‹ L'Amérique précolombienne [microforme]Chapitre 6 sur 128 · LL SAP · texte numérisé non relu

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La race la moins mélangée, la plus pure parmi les habitants primitifs de l'Amérique, est bien celle des Esquimaux; néanmoins, King affirme que le

-« visage oval associé à un nez romain n’y est pas

rare.» Ces formes n’ont donc point, en ethnologie, toute l'importance qu’on semble quelquefois leur attribuer.

Je suis loin de croire que le dernier mot ait été dit sur le point si débattu de l'unité ou de la pluralité des races américaines; mais voici, si je ne me trompe, ce que l’on peut penser de plus juste sur la question dans son état actuel :

À la première souche de population du Nouveau Continent, population dont l'existence en Amérique comme en Europe est accusée par les mêmes vestiges, attestant les mêmes moyens de lutte pour la vie, se seraient mêlés par la suite de nombreux éléments hétérogènes provenant des trois grandes familles, blanche, jaune et noire; dès lors, des croisements multiples, ainsi que l’effet des influences climatériques, Id’alimentation, auraient produit ce qu’on est couvenu d'appeler les races américaines 1,

1. On sait que le climat moaifie, après quelques générations, les Européens établis en Amérique, Le tempérament même change. Ainsi, «l’Anglo-Américain tend à prendre les carac-

« Mes recherches personnelles, dit M. de Quatrefages, m'ont conduit aux mêmes conclusions générales que M. Virchow: qu’on doit renoncer définitivement à la construction d’un type unique et commun des indigènes américains. D’Orbigny, après de longues années d’études en Amérique, repousse avec énergie l'idée d’un peuple unique !, L'explorateur D. Charnay, traitant le même sujet, n’est pas moins affirmatif: « Le Maya, dit-il, n’est pas plus le parent de l’Otomi du Mexique que du Peau-Rouge de l'Amérique du Nord: ce qui met à néant la théorie faisant des peuples des deux Amériques une seule et même race 2,»

M. Ten Kate lui-même distingue au moins cinq ou six types primordiaux et répondant presque à autant de langues qui ne paraissent pas avoir une origine commune. Dans les Andes et sur le versant

Pacifique existent nombre de familles linguistiques *

sans aucun lien apparent entre elles. M. Deniker #

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tères physiques des aborigènes des Etats-Unis : peau sèche comme du cuir, développement des os zoyomatiques, yeux enfoncés, doigts fort allongés, etc.» (MAURY, La Terre et l'Homme.) ;

1, L'Homme Américain, t, I,{p. 123.

2. Les Anciennes V'illes du Nouveau Monde, 1885, p. 233. 3. Les Races et ies Pcuples de la Terre, Paris 1900.

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dit que les populations indigènes de l'Amérique centrale, éparses entre le Guatemala et l'isthme de Panama, se servent d’idiomes qui ne rentrent dans aucun groupe de langues américaines. M. Lucien Adam, dont l'autorité en pareille matière est si grande,constate le même fait pour la langue misskito, parlée au Nicaragua, qui n’est, paraît-il, apparentée, ni de près ni de loin, à aucune des langues actuelles de notre continent. Il faut rayer de la science, dit-il, cette habitude de vouloir faire une famille des langues américaines !, L’anthropologie et la linguistique, deux sciences dont les données doivent se compléter mutuellement, tendent donc à établir le fait de la pluralité des races américaines, fait qui milite également contre l'hypothèse d’une seule voie d'immigration asiatique par le nord-ouest de l'Amérique.

D'ailleurs, la linguistique seule est impuissante dans certains cas à résoudre le problème de la filiation ethnique des peuples. Les Phéniciens, pour ne citer qu’un exemple pris dans l’antiquité, avaient de bonne heure perdu leur langue d’origine pour ne parler qu’une langue sémitique ; on sait pourtant RE 1. Congrès international des Américanistes, 1870, t. Il, p. 574.

maintenant qu'ils étaient des Chamites venus des bords du golfe Persique à ceux de la Méditerranée. Quiconque tenterait de retracer l'origine des Normands de France par la langue qu’ils parlent aujourd’hui, n’y perdrait-il point son temps et sa peine ? Et quand il s’agit d’idiomes américains, les difficultés se multiplient à raison de l'instar :iité et de la rapidité avec lesquelles ces idiomes se transforment, surtout lorsque l'écriture n’en a pas fixé les mots.

* *k * 4°—Les Mound-Builders.

Mais que dirais-je des Mound-Builders ? Ici encore, craignant de fatiguer l'attention du lecteur en donnant à ces observations générales des proportions trop étendues, je me contenterai de résumer les conclusions que semblent justifier l’ensemble des Connaissances acquises sur les mounds et leurs auteurs présumés.

Celui qui a parcouru la vaste région des tertres depuis les Grands Lacs jusqu'au Mexique, qui «a examiné attentivement ces constructions si caractéristiques, si nombreuses et dont quelques-unes sont si extraordinaires par leur masse que pour en élever

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de semblables aujourd’hui il faudrait des milliers. d'ouvriers pendant des mois et des mois de travail, constructions toujours orientées avec une précision qui demande des moyens de calculs et des connaissances mathématiques avancées ; s’il a examiné les objets que les mounds nous livrent, les vestiges de l’état social et religieux de ces constructeurs de tertres; si, de plus, il a relevé les traces des canaux que ces gens creusaient pour irriguer leurs cultures, et cela aux endroits mêmes que requéreient la conformation du terrain et les besoins de la population ; s’il a visité les lieux où ils exploitaient les mines de cuivre; si, enfin, il s’est rendu compte du commerce étendu qu’ils faisaient, il restera fortement impressionné par l’idée que tout ce qu’il a vu ne peut être que l’œuvre d’une race unique, race de bâtisseurs, socialement organisés, jouissant d’une civilisation comparative, race, en un mot, radicalement distincte de celle de nos Indiens. «Ces populations, dit avec infiniment de raison M. de Nadaïllac, étaient nombreuses, à en juger par les constructions qui leur survivent ; homogènes, car partout nous constatons les mêmes rites funéraires, les mêmes arts, la même industrie; sédentaires, des nomades n’auraient élevé ni de semblables tertres, ni de sembla-

bles retranchements ; agricoles, la chasse et la pêche n'auraient pu suffire à leurs besoins ; soumises à des chefs, une autorité despotique était indispensable pour i’exécution de travaux aussi considérables ; Comimerçantes, enfin, car sous un même mound on recueille le cuivre du lac Supérieur, le mica des

Alleghanys, l’obsidienne du Mexique, les perles et

les coquilles du golfe 1. »

Tout ceci suppose chez les Mound-Builders des mœurs et des habitudes tout à fait étrangères aux peuplades indiennes que nous avons toujours connues. «Il n’y a pas, et il n’y avait pas au XVIe siècle, entre le Pacifique et l'Atlantique, disent MM. Squier et Davis, une seule tribu indienne, ayant des moyens de subsistance assez assurés, pour être en état de fournir une somme de travail improductif aussi considérable ou dont l'état social permiît aux chefs d’imposer.au peuple un tel labeur 2. » Venu ici à l’état de nomade, vivant de chasse et de pèche, l’Indien y est demeuré tel, du moins jusqu’à l’arrivée des Européens, et nous n’avons qu’à nous transpor-

1 Marquis de NADAILLAC, L'Amérique Préhislorique. p. 184.

2. Citation dans le Prehistoric Times de sir John Lubbock, P- 273.

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