E. ReCLUS, L'Homme et la Terre, t. I, p
qu’on s’infligeait d’atroces mutilations, c'était pour apaiser le courroux des Baals et des Molochs du temps qu'on immolait de nombreuses victimes humaines, qu’on sacrifiait de jeunes vierges et des enfants, culte barbare soigneusement entretenu par un clergé puissant, qui ne songeait qu’à régner par la terreur sur les masses ignorantes.
« Le sacerdoce babylonien a toujours eu une grande puissance ; les prêtres sont les intermédiaires entre les dieux et les hommes, les maîtres de la science et les gardiens de la littérature sacrée ; ils ont le monopole des rites mystérieux de la magie ; aussi leur puissance, au cours des siècles, a-t-elle plutôt crû que diminué. Ils forment dans chaque ville une caste fermée, d'autant plus que le sacerdoce était héréditaire ! » En Amérique, chaque temple était desservi par un corps complet de prêtres, dont la juridiction se limitait au territoire pour lequel l'édifice avait été construit. Ces prêtres logeaient dans un monastère servant d’annexe à chacun de ces temples. A Mitla, la ville sainte des Zapotè. ques, le grand pontife, qui se nommait Huiyatoo, « la grande sentinelle, celui qui voit tout », était absolu, supérieur au roi, gui le craignait et Le res- Pectait ; les gens du peuple ne pouvaient voir sa figure sat tomber morts pour prix de leur audace.
1. P.-D. CHANTEPIE de la SAUSSAVE, Æistoire des Religions, P. 154.
Seul médiateur entre les hommes et les dieux, il était aussi le seul dispensateur des grâces et des bénéfices !,
Teile a été, dans l’ordre des faits particuliers, la première cause de la décadence des Kouschites de l’Inde, des Chaldéens, des Assyriens, qui s'étaient assimilé leur civilisation, des Phéniciens, des Egyptiens et des Indiens civilisés du N ouveau-Monde.
À cette première cause de décadence, il faut en joindre une autre, non moins funeste, celle de la division de la société en castes, propre qu'aux familles d’origine kouschite, nous disent les orientalistes, que l’on sait avoir été spéciale aux h1bitants civilisés de l’Ammérique, et qui fut aggravée dans ses effets par le despotisme le plus absolu du chef de l'État, placé à une distance incommensurable audessus de ses sujets, disposant à son gré de leurs biens, de leur personne et de leur existence. Le système des castes «si radicalement opposé à la doctrine de la charité, qui tomba de la Croix pour se répandre sur la terre» détruit chez l’homme le noble instinct qui le porte à s'améliorer en s'élevant. C'est l’immobilité érigée en principe; ce système exclut tout progrès et livre les masses au mépris. Dans cet état social nulle ambition n’est possible, nulle faculté exceptionnelle ne peut être utilisée ; l'existence est uniforme, réglée d'avance, divisée en
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