LES CLIFF DWELLERS ET LES HABITANTS DES PUEBLOS
Le dix-neuvième siècle, qui approche de son déclin, a singulierement marqué dans l'histoire de l'humanité, et jamais plus grandes choses ne furent accomplies avec une plus merveilleuse rapidité, Nous compterons à bon droit, parmi ceux qui ont apporté un glorieux contingent à l'œuvre commune, ces hardis voyageurs qui ouvrent des continents entiers à la civilisation et au progrès. En Amérique, comme en Afrique, comme en Asie, ces pionniers de la science annoncent chaque jour des découvertes nouvelles. La Californie, l'Arizona, le Nouveau-Mexique, la Nevada, le Colorado, le pays des Mormons, ces régions immenses qui couvrent près de deux millions de kilomètres carrés, étaient, il y a peu d'années encore, absolument inconnues (1).. Elles sont aujourd'hui sillonnées de chemins de fer; demain, le commerce et l'industrie s'empareront du pays; des villes populeuses s'élèveront et de nouveaux États viendront contribuer au développement de la république des États-Unis, à la grandeur de
(1) La population des divers États cédés en 1847 par le Mexique aux États-Unis était, d'après le recensement de 1870,de 830,926 âmes ; mais si l'on déduit celle de la Californie (60,247) très peuplée sur divers points, les environs de San Francisco et les districts miniers par exemple, il reste un nombre d'habitants très faible, Un second chemin de fer de l'Atlantique au Pacifique traverse les parties réputées les plus inaccessibles de l'Arizona ct du Nouveau-Mexique ; et dans deux ans, une troisième voie ferrée viendra probablement encore unir les deux Océans,
ce peuple, dernier venu parmi les nations, et qui est assurément appelé à jouer un rôle considérable dans l'histoire future du monde.
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Fig. 86, — Un cañon du Colorado,
En attendant le brillant avenir réservé à ces États si récemment inscrits sur la bannière étoilée, il faut parcourir des pays où tout est morne et désolé, où les arbres, des pins principalement,
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sont rures et rabougris, la végétation impuissante et sans vigueur (1) et où la nature semble condamnée à une éternelle s0litude, Les animaux eux-mêmes ont abandonné ces terres maudites ; seuls quelques rares Indiens nomades, les plus sauvages et les plus barbares de tous ceux de l'Amérique du Nord, viennent les animer, ils fuient rapidement devant le voyageur, s'ils ne se croient pas assez forts pour le dépouiller, 1 faut dépasser le San Juan, pour arriver aux terres d'alluvion, source certaine d'une richesse future, dont on ne saurait exagérer l'importance.
Tel n'était pas le passé de ces contrées. Ces cañons (2) (fig. 86) aux gorges profondes, ces vallées arides, couvertes de broussailles qui s'élèvent à peine à quelques pieds de hauteur, cette nature morne etinerte présentent le contraste le plus saisissant avec les ruines qui surgissent à chaque pas et qui témoignent qu'à des époques, dont il est impossible de supputer la durée ou de présumer la date initiale, toutes ces régions étaient habitées par des populations nombreuses, actives et intelligentes. Partout l'homme avait construit des demeures, des fortifications, des citernes, de véritables cités ; les rochers eux-mêmes étaient couverts d'hiéroglyphes, de figures peintes ou sculptées ; partout cet homme inconnu avait laissé son ineffaçable empreinte.
Les Espagnols, qui les premiers parcoururent l'Amérique centrale (3), donnèrent le nom de pueblos (4) à des groupes de constructions, dont un grand nombre, présentant tous les carac-
(1) n'en était pas ainsi autrefois ; les poutres de cèdre que l'on voit encore dans les CHF Houses le prouvent sans réplique, Aujourd'hui on ne rencontre pas une seule lorèt, pas même un seul bois entre les Cross Timbers du Texas et les lorèts des Mon: tignes Rochouses, c'est-à-dire sur un parcours de plus de 1500 kilomètres. Ce manque de végétation forestière est dù non seulement à la rareté des pluies, mais aussi à la porosité du sol, Le centre de l'Amérique du Nord est un désert et co désert est le double de la superficie de la France,
? Nous conservons le vieux nom donné par les Espagnols à ces gorges étroites, resserrées entre des rochers à pic.
(4) Le Nouveau-Mexique fut définitivement conquis en 1597 et 1598 par don Juan de Oñate. Les premières expéditions espagnoles avaient eu lieu en 1540, sous l'inspiration de Cabeza de Vaca, naufragé sur les côtes du golfe en 1535.
(4; Pueblo signifie bourg ou village, nous avons conservé ce nom générique à l'exemple des écrivains américains,
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tères d'une haute antiquité, étaient déjà en ruines, au moment de leur marche victorieuse, Ces constructions couvrent, sur une aire de 200,000 miles carrés (4), les vallées arrosées pur le Sun Juan, le Rio Grande del Norte, le Colorado Chiquite et leu tributaires, Les premiers hommes dont il est possible de re. trouver les traces, avaient évidemment suivi ces vallées dans leur marche en avant, s'arrètant là où la terre était fertile, puis chassés par de nouveaux venus qui cherchaient, eux aussi, l'en et les pâturages, La lutte pour la vie est la loi universelle écrite dans tous les pays en lettres de sang,
Cabeza de Vaca raconte des pueblos en ruines, d'autres encore habités (2) ; plusieurs étaient, dit-il, plus grands que la ville de Mexico, Les maisons, souvent à plusieurs étages en retrait les uns sur les autres, étaient construites en pierre. Les habitants occupaient les étages supérieurs (3) ; le rez-de-chaussée, généralement obscur, servait de magasin, de dépôt pour les vivres ou pour les fourrages (4). On communiquait d'un étage à l'autre, au moyen d'échelles; quand l'échelle était retirée, les habitant jouissaient d'une sécurité relative et pouvaient se défendre contre des attaques qui devaient être fréquentes, si on en juge par les innombrables pointes de flèche en silex, en obsidienne, en agate que l'on rencontre sur tous les points, où ils avaient établi leurs habitations.
Les constructions étaient presque toujours importantes ; nous aurons à en décrire qui pouvaient loger des centaines de familles. Les unes, comme le pueblo de Taos (fig. 87), étaient situées dans la vallée et quelquefois entourées d'un mur qui venait compléter la défense ; les autres, le pueblo d’Acoma (5),
(1) Barber, Cong. des Américanistes. Luxembourg, 1877, t. 1, p. 25.
(2) Quarta Relacion.… Collecion de Documentos, t. WI, p. 475.
(3) Putnam, Bul, of the Essex Institute, December 1880.
(4) Ces soubassements sont désignés par les Espagnols sous le nom de Cusus de Comodidad où Almacenas. Voy. Castañeda de Nagera, Relation du voy. de Cibola,
(5) « Y hallamos a un pueblo que se Jlama Acoma, donde nos parecio habria mas de sois mil animas. » Ant. de Espoja, Carta, 23 avril 1584. Doc. ineditos del Archivo de Indias, t. XV, p. 179. On place le pueblo d'Acoma sur le site du village actuel d'Acuco.
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par exemple, s'élevaient sur des plateaux nommés mesas, parfois à plusieurs centaines de pieds au-dessus de la vallée et l'on ne pouvait y arriver que par des sentiers presque impraticables, On comprend l'étonnement qui saisit les explorateurs, en voyant surgir devant eux toutes ces ruines, « Qu'on se figure, verit un voyageur récent, une riviere desséchée, encaissée entre des rochers en grès rouge, escarpés, sans nul accës, et un
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