‹ L'Amérique précolombienne [microforme]Chapitre 110 sur 128 · BALDWIN, Ancient America, PP · texte numérisé non relu

BALDWIN, Ancient America, PP

mieux conservée de toutes ces villes, a une apparence de plus haute antiquité que la plupart d’entre elles. Quelques-uns de ces édifices sont plus anciens que d’autres, et de longs intervalles ont pu s’écouler entre les dates de leur construction !, Enfin, dans les ruines les plus anciennes, tout ce qui était d’une nature périssable avait presque disparu ; il ne restait plus de ces édifices qu: les fondations et les terrasses artificielles, les pans de murs, les pierres, le ciment, le stuc durci et autres matériaux à défier les siècles, le tout, le plus souvent, enfoui dans les profondeurs de la forêt. Les armes, les outils, les vases, tout avait disparu; à peine trouve-t-on ci et là quelques informes débris.

Les archéologues divisent la partie du Pérou comprise entre les Andes et la mer, soit une largeur de vingt milles, en six sections, ccntenant des ruines qui diffèrent non seulement les unes des autres, mais de celles des régions alpines. L'état d'ancienneté de ces ruines semblerait indiquer que les premiers civilisateyrs du Pérou sont venus par mer, comme le veut d’ailleurs la tradition. Ces ruines sont d’époques différentes, les plus anciennes datant d'une très haute antiquité. M. Clément-C. Markham dit qu’on peut y reconnaître cinq modes de faire distincts, chacun représentant une longue période de temps, le règne des Incas faisant partie de la

1. STEPHENS, /ncidents of Travel in Yucatan, vol. II, p. 323.

sauve FRE UP MTL AT LTLLIT TELE

Fig. 48.—Ecifice servant de résidence aux Incas, suivant Ja tradition.

(Le renvoi de la fig. 14 à la fig. 45 doit être reporté à cette figure (48), trois gravures nouvelles ayant été ajoutées au travail durant Je Cours de l'impression. )

Fig. 49.— Mastabah de l'Ancien Empire, à Saqqarah, (Fr. Lenormant, ist. anc. des Peuples de! ’Orient.)

ee TEE ENS SET

dernière époque. Squier, célèbre archéologue, qui connaît les ruines du pays pour les avoir étudiées minutieusement, affirme que l’on trouve, au Pérou, des monuments qui, s'ils ne sont pas contemporains de ceux que la science considère comme étant les plus anciens de ce qu’on appelle l'Ancien Monde, leur sont tout au moins absolument semblables par le caractère !,

On a constaté que les Aymaras, à l’époque où les Espagnols pénétrèrent dans leur pays, étaient une nation déchue, moins policés que les Qquichuas, devenus leurs maîtres. Ayant perdu la mémoire de leur ancienne civilisation et devenus incapables de construire des édifices comparables à ceux qu’avaient élevés leurs ancêtres dans la péninsule de Tiahuanaco, ils les attribuaient à des bâtisseurs inconnus, « travaillant avant que le soleil éclairât la terre », suivant l'expression de M. Elisée Reclus (Géogra- Dhie universelle, t. 18, p. 653), qui se fait ici l'écho de la tradition touchant l’antiquité de la race.

L'érection de plusieurs de ces anciens monuments américains a exigé le concours de toute une génération d'hommes et peut-être davantage. Au Pérou, les édifices que l’on attribue aux Aymaras et qui sont regardés comme les plus anciens, ont

1. George SQUIER, /ncidents of travel and exploration in the land of the Incas, p. 175.

PACE URSS ace dei

été élevés à une grande distance des Carrières, ce quia nécessité, pour le transport de leurs matériaux, une somme de travail incalculable. À Copan, dans le Honduras, on distingue dix-neuf Pyramides de diverses hauteurs, Couronnées de temples, de palais et autres édifices. M. Niven compta jusqu’à vingt-

Mexique, ce qui suppose un long séjour sur les lieux d'une même Population. Et qui dira le nombre des siècles qui ont dû s’écouler, depuis le jour où les Premiers immigrants policés ont abordé

trer tous les territoires dont les Monuments attestent leur civilisation, civilisation identique, c’est-à-dire le Pérou, l'Amérique centrale, le Yucatan, le Mexique et une grande partie des États-Unis actuels, soit une surface mesurant un million de lieues carrées environ. Et Puis combien de générations ne se sont-elles pas succédé avant que les grandes cités, un Certain nombre d’entre elles du moins, et les palais tombés en ruines, aient été recou forêt et que leur souvenir ait disparu ? On cite le fait de villes Pueblos (Arizona) qui, l’état des ruines, ont dû être aband

mille cinq cents à deux mille ans, mais qui ont

bien pu aussi l'avoir été à une époque beaucoup plus reculée,

So eL Di DE 9.2".

La multiplicité de ces édifices accuse certainement une longue durée de siècles et une population très dense. Les ruines sont nombreuses dans le sud du Mexique. «A chaque pas, s'écrie M. Frédérick Artès, dans le Guatemalteco du 31 mai 1893, au milieu des bois, on découvre (département de Peten, Guatemala) maints monticules artificiels et objets brisés d’origine précolombienne.» A Camalcalco, dans le Tabasco, outre la pyramide principale que décrit Charnay dans les Anciennes Villes, cet explorateur ajoute que d’autres pyramides, par centaines, toutes chargées de palais, s'étendent jusqu’à la côte, ensevelies dans les profondeurs de la forêt. On peut en dire autant de l’État de Chiapas, devenu un désert couvert de forêts au temps de Fernand Cortez, qui le traversa avec sa petite armée et faillit y périr de faim et de misère, à peu de distance de Palenqué, ville alors abandonnée et dont il ne soupçonna pas même l'existence. Le Yucatan est littéralement couvert de ruines, de temples, de palais, de forteresses, etc. A l’époque de la Conquête, le pays avait perdu son unité et s'était fractionné en plusieurs provinces, dix-huit, suivant Herrera, dont chacune, dit-il, renfermait «tant d’édifices qu’on en est étonné.» Aujourd’hui encore, à peine existe-t-il une ville, un bourg, une maison isolée, qui n'offre dans ses constructions des restes de pierres sculptées. Ah! ces pierres, sur la plupart desquelles sont gravées tant de signes énig-

Rs SC +

em D

320 L’AMÉRIQUE PRÉCOLOMBIENNE

matiques, mais qui certainement expliquent les sculptures qu’ils accompagnent, si elles pouvaient Parler, elles nous diraient peut-être l'origine et l’histoire des auteurs de ces édifices, leur destination véritable et surtout leur âge, ce qui mettrait fin à bien des discussions. Malheureusement, voilà plus d’un quari de siècle que les savants de l'Amérique et de l’Europe étudient le système d'écriture hiéroglyphique de l'Amérique centrale, et ils n’ont pas encore réussi à nous en donner la clef 1.

M. Désiré Charnay attribue aux Toltèques seuls l'érection des monuments de Tabasco, du Chiapas, du Vucatan et des Provinces de l'Amérique du centre. Il semble difficile d'adopter cette théorie, €n présence des dernières découvertes. Les Toltè. ques, nous le savons, étaient de grands bâtisseurs, habiles dans tous les arts mécaniques. Ixtilxochit], écrivain indigène, Veytia, et les auteurs espagnols des premiers temps de la Conquête, nous les dépei-

nd

1. « Pour la langue sculptée sur les pierres de Palemque, de Mitla et de Xochicalco, peinte snr les feuilles de papier d'agave de Boturini et d’Aubin, un Champollion Manque encore, »

(Auguste GENIN, Votes d'archéologie mexicaine, Journal des Américanistes de Paris, 1901.)

To,

dèrent Tula, leur capitale, et d’autres grandes villes. Après le renversement de leur empire par les Chichimèques, à la fin du Xi° siècle ou au commencement du XII‘, il se produisit, paraît-il, parmi les vaincus, un mouvement d’émigration vers le Chiapas et les régions méridionales. Nous ne pouvons dire le chiffre de la population toltèque . de cette époque ; mais depuis longtemps déjà, la nation, en proie à une série de calamités, avait été en partie détruite. Combien, parmi les survivants, abandonnèrent alors leur patrie ? Nous n’en savons rien, sinon que ce ne fut qu’une émigration partielle, un certain nombre de familles ayant continué à demeurer au Mexique. Bancroft, qui, en la matière, a comparé les autorités, croit même que le gros de la nation n’a pas quitté le Mexique. En tout cas, nous connaissons historiquement la date de ce déplacement, que l’on fixe généralement de 1050 à 1115 de notreère. Il n’y a aucun doute que ceux des Toltèques qui se répandirent dans les pays habités par les Mayas-Quichés y firent sentir leur influence, y élevèrent un certain nombre d’édifices, y fondèrent même des villes ; mais peut-on les considérer comme les auteurs de tous les monuments dont les débris jonchent le sol du Chiapas, du = «catan tout entier, du Guatemala et du Honduras ? La multitude de ces villes, dont chacune renfermait quinze à vingt pyramides surmontées de temples et d'édifices divers, les moyens d’action dont les Tol-

24 mr va" -

B190J0ud 6 tord ‘smdeq) ‘H 2p miss2q rs } 4 cor NP SOILA SAUUIDUE; S97 ‘Keux AV € ouoçe3 32 sprueztd spues)—"oS me 7.

mm on L'État

.) , d’après une photographie.

Les Anciennes Villes du Nouveau Monde Dessiu de H. Chapuis

.— Grande pyramide et galerie à Aké.

Fig. 50

(Désiré Charna

tèques disposaient, l'ignorance où nous sommes de leur nombre, l’espace de temps qui s’écoula entre la date de leur arrivée en ces contrées et la prise de ces mêmes territoires par les Espagnols, ne permettent pas une telle supposition. Nous n’avons aucune preuve quelconque que le Yucatan, par exemple, était dépourvu de villes ou de tout monument architectural avant l’arrivée des Toltèques. Aké, au contraire, tant par son mode d'architecture que par l’état de vétusté de ses constructions, accuse une époque beaucoup plus reculée que celle qu’on assigne à l’émigration des Toltèques. Ceux-ci, de gré ou de force, ont bien pu s'établir dans les villes déjà existantes et y ajouter des édifices ; il, est tout à fait vraisemblable qu’ils ont pu bâtir de nouvelles cités ou réédifier celles qui pouvaient déjà être passées à l’état de ruines. Il ne s'ensuit pas du fait que les monuments du Chiapas, du Vucatan et de l'Amérique centrale ressemblent à ceux du Mexique, que les Toltèques soient les auteurs de toutes ces constructions, et que les premières soient postérieures aux secondes. D'ailleurs Charnay ne parle point du Pérou dans ses ouvrages, et semble ignorer les similitudes qui existent entre les antiquitées de cette région, étrangère aux Toltèques assurément, et celles de la zone intertropicale. On pourrait avec autant de raison retourner la théorie du célèbre explorateur et croire, comme le veulent plusieurs auteurs, que les Mayas-Quichés avaient

pénétré au Mexique longtemps avant l’arrivée des Nahuas, et y avaient introduit, avec la civilisation, un mode d’architecture qui servit de modèle à leurs successeurs. Il est possible, probable même, qu'ils élevèrent, entre autres, les pyramides de Teotihuacan et de Cholula, dont les Toltèques firent des villes saintes, des centres populeux. « Précisément, dit un missionnaire archéologue, à qui un long séjour sur les lieux a permis de se bien renseigner, à côté de nombreux débris de l’industrie toltèque et aztèque, les explorateurs trouvent à T'eotihuacan des figurines, des idoles, des ornements, qui paraissent d’une époque antérieure et rappellent jusque dans leurs détails le style de Copan. Des terres cuites que nous avons recueillies à Cholula et sur d’autres points de la même aire, comme au Tepozuchitl, accusent, selon nous, un faire tout différent de l’art toltèque. Quelque peuplade du sud nous paraît avoir passé par là, bien avant les émigrés de Huehue‘'apallan !»,

Dans la province de Durango on a découvert une grotte qui a livré des milliers de momies desséchées accusant une race différente de celle des Indiens actuels. A côté de ces momies se voyaient des

1. À. GERSTE, S. J., Revue des Questions scientifiques, 1885, P, 231.

vases remarquables comme forme et dont la décoration rappelle le style égyptien !.

Des hiéroglyphes gravés sur la pierre, des figures en haut-relief bien proportionnées, aux formes mêmes élégantes, nous montrent chez les peuples du sud une sculpture et une statuaire assez parfaites. En 1903, M. Teobert Maler a rapporté de certaines ruines dans l’ouest du Guatemala, des dalles sculptées représentant des profils humains qui sont regardés comme de véritables œuvres d'art. Si tous les édifices de ces diverses régions paraissent sortis de la même main, c’est qu’ils ont été construits par des peuples, sinon de même origine, du moins de mêmes croyances, de mêmes mœurs. Ils prouvent l’unité de civilisation des Mayas-Quichés, des peuples policés du Pérou et des tribus Nahuas, au nombre desquelles sont les Toltèques, civilisation que nous appelons kouschite, comparée à celle qui existait en Orient aux époques primitives.

D'ailleurs, lorsque M. Désiré Charnay déclare, subséquemment à ses voyages d'exploration en Amérique, après avoir eu l’occasion de consulter le grand ouvrage de MM. Perrot et Chipiez, Æzstoire de l'Art dans l'Antiquité, que, « les monuments américains ont été construits d’après les mêmes principes et sur le même modèle que les monuments chaldéens », et que les analogies qu’on peut signaler

Page 1