondre.

— Donnez- moi au moins un peu de viande froide et de thé ?

— C'est fermé.

— Mais j'ai faim ! insistais- je, et je vous paye 30 francs par jour.

— Si vous avez faim, allez manger dehors, vous trouverez peut-être un bar encore ouvert. »

Il neigeait ; je fus obligé d'aller, à travers la ville, à la recherche du morceau de pain que me refusait mon hôtelier, puritain endurci, comme je l'appris ensuite et comme je l'avais supposé sans peine.

Mon deuxième étonnement, c'avait été à Boston, quand on me montra, affiché au beau milieu d'une avenue, un règlement imprimé de la municipalité, où il

était défendu de parler haut dans la rue, de rire et de siffler ! Je ne pus pas lire jusqu'à la fin, parce que le soir tombait; mais les premières lignes signifiaient assez l'esprit du document.

la capitale o o Je m'étais informé de du puritanisme différents côtés des origines de cet état d'esprit, et partout on m'avait répondu : « Vous êtes dans la capitale du puritanisme. Le Massachusetts a été colonisé par les puritains du Yorkshire. Ce sont les vrais colons anglais. Ils se sont répandus dans le Connecticut, le Maine, la Pennsylvanie, New- York, et même beaucoup plus loin, et l'on peut dire que ce sont eux qui ont donné le ton depuis deux siècles à l'Amérique entière. Car ce sont eux aussi qui sont allés défricher l'Ouest et fonder, avec les capitaux de Boston, les grandes villes et les grandes entreprises de cette partie du continent. Les lois qu'ils ont faites ont servi de modèles partout; elles n'ont jamais été abrogées, et si aujourd'hui on ne les applique plus, en réalité leurs traces subsistent dans les mœurs et dans les esprits. Et quoique de cerveau étroit, c'étaient tout de même de fameux hommes. »

Les non- puritains de la Nouvelle- Angleterre se répètent les interdictions des fameuses « Lois bleues » [Blue Laws), qu'implantèrent les passagers du May- Flower en débarquant sur le sol américain :

« Il est défendu de travailler, de faire cuire des victuailles, de faire son lit, de se couper les cheveux, de se raser le jour du*, dimanche.

« L'homme n'embrassera pas sa femme,

la femme n'embrassera pas son enfant, le dimanche ou les jours fériés.

« On ne montera pas à cheval, on ne se promènera ni dans son jardin ni ailleurs, excepté avec dévotion pour aller à l'église et en revenir, le jour du dimanche. »

Et l'on cite des jugements rendus par les magistrats de la Nouvelle- Angleterre au xvme et même au xixe siècle, en application de ces textes de la loi : un homme de Plymouth durement fouetté pour avoir chassé un dimanche ; un autre condamné à 5 shillings d'amende pour avoir abattu des pommes un dimanche ; une femme, Elizabeth Eddy, condamnée à 10 shillings d'amende pour avoir, le même jour, tordu et mis son linge à l'air; un paysan condamné à une amende pour avoir porté un sac de blé moulu chez lui, et le meunier également condamné pour avoir laissé prendre le sac ; deux fiancés sont accusés et poursuivis pour s'être assis ensemble un dimanche sous un pommier dans le verger des parents de la jeune fille ; le captain Kemble, de Boston, est mis au pilori pendant deux heures pour ses « impudiques et inconvenantes manières ». Or, qu'avait fait le captain Kemble? Un dimanche, il avait embrassé sa femme qui l'attendait sur le pas de sa porte, au retour d'un voyage de trois ans ! Et le criminel était un homme de richesse et d'influence, dit la chronique. Des quantités de condamnations sont relevées pour avoir circulé « sans nécessité » le dimanche. Un prévenu donne pour excuse qu'il allait visiter un de ses parents malade; son excuse n'est pas admise. En 1831, à Lebanon, dans le Connecticut, tout près d'ici, une dame se rendant chez

LA MISSION DE SAN DIEGO. — A la suite des premiers conquérants, arrivèrent en Californie des missionnaires en grand nombre. Franciscains pour la plupart, ils entreprirent d'évangéliser les indigènes et de cultiver le sol.

Planciik iô5.

MAISONS A SANTA BARBARA. — En raison de son climat doux et régulier et de son excellente plage, Santa Barbara a la faveur des richissimes busi?iessmen de San Francisco qui y possèdent de jolies résidences d'été.

Pl.ANCHK l66.

son père est arrêtée au moment où elle allait entrer dans la maison, pour avoir voyagé sans nécessité le jour du sabbat.

Ce n'est pas tout ! On était condamné à 5 ou 10 shillings d'amende, selon les États, pour non- assistance aux offices.

Un homme condamné pour ce fait plaide qu'étant tombé à l'eau le samedi soir très tard, et ne pouvant allumer de feu le dimanche pour sécher ses habits, il était resté au lit, car il n'avait pas d'autres vêtements : en dépit de ces explications plausibles, l'homme est condamné à être publiquement fouetté.

Il était interdit de fumer le dimanche et, dans beaucoup d'endroits, même la semaine. Il y a quelques années à peine, dans de petites villes de l'ouest du Massachusetts, il n'était pas permis de fumer dans les rues, ni le dimanche ni les autres jours.

La vie des puritains, on le devine, se ressentait de ces coutumes. Ils commençaient à fêter le sabbat dès le samedi soir. Après le dernier repas du samedi, le puritain catéchisait ses enfants et ses serviteurs et allait prier dans sa chambre.

Le matin suivant, après les longues prières en commun, il se retirait de nouveau dans sa chambre et lisait la Bible. Il allait ensuite au temple, et, au retour, s'enfermait pour la méditation. On lui apportait un léger repas au milieu du jour, et il priait jusqu'à l'heure de l'office public de l'après-midi. Il s'y rendait avec toute sa famille et ses serviteurs — comme le matin — et, rentré à la maison, recommençait le sermon en famille. On priait. Puis, après le souper, on chantait

un psaume, et l'on allait se coucher, après une dernière prière. J

Qu'on se figure cette existence répétée durant toute l'année, pendant toute la vie, reprise et imitée ensuite par les enfants, et, sans la comprendre, on pourra se figurer un peu la mentalité anormale, en marge de l'humanité, de la race puritaine. Avec cela, pendant les premières années, le rude travail de défrichement, la lutte constante contre les sauvages...

« Oui (me disait une dame née ici de parents puritains, descendants des premiers colons du Yorkshire, jolie et ardente comme une Florentine), oui, j'ai en moi, quoi que je fasse, un instinct de vivre et de jouir : cela prouve que je suis une bête. Mais j'ai aussi en moi un sentiment plus fort que mon instinct, un sentiment de discipline et de devoir qui maîtrise, comme avec un mors, ma matérialité. On m'a appris, toute jeune, que je ne devais pas faire ce qui me donnait trop de plaisir ; aussi, quand je m'aperçois que je me passionne, je me réfrène et je m'arrête.

— Si votre instinct était vraiment fort, vous ne pourriez pas l'entraver.

— Je me dis : II ne faut pas, voilà tout. » Les dents serrées, le front plissé, le

poing fermé, ma belle interlocutrice répétait :

« Il ne faut pas, il ne faut pas... » Je lui dis à quel point je trouvais cette morale abominable, si contraire aux lois naturelles de la vie !

« C'est possible, me dit- elle. Et peutêtre, à mesure que je vieillis, je trouve que vous avez raison. Mais elle a été la morale de nos ancêtres, leur force, et je peux dire leur gloire. C'est grâce à elle que les hé-

roïques émigrants du May-Flower, qui quittèrent au xvne siècle l'Angleterre pour leur foi et pour la liberté, ont pu fonder l'admirable colonie anglaise qui est devenue ensuite l'Amérique. Tâchez d'imaginer leur situation en débarquant sur le sol indien, avec leurs femmes et leurs enfants : des terres à défricher, des maisons à bâtir, des ennemis terribles à combattre et à surveiller jour et nuit, la vie de tous les jours à trouver... Quel stoïcisme et quelle énergie ne leur fallut- il pas ! Vous vous plaignez que vous avez froid... et vous avez une pelisse, et vous trouvez dans les hôtels de quoi manger et le steam pour vous chauffer... Eux n'avaient rien... Et ce n'étaient pas des paysans endurcis à la fatigue et au froid ; c'étaient des hommes bien nés, des gentilshommes pour la plupart, et les femmes ne s'étaient jamais servi de leurs mains pour travailler. Et les voilà, du jour au lendemain, les hommes occupés à bâtir des maisons et des églises, les femmes à faire le ménage et à travailler la terre, tout en élevant leurs enfants ! Croyez- vous qu'ils eussent pu résister à une telle existence sans une foi profonde, une morale rigide et une volonté surhumaine? Cette foi, cette volonté, cette morale, transmises de génération en génération, agrandies et fortifiées, ont donné à notre peuple de la Nouvelle- Angleterre une énergie sans égale et des reins d'acier... C'est la civilisation qui en a profité et qui en profite encore.

— Soit, fis- je; mais à présent qu'il n'y a plus de sauvages et que ce sont les machines qui travaillent pour les hommes, et que vous avez le steam pour vous chauffer et les produits des quatre coins du

monde pour vous nourrir, et des millions qui vous permettent le loisir et la douceur de vivre?... »

Elle secouait la tête, ne voulant plus raisonner.

« Non, non, dit- elle encore, il ne faut pas être des bêtes, il faut toujours se posséder pour lutter contre le diable !... »

un musée Comme il est curieux d' observer curieux déjà, dans ce pays neuf, l'obsession de l'histoire et du passé ! Autant le populaire y est indifférent, — car on ne peut demander au million d' Européens qui immigrent chaque année en Amérique de se passionner pour les événements d'il y a cent ans, — autant la classe cultivée, travaillée par l'instinct de la tradition qui sommeille au fond de toutes les âmes, s'enorgueillit de la vieillesse relative des choses.

Les descendants des passagers du May- Flower, qui débarquèrent en 1620, ont la morgue des croisés, et j'ai retenu l'accent d'orgueil avec lequel la jeune et jolie Mme Alfred Vanderbilt me dit que ses parents habitaient l'Amérique depuis 1642.

Les églises qui remontent à cent ans sont ici des monuments historiques, et tout ce qu'on peut sauver des reliques de la guerre d'indépendance est recueilli pieusement.

C'est à Boston qu'il faut surtout étudier ce phénomène. Boston est la capitale de la Nouvelle-Angleterre fondée par les quakers, et c'est le berceau de Paristocratisme naissant en Amérique.

Le musée historique de Boston se trouve dans la vieille église du Sud, qui fut bâtie en 1729.

Le long des murs, sous des vitrines, on voit les choses les plus invraisemblables, les objets les plus inattendus, témoignant d' un culte pour l' histoire, naïf et balbutiant, qui fait sourire s'il ne vous attendrit pas. Comme il n'y a pas de catalogue, je me suis amusé à relever les principaux échantillons des vitrines.

Voyez cela :

Un morceau de bois de la première maison de pasteur protestant construite à Salem, qui fut la première capitale du Massachusetts. C'est là qu'eut lieu, en 1792, le supplice de vingt personnes condamnées pour sorcellerie ;

Un morceau d'orme quelconque qu'on abattit en 1874 et qui vivait depuis 1762 ;

Un fond de chapeau de paille tressé par une vieille femme de quatre-vingts ans ;

Des lettres brodées il y a cent quarante ans sur une étoffe quelconque pour on ne sait qui ;

Une parcelle du cercueil de Washington, grosse comme un haricot ;

Une fiole de thé en feuilles qui surnageait dans le port de Boston en 1773, après qu'on eut fait sauter un bateau anglais qui en était chargé ;

Un simple livre de prières d'il y a cent ans;

Un morceau de bois d'un pont qui datait de 1775 et où avait eu lieu un combat entre Anglais et Américains ;

Une épée de major d'il y a cent ans ;

Quelques numéros de journaux de la même époque ;

La photographie du crâne d'un général ;

Des boutons de manchettes et des porte- monnaie de la Révolution ;

Des sermons puritains écrits à la main ;

Un livre de 1803 couvert avec des planches de bois ;

Une assiette de porcelaine avec le chiffre de Louis- Philippe ;

Un morceau de bois de la maison d'un ancien gouverneur de Boston, démolie en 1885 ;

Une vieille malle sans trace d'origine ;

Une chaise où s'asseyait le prédicateur de l'église ;

Un vieux chapeau de femme en accordéon, qui fut porté il y a cent dix ans ;

Des assiettes, des pots quelconques ;

La copie du testament du dernier survivant du May-Flower (1672) ;

Un vieux rouet, une vieille horloge, une bassinoire ;

Une casserole faite avec le bronze de la cloche de la vieille église

Une selle d'officier français, en velours cramoisi, usée, poussiéreuse, aux clous de cuivre ;

Une claymore (épée écossaise) ;

Un peigne à lin, des soufflets, un bureau à écrire, un vieux clavecin, de vieux bougeoirs.

Toutes ces pièces n'ont aucune espèce de valeur, puisqu'elles sont sans style, sans art, et n'ont pas de trace d'origine. On les conserve là simplement parce qu'elles sont vieilles. Que quelque chose puisse être vieux et subsister en Amérique, voilà qui suffit à étonner l'Américain.

Ainsi on voit là, on ne sait pourquoi, cinq petits fragments de mosaïque de Pompéi et des Thermes de Caracalla. Je me représente une vieille maniaque chipant ces cailloux derrière les guides de Rome et de Pompéi, les rapportant précieusement à

travers l'Océan et en dotant le musée de sa ville natale après sa mort !

De vieilles monnaies de papier ;

Des autographes de Washington, de La Fayette, et des différents présidents des États-Unis;

Une paire de souliers de bal portés lors d'un mariage au xvme siècle ;

Des menottes du siècle dernier ;

Des boulets de canon sans mention d' origine ;

Un morceau de verre provenant de la première verrerie fondée en Amérique ;

Puis quelques pièces indiennes, un tomahawk, des colliers de verroterie, des sacs, des calumets, des carquois, une ceinture de jeune guerrier, en cuir peint, avec son attirail complet : une poche pour le

miroir, des poches pour les couteaux, des poches pour les couleurs à maquillage, la corne à poudre, le carquois et les flèches. Il y a aussi un berceau d'enfant portatif en jais multicolores. La mère attachait le berceau sur son dos.

Voilà à peu près de quoi est constitué le plus important musée historique des États-Unis. Gomme on l'a vu, ce qui y domine, ce sont les vieux morceaux de bois, débris d'arbres, de maisons ou de ponts. Cela suffît à montrer que la religion du passé commence à peine à naître, mais qu'elle naît. Ce qui l'empêchera de se développer très vite, c'est le réalisme un peu étroit des cerveaux de cette race d'hommes d'affaires, pour qui hier n'existe plus et qui ne vit que dans le présent, à peine dans l'avenir.

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1 Piioto. futnam et Valentme, Los Angeles.

PUITS DE PETROLE EN CALIFORNIE. — En face de Santa Barbara, a quelques milles en pleine mer, se trouvent des îles renfermant de très riches gisements de naphte qu'il faut aller chercher dans le fond sous-marin.

LA NOUVELLE GARE DE SANTA BARBARA. — Dans la belle saison, l'affluence esl grande à Santa Barbara el. par les avenues de la ville, bordées de roses et d'orangers, c'est un incessant va-et-vient de touristes et de flâneurs.

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Photo. X. H. Reed, Los Angeles.

MISSION DE SANTA BARBARA. — Entre les murs sévères du vieux couvent et dans l'enclos fleuri formé par les cloîtres, les moines franciscains coulent dans la paix une existence de recueillement et de prières.

Planche 168.

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SAN FRANCISCO. — San Francisco, que les Américains appellent plus couramment « I-i-is<-<> », est la plus grande ville de la Californie et la place de commerce la plus importante de l'Amérique occidentale.

l'iiut. fumain et Valeuune, L

SAN FRANCISCO A VOL D'OISEAU. — Bien que sa population ne puisse se comparer à celle des grandes villes de l'Est, San-Francisco possède de superbes monuments que domine la masse gigantesque des gratte-ciels.

1 i . m ci Valentine Los-Ang. -

SAN FRANCISCO VU DE LA MER. — La capitale californienne n'est pas bâtie sur les bords du Pacifique, mais sur la baie de San Francisco. Cette heureuse situation classe son port parmi les plus sûrs du monde.

Planche 170.

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