‹ L'Amérique préhistorique [microforme]Chapitre 18 sur 113 · SR RS RES 7 SE DES · texte numérisé non relu

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Salvador. A trois milles de Toolesboro (lowa), ce sont de vérita bles constructions, élevées au moyen de boulders de granit, arrachés du lit de la rivière ; le mode seul de construction differs : là aussi, les fouilles ont mis au jour des charbons, des siles tru vaillés et des ossements d'animaux carbonisés,

Dans plusieurs des États du Far West, les mounds figu: 1 des mammifères, des oiseaux, des reptiles et quelques-uns # leurs hardis architectes n'ont même pas craint d'imiter de ee eve hu main.

L'Ohio parait avoir été un des centres, d'où les Mount Buitders ont rayonné, à mesure que leur population s'aceros seit ou que la défaite leur imposait une retraite vers des région voirint plus de sécurité (1). On y rencontre, ilest vrai, moins sonsenf ees mounds aux formes étranges; mais leur nombre total est considérable, On ne saurait lévaluer à moins de 10,000, celui des enceintes à moins de 1,500; et on a calculé qu'en additionnant dansee seul État, la longueur des tertres de toute sorte élevés par l'homme, on atteindrait un total de 306 milles (2). Tout le Missouri et en particulier la partie Sud-Est, connue sous le nom de Swamp-Region (3) sont également couverts de tumuli innombrables, groupésle plus souventavec uneintention évidente. Dans l'État de New-York, on compte encore 250 enceintes, qui rappellent nos fortifications modernes (4). Sur une superficie de cinquante milles, à la limite des deux États d'Iowa et d'Iinois, on a relevé plus de 2,500 mounds; encore ne tient-on pas

(1) Rappelons en passant que c'est à un Français, Cavalier de La Salle, que l'on doit la découverte de ces vallées de l'Ohio et du Mississipi aujourd'hui si florissantes (Margry, Élablissements des Français dans l'ouest et le sud de l'Amérique septentrionale),

(2) Bancroft, Z e., t. IV, p. 752. — Pidgeon, Ant. Researches. New-York, 1858. Lewis and Clark, Travels to the Source of the Missouri River. London, 1814.

(3) Le Swamp-Region couvre une superficie de 4000 milles carrés et comprend six comtés entiers et des portions de trois autres. Le sol est formé d'alluvions récentes recouvrant des couches tertiaires de sable, d'argile et de marne remplies de fossiles (W. P. Potter, Arch. Remains in S, E. Missouri; Saint-Louis Ac. of. Science, 1880).

(4) Squier, Ant. of the State of New-York. Buffalo, 1851. — Report Peubudy Museum, 1880, t. II, p. 721.

Les Mounds de toute sorte sont confondus.

compte des enceintes en terre (1). Partout un nombre bien supérieur a été détruit par les colons et les fermiers, peu soucieux dans leur dure lutte pour l'existence, de ceux qui les avaient précédés, D'autres, perdus dans les vastes déserts, dans les impénétrables forêts qui couvrent une grande partie de la superficie des deux Amériques, nous sont encore inconnus.

L'étendue du territoire successivement occupé par les Mound Builders dans l'Amérique centrale, le nombre des mounds qu'ils ont élevés, prouvent la longue existence de ce peuple. L'importance de quelques-uns des travaux, qui, au dire d'ingénieurs compétents, exigeraient des mois de travail à plusieurs milliers de nos ouvriers munis de toutes les ressources de notre grande industrie moderne (2), montre une race organisée, une hiérarchie puissante. La régularité des constructions, l'excellence de la fabrication des objets découverts, disentenfin, combien le goût artistique était développé chez ces hommes, dont les fouilles viennent si inopinément nous révéler l'existence.

Ce sont les reliques d'un passé éloigné et inconnu qu'il faut raconter ; c'est par les mounds que nous commencerons et la confusion de toutes les formes ajoute singulièrement aux difficultés de la tâche. Les cônes et les pyramides sont renfermés dans des enceintes ; les tertres destinés aux sacrifices sont réunis aux tumuli; à côté des figures d'animaux s'élèvent des mounds poiygonaux ou triangulaires. Le D' Andrews (3) cite dans une plaine du comté d'Athènes (Ohio), une réunion de vingt-trois mounds ; ‘sept selon lui étaient destinés à la défense, seize à la sépulture. Le plus élevé mesurait 40 pieds de hauteur sur 170 pieds de diamètre (4). Dans Pike County (Pennsylvanie), on voit un carré parfait renfermé dans un cercle construit avec

(1) The American Anliquarian, 1879.

(2?) Les Mound Builders ne possédaient aucune bête de somme. Ces travaux immenses ont donc été faits par l'homme seul.

(3) Report Penbody Museum, 1877

(4) On à calculé que la contenance de ce mound était de 437,74? pieds cubes ;

comme on ne voit dans les environs nulle trace d'excavation, on peut supposer que cette masse de terre avait été apportée de loin.

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non moins de régularité ; à Portsmouth, quatre cercles concentriques, coupés par de larges avenues exactement orientées, Les mounds auprès de Saint-Louis formaient les trois côtés d'un paraliélogramme de 300 mètres de longueur sur 200 mètres de lareur, Le quatrième côté était fermé par trois mounds plus petits (1).

Les mounds de l'Hlinois, dit M, de Hass (2), forment une véritable ville, une vaste et mystérieuse série de monuments. « Sur l'au-

Fig. 22, -

Mound triangulaire.

tre rive du Mississipi, ajoute-t-il, je ne fus pas peu surpris de ne rencontrer que des sépultures; pariout ailleurs les groupes sont associés à des murs ou à des circonvallations. » M. Conant (3) raconte un ensemble de tertres situés sur la rivière Root, à vingt milles environ de sa jonction avec le Mississipi (fig. 22). Le mound principal mesure 12 pieds de hauteur sur 36 pieds de diamètre. [est situé au centre d'un cerele dont on peut encore reconnaitre les traces. Les talus qui forment les trois côtés du triangle ont une longueur égale de 14% pieds, leur diamètre est de 12 pieds

1) Brackenridge, Views of Louisiana. Saint-Louis est souvent appelé Mound-Cily à raison du nombre de Mounds qui s'élèvent ou plutôt qui s'élevaient dans ses environs,

(?) Am. Association. Chicago, 1868.

(3) Foot Prints of Vanished Races. Saint-Louis, 1879, p. 80.

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lravaux défensifs,

et leur hauteur respective de 3, # et 5 pieds. Il est remarquable que ces hauteurs, prises ensemble, égalent la hauteur du mound

central et qu'en les multipliant entre elles, on obtient la longueur

des côtés du triangle. Ge ne peut être là une coïncidence due au seul hasard, car on cite divers terrassements de forme carrée ou parallélogramique, où il a été possible de constater des rapports semblables, entre la hauteur et la longueur des tertres qui les forment,

Ces faits viennent montrer combien toute classification est diflicile, pour ne pas dire impossible, nous adoplerons cependant celle de Squier; malgré des inexactitudes trop apparentes, elle à l'avantage de faciliter notre lache en nous fournissant quelques points de repère et nous étudierons successivement : 1° les travaux défensifs; 2° les enceintes sacrées; 3° les temples; 4° les tertres à sacrifices; 5° les tertres tumulaires ; 6° les tertres figurant des animaux (1).

Tout l'espace qui sépare les Alleghanys des Montagnes Rocheuses est couvert d'une succession de camps retranchés, de fortifi- ‘ations colossales, généralement exécutées en terre. L'homme avait su défendre par des redoutes, des murs, des parapets, des fossés (2), des circonvallations, chaque éminence, chaque delta formé par la jonction de deux rivières. Ces travaux viennent témoigner de l'intelligence des peuples que nous avions regardés

(1) M. Short (The North Americans, p. 81) donne des divisions un peu différentes.

a. enceintes de défense.

1. Enceintes | b. enceintes religicuses. c. enceintes diverses.

a. mounds à sacrifice.

b. temples.

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d. postes d'observation.

A ces diverses catégories, il faudrait peut-être ajouter les mounds formés d'adobes tombés en poussière, restes d'habitations successives.

(2) Le fossé au lieu de longer le rempart à l'extérieur et de multiplier ainsi les obstacles opposés à l'assaillant, est généralement placé à l'intérieur, le Prof. Andrews cite cependant à Lancaster (Fairfield County, Ohio) un fossé extérieur; mais il ajoute que c'est là un fait isolé (Report Peubody Mus., 18177).

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pendant si longtemps comme complètement barbares et sauvages: on peut reconnaitre un véritable système de forteresses reliées entre elles, des tranchées profondes, des passages secrets creusés sous le lit des rivières, des observatoires sur les hauteurs, des murailles concentriques pour protéger les entrées et même des casemates (1). La guerre était évidemment la grande préoccupation des Mound Builders. Toutes les forteresses sont con: struites dans le voisinage des cours d'eau, et la meilleure preuve que l'on puisse donner de l'entente ayant présidé au choix de leur emplacement, est le nombre de villes florissantes, telles que Newark, Portsmouth, Cincinnati, Saint-Louis, Francfort, New-Madrid, d'autres encore qui se sont élevées de nos jours sur ces mêmes points (2).

Bourneville à 12 milles de Chilicothe, estune des enceintes forifices les plus curieuses de l'Ohio, Elle occupe le sommet d'une colline escarpée ; les murs par une exception assez rare, sont construits en pierres, posées sans aucune espèce de ciment et offrent une ressemblance frappante avec les anciens forts préhistoriques de la Belgique et du nord de la France (3). L'enceinte mesure plus de deux milles; et l'on peut encore distinguer trois portes défendues par des tertres qui rendaient l'accès plus difficile. Sur plusieurs points et notamment auprès des portes, les murailles paraissent avoir été exposées à l’action d'un feu violent qui a vitrifié leur surface. Des bassins artificiellement creusés fournissaient l'eau nécessaire aux habitants. Une partie de l'en: ceinte est plantée d'arbres gigantesques, auxquels on assigne une

durée de 6 à 800 ans.

(1) F. Allen, La très ancienne Amérique. Cong. des Amér. Nancy, 1875.

(2) « The same places, dit le D' Lapham en parlant des tertres du Wisconsin, which were the seats of aboriginal population being now selected as the sites of embryo towns and villages by men ofa different race.» Smithsonian Contributions,t. VI, p. 61.

(3) Les Mound Builders se servaient des matériaux à leur disposition, quand les pierres abondaient, ils les amoncelaient avec la terre pour former leurs murs, mais jamais ces pierres ne sont équarries ou apparcillées et jamais elles ne sont reliées par un mortier, On pourrait citer plusieurs exemples et notamment un S/one-Fort sur la rivière Duck auprès de Manchester (Tennessee), où les murs sont des blocs bruts arrachés aux rochers voisins. A l'entrée on distingue deux mounds que l'on regarde comme des postes d'observation.

Autour de ces arbres, on peut reconnaitre des troncs en pour riture, débris d'autres générations qui parvenues à leur maturité ont péri lentement, Selon certains archéologues, de longs siveles ont dù s'écouler, depuis que la forèt a remplacé la demeure de l'homme ; selon d'autres au contraire, ces arbres seraient moins vieux qu'on semble le croire, Dans le Wisconsin, dit le D Lapham (1), il faut de 54 à 130 ans, pour que le diamètre d'un arbre grossisse d'un pied, Parmi ceux actuelle ment vivants, un très pelit nombre dépasse un diamètre de trois à quatre pieds, M. Lapham en conclut qu'ils ne sauraient être de beaucoup antérieurs au xvr' siècle,

Fort-Hill 2) permet de se rendre mieux compte encore des truvaux des Mound Builders (fig. 23). Cette forteresse, tel est le vrai

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…. . . ‘1 , . . A nom qu'il convient de lui donner, s'élève sur une éminence qui 4 on domine une petite rivière, le Paint-Creek. Les murs renferment À el une superficie de cent onze acres. Au-dessus du ruisseau qui k. | va formait une défense naturelle, ils n'ont guère que 4 pieds de É le el

(1) The Antiquilies of Wisconsin; Smith. Cont.,t. VIT. — Southall, Recent Origin : of Man, pT 533. ni (2) Bancroît, Te Nalive Races of the Pacific States, t. IV, p. 755. Es for

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hauteur, partout ailleurs cette hauteur est de 6 pieds et leur épaisseur atteint jusqu'à 35 pieds, Plusieurs portes facilitaient l'accés, L'une d'elles conduit à une enceinte probablement carrée, mais dont les murs ont été en grande partie détruits; aucun fossé ne les défend, et on peut facilement y reconnaitre les traces d'un vaste incendie, Squier place dans cette seconde enceinte, les demeures des habitants construites en adobes, ou bien simples huttes couvertes avec des herbes, des branches d'arbres, la peau des animaux que la chasse avait procurés, A l'intérieur des fortifications, on distingue deux petits enclos, Fun semi-cireulaire, l'autre cireulaire, C'étaient probablement les lieux consacrés à des rites religieux où au conseil des chefs, Ce sont là de pures conjectures; les mœurs, les rites, le mode de gouvernement de ces hommes, restent un problème pour nous.

Un des ouvrages les plus curieux laissés par les Mound Builders est situé dans le Comté de Clarke (Ohio) (1). C'est un fort couvrant une superficie de huit à dix acres seulement et construit à l'extrémité d'une colline baignée au sud par l'Ohio, au nord par un ruisseau large et profond, le Fourteen mile Creek qui se jette dans l'Ohio, à une petite distance de là. Ce monticule de forme conique s'élève à 280 pieds au-dessus du fleuve et présente de ce côté des parois presque perpendiculaires, sauf sur un seul point, où se trouve une faille assez considérable, dont ces hommes avaient vite compris l'importance pour leur défense, Aussi l'avaient-ils protégé par un mur qui n'atteint pas moins de 75 pieds d'élévation et qui est construit en pierres brutes, placées sans mortier ni ciment d'aucune sorte, mais avec une connaissance parfaite de l'art du maçon. A l'intérieur, on distingue encore les traces de nombreux mounds coniques et d'un fossé large et profond. I ne faut pas confondre ces travaux avec d’autres situés dans le Comté de Ross et connus sous le nom de Clark's Works. Ceux-ci comprennent un parallélogramme de 275 pieds sur 177 ; et à la droite de ce parallélogramme,

(1) Cox, 4 Remarkable Ancient Sione Fort in Clarke County, Ohio. Am. Ass., Hartfort (Connecticut), 1874.

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un carré parfait couvrant une superficie de seize acres (1). Les côtés ont 82 pieds de longueur et au milieu de chacun d'eux on peut reconnaitre une porte défendue par un petit tertre, A l'intérieur se dressent, selon une coutume que nous aurons souvent l'occasion de signaler, plusieurs mounds de dimensions diverses.

Beaucoup de ces ouvrages sont reliés entre eux avec un art qui nous surprend à bon droit, Squier a cru reconnaitre un système continu de fortifications, combiné avec une grande intelligence et s'étendant diagonalement à travers l'État d'Ohio, depuis les sources de l'Alleghany (2) et de la Susquehannah (3), dans l'État de New-York, jusqu'au Wabash (4). Le long de la rivière Big Harpetts (Tennessee), des enceintes en terre couvrent tout le pays (5), La ligne du Grand Miami (6) est défendue par trois forts situés le premier à son embouchure, le second à Colerain, le troisième à Hamilton, À partir de ce dernier point, d'autres ouvrages s'étendent à une distance de six milles sur le cours de la rivière, protégeant au nord et à l'ouest, les affluents du Grand Miami, ou s'échelonnant jusqu'à Dayton et Piqua pour compléter ainsi la ligne de défense, Tous ces points sont reliés entre eux pur des mounds isolés, élevés le plus souvent sur des collines d'où la vue pouvait s'étendre au loin (7). On a voulu y voir, probablement avec raison, des postes d'observation destinés à surveiller les mouvements de l'ennemi ou à transmettre des signaux convenus (8).

(1) On estime à près de trois millions de pieds eubes la quantité de terre employée dans ces terrassements, Whittlesey, On the Weapons and Character of the Mound Buillers; Boston, Soc, of Natural History, t. 1, p. 473.

(2) Une des branches supérieures de l'Ohio.

(3) Fleuve qui se jette dans la baie de Chesapecake,

(4) Un des affluents de l'Ohio.

(s) D' Jones, Eæplorations of the aboriginal Remains of Tennessee, Smith Cont., t. XXIE, p. 4.

(6) Un des affluents de l'Ohio.

(7) Le grand mound de Minmisburgh sur l'Ohio, est un des meilleurs exemples que l'on puisse citer, Il mesure 68 pieds de hauteur ct la circonférence à sa base n'est pas moindre de 862 pieds (Short, The North Americans of Antiqui!y, p. 52). Auprès de Cireleville, Le Look-out-Mount avec son mound élevé devait servir au même usage. (8) Force, À quelle race appartenaient les Mound-Builder: ; Cong. des Amerie.

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Ancient-Fort (4) construit sur la rive gauche du Petit Miami, à 230 pieds au-dessus du niveau des eaux, forme en arrière de lu ligne de défense dont nous venons de parler, une véritable citadelle centrale, La longueur de l'enceinte n'est pas moindre de trois à quatre milles et les murs, sur les points où ils ont résisté aux ravages du temps, atteignent près de 20 pieds de hauteur, M, Hosea répétait récemment une remarque souvent faite, que le tracé de ces murs reproduisait l'esquisse grossière du continent des deux Amériques (2). Si le fait est vrai, ce ne peut être là qu'une coïncidence toute fortuite, qui ne mérite guère que l'on s'y arrête, Le Rev, S, D, Peet, se plaçant à un autre point de vue, veut y voir le combat de deux serpents monstrueux (3); c'est là encore un effort d'imagination difficile à admettre, Ce qui est vraiment sérieux, c’est la somme de travail exécuté par ces hommes et la remarquable intelligence dont ils faisaient preuve pour la défense de leur pays.

Nous ne pouvons omettre les ruines d'Aztalan (4), situées sur un bras de la rivière Rock (Wisconsin), Elles ont été découvertes en 1836 par M. Hyer, qui leur a donné le nom qu'elle portent, en mémoire d'une vieille tradition des Mexicains qui faisaient veoir leurs ancêtres du pays d'Aztalan dans le Nord (5). Le trait caractéristique de ces ouvrages est une enceinte en terre, formant les trois côtés d'un parallélogramme irrégulier, dont la rivière ferme le quatrième côté. Hs offrent une grande

Luxembourg, 1877,t.1,p. 125, — Rev, S, Peot, The military Architecture, Am, Ant, janv, 1881.

(1) Hest situé à 42 milles de Cincinnati, Lo Prof, Locke, qui l'a décrit le promier estimait à 628,000 mètres cubes la quantité de toire entrée dans sa construction (Foster, Préh, Races of the U, S., p. 871, — Bancroft, L e,,t, IV, p. 756),

(?) Quart. Journal of Science, Oct, 1874, p. 289,

(3) American Antiquarian, April 1878. — March, 1880.

(4) Milwaukie Ado-rtiser, 1837, — Silliman, Amert'an Journal, t, XLIV, — Laphan, Ant. of Wisconsir, p. 41, pl. XXXIV et XXXV,

(5) Le nom d'Aztalan est dérivé de deux mots mexicains, A// eau, ot An près de; Aztalan, Culhuacan, Aquilasco dans les traditions des Mexicains étaient les villes qu'ils avaient habitées avant leur migration vers l'Anahuac, Rien de moins certain, faut-il ajouter, que cestraditions (Bancroft, Z. e., t. V, p.221. 305), Selon l'abbé Brasseur de Bourbourg Azstalan était situé au nord-ouest de la Californie (Hist. des nat. civilisées, t. II, 292).

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analogie avec ceux de l'Ohio, mais nous ne trouvons plus cette régularité si frappante qui distingue en général les travaux des Mound Builders, Les angles ne sont plus droits; le côté Nord a 600 pieds de longueur, le côté Sud 684 pieds, tandis que le mur Ouest en compte plus du double. La largeur de ces murs approche de 25 pieds; ils sont en grande partie écroulés, aussi est-il impossible de décider leur hauteur primitive (1). Citons une particularité rare et intéressante : ces murs sont renforcés à des distances égales, par des ares boutants ou des bastions, A l'angle Sud-Ouest enfin, il existe deux petites enceintes, que l'on peut désigner si l'on veut comme des ouvrages avancés. Tous ces murs ont été construits avec de la terre mêlée d'herbes et de jones, puis soumis sur plusieurs points à un feu violent destiné sans doute à augmenter leur force de cohésion (2).

En parcourant l'intérieur de l'enceinte, il est facile aujourd'hui encore, de reconnaître un nombre considérable de tertres. Les uns sont des pyramides tronquées s'élevant par étages successifs; les autres des tumuli. Un de ceux-ci a été fouillé; et deux squelettes ont été mis au jour. On a constaté que les cadavres avaient été placés dans une position assise ou repliée. Les os malheureusement tombèrent en poussière, au moment mème de la découverte et ne permirent aucune étude utile.

La plupart des archéologues regardent Aztalan comme une position fortifiée; Lapham seul remarque, et son observation ne manque pas de justesse, que le point où s'élèvent ces constructions, dominé qu'il est de tous les côtés, aurait été bien mal choisi et en contradiction complète avec les traditions de ces hommes. Dans tous les cas, que ces ruines soient celles d'une ville ou d'une simple enceinte fortifiée, elles ont dû être rapidement abandonnées, car les fouilles n'ont donné aucun de ces débris qui prouvent le long séjour de l'homme (3).

(1) Leur hauteur actuelle varie de 30 centimètres à 1",50.

(2) C'est probablement à raison de ce fait que divers voyageurs ont avancé que les murs d'Aztalan étaient construits en briques. Il est permis aujourd'hui d'affirmer le

contraire, (3) Devons-nous voir dans cette habitation de si courte durée, le résultat du carac-

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LES MOUND BUILDERS. 97

M. Putnam, un des plus savants archéologues américains, déecrit à Greenwood, auprès de Lebanon (Tennessee), des talus en terre formant une véritable fortification. Il put reconnaitre l'emplacement de trois portes, puis dans l'intérieur même de l'enceinte, de nombreux tumuli sépuleraux et un mound élevé, formant un cône tronqué aux parois très escarpées et mesurant 15 pieds de hauteur, sur 150 pieds de diamètre à sa base (1). Les fouilles ont donné, à deux étages différents, des pierres calcinées, des cendres, des ossements brûlés, preuves évidentes de grands feux alluinés soit pour des sacrifices, soit pour des festins funéraires. Les demeures de ces hommes devaient ètre des huttes circulaires, dont il est encore possible de retrouver quelques traces. Les sépultures en général étaient éloignées des habitations; mais par un sentiment touchant, les enfants étaient enterrés au foyer même de leurs parents, M. Putnam regarde les habitants de Greenwood comme une des races les plus civilisées, parmi celles qui ont peuplé l'Amérique du Nord. Is cultivaient la terre; ils ne brûlaient pointleurs morts, comme les hommes de l'Ohio; leur céramique et leurs ornements témoignent d’un art véritable; on trouve chez eux le cuivre du lac Supérieur et les coquilles de l'Océan. Sept perles perforées ont été recueillies dans la sépulture d'un enfant, le commerce ne leur était donc pas étranger. Tout annonce une civilisation en progrès.

Sandy- Woods Settlement (2) (Missouri), comprend neuf tumuli el un nombre considérable d'excavations circulaires entourés de murs et d’un fossé extérieur (3). Ce fossé communique à l'Est avec un marais; aussi a-t-on supposé qu'il était destiné à ainener aux habitants l'eau nécessaire à leurs besoins et que

tère superstitieux des Indiens qui pousse ces hommes à abandonner subitement un lieu, où un malheur imprévu, une épidémie, une défaite par exemple, les avaient frappés ?

(1) Report Peabody Museum, 1818, t. II, p. 339.

(2) W. P. Potter, Arch. Remains in S. E. Missouri. Saint-Louis Acad. of science,

(5) La hauteur actuelle des murs varie de 2 à 3 1/2 pieds; leur largeur est de 7 pieds à la base. Le fossé a 3 pieds dans sa plus grande profondeur; sa largeur est de 7 pieds.

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le mur avait été élevé, plutôt pour l'opposer aux inondations, que pour les besoins de la défense. Le plus important des tumuli, dont nous venons de parler est de forme rectangulaire; le: faces Nord et Sud ont 246 pieds de longueur ; les faces Est et Ouest, 118 seulement. Son élévation, de plus de 16 pieds au nord est de 19 pieds au sud. Îl est couronné par une plate-forme d'accès assez facile (4); cette plate-forme est couverte de nombreux fragments de briques mal cuites, grossièrement fabriquées et portant presque toutes des empreintes d'herbes ou de pailles, mêlées à l'argile avant la cuisson. Les fouilles exécutées sous ce tertre n'ont rien produit. Lesfouilles des autres mounds ont été plus fructueuses : surtout celles de deux mounds circulaires destinés à la sépulture des membres de la tribu et qui devaient renfermer de cent à deux cents squelettes dans chacune de leurs couches (2). Quelques-uns des cadavres avaient été placés dans une position repliée, d'autres accroupis sur eux-mêmes, mais le plus grand nombre était étendu tantôt sur le dos, tantôt sur le ventre, tantôt sur le côté. On a remarqué que la terre qui les recouvrait, n'appartenait pas au terrain même, et qu'elle avait dû être apportée de loin. Ce dernier fait est significatif et témoigne du respect que ces hommes portaient à leurs morts et de l’importance qu'ils attachaient à leurs rites funéraires. Les vases, les poteries diverses déposés auprès des cadavres, étaient nombreux et on à pu recucillir de huit cent à mille fragments. Comme à Greenwood, des excavations circulaires marquent l'emplacement des habitations. Leur profondeur cest d'environ soixante centimètres, leur diamètre de neuf mètres. La présence exelusive sur certains points d'amas d'argile brûlée, de cendres, de fragments de cbarbon, d'ossements d'animaux calcinés, indique le foyer. Il était le plus souvent au centre même de l'habitation et la fumée, selon la coutume de nombreuses tribus

(1) Cette plate-forme mesure 108 pieds sur 51.

(2) La décomposition presque totale des os n'a permis aucune appréciation sérieuse. Le premier rang de cadavres avait été placé au niveau du sol, le second à un pied environ plus haut,

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LES MOUND BUILDERS. 99

sauvages, devait s'échapper par un trou pratiqué dans le toit.

Toutes les dépressions dont nous venons de parler, sont groupées sans ordre dans l'enceinte, Chacun choisissait au gré de ses convenances ou de ses besoins, le lieu qui lui plaisait et y élevait sa demeure.

Les rives de Little-River offrent de nombreux établissements, présentant des caractères à peu près analogues à ceux que nous venons de raconter, Ici c'est un mound elliptique (1), entouré d'un mur et d'un fossé; plus loin est le Mound-Group situé dans Lewes-Prairie, où l'on a relevé les traces d'un double mur (2). Sur d'autres points, un voit des mounds, des levées souvent d’une grande longueur, destinées à défendre les approches d’une rivière ou d'une source, des excavations indiquant l'emplacement d'anciennes habitations.

Sur bien des points différents, les travaux de l'homme ont résisté au temps et ont porté jusqu'à nous la preuve la plus cerlaine de son existence.

Si nous quittons un instant les États-Unis, nous trouvons auprès de Juigalpa dans le Nicaragua, une suite de tranchées qui s'étendent sur plusieurs milles de longueur (3). Leur disposition

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Fig. 24. — Tranchées à Juigalpa (Nicaragua).

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est bizarre (fig. 24;5 à iftigent ordinaire :v àrié de 3 à 4 mètres ct elles présentent de‘dfstiriéeén distance, ‘dés’réservoirs ovales, dont le grand axe atteitif f jsqueà 494 mètres, Dans chacun de ces réservoirs on compte “ilernativément deux et quatre mounds. On ignore le peuple qui à exécuté ces travaux et leur usage. Il

(1) Ge mound mesure 110 pieds et 70 pieds sur chacun de ses axes. Sa hauteur est de 11 pieds.

(2) Une congrégation religieuse avait utilisé un des mou: ls de Leiwes-Prairie, pour y édificr une église. A ce moment de nombreux ossements parasssent avoir été dispersés ; aussi les fouilles du Prof, Swallow restèrent-elles stériles.

(3) Boyle, À Ride acrossthe Continent, t. 1, p. 212.

semble probable qu'ils étaient destinés à protéger le pays contre une invasion ennemie.

Il était impossible d'omettre ces tranchées, que rien ne rappelle dans toute l'Amérique centrale ; nous ne pouvons pas cependant multiplier des répétitions inutiles et nous nous contenterons d'ajouter que si on rencontre rarement des fortifications au sud du Missouri, elles sont nombreuses dans l'Iowa, dans le Wisconsin et dans l'Indiana. Dans ce dernier État et dans l'Illinois, leur forme se rapproche du carré, dans l'Iowa et dans le Missouri, elle est le plus souvent triangulaire ; mais toujours on constate la grande régularité des constructions, l'existence d'un mound central, et autant que l'on peut en juger aujourd'hui, certains rapports entre la hauteur de ce mound et celle des murs extérieurs. Sur toutes les rivières qui viennent du Sud et qui se jettent dans le lac Érié ou dans le lac Ontario, on rencontre aussi des forts nombreux; mais ceux-ci présentent un type bien différent de ceux que nous venons de citer ; ils sont irréguliers et ne renferment aucun de ces tertres si caractéristiques du peuple dont nous recherchons les traces.

Le travail considérable qui a été nécessaire pour l'érection de ces fortifications, surtout avec les moyens limités que les Mound Builders avaient à leur disposition, permet d'affirmer, qu'elles étaient permanentes, et l'œuvre de plusieurs générations successives. Un des anciens présidents des États-Unis, le général Harrison, à pu dire avec raison à la Société historique de l'Ohio (1) : « Assurément cesslprtifivations n'ont pas éié élevées pour arrêter une invasion subite; la hauteur des murs, la solidité de leur construction, montrent que le péril centre lequel ils étaient destinés à protéger les populations, se renouvelait constamment. » La guerre et la lutte ont été de tout temps le triste apanage de l'humanité et le nouveau continent ne pouvait pas en être plus exempt que l’ancien.

(1) Transactions Hist. Soc. of Ohio, t. 1, p.263. Le général Harrison ajoutait : « The three mounds that I have examined, those of Marictta, Cincinnati and at the mouth of the Great Miami particularly the latter, have a military character stamped upon them which cannot be mistaken. »

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