‹ L'Amérique précolombienne [microforme]Chapitre 10 sur 128 · Lucien BIART · texte numérisé non relu

Lucien BIART

Fig. 2.—Bas-relief d’un temple à Palenqué (Chiapas).

tenant, sont les restes de cités somptueuses, de pyramides superbes, aujourd’hui couvertes de verdure, de palais, de temples aux proportions colossales. Il est évident que nous avons affaire ici à une race civilisée, fortement organisée, race de bâtisseurs, bien différente des tribus nomades et sauvages qui peuplaient le reste de l'Amérique au moment de l’arrivée des Européens. Mais si nous retrouvons, par exemple, dans certaines parties du monde oriental, des monuments présentant avec ceux de notre continent de telle: analogies d’architecture et d'ornementation, inclinant à présupposer des usages communs, que les expressions qui servent à décrire les uns peuvent être appliquées aux autres; si, de plus, ces constructions révèlent chez leurs auteurs des similitudes de mœurs, de croyances, de coutumes trop nombreuses et trop frappantes pour être l’effet du hasard, on ne pourra faire autrement, si l’on veut être conséquent avec la logique, que conclure qu’il faut chercher quelque part, de l’autre côté du Pacifique, l’origine des premiers constructeurs et civilisateurs américains.

Je n'ai pas l'intention de parler ici des rapports ethniques qui ont pu exister entre les différentes races ou tribus ayant peuplé autrefois les régions dont nous allons maintenant nous occuper; de rechercher, par exemple, si les Mayas, comme le dit M. Biart, constituent la race la plus ancienne qui ait habité le Mexique, ou si elle est postérieure

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aux Otomis et aux Nahuas prétoltèques, si les Incas du Pérou descendent des Aymaras qui, selon qu'iques auteurs, auraient colonisé le pays à des époques tellement reculées qu'on n’en peut rien dire ; si les Lenca, comme le prétend M. E. Reclus, étaient supérieurs aux Quichés par la civilisation ou la portée intellectuelle, et s’il est possible qu'ils aient été les précurseurs des Mayas, comme le pensent certains américanistes, Ce sont 1à des problèmes que la science future résohdra sans doute à notre satisfaction. Il n’en est pas moins constant qu’une civilisation relativement brillante a régné autrefois sur une portion conside. ble de notre continent. Outre les monuments qui le témoignent, nous le savons encore par les récits des auteurs de l’époque de la conquête ou qui ont vécu peu de temps après l’arrivée des Espagnols, et l'étude qui, depuis, a été faite des ruines, nous prouve la fidélité de leurs renseignements.

« Aucune des histoires connues de l'Ancien Monde, dit à ce sujet Fernando Ramirez, historien lui-même et très versé dans les antiquités mexicaines, ne peut rivaliser avec la nôtre, et hi Aulu-Gel!e, ni Macrobe, ni Pétrone, ni aucun de ceux qui prétendent nous peindre les mœurs privées des peuples qu’ils connaissaient, ne peut s’appuyer sur des faits aussi authentiques et aussi dignes de foi que ceux

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que nous ont laissés nos chroniqueurs et principalelement Sahagun !.

Les peuples qui, primitivement, ont habité l’Inde, y compris l’île de Ceylan, la Chaldée, la Palestine

1. PRESCOTT, Æisfoire de la Conquête du Mexique. Notes cri- . tiques par Jose F. Ramirez, t. II, Cumplido.

L'histoire véritable, toutefois, telle que la veut la critique moderne, ne peut remonter, quant au Mexique, d’après les renseignements fournis par les auteurs indigènes et espagnols, au delà de 200 ans avant la conquête, et encore plus d’un point reste dans l’ombre. Pour la période antérieure, c’est-à-dire celle de la domination des Toltèques, du VIle au milieu du XIe siècle ou environ, elie est plus incertaine, vu que nous ne possédons aucun des manuscrits toltèques, anéantis par les Chichimèques et les Aztèques, leurs successeurs, ou détruits par les ravages du temps. Ce que nous en savons nous a été transmis par la tradition, par les souvenirs gardés dans la mémoire des peuples. Au Yucatan, on a pu reconstituer d’une manière plus ou moins exacte l’histoire politique du pays jusqu’à deux ou trois siècles avant la conquête. On s'accorde à reconnaître comme authenthique la liste qu’on nous donne des souverains du Pérou ; mais les détails que l’on raconte sur la vie de chacun d’eux sont plus ou moins légendaires, à l'exception de ceux des derniers règnes. Cette liste couvre une période de cinq siècles avant l’arrivée de Pizarre. Au delà de ce temps, c'est la nuit, moins quelques vagues traditions et les grands monuments pré-incassiques, qui nous disent clairement que la civilisation de la dynastie des Incas n’a été que la survivance de civilisations antérieures. En général, les souvenirs conservés par les peuples policés de l'Ancienne Amérique nous reportent, comme extrême limite, à 2000 ans avant l'ère vulgaire.

et une partie de l’Asie mineure, l'Arabie méridiouale, l'Ethiopie, l'Egypte, le Pérou, l'Amérique centrale, le Mexique et une certaine proportion du territoire actuel des Etats-Unis, ont élevé, dans chacun de ces pays, des édifices d’un genre spécial et offrant entre eux plus d’un trait d’une étroite ressemblance. On retrouve aussi des constructions identiques parmi certaines ruines de l’Indo-Chine, de Java et des îles de la Polynésie. Les peuples en question, dont je rechercherai plus loin l’origine, pratiquaient un cuite religieux caractéristique et dont le fonds leur était commun ; ils avaient un mode de culture qui semble leur avoir été particulier, et la société, chez ceux d’entre eux du moins qui nous sont historiquement connus, était divisée en castes, généralement au nombre de quatre. Les différences de détails que l'on peut signaler, soit dans le mode d’architecture, soit dans la conception et la manifestation des idées religieuses ou sociales de ces peuples, peuvent être attribuées à certaines circonstances extérieures qui ont influé sur leur civilisation, et aux modifications que finit par imposer à toute collectivité le milieu où elle vit.

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