‹ L'Amérique préhistorique [microforme]Chapitre 24 sur 113 · PRE · texte numérisé non relu

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différent comme grandeur : celui du sud avait 12 pieds de hauteur sur 27 pieds de diamètre; celui du nord 4 pieds seulement de hauteur et un diamètre de 22 pieds. Treize petits tertres enfin, dont les dimensions ne sont pas données, complètent l'ensemble de ce groupe remarquable, qui à dû coûter à ses constructeurs un travail d'autant plus grand qu'une partie des matériaux employés ne se trouve qu'à des distances considérables.

Voici maintenant l'explication donnée par M. Conant. La tombe principale (a) serait la dernière demeure d'un grand chef: La Tortue noire; les quatre mounds (f) qui forment les coins du rectangle, auraient été élevés en signe du deuil de fa tribu: les lertres secondaires seraient la sépulture d'autres chefs, et les petits mounds érigés au nord et au sud correspondraient au nombre de corps qui y avaient été déposés. Les deux tertres en pointe (d) indiqueraient que la Tortue noire était le dernier de sa race, etles deux grands tertres, l'importance de cette race et de la dignité qui lui appartenait. Enfin les deux mounds (e) à droite et à gauche de la tombe royale marqueraient la sépulture des prophètes ou des devins qui jusqu'à nos jours ont continué à jouer un grand rôle parmi les tribus Indiennes. Les fragments de mica (1) trouvés dans ces tombes seraient l'indication de leur dignité. On a remarqué en effet que c'était au moyen de la réverbération du soleil sur des plaques de mica, que les prètres obtenaient le feu sacré toujours entretenu avec un soin superstitieux ; et que que quand le mica se rencontrait dans une sépulture, il était rarement accompagné d’autres objets, des poteries ou des silex taillés, par exemple.

De tous les mounds érigés sur le sol américain, les plus curieux sans contredit, sont ceux qui représentent des animaux (2). On les trouve dans l'Ilowa, l'Ohio, l'Illinois, le Missouri, l'Indiana et

(1) Les mines où se rencontre le mica se trouvent priucipalement dans les monts Alleghanys, Il est certain qu'elles ont été exploitées de toute antiquité dans la Caroline du Nord, On ne connaît aucune mine dans l'Ohio, où le mica a été cependant rencontré en grande abondance, (Nature, 1880, 2 sem., p. 71). —. Foster, Prehistoric Races of the U.S., p. 148.

(2) Ils ont été reconnus et décrits pour la première fois par M. W. Pidgeon, en 1853,

Fertres animaux

en général dans tous les états compris dans le Far West: mais le centre principal de ces singulières érections parait avoir été le Wisconsin, où on les compte par milliers (1). Ce sont des hommes dout le corps, la tête, les bras, les jambes sont encore reconnaissables, des mammiféres, qui atteignent jusqu'à 60 mètres de longueur, des oiseaux (2), dont les ailes ont 30 mètres et plus d'envergure, des reptiles, des tortues, des lézards de dimensions colossales; dernièrement encore M. Pidgeon signalait dans le Minnesota, une immense araignée dont le corps et les pattes couvraient un acre de terrain (3).

Ces tertres de formes diverses, sont groupés sans ordre apparent, tantôt à côté de pyramides ou de cônes tronqués, tantôt au milieu de cercles ou de parallélogrammes qui les rattachent aux constructions que nous venons de raconter. C’est toujours la mème pensée, probablement le même rite; la forme seule varie. À Pewaukee (Wisconsin),on peut voir réunis sept tortues, deux lézards et quatre tertres de forme elliptique. Une des tortues, la plus grande de celles découvertes jusqu’à ce jour, ne mesure pas moins de 450 pieds. Un peu plus loin, dans Dane County, on rencontre tout un groupe de quadrupèdes (4), des bisons selons les uns, des pumas selons les autres. Avec beaucoup de bonne volonté, on peut reconnaître sur d’autres points, des élans, des ours, des loups, des panthères, des aigles, des oies sauvages, des hérons, voire même des grenouilles. Ce qui est plus certain, c'est qu'il est facile d'apercevoir de loin ces tertres dans les vastes plaines de l'ouest, bien que leur hauteur dépasse rare-

(1) Quelques Américanistes ont supposé que les tertres animaux étaient peut-ûtre destinés à reproduire le fotem ou le signe distinctif de la tribu. Ce signe était le plus souvent un animal, l'aigle, le loup, l'ours, la tortue, le renard par exemple. Les fai-

bles rapports que nous trouvons entre les Indiens actuels et les Mound-Builders permettent de douter de cette conjecture.

(2) On vient de découvrir récemment des mounds en forme d'oiseaux dans le comté de Putnam (Géorgie). C'est 1 un fait intéressant, car jusqu’à présent on ne connaissait de tertres semblables, que dans les États du Nord et de l'Ouest (Bird Shape Mounds in Putnam County (Georgia) Ant. Inst. of Great Britain and Ireland,

(3) Conant, £. c., p. 96.

(4) Leur longueur varie de 82 à 114 pieds.

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Parmi les mounds justement célèbres de l’autre côté de l'At- |

* Jantique, nous choisirons une figure humaine (fig. 34). IL n'est

Fig. 34. — Tertre figurant un homme.

gure possible de se méprendre sur l'intention qui a presidé à son exécution, Une tradition plus ou moins ancienne, veut que ce mound ait été érigé en l'honneur d’un chef tué dans un combat. Le petittertre placé entre ses jambes, aurait été consacré à la mémoire du fils, tué en combattant à côté de son père. On peut également citer l'Alligator de Granville (Ohio) (fig. 35), la longueur du corps est de 205 pieds, celle de chacune de ses * pattes de 20 pieds: le lézard du comté de Licking; un masto- : donte (fig. 36) (2) situé à une petite distance de la jonction du Wisconsin et du Mississipi. Ce dernier tertre imite si exactement les formes et les proportions de l'animal, qu’il paraît impossible

(1) I convient d'ajouter que les nombreuses fouilles qui ont été tentées sous des mounds de cette catégorie n'ont jamais rien produit.

(2) On signalait récemment des figures d'animaux grossièrement gravées sur les parois d'une caverne située dans la vallée de la Crosse auprès de West Salem (Wisconsin) et qui avait longtemps servi d'habitation à l'homme. Parmi ces animaux on a cru aussi reconnaître le mastodonte (Americ. Antiquarian, avril 1880).

De NabaAILuac, Amérique. 9

que l'artiste ne l'eût sous les yeux, ou tout au moins qu'il n'en H eût pas connaissance par une tradition récente (1). 4 SU VIN 11 \ 7 ï \ RU NE | UN Re ) j KK Sechon ceurée de la monéigne Lu Pé Fig. 35, — Tertre représentant un Alligator (vallée du Mississipi). Un singe découvert dans le Wisconsin peut avoir 160 pieds de longueur. Sa queue forme un demi-cercle qui déroulé ne mesu- SCPV ces | pen une ete forrr N sur Fig. 36. — Tertre figurant un mastodonte.

repr rerait pas moins de 320 pieds (2). Un oiseau est représenté au Dorr (1) Smith. Cont., 1872, p. 416. F4

(2) Foster, Prehistoric Races, p. 101. : (1)

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s qu'il n'en À joment de s'envoler; sous l'une des ailes on remarque un petit " ortre elliptique. M. Lapham prétend y voir toute une allégorie ; l'oiseau conduit à la terre des esprits, l'âme de celui auquel le mound était consacré; et cette âme est figurée par le petit tertre sous son aile (1).

Nous ne saurions omettre le grand serpent érigé sur une colline qui domine le Brush-Creek (Adam's County, Ohio). Ses replis donnent une longueur de 700 pieds environ et il semble avaler un œuf, qu'il tient dans sa gueule et qui est représenté par un tertre elliptique dont le grand axe mesure 160 pieds. IL est probable qu'ici encore nous sommes en présence d'une allégorie. Le serpent joue un grand rôle dans là mythologie des anciens Américains. Nous le voyons représenté sur leurs poteries (fig. 37). Sur dix-huit coquilles de Pyrula con-

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Nous avons des exemples plus curieux encore. On rencontre sur plusieurs points, sans que nous puissions l'intérpréter, la représentation d'un serpent avalant la tête d’une tortue. Les présenté au Dominicains de Mexico ont conservé, au-dessus de leur porte

(1) Ant. of Wisconsin, pl. XLVI, fig. 4.

d'entrée, un antique bas-relief, où l'on peut voir un serpen broyant dans ses replis une victime humaine, À Chichen-ltzs des serpents colossaux sont peints et gravés sur les murs de palais. Auprès de Jalapa, dans la province de Vera-Cruz, on distingue un serpent de 15 pieds de longueur sculpté su un rocher (1), et ces mêmes serpents se trouvaient sur les bas. reliefs du temple de Huitzilopochtli, qui remonte au temps de grandeur des Aztecs, comme sur les murs des édifices de Cuzco, témoins de la splendeur péruvienne.

Le nom mème des peuples rappelle le culte du serpent. Les Nahuas, qui partagent avec les Mayas l'honneur des premières civilisations connues de l'Amérique, sont souvent appelés les Culhuas ou les hommes de la race du serpent, et chez les Mayas, l'Empire de Xibalba était connu sous le nom de l'empire des Chanes ou des serpents. Ne doit-on pas faire remonter à cette origine la vénération que certaines tribus Indiennes du Nouveau Mexique professent encore aujourd'hui pour un serpent à sonnettes très redoutable, la Vivora Grande? Hs le conservent dans certaines grottes de leurs montagnes, dont ils cachent l'acces avec un soin jaloux, et où ils vont, dit-on, l'adorer en secret (2.

Un groupe étrange s'‘lève sur la rive nord du Wisconsin (fig. 38) et offre aux explorateurs une véritable énigme (4. IL comprend un élan de 180 pieds de longueur placé horizonlalement et une représentation humaine de 160 pieds, perpendiculaire au premier. L'homme s'appuie sur un talus de 80 pieds de longueur, sur 6 de hauteur et 27 de diamètre Sur la mème ligne, on voit une série de tertres gradués de forme conique; le plus grand présente le mème diamètre que celui sur lequel l’homme s'appuie. Est-ce là seulement un rapproche ment fortuit? C’est ce qu'il est impossible de dire. Les deux bois de l'élan sont de grandeur inégale et à ses pieds est un de ces tertres coniques de grande dimension, qui signifient l’ex-

(1) Rivero, Hist. de Jalapa. Mexico, 1869, t. I, p. 7. (2) Bandelier, Ruins of the Pueblo of Pecos.

(3) Conant, L. c., p. 32 cts.

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LES MOUND BUILDERS, 193 linction d'une race, Ce groupe aurait été, rapporte-t-on, consaeré à l'alliance de deux tribus, dont l'élan et le buffle étaient les totem, où les armes parlantes, Ces tribus jadis puissantes, épuisées par de longues et sanglantes luttes, s'étaient réunies pour la défense commune, et leur alliance est indiquée par la jonction de la main de l'homme et du pied de l'élan. Les deux tertres à droite et à gauche étaient des autels, sur lesquels on offrait chaque année des sacrifices en mémoire de l'union des deux tribus. Une couche de terre brûlée, de cendres et de char-

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Fig. 38, — L'homme et l'élan, tertre situé dans le Wisconsin,

bons, atteignant jusqu'à 1% pouces d'épaisseur, parait justifier cette destination, Un vieil arbre a poussé ses racines sur les tertres : ses cercles concentriques attestent une vie de 424 ans; c'est la seule donnée que nous ayions sur l'âge de ce groupe intéressant.

Plusieurs mounds présentent une variété qu’il faut signaler. Les animaux, de dimensions à peu près semblables à celles que nous venons de dire, sont figurés non plus en relief, mais en creux ; non plus par un tertre, mais par une excavation. Nous citons le fait, tout en reconnaissant que l'imagination peut ici se donner libre carrière.

Sur d’autres points, on nous dit les représentations d'objets inanimés, une croix sur les bords du lac Michigan (1); dans

(1) Lapham, Ant. of Wisconsin, p. 20 et 39, pl. XXXI, fig. ? et 3.

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Canaux.

l'Ohio, une croix cette fois de forme grecque de 27 mètres de longueur, et portant au centre un grand bassin de 6 mètres de profondeur, On peut aussi distinguer une croix dans la vallée formée par la rivière Rock, Ses bras paraissent être égaux: mais déjà la charrue a commencé son œuvre de destruction, et il n'est plus possible de s'assurer de leur longueur, Un tertre sur les bords du Scioto (1) représente un bateau de 48 mètres de longueur sur 27 mètres de largeur; un peu plus loin, l'explorateur découvre des groupes qu'il peut regarder selon sa fantaisie du moment, comme des massues où comme des pipes. Nous ne sommes pas disposés à attacher une importance tres grande à des ressemblances probablement toutes fortuites, Mais si nous restons incrédules devant certaines représentations, que l'on prétend nous faire admettre, il est difficile de se défendre d'un sentiment d'étonnement, en voyant ces hommes entreprendre des travaux aussi gigantesques, et les achever par leur seul nombre et avec leurs seules forces, et cela au moyen de quelques misérables silex, tout au plus de quelques outils en cuivre. Le fer et le bronze paraissent leur avoir été toujours inconnus (1) et sur aucun point du vaste territoire qu'ils ont occupé, les fouilles n'ont révélé l'existence ou l'emploi d'un autre métal que le cuivre. Mais cet étonnement redouble, quand on nous les montre creusant des canaux pour établir des communications par eau, le signe éclatant d’une population nombreuse, d’un commerce important, d’une civilisation avancée (2). On a reconnu récemment dans le Missouri, la trace de ces canaux. Le D' C. Swallow, directeur de l'exploration géologique de l'État, les signalait à l'attention des archéologues eten décrivait un qui avait 50 pieds de largeur sur 12 pieds de profondeur. 11 en existe sur divers autres points. Tous sont systématiquement conçus et exécutés avec une grande intelligence des difficultés du terrain et sans doute aussi des besoins de la population. Les tremblements de terre ont oblitéré sur bien des

(1) W. de Hass, Arch. of the Mississipi Valley; Am. Ass, Chicago, 1868. (2) Conant, L, c., p. 17:

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points leurs tracés, les pro:vès de la culture nivellent incessamment les levées ; mais il est facile aujourd'hui encore de reconnaitre l'œuvre de l'homme, et on a pu suivre sur un parcours de soixante-dix milles une série de canaux qui mettaient le Mississipi en communication avec Big Lake, Cushion Lake et Collins Lake (1). Sur ces canaux, on naviguait avec des barques, les Mound-Builders, il est permis aujourd'hui de l'affirmer, savaient les excaver dans des troncs d'arbres à l'aide du feu (2), C'étaient les procédés analogues à ceux employés er Europe à l'origine de la navigation. Des découvertes récentes font également connaître les palafittes qui s'élevaient sur les grands lues du Nord (3). 'arlout les mêmes besoins amènent les mêmes efforts de l'intelligence, les mèmes créations de l'industrie, C’est là un point d'une véritable importance.

Quels étaien, donc ces Mound-Builders, dont l'existence nous a été si subitement révélée ? D'où sont-ils venus? Comment ont-ils disparu ? Ce sont là des interrogations que nous répétons sans cesse, elles dominent tout notre travail, Avant d'aborder ces questions si difficiles, si insolubles même dans l'état actuel de nos connaissances, il faut décrire les poteries, les ornements, les reliques de toute sorte, qui restent comme les témoins de ces hommes. Leur étude permettra de mieux saisir les liens qui les rattachent aux autres races américaines.

(1) Lettre de M. Carlton, citée par Conant, Foot Prints of Vanished Races, p. T8. (?) Schoolcraft, Archives of Aboriginal Knowledge, t. 1, p. 16. (3) Am, Antiquarian, Jan. 1881, p. 141.

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