‹ L'Amérique préhistorique [microforme]Chapitre 10 sur 113 · LES KJOÜKKENMODDINGS ET LES CAVERNES · texte numérisé non relu

LES KJOÜKKENMODDINGS ET LES CAVERNES

qui formaient une partie essentielle des rites funéraires (1),

Saint Jérôme, au quatrième siècle de l'ère chrétienne, affirme avoir vu dans la Gaule, des Attacotes issus d'une sauvage tribu écossaise, qui se nourrissaient de la chair de l'homme; et cela alors qu'ils possédaient de grands troupeaux de pores, de bœufs et de moutons auxquels leurs immenses forêts fournissaient d'excellents pâturages (2). Comment s'étonner d'ailleurs de trouver cet usage dégradant chez des peuplades sauvages, quand au temps de la splendeur de Rome, les courtisans de l'empereur Commode, au dire de Galien, mangeaient par un raffinement de gourmandise de la chair humaine (3); et si les kjôkkenmôoddings scandinaves ne fournissent nulle trace d'anthropophagie, Adam de Brème qui vivait au onzième siècle et qui prèchait le christianisme à la cour du roi Swen Ulfson, représente les Danois de son temps comme vêtus de peaux de bètes, chassant l'aurochs et l'élan, ne sachant qu'imiter les cris des animaux et dévorant leurs semblables (4).

Les exemples abondent également en Amérique, et bien souvent la mort de l'homme était accompagnée de barbares supplices, inconnus chez les nations des autres continents. Les récits des voyages publiés par de Bry renferment de longs détails sur les modes employés par les sauvages des Guyanes pour préparer, pour cuire et pour manger le corps de leurs victimes ().

(1) Congrès arch. de Kazan, 1871.

(2) « Quid loquar de ceteris nationibus, quum ipse adolescentulus in Gallia viderim Attacotos, gentem Britannicam, humanis vesei carnibus et quum per sylvas porcorum greges ct armentorum pecudumque reperiunt, puerorum nates et feminarum papillas solere abscindere et has solas ciborum delicias arbitrari, » Hier., Opera, t. WU, p. 335, coll, Migne, t. XXI Richard de Cirencester dit que les Attacotes demeuraient sur les bords de fa Clyde, au delà de la grande muraille d'Adrien.

(3) Commode vécut de 161 à 192 après J.-C. Nous empruntons le fait au Dictionnaire des sciences morales et politiques de Bachelet, On pourrait ajouter ces vers de Juvénal :

.…. Sed qui mordere cadaver Sustinuit, nil unquam hac carne libentius edit. (Sat. XV, v. 87.) (4) Schweden's Urgeschichte, p. 341.

(3) Collectiones perigrinationum in Indiam Occitentalem, XXN partes compre-

Lhensæ a Th. de Bry et à M. Merian publicatæ, Francofurti ad Mœnum, 1590-1634, —

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64 L'AMÉRIQUE PRÉHISTORIÇUE.

Pizarre et ses compagnons dans leur première et inutile tentative (1) pour gagner le Pérou par listhme de Panama, entrèrent un jour dans un village Indien, dont les habitants effrayés s'enfuirent précipitamment à leur approche, abandonnant la viande humaine qui cuisait devant le feu (2), Les Mexicains se livraient à ces hideux repas à l'occasion de toutes leurs fêtes. Le captif élait abandonné au guerrier qui l'avait fait prisonnier et les amis du vainqueur invités à un joyeux festin. Ce n'était point là, dit Prescott(3), le repas de misérablesaffamés, mais un banquet raffiné préparé avec tout Part que les Mexicains savaient y mettre. Les alliés des Espagnols, lors du siège de Mexico, dévoraient les corps de leurs ennemis; et les assiégés immolaient en l'honneur du dieu de la guerre de nombreuses victimes, parmi lesquelles Cortës put souvent reconnaître à la blancheur de leur peau, quelques-uns de ses soldats. Ils étaient ensuite dépecés et leur chair distribuée au peuple.

Les Caraïbes, comme les Fijiens, avaient soin de faire engraisser les malheureux qu'ils destinaient à leur nourriture (4). L'anthropophagie existait chez les Algonquins, les Iroquois, les Mamis, les Kickapoos, chez d'autres tribus encore ; et les Jésuites souvent témoins de ces festins dont la viande humaine faisait tous les frais, nous en ont conservé le récit (5). On frémit d'horreur à la pensée des tortures inventées par le génie malfaisant de l'homme. Ces tortures chez plusieurs tribus Indiennes commencaient plusieurs jours avant le supplice final; des tisons brûlants étaient appliqués sur toutes les parties du corps; les ongles des pieds et des mains élaient arrachés; la chair était déchirée et des étoupes enflammées plongées dans les plaies béantes; la peau de la tête était enlevée et des charbons allumés promenés sur le crâne dé- Bresil voy. de J. Stadius Hessus (3° part., p. 71, 81, 89, 125 et 127). — Voy. de

Joannes Lerus Hurgunilus (3° part., p. 213). On peut aussi consulter les nombreux faits rassemblés par Wyman, Report Peabody Museum, 1874.

(1) En 15%. j (2) Prescott, Hist. of the Conquest of Peru, p. 96. London, 1854. cu (3) Prescott, Hist. of the Conquest of Mexico. Philadelphia, 1874, t. I, p. 81. A

(4) Pierre Martyr d'Anghicra, De Rebus Oceanicis et Orbe Noro, Decades, 1, liv. 1. (5) P. Hennepin, Descript on de la Louisiane. Paris, 1868, p. 65, 68, 69,

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LES KIOÜKKENMOÜDDINGS ET LES CAVERNES. 65 nudé, Les femmes (1) et les enfants n'étaient par les moins ardents parmi les bourreaux, etquand enfin le misérable expirait, la poitrine était ouverte, le cœur, S'il était mort en brave, coupé en morceaux et distribué aux jeunes guerriers de la tribu, Hs buvaient aussi son sang encore fumant, espérant s'inoculer ainsi le courage dont il venait de faire preuve, Le tronc, les membres, la tôte, étaient rôtis ou houillis : tous se gorgeaient de cette horrible nourriture, et la journée s'achevait au milieu des danses et des chants, qui teeminaient gaiement la fête (2).

De nos jours encore, les marins et les voyageurs racontent des scènes semblables. Les Apaches traitent leurs prisonniers avec une férocité égale à celle de leurs ancètres (3), Les habitants de la Terre de Feu ont du moins pour excuse leur déplorable existence, au milieu d'un pays qui ne produit rien de ce qui est nécessaire à la vie, Les expéditions de ces misérables sauvages, dont la description par le capitaine Fitz-Roy est douloureuse à lire (#) ont toujours pour but de se procurer des prisonniers; quand cites échouent etqu'ils sont pressés par la faim, les vieilles femmes de ln tribu sont saisies, rôties à un feu ardent et les morceaux distribués aux guerriers. Si la famine qui poursuit presque toute l'année les habitants de ces régions déshéritées, peut être leur excuse, nous ais ce mème goût dépravé, au milieu de la nature la plus riche, au milieu de la végétati ñ a ea

x renoque ; à Taïti où les

(1) « On this occasion it is always observed thal the women are more cr the men, » Schoolcraft, Etanological Researches respecting the » , Re han t. III, p. 189. | especting the red Men of America, (2) La Potherie, Histoire de l'Amérique, Paris, 17%: e de l'Amérique, Paris, 1723, p. 23, — Le père Jean de

I . $ 4 . t l { B ebouf } 01 dans la Nour elle -} race ot cidentale Il peri ui-mème au imili u d ] , i , eos

rs qu'il avait décrits, — fRelation de Barth. de Vimont. Paris, 1642, p. 46 | rhin des brie auprès des American settlements, sont tin nt civil ps : 0 & à la chair humaine, et le gouvernement des États-Unis 1 ai “distribuer de temps à autre des bwufs. Ces sauvages s'empressent dk ue 4 Fee A le ventre et les hommes se précipitent sur les a ae ates le: gorgent avec délices! Il est interdit aux femmes de preudr Î ce Fate — Gregg, Commerce of the Prairies. New-York, 1844, t. II y “is

(4) Voyage of the Adventure and the bBeagle,t. W, p 183 et 189 pos i { d'un naturaliste autour du monde, p. 234. ii RL

DE NaDalLLAc, Amérique. 5 Le

voyageurs vantaient à l'envi les mœurs douces et affectueuses des habitants, les hécatombes de prisonniers étaient suivies de repas de cannibales: l'honneur de manger l'œildes victimes était réservé au roi, et le premier nom de la reine Pomaré (Aimata, je manye l'œil) était un dernier souvenir de son royal privilège (1).

Pour terminer enfin ces lugubres récits, qu'il serait facile d'étendre indéfiniment, le docteur Crevaux dans une exploration récente de l'Amazone et de ses principaux affluents, rencontra plusicurs peuplades anthropophages. I vit chez les Ouitotos, qui vivent sur les bords du Yapura, des flûtes fabriquées avec des ossements humains, et il nous dit avoir surpris un jour, une vieille femme occupée à préparer son repas ; la tète grimaçante d'un Indien bouillait dans sa marmite !

Ces faits forment un singulier contraste avec notre civilisation

si brillante, avec les progrès dont nous sommes si justemen' fiers, [ls montrent dans quelle dégradation l'homme peut tomber; les efforts persévérants qui restent à faire pour relever le ( U

niveau de tant de races deshéritées,. | fauléé [nous faut maintenant rechercher l'époque à laquelle peu- € ans vent remonter les kjô” :enmôddings. Les historiens sont muets € medines sur des amas qui n'avaient guère attiré leur attention, et les ' Indiens, quand on les interroge, se contentent de répondre qu'ils a sont bien antérieurs à leur venue dans le pays et l'œuvre d'une 0 race étrangère, inconnue à leurs pères (2). Par exception, les Ca- n liforniens attribuent un grand kjôkkenmôdding formé de co- q

quilles de moules et d'ossements d'animaux, situé à la pointe Saint-Georges auprès de San Francisco, aux Hohgates, tel est le P nom qu'ils donnent à sept mystérieux étrangers, arrivés par e mer dans leur pays, et qui les premiers bâtirent des maisons et P S'y établirent (3). Les Hohgates tuaient des élans, des morses, E d (1) Cong. préh. de Paris, 1867, p. 161. le (2) « Itis the uniform testimony of those who have within recent years, been in “ communication with the Seminoles, that no traditious of the origin of these heaps has «el come down to them. They attribute them to a former race who preceded them in the le occupation ofthe Peninsula of Florida, » Wyman, Report Peabody Museum, 1868, p. 16 à

(3; Bancroft, L. c.,t. IT, p. 177.

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LES KJÜKKENMODDINGS ET LES CAVERNES, 67 des phoques: 1ls recueillaient les moules très abondantes sur les rochers voisins, et les débris de leurs repas s'amoncelaient autour de leurs demeures, Un jour qu'ils étaient à la pèche : ils aperçurent un phoque gigantesque. Hs parvinrent à l'atteindre avec un harpon: mais l'animal blessé s'enfuit vers la haute mer, entrainant rapidement le bateau, vers les abimes sans fond du Chareckquin, Au moment où ils allaient être engloutis dans ces abimes, où vont ceux qui doivent souffrir le froid perpétuel, la corde se rompit, le phoque disparut et la barque fut enlevée dans les airs. Depuis ce jour, les Hohgates transformés en brillantes étoiles ne revinrent plus sur la terre où le kjôkkenmôédding reste leur témoin.

Si les traditions se taisent, quelques faits certains peuvent cependant nous aider à fixer sinon des dates, du moins des limites extrèmes, Les Shell-Heaps existaient longtemps avant l'arrivée des Espagnols, et les mammiféres dont ils récèlent les débris étaient ceux que virent les conquistadores, On n'a trouvé dans les kjükkenmôddings, ni dans ceux qui s'élèvent sur les bords de la mer, ni dans ceux situés sur les rives des fleuves, aucun ossement des grands animaux de race éteinte ou disparue, On n'a découvert jusqu'à présent, dans ceux de l'Amérique du Nord, aucun outil en fer, en cuivre où en bronze, aucun objet en or où en argent, I semble done naturel de placer leur lente formation, entre la disparition de la faune que l'on peut appeler quaternaire et le premier emploi des métaux.

I est évident que les kjükkenmôddings ont été accumulés par de longues générations, Les amas de coquilles fluviatiles, à en juger par les objets que les fouilles ont donné, paraissent plus anciens que ceux formés de mollusques marins. Les Shell Heaps de la Californie sont probablement plus récents que ceux de la Floride: et jusque dans des régions voisines les poteries,

%es armes, les outils présentent des différences notables qui ex- Æluent toute idée de contemporanéité, Les hommes qui les ont lentement accumulés appartenaient-ils à des peuples différents, à des races venues d'autres pays, cela est probable ; sans que nous

puissions rien affirmer de positif à cet égard: mais selon une lo invariable de l'histoire, les vainqueurs devaient oceuper la demeure des vaincus, jusqu'à ce qu'ils fussentehassés à leur tour, par d'autres envahisseurs plus vaillants où plus puissants, Sans dout: on peutobjecter, que dans toute l'Amérique, les kjékkenmüddings offrent entre eux une grande ressemblance: mais cette ressemblance n'a rien ici qui puisse étonner: ilest naturel au sauvage de jeter à la porte de son habitation, autour des lieux où il vit, lesob jets inutiles, les débris de toute nature, sans se préoccuper du de. sordre ou de la malpropreté, C'est à un fait commun à toutes les régions du globe, Les voyageurs qui visitent de nos jours les Es. quimaux (1), les derniers représentants d'une des plus anciennes races américaines, nous disent qu'autour de leurs tentes le sol est jonché d'inombrables ossements de morses où de pho: ques, dont beaucoup gardent encore des lambeaux de chair en putréfaction et exhalent l'odeur la plus infecte, Nous avons probablement là une peinture exacte des mœurs et des usages des sauvages, qui habitaient l'Amérique aux temps préhistoriques Parmi ces hommes, les uns, ceux de Santa Rosa par exempli se livraient à la chasse, ils se vètissaient des peaux des animau qu'ils avaienttués ; les nombreuses aiguilles en os sont une preuv

sans replique de leur industrie, Chez leurs voisins de Bear-Point,

on ne trouve que des mollusques marins, nulle trace d'ossements

d'animaux, nul instrument en os: doit-on en conclure que leur

vélements étaient fabriqués soit avec des herbes, soit avec des fila-

ments tirés de l'écorce des arbres? Tel était le costume des indigenes de la Floride, au dire des conquérants espagnols, qui péne

trerent les premiers dans le pays. La mème différence se fai

remarquer dans les poteries. Les vases des uns sont élégants di

forme etd'ornementation ; les anses reproduisent des figures d'ani-

(1) 1 est intéressant de noter la ressemblance dans les temps primitifs des Esqu maux avec les habitants des iles Aléoutiennes, Les armes, les outils, les instrument que les fouilles mettent au jour sont identiques. La différence de la faune, celle d climat, modificrent peu à peu les coutumes des deux peuples, peut-être aussi leur lu gage. W. H, Dale, The Remains of later Prehistoric Man obtained from the Caves the Aleutian Islands. Smith. Cont., 1878.

* ] ss.

is selon une lui occuper la desaleurtour, par ants, Sans dout:

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ined from the Cavest!

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