BURGOA, Description géographique, ch. LVIII
compartiments où naissent, vivent et meurent des groupes entiers d'individus sans espoir de ne pouvoir jamais en sortir. Tel a été, dès l’origine, l’organisme social des Egyptiens, des Sabéens et des peuples de l’Asie sud-orientale; les Aryas l’empruntèrent aux Kouschites de l’Inde où il a persisté dans toute sa rigueur jusqu’à nos jours, ce qui explique comment près de trois cent millions d'individus subissent aujourd’hui, avec la résignation du destin, la domination étrangère représentée par quelques milliers d'hommes, mais chez qui un tel régime n’a point détruit l’individualité.
En Amérique, les sciences, les lettres, les arts, l'astronomie, les mathématiques, l’art de la guerre, la peinture, la sculpture, l'architecture, étaient cultivés, mais seulement par la noblesse et le clergé, les deux castes privilégiées : elles avaient le monopole de toutes les fonctions importantes, ne payaient point d'impôts, vivaient du produit des terres cultivées par des familles attachées à la propriété, habi. taient des palais et jouissaient seules du privilège de porter de riches vêtements. Les terres étaient en Commun et l’Indien cultivait celle qui lui était assignée. ‘Toutes les charges et les corvées, en un mot, retombaient sur les classes inférieures, qui peinaieat pour subvenir, non à leurs besoins, mais à ceux des grands.
« Elles ne pouvaient, dit P. Dabry de Thiersant,
posséder ni terres, ni rien qui pût être considéré comme objet de luxe; elles n'avaient pas la liberté de s’habiller, de se chausser, de boire, de manger suivant leurs goûts, ni d’habiter une demeure de leur choix. Des lois draconiennes punissaient toute ” infraction à cet égard, et nul ne pouvait échapper à l'œil inquisiteur de la police qui devait pénétrer dans les moindres détails de la vie privée. Sous prétexte que la paresse est une mauvaise conseillère, on les écrasait de corvées publiques et, pendant qu'on les obligeait à vivre dans des masures, on leur faisait bâtir des palais et des temples aussi gigantesques que les monuments des Pharaons et, au besoin, on les faisait servir de bêtes de somme. Maïs ce qui était plus dur pour ces pauvres déshé.rités, c’est qu’ils ne pouvaient même pas nourrir l'espoir d'améliorer un jour leur position. ‘Tous étaient parqués dans leur métier ou profession héré. ditaire. En outre, pour étouffer en eux tout désir, toute ambition, les lettres et les sciences leur étaient fermées, pendant que le clergé, par la superstition, terrifiait leur pensée 1,»
1. Les masses, cependant, tout en étant assujetties aux travaux pénibles, incapables de rien posséder en propre, pouvaient toujours compter sur le lendemain assuré. L'Etat, par de sages mesures de prévoyance, veillait à prévenir la misère publique. Il connaissait, par l'intermédiaire d'officiers préposés à cette fin, les besoins des familles et venait en aide, au moyen de caisses de secours formées à même les revenus des impôts,
L’historien moderne, Aligio Ancona nous fait de
l'organisation maya avant la conquête, un tableau désolant :
« Un ou plusieurs princes Souvernant en maitres absolus ; prêtres exerçant un pouvoir omnipotent sur les consciences ; nobles monopolisant les emplois fu ‘cs, et l’inmense majorité de la nation divisée en -leux castes, plébéiens sur qui pesaient toutes les charges pour le maintien des classes privilégées, esclaves sur qui le maître exerçait le pouvoir ie’plus tyrannique 1. »
Ainsi, le régime social qui, en Orient, tenait le peuple dans la plus absolue des servitudes, régnait aussi en Amérique.
‘« En examinant de près les ruines de ces monuments gigantesques et surpren 5 ue vous avez reconstitués, le temple du Soleu de Cuzco, par exemple, on constate le même art, la même pensée de despotisme, la même sujétion de servitude humaine qu’on retrouve en Egypte et dans l’Inde 2, » —————————— aux malades, aux vieillards, aux orphelinset aux veuves. Cha-
que centre important de population renfermait des magasins publics qui s’ouvraient en temps de disette.