‹ L'Amérique préhistorique [microforme]Chapitre 42 sur 113 · CULTURE · texte numérisé non relu

CULTURE

d'lowa. Leur diamètre varie de dix à soixante pieds; leur élévation de deux à trois pieds. Les fouilles nombreuses et minutieuses n'ont donné aucune relique, aucun ossement, aucun fragment de poterie, ancun amas de cendres ou de charbons pouvant attester le séjour ou la sépulture de l'homme, On ne saurait donc les comparer ni aux Kjôkkenmôüddings, ni aux mounds sépuleraux.

Le professeur Forshey nous apprend aussi leur existence dans la Louisiane; là les dimensions sont plus considérables ; leur diametre varie de trente à cent quarante pieds (1); leur hauteur atteint cinq pieds, pour de endre jusqu'à quelques pouces dans les marais immenses, qui s'étendent au loin sur les rivages du golfe, Sur quelques points ces levées se touchent, et entre Galveston et Houston, entre la rivière Rouge et Ouicheta, on les compte par nalliers. En les décrivant devant l'Académie des sciences de Ja Nouvelle-Orléans, M. Forshey ajoutait : « Ces levées n'ont pu servir de fondation à la demeure des hommes ; aucun des animaux fouilleurs connus n’exécute de semblables travaux : les ouragans ne sauraient accumuler les matériaux avec une telle régularité. Il est impossible de rien dire de précis sur leur origine, elle me semble inexplicable, » D'autres archéologues sont plus affirmalifs; pour eux ces levées n'ont pu servir qu'à la culture et leur but était de reméaier à l'humidité du sol, aujourd'hui encore le grand obstacle que rencontrent les cultivateurs, dans les riches plaines de l'Ouest.

Si nous devons en croire certains Américanistes, les Mound- Builders cultivaient le maïs, les haricots (2), peut-être mème la vigne. Un explorateur récent décrivant les fouilles d'un mound dans l'Utah (3), rapporte avoir trouvé une poignée de blé, dont quelques grains soigneusement ramassés, ont donné, l'année suivante, un épi singulièrement long, portant des grains nombreux et d'une forme tout à fait distincte des céréales actuelles ; mais, nous l'avons déjà dit, tout le récit de cette découverte est

(1) Le diamètre de 140 pieds, faut-il ajouter, ne s'est rencontré qu'une seule fois. (2) Les frijoli, importés par les Espagnols en Europe. (3) Amasa Potter. Voy. note 2, p. 181.

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Origine et migrations des Mound:- Builders,

184 L'AMÉRIQUEÉ PRÉHISTORIQUE,

accompagné d'une telle exagération, qu'il est impossible de l'admettre jusqu'à plus ample informé.

En résumé, durant des siècles, dont il est bien difficile dans l'état actuel de nos connaissances, de supputer la durée exacte, une même race couvrait toute la vaste région comprise entre le Mississipi et les Alleghanys, entre l'Ohio au Nord et le golfe du Mexique au Sud. Ces populations étaient nombreuses, à en juger par Îles constructions qui permettent de les connaître ; homogènes, car partout nous constatons les mêmes rites funéraires et religieux, les mêmes arts et la mème industrie: sédentaires, des nomades n'auraient élevé ni de semblables temples, ni de semblables retranchements; pastorales et agricoles, la chasse seule n'aurait pu fournir à leurs besoins; soumises à des chefs, une autorité despotique était indispensable, pour exécuter les travaux qui restent leurs témoins; commercçantes enfin, car sousles mêmes mounds, on rencontre le cuivre du lac Supérieur, le mica des Alleghanys, l'obsidienne du Mexique, les perles et les coquilles du golfe. Tout témoigne que ces hommes, dont nous recherchons les traces, s'étaient élevés depuis longtemps au-dessus de la barbarie des premiers âges et qu'ils étaient parvenus à un état de civilisation comparative. Ilest certain que, comme chez toutes les races barbares, dont l'histoire nous permet de suivre l'évolution, cette civilisation n'avait pu se former que lentement et progressivement.

Quels étaient ces hommes, dont les travaux excitent un si juste étonnement, nous faut-il maintenant demander? comment ces constructeurs ont-ils disparu? S'ils étaient autochthones où ont-ils puisé leur connaissance de l'architecture, des arts utiles, de l’agriculture ? S'ils étaient arrivés par immigration de régions

voisines ou de continents éloignés, quels étaient ces continents?

Quelles étaient ces régions? Par quelle voie les Mounds-Builders sont-ils venus etcomment tout souvenir de leur disparition s'est-il effacé de la mémoire de leurs vainqueurs ou de leurs successeurs ? On ne peut dissimuler ni la portée de ces questions pour le passé de la race humaine, ni l'impossibilité actuelle de

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ORIGINE ET MIGRATIONS, 18ù

leur donner une solution mème incomplète. Nous ne pouvons qu'exposer les données du problème et les opinions qui se sont successivement fait jour,

Deux courants divisent ceux qui se sont plus particulièrement livrés à ces études, dont les préoccupations religieuses viennent malheureusement aggraver les difficultés, déjà si grandes par elles-mêmes. Pour les uns, les Indiens actuels représentent les Mound-Builders: les autres au contraire affirment que les constructeurs des grands tertres ont absolument disparu et se refusent à admettre que les sauvages barbares et nomades qui vivent encore dans l'Amérique du Nord, puissent être leurs descendants. I convient d'examiner tour à tour les arguments et les objections qui ne font défaut à aucune des théories mises en avant.

Ce qui est vrai, c'est que les mounds présentent entre eux une telle analogie, qu'ils ne peuvent être que l'œuvre d'une race unique, « They, were all built by one people » a-t-on dit avec infiniment de raison (1); ce qui est non moins certain, c'est que leur érection a nécessité de longs siècles. Les hommes qui ont exploité les mines du lac Supérieur, qui ont érigé des mounds tels que ceux de Newark, de Portsmouth, de Cincinaii, de Chilicothe, de Circleville, des fortifications comme celles de l'Ohio, ont longtemps vécu dans ces régions, sans que l’on puisse fixer les limites exactes de leur occupation, La question de temps est tellement connexe à celle de l'origine, qu'il est impossible de les séparer.

Une première remarque s'impose : dans les cavernes et sous les tumuli de l'Europe on retrouve de nombreux ossements humains, datant souvent de l'antiquité la plus reculée, tandis qu'il n'en est pas de même en Amérique. Là, les fouilles ne donnent le plus souvent que quelques petits amas de poussière blanche, derniers vestiges de l'homme, et jamais on n'a mieux compris qu'en les contemplant, la vérité des paroles que l'Église

(1) Conant, £. e., p. 39.

Les Mound- Builders ont disparu, sans

laisser de descendants,

180 L'AMÉRIQUE PRÉHISTOHRIQUE,

catholique adresse aux fidèles : Memento Homo, quix pu, es. Cette destruction provient-elle de la grande antiquité du dépôts, ou bien de la constitution chimique du sol et de l'action qu'elle exerce sur la rapide décomposition des ossements? |] oi difficile de se prononcer; mais il faut remarquer que des os. ments humains ont été trouvés sur bien des points de l'An. rique et il est impossible d'admettre une constitution loujoun identique du sol dans les régions, si différentes à tous les point, de vue, où les fouilles ont été tentées.

Il a été également observé que l'on rencontre rarement lx mounds sur les assises inférieures de l'Ohio ou de ses tributui. res (1). Presque tous sont érigés sur les terrasses formées par les alluvions les plus anciennes; et quelques-uns ont gardé jusqu'à nous, les traces des grandes inondations qui ont achevé le creu. ment des vallées. On a voulu en conclure que leur érection avait précédé ces inondations, Ce serait là un fait capital; mais n'est-il pas plutôt permis de supposer que ces hommes avaient su choisir les emplacements de manière à éviter les grandes eaux, dont ils avaient appris de bonne heure à connaître les désastreur effets (2).

Les géants de la forêt ont couvert les terrassements artificiels, et plusieurs générations d'arbres ont succédé tour à tour (3 à la demeure de l'homme. Ces changements ont sûrement exige un temps très long. « La marche que suit la nature pour remettre la forêt dans son état primitif, après qu'elle a été défrichée, estextrèmement lente, disait le général Harrison dans un

(1) La différence de niveau entre les hautes et basses oaux est de 35 pieds pour le haut Mississipi, de 30 à 35 pieds pour le Missouri et de 42 pieds pour l'Ohio.

(2\ Des découvertes nouvelles permettent d'ajouter que quelqu'uns des mounds sélèvent sur le sol formé par les alluvions les plus récentes. Ce fait prouverait qu l'érection des mounds a duré de longs siècles,

(3) Sur plusieurs points on a constaté que des arbres six fois séculaires croissent sur la poussière d'une forèt préexistante, Les arbres se sont affaissés sur le sol pour y devenir la proie lente de la pourriture végétaie, On aperçoit des aspérités ou des bosses provenant de la terre qui a été soulevée par les racines au moment de la chute, c'est la présence de ces bosses qui atteste, sans qu'il soit possible de s'y méprendre, que la forèt s'est renouvelée. Stronck, Repères chron. de l'hist, des Mound-Builders. — Force, the Prehistoric Man., p. 63.

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discours que j'ai déjà rappelé (D. Les riches terres de l'Ouest sont, il est vrai, bientôt recouvertes; mais le caractère de la nouvelle forêt est essentiellement différent, et cette différence persiste longtemps. Sur plusieurs points de l'Ohio, sur la ferme mème que j'oceupe, on a fait des défrichements à l'époque où le pays a commencé à être habité, Plus tard les parties défrichées ont été abandonnées et l'on y a laissé repousser les arbres, Quelques-unes de ces nouvelles forêts ont maintenant plus de cinquante ans; mais elles sont si peu semblables à la forèt immédiatement contiguë, que tout homme qui réfléchit, doit, en les voyant, arriver à la conclusion qu'il faudra au moins dix fois cinquante ans avant que l'assimilation soit complète, Nous retrouvons dans celles qui recouvrent les anciens travaux, toutes les variétés d'arbres qui donnent à nos forêts une beauté sans égale. Quand la forèt a été défrichée et qu'elle est ensuite abandonnée à la nature, elle reste presque homogène et ne consiste souvent qu'en une, deux ou tout au plus trois essences... Quelle immense antiquité doivent done avoir les travaux dont on a si souvent parlé, recouverts qu'ils sont par des forêts qui se sont renouvelées au moins deux fois depuis leur abandon, »

Lapham lui-même, si peu disposé à admettre la grande antiquité des mounds, n'hésite pas cependant à attribuer au crâne trouvé par lui à Racine, une date minima de dix siècles (2).

M. Barrandt cite sur la rivière Yellowstone (3), une véritable ville, à Mound-City, comme il l'appelle, ayant des avenues parfaitement droites et des tertres construits à des distances régulières. Une autre ville à peu près semblable sur la rivière Moreau, renfermait près de deux cents mounds; une troisième enfin s'élevait sur les bords du Grand Cheyenne (Nebraska). Dans le Missouri et dans l'Arkansas, on voit aussi des tertres assez nombreux de forme elliptique, mesurant de cinq à

(1) Trans, Hist. Soc. of Ohio, t. 1, p. 263. — Voy. aussi Arch, American, t. I, p. 306. (2 The Antiquities of Wisconsin, p. 19.

(3) Smith. Report, 1870. La rivière Yellowstone se jette dans le Missouri, après un

parcours de 1,600 kilomètres,

sept metres de longueur et ne s'élevant guère que de trente , cinquante centimètres au-dessus du sol, Tous sont symétrique ment rangés, avec des passages se coupant à angles droits comm nos rues (1). Les fouilles n'ont donné que des charbons où de fragments de poterie grossière, ne pouvant fournir aucune ind) cation utile (2), Cette régularité, cette svmétrie sur tant d points différents, paraissent une réponse péremploire à ceux qu veulent attribner ces travaux aux Indiens, car ilest remarquabl que ceux-ci n'observent jamais un ordre semblable dans l'évec. tion de leurs habitations ou de leurs wigwams, Avart de le élever ils creusent la terre autour des fondations, l'emplacement est done marqué par une excavation, ce qui permet de les distin guer facilement des travaux des Mound-Builders, Nous avons précédemment montré (3) que des différences analogues se rencontraient dans les fortifications (4), Les Indiens ne présentent n: dans leur langage, ni dans leurs mœurs, ni dans leur industrie, cette unité si frappante chez les races que nous étudions ; ils sont incapables de creuser des canaux, d'utiliser par le martelage le cuivre qu'ils rencontrent dans leurs voyages, de fabriquer des poteries semblables à celles produites par ces hommes inconnus (5).

Sur aucun point enfin, on ne trouve chez eux une tradition sérieuse sur l'origine des mounds; nulle part ils ne prétendent les attribuer à leurs ancêtres (6); nulle partils ne leur témoignent

(1) 9. Dille, Smith. Report, 1866.

(2) Dans les environs, il a été recucilli de nombreuses pointes de flèches on jaspe et en agate, des haches en syénite ot en porphyre; mais on ne peut établir aucune connexité entre ces instruments et les mounds (Narrative vf a Journey acros the Cordillera of the Ande:, London, 1825).

(3) Chap. nt, p. 101.

(4) « The practice of throwing up an embankment at the foot of palisades, although seemingly a very natural one, does not however secem to have been noticed among he Indian tribes of New-York » (Bancroft, £. c., t. IV, p. 750),

(5) « They far exceed anything, dit Squier, of which the existing tribes of Indians aro known to have been capable. »

(6) Bartram (Travels through North and South Carolina, Georgia ete, Phil

delphia, 1791) notamment rapporte que les Indiens du Sud attribuent à une race étrangère les mounds, même ceux sur lesquels leurs chefs avaient établi leur demeure.

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le respect superstitieux, dont ils entourent la sépulture des leurs, Mais il est juste d'ajouter qu'à l'exception des Creeks, il n'est peut-être pas une seule de ces tribus Indiennes en possession d'une tradition de quelque valeur sur sa propre histoire, remonint à plus d'un sièele, et que ce fait, tout extraordinaire qu'il puisse paraitre, se rencontre fréquemment chez les races barbares, absorbhées qu'elles sont par les dures conditions de l'existence,

Ainsi done l'ancienneté des mounds, l'unité de leur conception, la similitude de leur construction, conduisent à la mème conclusion, Entre cette race intelligente et artistique et les Indiens sauvages et nomades, nullien n'a pu exister: les Mounds- Builders vaincus ont pu être chassés des régions qu'ils habitaient; ils ont pu être rejetés vers le sud; ils ont pu disparaitre dans de longues et sanglantes guerres; ils ont pu être décimés par des maladies pestilentielles (1); rien ne permet de supposer que les Peaux Rouges soient leurs descenda: ts dégénérés,

L'opinion contraire est soutenue avec non moins de conviction, Silest vrai que l'on ne trouve chez les Indiens du Nord aucune construction qui rappelle celles des Mound-Builders, et que souvent ils n'ont même pas pour la sépulture de leurs morts, songé à utiliser les tertres qui se dressaient devant eux, tant leur paresse était indomptable, on peut dans d'autres régions, citer des faits différents. Les Kickapoo qui habitaient le sud de l'Illinois, les Shawnees (2) établis auprès de Nashville, ensevelis- «aient leurs morts, et cela jusqu'à une période récente, dans des Stone-Graves. Ce fait, faut-il ajouter, est contesté (3) et füt-il

1) Les maladies pestilentielies si terribles dans l'antiquité, où nul secours, nulle précaution hygiénique ne venaient les arrèter, peuvent bien avoir contribué à l'extinction d'une race. Le Matlazuatl est un fléau cruel qui parait n'attaquer que les seuls ludiens, Torquemada dit qu'il enleva 800,000 hommes en 1545 et près de 2 millions en 1576, Hutchinson raconte à son tour que peu de temps avant l'arrivée de Penn et de ses compagnons (1682), certaines tribus du Massachussetts avaient été réduites de 30,000 à 300 âmes.

(?) Les Kickapoo et les Shawnees ou Chaouanons faisaient partie de la grande tribu des Lenapes,

(%) Par M, L, Carr notamment. Observations on the Crania from the Stone-Graves of Tennessee, Reyort Peabody Museum, t. I, p. 461 ets.

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exact, rien ne prouverait qu'ils ne se soient pas servis de chambres sépulerales construites avant leur arrivée dans le pays,

Le témoignage des historiens espagnols est plus important Garcilaso de la Vega (!) raconte le mode employé par les In. diens au moment de la conquête, pour fonder une ville, «Ik apportent, dit-il, des quantités considérables de terre avec laquelle ils forment une plate-forme de deux à trois piques de hauteur «l assez large, pour renfermer dix à douze maisons, au besoin quinze ou vingt. C'est là que logent le cacique, sa famille et ses principaux serviteurs. Au pied du tertre, îls tracent un carre conforme à l'étendue qu'ils veulent donner à leur ville, les prin. cipaux chefs y établissent leurs demeures ; le menu peuple enfin, se groupe autour d'eux. » Plus loin (2), Garcilaso déerit la ville de Guachoule située auprès des sources de la Coosa, non loin du pays des Achalaques (3); la maison du chef était située sur une éminence terminée par une plate-forme, ou six hommes pouvalent se tenir debout. Ne serait-ce pas là une explication salisfaisante de l'origine des tertres ?

Les témoignages concordants des anciens explorateurs montrent la vallée du Mississipi et plus particulièrement les régions qui forment aujourd'hui les États d'Alabama, de Floride et de Géorgie, habitées par des nations belliqueuses qui cullivaient h terre, vivaient dans des villes fortifites, érigeaient ieurs temples sur des éminences souvent artificielles et adoraient le soleil. Ce furent ces hommes qui repoussèrent Narvaez, lors qu'en 1528, il chercha à conquérir la Floride (4). Ce fut contre eux que Hernandez de Soto lutta quatre ans. Il livra des batailles meurtrières dans la Floride, la Géorgie, le Tennessee, le Mississipi, l’Alabama et l'Arkansas. Partout il trouva une population

(1) Hist. de la conquéte de la Floride, ou Relation de ce qui s'est passé au voyage de Ferdinand de Soto, pour la conquéle de ce pays. La Haye, 1735, t. I, p. 136.

(2 L. e.,t. I, p. 294. — On peut aussi consulter A. J. Picket, Hist. of Alabama. Charleston, 1851,t. I, p. 8.

(3) Fraction de la tribu des Cherokecs.

(+) Il est juste de dire que l'armée de Narvaez ne se composait que de 400 antassins et de 20 cavaliers,

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Squier apporte à son tour chez les Creeks, les Natchez et les autres tribus du Sud, des traces de constructions, qui, si elles ne rappellent pas entierement les enceintes régulières de l'Ouest, semblent tout au moins avoir quelque analogie avec elles, et la description que nous lui empruntons des Chunk-Yards (2), est certainement une preuve de plus à l'appui de son opinion.

Les Chunk-Yards (3) encore en usage chez les Creeks et qui ont été tout récemment abandonnés chez les Cherokees, sont des places rectangulaires, occupant le centre de la ville, fermées sur ls côtés, mais avec une porte à chaque extrémité. Ces places ont quelquefois de 8 à 900 pieds de longueur; les plus grandes sont dans les plus vieilles villes, Toutes sont nivelées et légèrement «eavées. Lesterres enlevéesont servi à établir une petite terrasse basse sur les côtés ; au centre est un monticule peu élevé, sur lequel se trouve le Chunk-Mat, au sommet duquel est l'objet desiné à servir de cible. Aux extrémités, il y a des pièces de bois d'environ douze pieds de hauteur, on les appelle les mâts à esclaves, parce que dans le bon vieux temps, les captits condamnés à la torture y étaient attachés. »

«Immédiatement à l'extérieur de ces places, se trouve une en-

(1) A Pascha, par exemple, à l'O. du Mississipi, les Espagnols trouvèrent une ville fortitiée entourée d'un fossé assez large, pour que deux canots pussent y navigucr de front, Ce fossé avait 9 miles de long et communiquait avec le Mississipi.

(2) Ancient Monuments of the Mississipi Valley, p. 120.

(3) Leur nom vient d'un jeu indien. Catlin le décrit chez les Mandans et lui donne le nom de J'ehunykee (Illustrations of the Manners, Customs and Conditions of the North, American Indians. Londou, 1866, t, 1, p. 1321. Adair avait déjà raconté le Chung Lee chez es Cherokees (Hist of the Am, Indiins. London, 1775, p. 401). — Jones atrouvé le même jeu chez les Indiens du Sud (Ant. «f the Southern l'diars) Bartram, chez ceux de la Caroline {£, c.). M. L. Carr reproduit un grès poli avec soin, de orme légerement elliptique mesurant 111 millimètres sur son plus grand axe et 44 mill, d'épaisseur. Cette pierre a été trouvée sous Ely-Mound (Virginie), d'autres semblables ont été rencontrées sur divers points et on a supposé qu'elles servaient au jeu favori des Indiens (Report Peaboly Museum, t. 1, p.91). On peut consulter, sur toutes les questions relatives aux Mound-Builders, un excellent mémoire du rev. S. D. Pe.i, Americen Antiquarian, 1880.

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ceinte circulaire à sommet plat, sur laquelle est élevée la maison du grand Conseil ; à l’autre extrémité, est un tertre carré, égale. ment à sommet plat, à peu près aussi élevé que le tertre circulaire dont nous venons de parler; c'est la place publique. »

Des découvertes récentes sont venues confirmer ce récit (1, sous un mound de forme conique, situé dans Lel County {Vir. ginie), mesurant environ dix-neuf pieds de hauteur, sur trois cents pieds de circonférence à sa base, on a mis au jour un cer. ain nombre de poteaux en bois de cèdre, disposés à des interval. les réguliers, de manière à former un cercle, et un poteau beaucoup plus élevé, placé au centre et destiné sans doute à soutenir la couverture. C'était la salle du conseil, le lieu de l’Assemblée de ia tribu, assez semblable à celle dont un voyageur du siècle dernier nous à laissé la description. « C’est, dit-il en parlant de la chambre du conseil des Cherokees (2), une rotonde assez spacieuse pour renfermer plusieurs centaines de personnes. Elle s'élève sur un ancien tertre artificiel de vingt pieds de hauteur: et la rotonde pouvant avoir trente pieds, donne une élévation totale de cinquante pieds à partir du sol; mais il convient de remarquer que le mound sur lequel la rotonde s'élève, est bien plus ancien que l'édifice et avait probablement une autre destination. Les Cherokees sont aussi ignorants que nous pouvons l'être, du but pour lequel ces tertres artificiels avaient été construits. »

Ainsi donc les Indiens du Sud auraient non seulement utilise les mounds pour l'habitation de leurs chefs ou leurs chambres du conseil, mais ils les auraient encore imité dans l'établissement de leurs Chunk-Yards. Ces faits, tout vagues qu'ils sont, avaient cependant modifié les premières impressions de Squier et l'avaient amené à une conclusion à laquelle il ne s'attendait guère, nous apprend-il lui-même, en commençant ses recherches. Dans ses dernières études, il accepte l'opinion que les fortifications en terre situées dans la partie occidentale de l'État de

(1) Report Peubody Mus., t. Il, p. a ets, (2) Bartrara, /. c., p. 367 ets.

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New-York, avaient été élevées par les Iroquois et que leur érection n'avait guère précédé leur découverte (1). Il est vrai qu'il ajoute qu'il n'y avait pas, au seizième siècle, une seule tribu Indienne entre l'Atlantique et le Pacifique, sauf les tribus à demi civilisées du Sud, qui eût les moyens de subsistance suffisants, pour appliquer à des ouvrages improductifs la somme nécessaire de travail ; il n’en était pas non plus une seule dans un état social tel, que l’on pût contraindre le peuple à les entreprendre. La contradiction que nous voyons partout dans les faits peut seule expliquer celle qui se rencontre si souvent dans les conclusions, et même dans celles des hommes les plus compétents.

Southall relève avec un parti pris très éviäent tout ce qui lui semble prouver non seulement l'origine indienne, mais encore la construction récente des mounds (2). Ses recherches nous montrent les Iroquois ayant un gouvernement qui embrassait cinq nations (3). Ils se livraient à l’agriculture et surent maintenir pendant près de deux siècles leur indépêndance contre les Hollandais et contre les Français. Leur territoire s'étendait du Saint- Laurent au Tennessee et à l'Ohio; la navigation ne leur était pas étrangère, et les anciens voyageurs ont rencontré leurs canots jusque dans la baie de Chesapeake. Dès lors, ils avaient abandonné leurs habitudes nomades, et nous possédons des descriptions fort exactes de leurs villages et de leurs habitations (4).

ILen était de mème sur d’autres points. Au commencement du dix-septième siècle, Strachey voyageant en Virginie raconte (5) qu'ilvitles Indiens, habitant des maisons construites en bois, culti-

1) M. Pect distingue avec raison les travaux défensifs qui se rencontrent dans l'État de New-York, de ceux de l'Ohio: ils présentent de notables différences dans leur construction et peuvent bien être l'œuvre de races différentes.

2) Recent Origin of Man, c. xxxv1, p. 530 ets.

3) Ces cinq nations étaient les Mohawks, que quelques relations françaises appellent aussi Agniers, les Onéidas, les Onondagas, les Cayngas et les Senecas ou Tsonnontouas, Ces nations. d'après les Jésuites, comptaient, en 1665, 2,340 guerriers soit 11,100 âmes, selon les calculs les plus généralement admis pour l'évaluation des populations nomades.

(4) Voy. notamment le récit de Greenhalgh, qui visita en 1677 plusien villages des Senecas,

) Historie of Travaile into Virginia Brilannia (écrit en 1618).

DE NapaiLLac, Amérique. 13

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race envahissante, l'abus de l'alcool, d'autres causes encore, ont A Une a

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È Conclusion. Nous avons résumé les diverses opinions, il nous reste à nomade"

en tirer, et ce n'est pas sans hésitation que nous le faisons, les U l'human

ë conclusions qu'elles comportent. Les Peaux-Rouges, dans toute BR chasm,r

l'Amérique, offrent une variété distincte de l'espèce humaine. L before w

| Leur peau est bistrée, allant de la couleur du chocolat à celle du Indians

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noncé ; les extrémités sont fines et les membres délicats. Aucun D pren

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grès et 1ls n'ont su comprendre et s'approprier que les vices des blanes. Nous avons dit la rareté des ossements des Mound- Builders; il en existe cependant, dont l'origine est indubitable ; nous y reviendrons dans un chapitre spécial, et le seul point que nous voulons retenir ici, c'est leur peu de similitude avec ceux des Indiens. « Les résultats de toutes mes observations, dit le docteur Foster (1), un des hommes qui ont le mieux étudié la question, me font croire que les erânes des Mound-Builders sont caractérisés par une conformation générale, qui les classe à part parmi les races humaines et qui les différencie tout particulièrement des Indiens de l'Amérique du Nord. » Je n'attache pas pour ma part, à la similitude ou à la différence des ossements et spécialement à celles des crânes, l'importance que veulent y mettre nos anthropologistes les plus éminents. Trop souvent on rencontre sous le même mound, remontant aux mêmes ensevelissements, au milieu des mêmes silex et des mêmes poteries, des crânes brachycéphales et des crânes dolichocéphales (2), des crânes au type caucasique et des crânes au type négroïde. La conformation des têtes peut bien être une présomption ; elle ne saurait donner une certitude, ni justifier des conclusions encore prématurées.

Une autre considération me touche plus vivement, comment une nation sédentaire et civilisée a-t-elle pu devenir sauvage ct nomade? Nous aurions là un fait sans exemple dans l’histoire de l'humanité: un fait qu'il paraît difficile d'admettre. « A broad chasm, répéterons-nous avec le docteur Foster, has to be spanned, before we can link the Mound-Builders to the North American Indians (3). »

Ces assertions, si vraies qu'elles puissent être, comportent cependant une distinction. Nous croyons qu'il ne faut pas confondre les Indiens du Nord, avec ceux que les Conquistadores rencontrè-

(1) Prehistoric Races of the U. S.

2) Nous avons cité des faits nombreux qui permettent d'arriver en Europe à la mème

conclusion. Voy. Les Premiers Hommes et les Temps préhistoriques, t. 1, ch. ur et LI, ch, x1r.

(3) Foster, Prehistoric Races of the LU. S

196 L'AMERIQUE PREUISTORIQUE.

rent dans les États du Sud et qui étaient dans un état de civilisr. tion assurément plus avancé. On peut supposer que des tribus sauvages venues du Nord et du Nord-Ouest avaient tout d'abord re. poussé les Mound-Builders de l'Iinois et de l'Indiana; que ceus de l'Ohio, protégés par une solide ligne d'ouvrages permanents, avaient opposé une résistance plus efficace, mais qu'à leur tour ils avaient été repoussés au delà du Mississipi: que la guerr continua dans le Kentucky et le Tennessee, jusqu'au jour où les débris de cette race antique furent refoulés dans la région qui horde le golle ; que là, les vaincus se mêlèrent peu à peu aux vainqueurs et qu'ums, ils luttèrent avec courage et souvent av succés, contre la domination étrangère (1).

Peut-être aussi serait-il possible de retrouver les traces des Mounds-Builders, chez les Aztecs, où les teocallis en pierre rappellent par leur forme les mounds coniques ; chez les Mayas 2, dont nous raconterons les remarquables monuments, et qui eurent, eux aussi, à lutter contre de redoutables ennemis (3. L'invasion indienne ne saurait mieux se comparer qu'à ces invasions barbares, qui précipiterent la chute de l'Empire roman et couvrirent l'Europe de sang et de ruines, Nul n'a prétend: rattacher les grands Romains aux Huns ou aux Germains,ile tout aussi impossible que les Mound-Builders aient laissé pour descendants les Indiens du seizième siècle.

Les Mound-Builders ont certainement vécu dans l'Amérique centrale, durant de longs siècles (4) ; nul doute ne peut exister à cet égard, mais nous ne connaissons aucune échelle chronome-

(1) Force, À quelle race nppartenaient les Mound-Builders (Cong. des Américunistes. Luxembourg, 1871, t. I, p. 121).

(?) M. Robertson raconte qu'il a exhumé un nombre considérable de crânes de Mound-Builders ; et qu'il a toujours constaté un type assez semblable à celui rencontr dans le Yucatan Congrès des Americanistes. Luxembourg, 1877, t. I, p. 43).

(3) « My examination of the organic and monumental remains and of the works of art of the aborigenes of Tennessee, establish the fact that they were not the relics

of the nomadic and hunting tribes of Ind.ans existing at the time of the exploration of

the coast and the interior of the continent by the white race; but on the contrary

that they are the remains of a people closely related to, but not identical with the more

civilized nations of Mexico and central America. » Jones, Smüh. Cont., t. XXII, p.8$. (4) Short, North Americans of Antiquity, p. 101 ets.

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rique, qui puisse nous permettre de compter ces siceles, d'apprécier la durée de ces temps, encore moins de fixer la date initiale de l'arrivée de ces hommes dans les vallées du Mississipi ou du Missouri, Les arbres qui poussent sur les mounds de l'Ohio dépassent rarement cinq ou six cents ans; dans les vallées de la Floride, sur les rivages du goife du Mexique, ils sont moins vieux encore, Une conclusion est facile : les mounds étaient abandonnés quand les arbres ont germé, Mais ces arbres n'en remplacçaientils pas d'autres, et pouvons-nous dire le nombre de générations quiont disparu depuis l'érection des tertres? Le mème problème s'était posé pour les k ôxkenmôüddings; nous sommes obligés à la même réponse,

Les mounds eux-mêmes ne peuvent rien nous apprendre (1). Trente sièeles ou cinq siècles peuvent également expliquer le développement de la civilisation qu'ils représentent, M, Stronck, appuyant sur des raisons d'une certaine valeur, estime que la construction des mounds remonte aux premiers temps de notre ue; et qu'ils ont dù être abandonnés entre le sixième et le doueme siècle (2). La limite, on le voit, est large. M. Force (3) en datant du septième siècle l'époque la plus florissante de ce peuple, si curieux d'élever des ouvrages en terre dans tous les pays où il s'établissait, M. de Hellwald en nous montrant les Mound- Builders contemporains de Charlemagne (4), semblent donner une certaine adhésion à cette hypothèse. M. Short enfin, dans un excellent ouvrage sur les Américains du Nord, nous dit que mille, deux mille ans au plus, ont pu s'écouler depuis que les Mound- Builders ont été forcés d'abandonner les vallées de l'Ohio et de ses iffluents ; sept à huit siècles peut-être depuis qu'ils se sont retires des rivages du golfe du Mexique. Nous n'avons pas la prélntion de concilier ces divergences, et nous nous contenterons

D « An impenctrable mystery hangs over their entire History. » S, Pect, 4merie, ditiqg March, 1880.

Répertoire chrons logique de l'hist. des Mound-Builiiers, Cong.des Americ, Luxembourg, 1877,t. F1, p. 312.

(3) À quelle race appartenaient les Mound-Buildrrs. à) Cony. des Americe. Luxembourg, t. 1, p. 50.

er.

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