LES KJOKKENMODDINGS ET LES CAVERNES. (EL
dans une fouille sur les rives du lac Monroë, des os longs (fémur, tibia, humerus) appartenant à l'homme, brisés en fragments de quelques pouces de longueur et confondus avec des ossements de cerf, brisés exactement de la même façon (1). Son attention une fois éveillée, il se préoccupa d'une manière particulière de la question dans ses recherches ultérieures ; et bientôt il eut dix cas bien caractérisés, qui ne laissèrent aueun doute dans son esprit sur l'existence du eannibalisme dans la Floride, durant les temps où l'homme accumulait autour de sa demeure ces amas de débris, auxquels nous avons conservé le nom de kjôkkenmüddings. Il était évident que ces ossements humains ne provenaient pas d'une sépulture; aucun squelette n'était complet; les débris de plusieurs individus étaient confondus dans le plus extrème désordre ; tous les os et spécialement les os longs renfermant la moelle étaient brisés, comme les os trouvés auprès du lac Monroë el dans le mème but sans doute que ceux des animaux, tels que le cerf ou l'alligator, dont ces hommes faisaient leur nourriture. Les fouilles d'Osceolàa- Mound vinrent confirmer encore Wyman dans ses conjectures. Les débris de l'homme et des mammifères étaient
intéressantes
renfermés dans une breche très dure, assez semblable à celle des cavernes qui ont donné dans nos régions de si importants résultats. Wyman retira de cette brèche deux fémurs, appartenant à deux individus différents. Sur l'un d'eux, il remarqua une incision intentionnelle faite autour de l'os pour le briser plus facilement (2). Le savant professeur signale aussi un os humain évidemment travaillé trouvé à Ipswich (Massachussetts).
Pendant que Jeffries Wyman prouvait l'existence de l'anthropophagie dans les États du Sud, M. Manly Hardy l'annoncait
h parlant de leur goût pour la chair humaine. De Rebus Emmanuelis Regis Lusituniæ.
Coloniæ Agrippinæ, 1574.
(1) Human, Remiins in the Shell Heaps of the St-John River (Eust Florida). Cannibalism. Report Peabody Museum, t. 1, p. 26.
(2) Sur l'autre fémur, l'incision a pu également exister; mais elle n'est pas assez apparente, pour que l'on puisse l'affirmer avec certitude. .
dans la Nouvelle-Angleterre (1). Sous un kjôkkenmüdding des côtes du Maine, il découvrait trente ou quarante os longs, fémurs, tibias, humerus, radius, un sternum, un pelvis, deux crânes humains. Au milieu de ces débris, les vertébres, les côtes, les petits os manquaient totalement ; aucun des fragments humains ne se rapportait aux autres, en sorte qu'il était impossible de compléter mème partiellement un squelette. Les os longs étaient brisés, et les fouilles donnèrent des os de castor et de morse mêlés aux ossements humains et brisés comme eux, des os d'oiseaux, des arètes de poisson, de nombreuses coquilles marines, des tessons de poterie, une flèche en silex et une aiguille en os. Sur divers points des amas de cendres attestaient le foyer du cannibale, le lieu où il préparait ses misérables repas.
De tels faits, si tristes qu'ils soient pour l'humanité, ne peuvent nous surprendre. Dans les temps historiques, nous voyons l'homme se nourrir de la chair de l’homme, mème au milieu de l'abondance, et cela alors que la plupart des animaux éprouvent une singulière répugnance pour la chair d'un animal de leur espèce. Hérodote raconte le cannibalisme chez certaines peuplades voisines de la Sevythie, chez les Androphages et les Issedons par exemple (2); Aristote, chez plusieurs peuples des bords du Pont-Euxin (3); Diodore de Sicile, chez les Galates (4) et Strabon dit à son tour : « Les Irlandais plus sauvages que les Bretons sont anthropophages; ils se font un honneur de manger leurs parents, lorsque ceux-ci viennent à mourir (5). »
Dans les anciens tombeaux de la Géorgie qui datent du huitième au deuxième siècle avant rotre ère, on trouve des ossements humains bouillis ou carbonisés, ceux des victimes sans doute dévorées par les assistants, dans les festins
(1) Report Penbody; Museum, 1877, t. If, p. 197. (2) L. IV, ce. xvan, xx vit, ete. Ces peuples habitaient vraisemblablement la Russie centrale.
(3) Politique, L. VIN, e. nr, t. I, trad. Thurot, p. 515. (4) Bibl. hisr., lib. V, c. xxx11.
(b) Géographie, liv. IV.
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